47 HEURES POUR MOURIR
Aurélia
Fic
20
Epoque :Saison
5
Disclaimer :
les personnages de Stargate ne m’appartiennent pas. Les personnages de Jessica
et de Zarabée sont ma propriété, ne pas utiliser.
Genre :
aventure, drame
Résumé :
un Goa’uld dispose d’une arme redoutable et SG1 se retrouve englué dans un piège.
Classification : Accord parental souhaitable
1ère partie
Il
avait vu le jour au cœur des forêts profondes de l’Amérique du Nord, dans cette
région semée de mille lacs, où les eaux rugissantes des torrents emplissent l’air d’un grondement permanent,
là où les cascades sont prises dans les glaces tout au long du grand hiver
blanc.
Il
avait d’abord été discret, comme un souffle, une caresse que l’on ressent sur
la peau, un signe si furtif et imperceptible qu’il avait pu passer inaperçu
pendant des générations.
Il
était difficile de chiffrer la date exacte de son apparition, l’avis des
savants différaient, certains parlaient de centaines d’années, d’autres
allaient même jusqu’à avancer le chiffre astronomique de milliers d’années.
Cela se perdait dans la nuit des temps.
Dans
les cavernes de Caritought, on avait trouvé des
signes discrets de son passage, sous forme de peintures rupestres. Des dessins
à base de couleur rouge, des formes étranges, des personnages, et d’autres
signes incompréhensibles.
Des
savants parmi les plus éminents s’étaient penchés sur son berceau, du moins
cette forêt profonde que l’on croyait être son berceau.
Ils
avançaient en file indienne, escaladant des collines, descendant des vallons.
Depuis la porte des étoiles la végétation était luxuriante. Sur la planète
P3J111 régnait un climat tropical,
chaud et humide qui les rendait moites de transpiration. Deux soleils
filtraient leurs rayons brûlants à travers un brouillard fait de fines
gouttelettes. Des bestioles rampantes de toutes sortes grouillaient sur le sol,
l’air était rempli de moustiques. Mais il ne semblait pas y avoir de vie
humaine à des kilomètres à la ronde. Ils marchaient depuis un moment déjà quand
une pluie fine et chaude se mit à tomber.
-Stop on s’arrête, cria O’Neill.
Il se tapait sur les
bras à grands renforts de moulinets.
-Saletés de moustiques !
Daniel qui avait gardé
une veste se moquait de lui.
-Vous aviez trop chaud, et vous n’avez pas écouté les
explications du major pendant le briefing ! Ça vous apprendra Jack !
-Comment ça ? J’écoute toujours le major ! Mais c’est vrai que des fois, ça m’arrive de
décrocher un peu, admit-il à regret.
-Un peu ! Ironisa Daniel, toutes les explications vous barbent, vous ne
vous intéressez à rien du tout…
-Daniel, Coupa Sam, Qu’est ce qui vous prend de parler comme
ça au colonel !
-Laissez major, dit O’Neill d’un ton las, il a raison dans
le fond je n’écoute pas grand chose. Mais je vous écoute vous !
Carter ! J’adore le son de votre voix !
Sam rougit :
-Mon colonel !
-Oui, Carter, vous vouliez ajouter quelque chose ?
-Non, mon colonel, dit Sam un peu gênée.
Daniel de fort mauvaise
humeur s’était un peu éloigné.
-Mais qu’est ce qui lui prend aujourd’hui ? Dit Jack
-Il est vexé, mon colonel
-Ah bon ! Pourquoi ?
-C’est vrai mon colonel que vous ne l’écoutez pas beaucoup.
-Faut pas exagérer Carter, mais il se perd toujours dans des
histoires de symboles, et là j’avoue je décroche. Mais dans l’ensemble je suis
quand même attentif, sauf si ça devient trop technique.
Ils établirent le
campement dans une clairière. La nuit était maintenant tombée et l’air s’était
un peu rafraîchi. Le feu éloignait les moustiques et à tour de rôle ils purent
dormir. Le colonel comme à son habitude prit le premier quart. Ce fut le tour
de Sam puis de Daniel.
Quand Teal’c se réveilla
pour prendre la relève il était seul.
Il fit le tour du
campement appela ses amis. Rien, ils
avaient tous disparu. Ce qui inquiéta le plus Teal’c c’est que tout leur
matériel était resté sur place, leur sac à dos, les lampes, et les armes.
Quelques-uns de leurs vêtements étaient éparpillés, des vestes, et des
tee-shirts.
Teal’c contacta le
général Hammond, qui lui dit aussitôt de rentrer. Il ramassa tout le matériel
laissé par ses amis, et franchit le shapaï lourdement chargé.
Jack ouvrit les yeux le
premier. Ils étaient dans une grotte et près de lui gisaient Sam et Daniel, ils
étaient tous les trois en tenue plus que légère. On leur avait conservé leur
pantalon, mais c’était tout.
Il appela :
-Daniel, major, Teal’c.
Il aperçut seulement Daniel
et Carter.
Ils se réveillèrent en
sursaut et Sam rougit violemment devant sa poitrine dénudée.
-Oh fit –elle, et elle mit aussitôt ses mains devant elle.
-Vous n’allez pas rester comme ça toute la journée major.
Dit O’Neill en lui jetant un regard en biais.
-Mais que se passe t-il ? Où sont mes vêtements ? C’est
alors qu’elle s’aperçut que Daniel et Jack étaient aussi torse nu. Elle eut un
rire amer.
-Voilà une situation où je regrette de ne pas être un
mec !
-Ce serait vraiment dommage major ! Se moqua O’Neill.
Elle ne décolérait
pas :
-Ça vous va bien de dire ça mon colonel, je me sens très
gênée.
-Allons réagissez ! Personne ne va vous sauter dessus.
On a rien pour vous couvrir, prenez-en votre parti !
Sam sentit les larmes
lui monter aux yeux. Elle avait rarement vu le colonel lui
parler si durement.
Daniel la regardait sans
un mot, rougissant et pâlissant tour à tour. La situation était on ne peut plus
gênante.
-D’accord, ok, venez là tous les deux. Regardez un bon coup,
et puis fichez-moi la paix, et elle enleva ses mains. Elle les regardait avec
une lueur de défi dans les yeux.
-Carter, ne
prenez pas ça mal !
-Mon colonel, et si c’était vous qui étiez tout nu ?
-Ok, Carter, j’abandonne. On va vous laisser tranquille.
Daniel eut une idée qui
soulagea Sam. Il découpa dans leurs pantalons des lanières de tissus, qu’il mit
bout à bout avec des nœuds. Sam se fit une espèce de bandeau avec le tissu en
l’enroulant plusieurs fois autour de sa poitrine. Les nœuds la gênaient un peu,
mais elle put relever fièrement la tête et approuva d’un air entendu la tenue
de ses deux compagnons avec leurs pantalons transformés en bermudas mal
taillés. Elle ne put dissimuler un sourire.
O’Neill s’en aperçut
mais se contenta de faire une mimique de contentement.
-Et
maintenant si on essayait de voir où nous sommes ? Dit-il. En route.
Daniel pendant ce temps
là avait fait le tour de la caverne. Il s’enfonçait dans un couloir comme
O’Neill le rappela.
-Daniel où allez-vous ?
-Il me semble qu’il y a une lueur là-bas, fit-il en montrant
la lumière qui perçait le fond de la caverne.
-D’accord allons-y, mais soyons prudents, nous sommes pieds
nus, sans lampes et sans armes. Ils avançaient lentement se guidant sur la
lueur qui curieusement s’amenuisait au fur et à mesure de leur avancée.
Sam se réveilla en
sursaut, en sueur et le cœur battant à tout rompre. Ce n’était qu’un
rêve ! Elle alluma la lampe, il
était 4 heures et le silence régnait dans la base. Elle eut cette pensée
incongrue :
-Mais pourquoi est ce que je rêve que je suis la poitrine
nue devant le colonel ? Étrange !
Malgré ses efforts elle
ne put se rendormir et se leva avec un bon mal de tête.
Ce rêve la troublait
encore quand elle se rendit au mess prendre son petit déjeuner.
O’Neill jeta un coup
d’œil à sa tenue, un tee shirt noir et un pantalon
kaki.
-Major, je préférais quand vous aviez ce petit truc avec des
nœuds ! Fit-il en montrant la poitrine de la jeune femme.
Elle resta muette de
stupeur.
Devant l’air ébahi de Carter,
O’Neill continua :
-Mais qu’est ce que j’ai dit ? C’est vrai ? Il
regarda Daniel et Teal’c qui de leur
côté ne semblaient pas comprendre.
Il grommela quelque
chose que personne ne comprit et plongea le nez dans son bol de céréales. Le
haut-parleur cracha au même moment :
-SG1
est demandé immédiatement en salle de briefing.
Sam très troublée,
n’avait pas encore repris ses esprits et emboîta machinalement le pas au
colonel.
En salle de briefing les
attendait déjà le général Hammond.
Ils s’assirent à leurs
places habituelles et Hammond enchaîna tout de suite la réunion.
-Docteur Jackson, pouvez-vous nous parler de P3N629 ?
Sam était très
distraite, elle entendait à peine Daniel parler de glyphes, de ziggourat, de
temple, de goa’ulds, il lui semblait avoir entendu
passer le nom d’Hadès.
-Qu’en pensez-vous major ? Dit Hammond.
-Mon général, elle semblait subitement se réveiller,
Excusez-moi mon général, elle bafouillait.
-Vous allez bien major ?
-Oui, en fait non, pas vraiment….
Elle sortit en courant
d’un pas rapide de la salle. Le vestiaire des femmes était heureusement désert
à cette heure. Elle s’assit sur le banc et plongea sa tête dans ses mains. Elle
était en pleine confusion. Avait-elle rêvée ? Elle en était sûre, mais ce
rêve était peut être une réminiscence d’un souvenir qu’elle avait occulté. Elle
se souvenait parfaitement de la scène dans la grotte quand elle s’était
retrouvée à moitié dénudée devant Daniel et le colonel. Elle en rougissait
encore ! Mais pour elle ce n’était qu’un rêve, elle ne se souvenait pas
d’avoir vécu cette scène. Et puis la réflexion d’O’Neill prouvait bien que
c’était la réalité. Elle avait vécu ce moment et n’en avait aucun souvenir. Et
apparemment O’Neill était le seul à s’en rappeler avec elle. Elle se remémora
le regard étonné de Daniel et le sourcil levé de Teal’c.
Elle alla au lavabo et
se passa de l’eau sur le visage. Elle vit son reflet dans la glace et cela lui
fit peur, elle avait le visage blême et de grands yeux cernés. Elle n’osait pas
sortir de peur de les rencontrer et de devoir répondre à leurs questions
inquiètes.
Quand elle ouvrit la
porte, ses craintes se réalisèrent, ses compagnons de SG1 étaient là et la
regardaient, de l’inquiétude au fond des yeux.
-Que vous arrive t-il major ? Dit O’Neill d’un ton
léger, le petit déjeuner ne passe pas ?
Comment leur expliquer ce qu’elle ne comprenait pas
elle-même. Elle profita de l’ouverture offerte par le colonel, et abonda dans
son sens.
-Ce n’est rien, j’ai juste un peu mal à l’estomac.
-Vous devriez aller voir notre bon docteur continua O’Neill.
Elle se mit en
colère :
-Ça vous va bien d’envoyer les autres à l’infirmerie
colonel, alors que vous faites toute une histoire quand il s’agit d’y aller
vous-même !
Devant l’air effaré de ses amis, elle vit qu’elle s’était
un peu énervée et s’excusa en bredouillant :
-Je … excusez-moi, je regrette… je ne voulais pas vous
manquer de respect mon colonel !
-C’est rien Carter, fit O’Neill en la regardant
attentivement, vous devriez quand même aller voir Janet.
-Entendu mon colonel, et sans attendre leur réponse elle
prit la direction de l’infirmerie.
Au fur et à mesure
qu’elle approchait elle ralentissait le pas. Cette histoire lui paraissait
totalement farfelue et elle s’apprêtait à faire demi-tour quand elle se buta
sur le colonel qui l’avait suivie.
-Alors Carter on prend la fuite, maintenant !
-D’accord mon colonel, mais si j’y vais, vous venez avec
moi.
-Pourquoi
lui dit-il, étonné ?
-Parce que vous êtes concerné.
Et comme il ne
comprenait pas, elle ajouta
-Avant d’aller voir le docteur, il vaudrait mieux qu’on se
parle tous les deux.
-Mais Carter, je croyais que vous aviez mal à
l’estomac ?
-En fait non. Mon colonel, voulez-vous m’accompagner à mon
labo ?
-Votre labo ? J’adore votre labo ! Major.
Carter rougit, une fois
de plus, et ferma la porte derrière le colonel dès qu’ils eurent pénétré dans
le laboratoire.
Elle ne savait plus quoi
dire, c’était une situation tellement ridicule. Elle s’apprêtait à raconter à
son colonel un rêve où elle se baladait en petite tenue devant lui.
Impensable !
Il attendait
tranquillement qu’elle se reprenne. Pour elle il avait toutes les patiences. Il
la sentait troublée, il se dit qu’il devrait peut-être l’aider à se dévoiler.
-Carter, que se passe t-il ? J’ai comme une idée que
c’est ma réflexion stupide de ce matin qui vous met dans tous vos états. Je me
trompe ?
-Non mon colonel, vous avez raison. Vous souvenez-vous de la
planète P3J111 ? Enchaîna t-elle.
-Vous savez, Carter, je n’ai jamais aimé appeler une planète
par ses coordonnées. Rafraîchissez-moi la mémoire.
-C’était une planète tropicale, il faisait très chaud, il y
avait des insectes, vous vous êtes disputé avec Daniel. Ça vous dit quelque
chose ?
-Une dispute avec Daniel ? Des moustiques ? Du soleil ? Ça me rappelle plein de choses ! C’était
quand ?
-Mais
hier, mon colonel !
Sam le regardait au fond
des yeux et n’y vit qu’une grande gentillesse et peut-être une lueur
d’inquiétude.
-Vous ne vous souvenez pas ?
Il fit non de la tête.
-Alors pourquoi m’avoir dit que ma tenue avec des nœuds c’était mieux ?
-Je ne sais pas, j’ai du rêver.
-Rêver,
mon colonel ! Elle était surprise.
Vous pouvez me raconter votre rêve ?
La voix de Sam
tremblait, elle était au bord de la panique et avait du mal à se contrôler. Il
s’en aperçut et la regarda, inquiet. Il hésita un peu :
-Je ne m’en souviens pas beaucoup, c’est assez flou, il me
semble que Daniel vous avait fait une espèce de bandeau avec des bouts de
tissus, pour vous couvrir la poitrine. Il les avait attachés en faisant des
nœuds. Mais c’est à peu près tout ce dont je me souviens. Je trouvais que ça
vous allait très bien d’ailleurs.
-Mon colonel, j’ai rêvé la même chose, mais moi je me
souviens parfaitement de toute la scène.
-Si on a fait le même rêve c’est que c’est un souvenir,
conclut-il.
-Alors
pourquoi vous ne vous rappelez que de ça ? Il y avait aussi le campement,
nous avons campé dans une clairière, et nous avons du allumer un feu pour
chasser les insectes, vous ne vous souvenez pas de ça ?
-Non, pas du tout
-Et il y a aussi un truc surprenant, Daniel et Teal’c n’ont
pas l’air de se rappeler de quoi que ce soit.
Il était
interloqué :
-Alors là, nous avons un problème major ! Nous devrions
aller à l’infirmerie tout de suite ! Et nous faire examiner tous les deux.
Il soupira en disant ces mots.
-Je vais me livrer moi-même à la main du bourreau !
C’est pas croyable !
Sa remarque avait allégé l’atmosphère et il fut heureux
de voir réapparaître le sourire de Sam.
-Vous n’exagérez pas un peu mon colonel ?
-Pas du tout, major. Je trouve le nouveau docteur, comment
s’appelle t-elle déjà ?
-Jessica Paris
-C’est ça, je la trouve bien cruelle avec moi !
Tout en plaisantant ils
arrivèrent à l’infirmerie, où Janet les accueillit avec surprise.
-Colonel ? Vous venez rendre visite à quelqu’un ?
-Non, en fait je viens me soumettre ainsi que le major à
tous vos instruments de tortures.
-Vous allez bien s’inquiéta Janet ?
-En fait je ne sais pas, c’est vous qui allez nous le dire.
-D’accord dit Janet, je vais vous confier au docteur Paris,
moi j’ai un petit travail qui m’attend dans le laboratoire. Désolée dit-elle
moqueuse en se dirigeant vers le fond de la salle.
-Je vous avais dit major qu’on aurait droit au docteur …
-Paris, mon colonel !
-Oui c’est ça, un nom de ville, c’est comme si elle
s’appelait Chicago ou Toronto !
La base était vraiment
très petite et tout se savait en un rien de temps. Le téléphone arabe
fonctionnait très bien, surtout en ce qui concernait SG1. Les officiers et les
techniciens qui ne partaient pas ou peu à travers le shapaï étaient très
friands de tout ce qui pouvait se dire. Le problème de Sam se trouva bientôt au
centre des conversations. Quelqu’un avait
entendu dire Daniel que Sam était très perturbée, une autre disait qu’elle
avait passé au moins une heure enfermée dans son labo avec le colonel O’Neill.
La blague du colonel qui avait tant troublé Sam avait été entendue par d’autres
personnes au mess en même temps qu’eux. Il n’en avait pas fallu davantage pour
mettre la base en ébullition, et tout cela était revenu aux oreilles du général
qui se rendit immédiatement à l’infirmerie.
-Vous avez des problèmes colonel ?
-C’est pas vrai !
Cette base est une vraie passoire, tout se sait !
-Ne vous fâchez pas colonel, c’est un monde clos. Mais rien
ne sort de ces murs et vous le savez.
-Oui mon général, dit O’Neill d’un ton excédé.
-Je peux savoir ce qui se passe ici ? Poursuivit
Hammond.
-Pas avant que je les ai examinés bien à fond dit le docteur
Paris, jeune femme blonde au regard pétillant de malice.
-Général Hammond, sauf votre respect, je vais vous demander
de partir et d’emmener tous ces gens avec vous, que je puisse travailler,
continua t-elle et elle montra les quelques personnes qui étaient entrées avec
le général, en particulier Daniel et Teal’c. Ces deux là, je les verrais plus
tard.
-Moi, fit Daniel en se pointant du doigt, mais je vais très
bien !
-C’est à moi d’en décider. Maintenant tout le monde dehors
dit-elle en les poussant d’une main ferme vers la sortie.
Il
n’était pas une forme de vie, ni même une entité, quelque chose de moins
définissable, comme un don, un talent. Celui qui le recevait n’en était pas
forcément conscient. Il fallait savoir le reconnaître et le cultiver comme un
don artistique, telle que la musique ou le dessin.
On
aurait pu l’appeler intuition, mais c’était beaucoup plus que ça, une force, un
pouvoir. Celui qui savait s’en servir était puissant.
Sa
force n’était pas toujours contrôlable, la personne pouvait être tentée de mal
l’utiliser ou de le montrer au grand jour ce qui était inacceptable dans les
sociétés pleines de préjugés et d’étroitesse d’esprit.
Le
malheur, le désastre, les ténèbres, toutes les forces du mal pouvaient se
déchaîner, grâce à lui, ou à cause de lui.
Il
pouvait traîner à sa suite des cortèges sans fin de malheurs, les pires souffrances, ou des exaltations
sans pareille. Il fallait une grande force de caractère et beaucoup
d’intelligence pour le canaliser.
Il
fut cause de grands malheurs dans la région de Salem, quand un jour de 1675 la
femme fut conduite au bûcher. Elle avait transformé le don en une puissante
forme de guérison. Elle avait répandu le bien. Ce ne pouvait être que le mal
qui se paraît du visage de la bonté. Elle brûla emportant avec elle le terrible
secret.
Parfois
le don pouvait rester muet pendant des générations sans qu’on soupçonnât le
moins du monde sa présence. Il restait alors tapi au fond de l’esprit d’un
homme, d’une femme attendant son heure.
Il
se transmettait à la naissance, au cœur des gènes, il passait d’une génération
à l’autre, Ils étaient peu nombreux à le posséder.
Il
sortait d’un long sommeil quand il fut offert à cette enfant. Cette petite
chose qui venait de naître, fleur délicate qui s’ouvrait à la vie, il s’y
épanouit car elle était très réceptive. Elle était toute en devenir, son
potentiel intellectuel était très prometteur. Elle sut le reconnaître très
vite. Cela lui faisait un peu peur de posséder ce pouvoir. Elle eut la
formidable intuition de n’en parler à personne. Elle se savait très différente
des autres, même sa famille ignorait tout de son pouvoir. Elle l’utilisait
uniquement pour faire le bien. Elle avait l’intuition qu’il aurait pu servir
aussi le mal, mais sa grande et belle âme s’y refusait.
Elle
grandissait avec ce mystère dans son esprit. Elle fit de brillantes études de
médecine, mais elle se refusait d’utiliser le don pour réussir personnellement,
elle aurait pu le faire, mais elle sentait qu’elle n’avait pas le droit d’utiliser
cette force à son profit, que ce serait mal. Elle suivit la voie normale de
tout étudiant, travaillant très dur, passant de longues heures penchée sur ses livres, tremblant d’angoisse
comme les autres devant les feuilles d’examen.
Le cri la réveilla,
c’était un hurlement venu du plus profond de son être. Une angoisse si forte
qu’elle en tremblait, une vague nauséeuse qui lui laissait la bouche amère
et le cœur battant sourdement dans sa poitrine comme un petit oiseau affolé.
Le souffle court Jessica
Paris s’assit dans son lit s’efforçant de retrouver les bribes de ses souvenirs
ce qui avait réellement pu se passer. Ce n’était que des images floues, des
impressions, de la souffrance. Une image revenait souvent dans ses cauchemars
ce temple à Louxor où elle avait fait un voyage il y avait maintenant une
dizaine d’années.
Elle ne se souvenait
plus des circonstances, tout s’était enseveli au fond de sa mémoire. Elle
revoyait ce visage si semblable au sien. Ce devait être elle, cette belle jeune
fille aux longs cheveux blonds vêtue d’une robe claire et qui marchait d’un bon
pas un guide à la main. Sa passion pour l’Egyptologie avait commencé très
jeune.
Dans le temple elle se
souvenait qu’il faisait frais et sombre. Elle se rappelait une lumière
violente, un bruit de lutte, un terrible cri de douleur, et de sa souffrance
quand elle était tombée lourdement sur le sol.
Elle s’était relevée
différente, c’était une autre personne, sans nom, l’esprit vide, sans souvenirs
des heures qui venaient de s’écouler.
Elle était seule dans la
vie, du moins le croyait-elle. Ce voyage
elle l’avait fait seule, elle rentra chez elle, et reprit le cours de son
existence.
Sa mémoire se refusait à
elle. Seuls ses cauchemars lui ouvraient la porte de son inconscient où était
cachée toute sa vie. Elle n’avait pas tout oublié, elle se rappelait
parfaitement être médecin, toutes ses
connaissances étaient intactes, seuls lui manquaient ses souvenirs personnels.
Elle savait qu’il s’était passé un drame à Louxor ce jour-là mais elle ne
savait pas quoi. Elle avait multiplié les thérapies sans succès. De guerre
lasse elle avait abandonné. Elle avait volontairement laissé sombrer au fond de
son être tout ce qui pouvait lui rappeler ce voyage. Mais ses nuits étaient
tourmentées, elle savait bien qu’un jour il lui faudrait percer l’abcès, avoir
peut être recours à l’hypnose, mais elle n’y était pas prête.
Jessica Paris était une
jeune femme de trente cinq ans environ, et elle n’était pas militaire. Son
frère l’était lui, il l’avait fait rentrer à la base, où il travaillait sur les
systèmes informatiques. Elle se souvenait de cette étrange journée, de la
visite de ce jeune homme lui ressemblant, qui un jour avait sonné à sa porte.
C’était son frère. Avec lui elle avait renoué le lien avec sa famille. Mais ce
lien était très ténu, voir ses parents sans les reconnaître était pénible pour
elle. Avec son frère ça passait beaucoup mieux. Il ne lui posait aucune
question et se contentait de l’aimer, comme elle était, avec sa mémoire
altérée.
Stevens Paris n’avait
jamais passé la porte des étoiles, et son rêve était de le faire au moins une
fois dans sa vie. Sa sœur avait eu plus de chance que lui. Il l’avait fait
rentrer comme médecin assistant de Janet et elle avait eu plusieurs fois
l’occasion d’aller sur des missions, surtout quand il était question de maladies, ou de phénomènes étranges. Elle
était au fait de toutes les techniques goa’ulds
connues en matière de poison, filtres ou dispositifs de contrôle mental. Elle
avait passé des nuits entières à étudier tous les rapports de mission de toutes
les équipes SG. Elle s’était spécialisée dans l’étude des objets utilisant le naquada comme les armes de poing ou les pierres de
guérison.
Jessica dut relever la
tête pour regarder O’Neill dans les yeux. Elle était désespérée d’être aussi
petite, mais elle compensait cela par une autorité naturelle, un regard vert
très pénétrant, et un redoutable sens de l’humour.
-Colonel asseyez-vous lui dit-elle en lui montrant la table
d’examen.
-Je suis bien debout répondit-il.
-Mais moi, je vous aime mieux assis, sinon Janet va être
obligée de me soigner pour un torticolis.
-Oh excusez-moi, et voyant la lueur moqueuse dans son
regard et il s’assit.
Elle fit asseoir Sam à
coté de Jack et resta debout devant eux, les bras croisés.
-Bon et si vous m’expliquiez ce qui vous arrive ?
Ils se regardèrent un
peu gênés.
-Sam dit-elle en insistant sur son nom, je vous écoute.
-Bon voilà, j’ai fait un rêve bizarre, et le colonel m’a
parlé de mon rêve ce matin alors que je ne l’avais raconté à personne.
Les yeux de Jessica
allaient de l’un à l’autre. Elle avait envie de rire mais se retenait, ils
avaient l’air de trouver la situation tragique.
-Et c’était quoi ce rêve ?
Sam en la regardant et
en évitant soigneusement de regarder le colonel, lui raconta tout le rêve.
- Mais ne vous m’aviez pas dit tout ça major ! Dit O’Neill.
-Colonel, je croyais que vous aviez fait le même rêve !
Intervint Jessica.
Il entreprit de lui
expliquer que oui, mais que lui ne s’en rappelait qu’une petite partie.
-Bien, je vais vous faire passer des IRM du cerveau, pour
vérifier qu’on ne vous a rien implanté au cours d’une de vos missions.
Zarabée
se promenait lentement, elle allait d’un groupe de personnes à l’autre. Elle
n’était pas peu fière de la place qu’elle occupait ici, dans ce palais. Elle
côtoyait les plus grands Goa’ulds de la galaxie.
C’était une très grande réception organisée par Bastet,
et elle y avait été invitée, elle Zarabée, obscure
petite Goa’uld encore inconnue de tous il y a dix ans.
Dans une autre vie, elle avait été la fille bien aimée de
Sekhmet, la terrible déesse sanguinaire, qui avait de surprenants élans d’amour
maternel pour son enfant. Zarabée avait deux sœurs
avec qui elle ne s’entendait pas. Il y avait entre elles une rivalité, une
jalousie qui faisait rire leur mère jusqu’aux larmes. C’étaient des disputes
sans fin pour avoir la meilleure place, le meilleur plat, la plus belle fleur,
le meilleur amant. Leurs cris retentissaient dans tout le palais, à elles trois
elles terrorisaient les esclaves, faisant peser sur eux toute leur colère,
quand leurs désirs n’étaient pas satisfaits.
Mais c’était il y a bien
longtemps.
Puis il y avait eu cette
sombre période à travers des limbes sans fins quand leur mère sentant sa
défaite proche les avait tuées et enfermé leur symbiote dans des jarres
déposées au fond du temple. Les corps de leurs hôtes étaient tombés comme des
poupées de chiffon, et Sekhmet s’était donné la mort tandis que le palais se
remplissait de bruit et de fureur.
Puis un jour la lumière
était revenue.
Sa seconde naissance eut
lieu dans le temple. La terre avait
tremblé libérant la jarre et la brisant. La jeune fille était là toute proche et
ne se méfiait nullement. Elle avait juste sursauté quand la terre avait tremblé
et que quelques pierres s’étaient détachées de la voûte. Zarabée
sans hésiter un instant avait sauté sur elle et sans qu'elle put faire un seul mouvement elle avait déjà pénétré
dans sa nuque. La possession avait été violente, douloureuse, mais vite elle
avait retrouvé ses esprits. Tout de suite elle sut qui elle était, Les paroles
de sa mère lui revenait, elle sut où trouver l’arme de poing, le vaisseau pour
s’échapper de la Terre où elle était restée prisonnières des millénaires.
Le don était une force
télépathique puissante. Il suffisait à Zarabée de se
concentrer sur une personne pour entendre ses pensées. Elle n’avait pas besoin
d’être très près. Elle ouvrait son esprit et les mots lui arrivaient.
Car l’hôte de Zarabée avait le don.
Zarabée
dans le temple de la haute Egypte quand elle avait pris possession de la jeune
fille s’était tout de suite rendue
compte de sa forte personnalité, de cette incroyable force psychique qui était
en elle. Malgré ses milliers d’années, c’était une jeune goa’uld qui n’avait
connu qu’un seul hôte, et grâce à cette inexpérience elle laissa tout d’abord à
son hôte une certaine place, ne songeant pas à l’étouffer comme font d’habitude
les autres. Mais au contraire elle plongea dans son esprit à la recherche de
tout ce qui pouvait lui être utile, et avec la cruauté spécifique à sa race,
elle musela sa force et sa volonté, ne la laissant subsister que dans la mesure
où elle pourrait la servir. La souffrance de son hôte lui étant insupportable
elle finit par la juguler complètement quand elle eut pompé dans son esprit
toutes ses connaissances, et cet incroyable talent qui ferait d’elle, petite
inconnue ignorée de tous, un goa’uld très puissant et respecté.
Zarabée commença alors son
irrésistible ascension. Elle se servit du don pour défaire ses ennemis, les
écraser, prendre leur place. Maintenant elle possédait une petite planète, au
climat peu agréable c’est vrai, une poignée de jaffas. Ce n’était qu’un
début ; mais elle touchait déjà une première récompense, être invitée par Bastet en personne en son palais de Loubastis.
Zarabée
s’approcha de Nirti, celle-ci parlait tout bas à Bastet, mais cela ne la gênait nullement, elle n’avait pas
besoin d’entendre, elle n’avait même pas besoin d’être près, il lui suffisait
d’ouvrir son esprit, les mots et les images lui arrivaient.
Ils marchaient dans la grotte, uniquement guidés par la
lumière devant eux. Ils avançaient lentement posant précautionneusement leurs
pieds nus sur le sol inégal.
La lumière était plus
forte maintenant et ils débouchèrent sur un petit passage qui menait à une
grande salle. Celle-ci était éclairée depuis le sommet d’une voûte qu’on
devinait immense. C’était une sorte de lumière blanche qui diffusait sa clarté
blafarde sur tout ce qui les entourait. Au centre de la grotte un petit lac brillait doucement.
O’Neill toucha l’eau du doigt, elle était glacée.
-Daniel, allez voir si vous ne trouvez pas des trucs sur les
murs dit O’Neill
-Des trucs ! Grommela Daniel, il en a de bonnes lui …
La température avait
chuté de plusieurs degrés, il commençait à faire très froid, ils frissonnaient
dans leur tenue légère. Quelques instants plus tard, O’Neill voyant que Sam
tremblait de froid, appela Daniel.
-Venez, il vaut mieux retourner dehors, au moins on aura
chaud.
-Mais,
Jack, il y a des peintures sur le mur et …
-Plus
tard Daniel, on reviendra, c’est promis.
Ils reprirent le chemin en sens inverse, mais celui-ci
avait changé. Il descendait en pente douce, et brusquement l’obscurité se fit
totale.
-Major, Daniel, vous êtes là ? Dit O’Neill
-Oui, répondirent-ils en
chœur.
-On remonte, décida Jack, tant pis pour le froid.
-C’est étrange, mon colonel, il n’y avait qu’un seul chemin,
on ne pouvait pas se tromper, dit Sam.
-Il faut croire que non, Carter, et puis ce n’est pas le
moment. On est dans une grotte apparemment piégée, il faut absolument sortir
d’ici.
-Et ce n’est pas ce qu’on essayait de faire remarqua
Daniel ?
O’Neill ne répondit pas.
-Il faut rester très près les uns des autres, donnons-nous
la main.
Il prit la main de Sam
qui se retrouva entre lui et Daniel. De son autre main il tâtait les parois du
conduit pour se diriger.
Ils avançaient toujours
très lentement dans le noir absolu. Ils retrouvèrent rapidement la lumière. Sam
poussa un ouf de soulagement. Cette marche dans le noir le plus total avait
quelque chose de très angoissant. Chaque pas pouvait être mortel, tous en
avaient conscience.
Elle serra plus fort la
main de Jack.
-Carter
vous m’écrasez les doigts dit-il simplement.
-Oh, excusez-moi mon colonel !
Ils rejoignirent la
grande salle avec le lac d’eau glacée.
-N’est-ce pas étrange un lac d’eau si froide sur une planète
tropicale, s’étonna Daniel ?
-Vous trouvez ? Dit O’Neill ironiquement. En fait tout
est bizarre ici. Pourquoi Teal’c n’est-il pas avec nous ? Pourquoi a-t-on
volé nos vêtements ? Et puis cette grotte qui change d’apparence. Ça
sent le piège goa’uld à plein nez.
-D’habitude les goa’ulds ne sont
pas si subtils fit remarquer Sam. Ils envoient leurs jaffas pour nous tirer
dessus.
-Que fait-on Jack ? Apparemment on ne peut pas
retourner en arrière.
-Alors c’est simple, il faut avancer. D’ailleurs c’est bien
ça qu’on veut nous faire faire. Alors, avançons !
Ils prirent aussitôt le
chemin qui longeait le petit lac et s’enfoncèrent dans un autre boyau qui lui
aussi était éclairé. Daniel avait tendance à presser le pas.
O’Neill le retint par le
bras :
-Doucement Daniel, il vaut mieux jouer la plus grande
prudence.
Quelques centaines de
mètres plus loin, une salle, brillamment
éclairée.
Il y avait des corps
étendus, des dizaines, c’étaient des Tok’ra. Parmi
eux Sam reconnut son père. Il vivait encore, elle sentait battre son cœur. Il
était étendu sur le dos, sans blessure apparente. O’Neill le retourna
délicatement, alors ils virent le trou entre les omoplates, par où s’écoulait
sa vie.
Sam hurla sans pouvoir
s’arrêter.
Zarabée, leva les yeux quand elle surprit le mot
« Tauri ». Ce monde qu’elle avait connu dans les temps anciens, elle
s’en rappelait parfaitement. Il était beau, la vie y était facile. Elle savait
que tous les grands maîtres portaient au fond de leur cœur ce vieux rêve très
ancien de conquérir la Tauri, le monde premier dont ils étaient tous
originaires. Certains y avaient été très puissants, la plupart avaient été
bannis vers d’autres mondes, exilés, transplantés, obligés de fuir un autre
dieu plus puissant qu’eux. Elle sentait la haine qui habitait au cœur de
chacun. Elle les connaissait bien à les fréquenter et à écouter leurs pensées,
elle savait tout d’eux, au moins tout ce qu’il fallait pour assouvir son besoin
de conquête personnelle. Elle avait une sacrée revanche sur la vie à prendre.
Être enfermée dans une jarre n’était pas un sort glorieux, mais elle bénissait tous les jours sa mère
d’avoir eu cette idée. Cela lui permettait maintenant de se construire une
personnalité des plus étonnantes.
Elle
passa devant un miroir et ne put s’empêcher de s’admirer. Son hôte était
vraiment parfait, un corps de jeune fille qui n’avait pas encore eu à subir les
effets du sarcophage. Elle savait l’âge de son hôte : trente-six ans, mais
elle ne les faisait pas. Ses longs cheveux blonds épais et frisés aux
reflets fauves lui descendaient jusqu’au creux des reins. Elle savait les
rehausser avec un diadème pour mettre en
valeur son visage à l’ovale parfait, dont les yeux verts pouvaient se teinter
de nuances des plus subtiles, de l’émeraude foncée au tendre vert lagon qui lui
donnait une fausse apparence de douceur. Un très beau piège pour les autres goa’ulds. Piège dont elle peaufinait l’apparence, en se
plongeant régulièrement dans les eaux parfumés et revitalisantes des bassins.
Elle enduisait son corps de crèmes adoucissantes qui donnaient un joli satiné à
sa peau couleur de miel. Oui, elle était vraiment très belle, et elle le
savait. Sa beauté était devenue une arme redoutable. Elle adorait les piéger tous
ces prétentieux qui n’attendaient qu’un regard d’elle, guettant un mot qui
tomberait de ses belles lèvres ourlées. Elle sentait sur elle le regard des
mâles et jouissait de sa puissance à les faire devenir bêlant comme des
chèvres.
Elle
s’approcha du groupe qui occupait le fond de la grande salle du palais. Outre Nirti, il y avait Bastet, Zipacna, Osiris, Yu, Kali, Baal
et d’autres qu’elle connaissait moins. Elle riait de leurs efforts pour
conquérir la Terre, tous s’étaient heurtés à un groupe d’hommes et de femmes
puissamment armés, qui défendaient le shapaï
de leur planète, avec un iris infranchissable.
Elle
ne les avait jamais vus mais elle les connaissait. Elle avait puisé leurs
images dans le subconscient des autres. Et puis Nirti
possédait un superbe petit appareil qui tenait dans la main, où on pouvait voir
les évènements passés. Il suffisait de le tenir et on voyait défiler des
images. C’est ainsi qu’elle avait pu voir leur base.
-Fais voir encore des images lui dit-elle.
Nirti riait
-Tu ne t’en lasses pas, on dirait
qu’ils te plaisent ces Tau’ris ! Mais si j’étais
toi je me méfierais, ils sont beaucoup plus forts qu’il n’y paraît.
-Je n’ai pas besoin de tes remarques pensa
t-elle, tu ne m’es utile que parce que tu as cet appareil.
Zarabée prit des mains le dispositif et alla se mettre un peu à l’écart. Elle était
sûre de trouver dans les images de quoi planifier une attaque contre la Terre.
Elle
y passa une partie de la nuit. Les invités de Bastet
s’étaient retirés depuis longtemps dans leurs appartements, qu’elle regardait
encore défiler des milliers d’images. Elle savait leurs noms maintenant, le
chef de leur base était le général Hammond. Il y avait des équipes, de nombreux
groupes composés de plusieurs personnes. Un de ces groupes revenait souvent il
avait l’étrange nom de SG1, à sa tête le colonel Jack O’Neill. Zarabée s’attarda un instant sur son visage, elle ne put
rien lire en lui. Le visage de Sam Carter par contre lui apprit beaucoup.
C’était une belle jeune femme qui se dévoilait plus facilement.
Cet
appareil était vraiment merveilleux, il ressemblait à une télévision, mot
soufflé par son hôte. C’était des enregistrements de haute qualité. On avait
l’impression de voir les personnes devant soi. D’une certaine façon elles
étaient là. Elle se fichait complètement de savoir comment tout cela avait pu
être enregistré. Sans doute à chaque contact qu’ils avaient eu avec des goa’ulds. Elle même portait sous sa peau une petite puce,
merveille de technologie qui lui permettrait d’obtenir et surtout de conserver
tout ce qu’elle souhaitait. Elle supposait que pour les autres goa’ulds il en était de même.
Elle
constata amèrement que la torture n’agissait pas sur eux. Les armes de poing ne
les faisaient pas parler, la privation de nourriture et de boisson non plus.
Les coups, les blessures, ils en avaient eu leur compte, mais ils étaient
toujours aussi forts. Elle remarqua
cependant une chose très intéressante, ils semblaient plus souffrir de la
souffrance de l’autre que de la leur propre. C’était une faiblesse intéressante
à exploiter.
Elle
cherchait comment les atteindre. Pas de front, pas avec des armes, pas avec des
tortures.
Elle s’enferma dans sa chambre et prit un long
bain parfumé qui la détendit et elle laissa son esprit vagabonder. Elle conservait
en elle une image, ou plutôt deux, le visage de Sam Carter, et celui de Jack
O’Neill. Elle sentait qu’il y avait autre chose, qu’elle n’arrivait pas bien à
comprendre.
C’est
alors que germa en elle, une idée qu’elle trouva sublime.
-Mon père va mourir hurlait Sam sans
pouvoir s’arrêter.
Elle
dormait encore engluée dans son rêve, et
avait peine à refaire surface.
-Sam, réveillez-vous !
La
voix apaisante de Jessica Paris la tira de sa torpeur, elle s’assit le cœur
battant et ne fut à peine surprise de trouver au pied de son lit le général
Hammond.
Elle
reposait à l’infirmerie, étendue sur un lit. On lui avait mis des électrodes
sur la tête, afin de surveiller son électroencéphalogramme durant son sommeil.
Jessica enlevait la feuille de la machine et l’examina attentivement.
-Vous venez de faire un rêve qui a duré
une seconde. Voyez ici les pics de l’électro, cela correspond aux ondes
cérébrales pendant une phase de rêve.
Sam
avait du mal à s’en remettre.
-Je vous assure mon général, que
c’était très réel. Nous avons vécu cette situation, j’en suis absolument sûre.
Mon père est en grand danger. Puis se tournant vers O’Neill :
-Excusez-moi mon colonel de vous faire
subir tout ça dit-elle en voyant qu’il avait lui aussi la tête couverte
d’électrodes.
Jessica
prit les relevés de O’Neill.
Lui
aussi avait rêvé, mais les ondes étaient moins puissantes, ce n’était pas
significatif.
-On va recommencer dit Jessica avec
patience, vous allez me raconter tous les deux vos rêves.
Sam
fit un long récit de ce qu’ils avaient vécu dans la grotte. C’était truffé de
détails précis, elle pouvait décrire la lumière, les ombres, le froid de l’eau
sur sa main. Le fait qu’elle avait presque écrasé les doigts du colonel en lui
serrant la main trop fort.
-Je m’en souviens aussi, dit O’Neill.
On marchait dans le noir et j’ai senti la main de Carter serrer très fort et je
lui ai dit … il hésita, je ne m’en souviens pas.
-« Carter, vous m’écrasez les
doigts » c’est ça que vous avez dit mon colonel, ce sont vos mots.
-En effet dit O’Neill surpris, c’est
ça.
Il
ajouta :
-Nous avons vécu cette scène, c’est
certain.
A
cet instant Hammond jeta un pavé dans la
mare :
-Mais pourquoi le docteur Jackson ne se
souvient-il de rien ? Et
Teal’c ? Il serait rentré de mission, seul, je ne m’en souviens pas du
tout, moi non plus.
-Vous avez peut être subi un lavage de
cerveau dit Sam ?
-Mon général dit O’Neill, la meilleure
solution serait d’essayer d’ouvrir la porte sur les coordonnées P3J machin
chose et d’envoyer une sonde ?
-P3J111 mon colonel, dit Sam avec un
sourire.
O’Neill
était content il avait réussi à détourner un instant ses pensées.
Le
général Hammond les regardait tous les deux, puis il fit un signe
d’assentiment.
-Rendez-vous dans une heure à la porte
des étoiles, nous ouvrirons le vortex.
Chevron
7 enclenché.
Ils
se tenaient derrière la vitre. Le cœur de Sam battait un peu trop vite. Elle
était sûre d’elle, tellement sûre qu’elle ne fut pas surprise de voir le vortex
s’ouvrir. Elle eut une lueur de triomphe dans les yeux en regardant le général.
La
remarque du sergent la refroidit cependant un peu.
-Major, c’est la première fois que nous
faisons ces coordonnées, il n’y en a aucune trace dans l’ordinateur.
-C’est impossible sergent !
Vérifiez à nouveau.
-Nous sommes peut-être passés par une
autre porte dit Daniel. Je n’en ai aucun souvenir mais c’est plausible.
-C’est contraire à toutes les
procédures habituelles, dit Hammond, mais c’est possible. Cependant je ne me
souviens pas du retour de Teal’c de cette planète.
-Moi non plus général Hammond dit
Teal’c, je ne m’en souviens pas.
Les
images de la sonde leur parvenaient, c’était exactement ce qu’avait décrit Sam
dans son rêve. Une végétation luxuriante, un monde équatorial, des plantes et
des arbres à profusion, même les rayons des deux soleils dont la lumière
filtrait à travers les arbres.
-Refermez le vortex dit Hammond.
-Mon général, nous devrions aller y faire
un tour. Dit O’Neill.
-Négatif, colonel, tout cela ne me dit rien
qui vaille.
-Mais mon père ? Il va mourir ! Dit Sam avec désespoir.
Le
général lui fit comprendre que c’était trop risqué. Il lui expliqua que vu
l’état des blessures de Jacob c’était
malheureusement trop tard.
Sam
écrasa une larme, et murmura un « oui mon général » d’une voix faible.
Jack
la regardait, il ne savait pas trop quoi dire à ce chagrin muet. Les mots
n’étaient pas son fort.
-Venez, Sam, dit-il simplement.
Après
un instant de silence le général Hammond les renvoya tous à l’infirmerie. Il
avait décidé d’utiliser des drogues, pour essayer de débloquer leur mémoire. Ce
serait long il faudrait tester SG1, les personnes présentes dans la salle le
jour du retour de Teal’c. Il fallait faire vite, Hammond avait l’intuition
qu’un danger menaçait le programme, mais il ne savait pas quoi. C’était juste
une impression.
-Docteur Paris c’est à vous dit
Hammond.
Elle
revint avec une seringue remplie d’un liquide jaune pâle. O’Neil eut un
recul :
-Et vous comptez faire quoi avec
ça ?
-Vous l’injecter.
-Qu’est ce que c’est ? Dit-il.
-Du penthotal entre autres, et quelques
composés pour activer la mémoire.
-Ah oui, dit-il avec un ricanement. Ça ne marchera pas sur
moi !
-Pourquoi dites-vous ça ? S’étonna
Jessica.
-J’ai subi un entraînement spécial
contre les lavages de cerveau. Je résiste très bien à ce genre de chose.
Jessica
le regarda, surprise, Cet homme la surprenait, il était parfois d’une
incroyable gentillesse avec Sam, ou ses amis, mais il pouvait être parfois très
dur. C’est ce visage qu’il lui offrait en ce moment.
Elle
s’étonna :
-Qu’y a t-il colonel ?
-Je n’aime pas vos méthodes.
-Ordre du général Hammond dit-elle
simplement.
-Je maintiens que je n’aime pas vos
méthodes. On vous a déjà injecté ce poison ?
-Non, hésita t-elle un peu, mais je ne
fais qu’obéir aux ordres.
-Alors je vais vous expliquer ce que
cela fait. On ressent d’abord une grande chaleur dans tout le corps, comme si
la température montait brusquement, puis une grande faiblesse. Une douleur dans
la tête qui ne cesse que si on se laisse aller. Mais justement on ne se laisse
pas aller, alors la douleur augmente. Vous voyez, cela peut même vous rendre
fou, ce truc là. Et si comme moi on a subi un entraînement spécial, on lutte de
toutes ses forces, c’est obligé. On est conditionné pour ça, on ne peut pas
faire autrement. Alors je ne vous parle pas de la souffrance, elle est
inimaginable. Laissez tomber cette idée, docteur, elle est très mauvaise.
Jessica
blanchissait au fur et à mesure qu’il parlait, Sam aussi d’ailleurs, elle ne
savait pas que son colonel avait subi tout ça. Puis elle se rappela l’Irak. Où
il avait été oublié au fond d’un cachot pendant plusieurs mois. Puis lui revint
des images de tortures goa’ulds.
-Il a raison, Jessica. Il ne faut pas
employer les mêmes méthodes que les tortionnaires ou les goa’ulds.
Vous n’êtes pas militaire, vous n’avez pas à obéir à certains ordres. Le
général Hammond ne peut pas vous faire passer en cour martiale.
-D’accord je vais l’en informer.
Hammond
furieux pénétra dans l’infirmerie, il gronda avant même d’être arrivé devant
ses subordonnées.
-Colonel, vous refusez d’obéir à un
ordre direct ?
-Mon général, j’étais en train
d’expliquer au docteur que ce sérum ne fonctionnera pas sur moi.
Le
général hésita un instant, puis il repensa
aux entraînements parfois très durs
qu’avait subis le colonel O’Neill.
-Bon, d’accord, je comprends, mais ce
n’est pas le cas de votre équipe, n’est ce pas ?
-En effet, mon général.
-Docteur Paris, injectez le produit aux
autres personnes, mais pas au colonel O’Neill, c’est entendu ?
-Bien, général Hammond.
Daniel
fut le premier. Il trouva l’expérience assez très désagréable, mais pas
douloureuse comme l’avait dit O’Neill. Il se sentait très détendu et prêt à
répondre aux questions. Ce fut Jack qui les posa. Il fit preuve de la meilleure
volonté du monde mais il ne se rappelait absolument pas la mission.
Les
autres personnes se soumirent aussi au test, le sergent Davis, préposé à la
porte des étoiles, les autres techniciens présents. Stevens Paris également.
Jessica eut un petit sourire désolé quand elle fit l’injection à son frère.
Même
le général Hammond se soumit au rituel. Quant à Teal’c c’était inutile, son
symbiote empêchait toute incursion dans son subconscient. De toute façon, il ne
se rappelait rien du tout non plus.
Sam
fournit une foule de détails supplémentaires que sa mémoire consciente n’avait
pas enregistrée. C’était très instructif pour une future mission dans ce monde
inconnu.
Dans
la salle de briefing il y avait SG1 le général Hammond, Jessica Paris.
-Vos conclusions docteur ?
-Seule le major Carter a des souvenirs
de la mission. Daniel Jackson ne se souvient de rien, les autres membres du
personnel non plus. Je n’ai pas pu tester le colonel, c’est vraiment dommage,
car il aurait pu corroborer ce qu’a dit le major.
-C’est très dommage en effet, mais il y
a une chose que l’on a pas faite et qui pourrait marcher sur le colonel, c’est
l’activateur de mémoire Tok’ra, dit Teal’c.
-C’est une excellente idée, mon
général, pourquoi n’y avons-nous pas pensé plus tôt ? Dit Daniel.
-Malheureusement c’est impossible, nous
ne pouvons pas contacter les Tok’ra, nous n’avons pas
les coordonnées de leur nouvelle base.
Le
général Hammond leur expliqua que cela faisait plusieurs jours qu’il cherchait
à joindre les Tok’ra sans succès pour leur dire où
était Jacob. Peut–être aussi dans l’espoir d’avoir des nouvelles de son ami. La
mort de Jacob était insupportable à ses yeux, et voir le petit visage pâle du
major était douloureux pour lui.
Il
conclut en disant qu’il fallait attendre que les Tok’ra
les contactent.
Sam
se dirigea d’un pas lourd vers son labo. Elle referma la porte derrière elle et
se laissa glisser le long du mur. Là loin des regards de tous elle pleura. Elle
n’en pouvait plus de cette tension. Elle n’en comprenait pas pourquoi le
général Hammond attendait pour envoyer une mission sur P3J111. Il ne devait
plus avoir aucun espoir de revoir Jacob vivant. Elle n’entendit pas le colonel
entrer. Il s’assit à côté d’elle, et la prit dans ses bras.
-Mon colonel !
-Arrêtez de pleurer Sam, je vais
accepter le sérum, il faut qu’on sache.
-Vous avez dit que ça n’aurait pas
d’effet sur vous ? Que ça vous ferait souffrir, c’est tout.
-Tant pis, il faut essayer.
-Je ne peux pas accepter mon colonel,
c’est trop cruel, et j’ai peur que ça ne serve pas à grand chose.
-Pas si on prend des doses plus fortes,
dit-il simplement. Ça pourrait marcher.
-Non, je refuse.
Il
était prêt à souffrir le martyre pour elle. Elle en était bouleversée.
Elle
resta un moment blottie dans ses bras. Ils ne disaient plus rien. Son cœur se
calmait, elle se sentait mieux.
-Mon colonel ?
-Oui Carter ! Et voyant son
visage, vous avez une idée ?
-Oui, je me souviens, nous avons
rapporté un activateur de mémoire Tok’ra d’une de nos
missions. Je pourrais peut–être apprendre à m’en servir et ce sera moins
douloureux pour vous.
-Vous pourriez faire ça Carter ?
D’habitude il n’y a que les Tok’ra qui peuvent
l’utiliser, c’est pas une histoire de naquada ?
-Si bien sûr, mais j’ai du naquada dans le sang, je peux utiliser une arme de poing,
ou une pierre de guérison, pas toujours très bien, c’est vrai. Je ne contrôle
pas ma force, mais on peut toujours essayer. De toute façon, ça vous fera
beaucoup moins mal que le sérum. Allons tout de suite en parler au général
Hammond.
Le
général Hammond accepta avec enthousiasme la proposition de Sam. Le dispositif
fut extirpé de son placard où il était en sommeil depuis plusieurs mois.
C’est
Sam qui planta l’activateur sur la tempe du colonel. Il grimaça.
-Je ne m’y ferais jamais râla t-il.
Il
n’y aurait pas d’images. Le dispositif pouvant faire remonter des souvenirs
trop personnels à la mémoire, par discrétion le général Hammond avait pris
cette décision. Ce serait au colonel de faire le tri dans ses souvenirs et de
dire seulement ce qui concernait la mission.
Jack
était assis confortablement dans un fauteuil, devant lui se tenait Hammond Sam,
Daniel, Teal’c et le personnel médical nécessaire, Jessica et Janet.
Avec
un petit stylet Sam activa le dispositif.
Aussitôt
Jack perdit le sens de la réalité. Il essaya machinalement de résister. Mais la
force était trop puissante et malgré lui il replongea dans son passé.
-Colonel, appela Hammond,
colonel !
Jack
grimaça, puis il cria, la douleur était forte, violente, il la ressentait dans tout son être.
-Major, débranchez le dispositif !
Hurla Hammond.
Jack
reprit ses esprits
-Colonel ça va ? Qu’est ce qui se
passe ?
-J’étais plongé dans un des pires
souvenirs de ma vie. J’ai du mal à faire le tri, mon général. Je crois qu’il
faut que vous me guidiez, par des questions. Sinon, je plonge et je ne peux pas
remonter.
-Major, allez-y, pouvez vous régler
l’intensité ?
-Oui mon général, je vais mettre moins fort.
Sous
l’action du dispositif, Jack se rappela beaucoup de choses de la mission. Ils
étaient allés d’abord sur P8C122, devant l’imminence du danger ils avaient fait
le code de la terre, mais pour une raison qu’ils n’avaient pas comprise le
vortex ne s’était pas ouvert. Sam avait alors fait le code de P3J111, dont elle
se souvenait. Puis il raconta la même
chose que Sam. Cette mission stupide, leurs vêtements volés, cette grotte qui
changeait de forme. Mais il n’avait aucun souvenir de leur retour sur terre.
Son
récit ressemblait à celui de Sam, il différait sur un point la planète P8C122
dont elle n’avait pas parlé.
-Je vois, dit Hammond, vous êtes tombés
dans un piège Goa’uld. Mais comme personne ne se rappelle la suite de la
mission, j’ordonne que toutes les missions soient suspendues. Tout le personnel
sera affecté à la recherche d’indices sur les ordinateurs. Pendant ce temps,
SG1 je vous renvoie sur cette planète pour essayer d’en savoir plus. Maintenant
que vous savez qu’un danger vous y attend, vous serez plus prudents. Jessica
Paris se joindra à vous ajouta-t-il après une légère pause.
Elle
les attendait. Elle n’avait aucune certitude, mais elle avait confiance en ses
pouvoirs. Elle trouvait cette attente délicieuse. Tout était prêt pour les
accueillir. Dans son palais sur Revana elle se relaxait, l’esclave venait de quitter
son lit, elle était bien, détendue, prête à l’action. Elle regarda encore dans
son esprit les images de Sam Carter et de Jack O’Neill. Elle riait.
Avec
le don, elle puisait dans l’esprit des autres ce qu’elle voulait, elle avait
développé ce talent depuis dix ans qu’elle le possédait. Mais elle s’était
aperçue au fil du temps qu’elle pouvait projeter des images. Au début cela
était infime. Elle s’était rendue compte
que ses esclaves devançaient ses désirs d’une manière étonnante. Elle
avait mis ça sur le compte du hasard. Mais elle s’était vite aperçue qu’elle
pouvait projeter dans leur esprit des images. Elle leur suggérait par exemple
l’image d’une boisson fraîche. L’esclave lui apportait dans les quelques
minutes qui suivaient le verre désiré. Elle découvrit avec extase ce nouveau
pouvoir et pensa tout de suite qu’elle fabuleuse force cela pouvait être. Elle
lisait les pensées des autres et en plus elle leur envoyait des images. Pendant
plusieurs années elle s’entraîna. Elle avait une patience incroyable et une
intelligence redoutable qu’elle sut mettre au service de son ambition.
La
pensée n’a pas besoin de support pour voyager, pas besoin d’ondes porteuses ni
de vortex. Elle accrut sa puissance de façon considérable quand elle s’aperçut
que les images voyageaient instantanément dans la galaxie. Au départ il fallait
qu’elle soit près de sa victime. Maintenant ce n’était plus nécessaire. A
distance elle pouvait agir. Le dispositif d’enregistrement d’images de Nirti lui avait été précieux dans ce plan. Comment viser la
Tauri ? Sinon à travers ses plus ardents défenseurs. Son plan était
ambitieux elle le savait. C’est alors qu’elle avait envoyé le rêve à Sam, le
colonel lui avait posé problème, il était très résistant. Mais elle s’enfonça
dans l’esprit de Sam comme dans une pâte molle, et y injecta de puissantes
images sous forme de rêve. Elle savait que
l’histoire de la disparition de leurs vêtements frapperait leurs
esprits. La mort de Jacob avait été la cerise sur le gâteau. Elle aurait voulu atteindre tous les membres de
l’équipe, mais elle s’était aperçue que ce travail lointain l’avait beaucoup
fatiguée. Chez le colonel, elle avait trouvé une résistance inattendue. Elle
s’était contentée de lui envoyer quelques bribes de rêve. Elle n’avait pas eu
la force de faire plus. Elle avait du abandonner l’idée de tous les contaminer.
Elle espérait que cela suffirait.
Maintenant
il ne lui restait plus qu’à attendre.
Ils
avançaient en file indienne, escaladant des collines, descendant des vallons.
Depuis la porte des étoiles la végétation était luxuriante. Sur la planète
P3J111 régnait un climat tropical, chaud et humide qui les
rendait moites de transpiration. Deux soleils filtraient leurs rayons
brûlants à travers un brouillard fait de
fines gouttelettes. Des bestioles
rampantes de toutes sortes grouillaient sur le sol, l’air était rempli de
moustiques. Mais il ne semblait pas y avoir de vie humaine à des kilomètres à
la ronde. Ils marchaient depuis un moment déjà quand une pluie fine et chaude
se mit à tomber.
Sam
s’arrêta brusquement :
-Vous vous rappelez mon colonel ?
-Oui, très bien, et il me semble que
c’est là que nous avons eu des ennuis.
A
ce moment là Jessica s’éloigna d’eux.
-Où allez-vous docteur Paris, cria
O’Neill, il ne faut pas se séparer.
-Je reviens tout de suite dit-elle,
j’en ai pour une minute.
Comme
O’Neill allait insister :
-Mon colonel, dit Sam avec un sourire,
je crois qu’il vaut mieux la laisser seule.
-Oh, je vois !
Jessica
avança de quelques pas, et c’est alors qu’elle la vit. Zarabée
était seule au milieu de la clairière.
La
jeune femme avança d’un pas, hypnotisée,
elle était sous le choc. Puis tout lui revint d’un coup, la mémoire de ces
terrifiants évènements qu’elle avait vécus dans le passé. Elles se regardaient
sans un mot. La main de Zarabée se leva et un puissant rayon vint la frapper au
milieu du front. Elle tomba.
Dès
qu’elle la vit, Zarabée avait eu un instant d’hésitation et elle avait changé
immédiatement ses plans. La solution s’offrait à elle, si simple, si évidente
qu’elle sentit une joie puissante, l’envahir. Elle sut immédiatement ce qu’il
fallait faire. Elle en tremblait d’excitation.
Jessica
revint vers SG1, après quelques minutes. Elle marchait lentement, son esprit
encore troublé par la découverte qu’elle venait de faire. Ils visitèrent la
planète, les grottes, aucune trace de cadavres des Tok’ra.
C’était comme s’il n’y en avait jamais eu. Il n’y avait pas de traces de sang
non plus, rien qui eut pu dire qu’un drame s’était déroulé dans cet endroit.
O’Neill
soupira :
-Major je pense que nous avons été tous
les deux victimes d’hallucinations. Je ne vois pas d’autre chose.
-Vous avez sans doute raison, mon
colonel, peut être avons-nous inhalé une substance hallucinogène ? Nous ne
le saurons sans doute jamais.
-Nous allons rentrer décida O’Neill, il
n’y a rien ici.
-Est-ce que cette planète appartient à
un goa’uld ? Dit Daniel.
-Sans doute répondit O’Neill, mais à
mon avis ce n’est pas la peine de l’attendre.
Fin de la mission, fin de l’histoire, nous rentrons.
Voilà
mon général, ce que l’on peut dire en conclusion dit Sam. Nous avons été
victimes d’hallucinations. Est-ce qu’on a trouvé quelque chose dans les
ordinateurs ?
-Lieutenant Paris dit Hammond ?
-Rien mon général dit le jeune homme,
tout est en ordre. Les coordonnées de la planète P3J111 figurent bien dans
l’ordinateur, c’était une destination qui devait être visitée prochainement.
-Bien dit le général, nous supprimerons
les coordonnées de cette planète. Elle ne me paraît pas très intéressante, à la
limite dangereuse, s’il y a des drogues hallucinogènes.
Maintenant,
vous passez tous à l’infirmerie pour votre visite habituelle.
Les
examens se déroulèrent sans problèmes, ils étaient restés très peu de temps et
la visite fut faite rapidement. Chacun put retourner facilement vaquer à ses
occupations.
Sam
reprit le chemin de son labo et ne fut pas surprise d’y voir débarquer le
colonel quelques minutes plus tard, Jessica
le suivait de près.
-Entrez tous les deux, puisque vous
avez décidé de ne pas me laisser travailler !
-Major, je trouve que vous travaillez
trop dit O’Neill, n’est ce pas docteur dit –il en se tournant vers
Jessica ?
Elle
rit :
-Entièrement de votre avis, colonel, et si
on allait dîner en ville, on pourrait demander à Teal’c et à Daniel de nous
rejoindre ?
-C’est pas une mauvaise idée, dit Sam.
Qu’en pensez-vous mon colonel ?
-Je dis que je suis d’accord.
Ils
se retrouvèrent dans une petite pizzeria de Colorado Springs. Et passèrent une
excellente soirée, à rire des plaisanteries de Jack, de l’impassibilité de
Teal’c, des récits passionnants de Daniel, enfin pas pour tous. Jessica se
sentait bien avec eux, elle regardait beaucoup le colonel essayant de mieux
comprendre cet homme qu’elle trouvait mystérieux. Au moment du départ, Jessica
fit remarquer qu’elle n’avait pas de voiture pour rentrer chez elle. O’Neill se
proposa aussitôt de la ramener. Sam lui jeta un regard surpris, il n’avait pas
l’habitude de proposer ces services de cette façon. Jessica eut un petit
sourire.
-Quoi ! Major qu’est ce qu’il y a ?
-Rien mon colonel, rien.
Ouverture
non programmée de la porte hurlait le
sergent.
Le
vortex s’ouvrit puis se referma au bout de quelques minutes.
-Avez-vous un moyen de voir d’où venait
le signal sergent ?
-Non mon général, c’est
impossible.
Sam
arriva au moment où le vortex se refermait.
-Que se passe t-il mon général.
Au
moment où le général Hammond ouvrait la bouche pour expliquer à Sam la
situation le sergent cria à nouveau :
-Ouverture non programmée de la porte.
Et
les chevrons s’allumaient, le vortex s’ouvrait, puis se refermait au bout de
quelques minutes.
Cela
recommença plusieurs fois au cours de la journée.
Sam
travailla une partie de la nuit sur les ordinateurs de la base pour essayer de
découvrir d’où venait ce mystérieux visiteur qui demandait l’ouverture du
passage. A chaque fois l’iris restait fermé. La communication n’était établie
que quelques minutes à chaque fois.
-Une idée de ce qui se passe major
s’impatienta le général ?
-Non mon général, ce doit être une
attaque goa’uld. Mais je ne vois pas du tout d’où cela peut venir.
-Vous pensez à quelqu’un en particulier
dit le général ?
-Mon général, ils sont nombreux dans
cette galaxie à vouloir entrer, on a que l’embarras du choix, avec ces
serpents répondit O’Neill : Yu, Baal, Nirti, et d’autres plus
ou moins malfaisants !
-Je sais colonel, mais j’aurais aimé
avoir des certitudes. Bien rompez maintenant, il est l’heure pour tout le monde
de prendre du repos. En espérant ne pas être dérangé cette nuit.
Le
lendemain matin, Hammond fit venir O’Neill dans son bureau.
-Colonel, je voudrais vous parler de la
planète P3J111.
-Mais je croyais qu’on avait enterré
toute cette histoire ?
-En fait pas vraiment, je voudrais que
vous alliez sur cette planète en mission d’exploration.
O’Neill
s’étonnait :
-Mais mon général ?
-C’est un ordre Jack !
-Vous êtes sûr mon général ?
-Absolument.
-Bon je vais réunir mon équipe.
Le
général Hammond hocha la tête :
-Vous devez y aller seul,
colonel !
-C’est pas très régulier tout ça
pourquoi ?
-Ordre du président colonel.
O’Neill
était surpris :
-Mais ce n’est pas le président qui
commande cette base !
-En fait non, mais s’il donne un ordre
on obéit. Vous emmènerez le docteur
Paris avec vous colonel.
-Quelle sera notre mission ?
-Ramener un peu de ces plantes
hallucinogènes de la planète.
-Mon général ça n’a pas de sens je n’y
connais rien en plantes !
-En fait c’est simple, vous accompagnez
le docteur Paris, c’est elle qui s’occupera des plantes.
O’Neill
fixait le général et trouvait que cette mission était très particulière. Mais
il avait l’habitude des missions secrètes et savait obéir à un ordre quand il
le fallait. Il supposait que d’autres ordres l’attendaient sur la planète et
que ce ne serait qu’une couverture.
-A vos ordres mon général, nous partons
quand ?
-Ce soir. A 20 h précises.
-Bien mon général. Je vais aller
préparer tout ça avec le docteur Paris.
A
l’infirmerie Jessica préparait son matériel
et ses instruments pour mesurer les plantes et leur taux d’alcaloïdes.
Elle sourit à Jack quand il déboula dans l’infirmerie.
-Vous êtes prête dit–il.
-Presque, j’ai là tout mon matériel.
Mais je ne comprends pas trop cette mission.
-Moi non plus docteur, mais il faut
obéir.
-Vous croyez que ça cache quelque
chose ?
-C’est probable, mais nous verrons ça
sur place.
A
20 heures précises Jessica et O’Neill étaient dans la salle d’embarquement
prêts au départ. Ils étaient lourdement chargés.
Sam
aussi était là et surprise de ne pas
être du voyage Le général Hammond lui avait expliqué ainsi qu’à Teal’c
et Daniel que seuls Jessica et Jack partaient sur cette mission.
La
voix du général se fit entendre dans le haut-parleur.
-Colonel, vous avez deux jours. Bonne
chance.
Le
vortex les avala en un éclair et tout se
referma.
La
végétation était toujours aussi luxuriante près de la porte. Comme O’Neill
voulait se mettre en marche, Jessica le retint par la manche :
-Regardez !
Deux
hommes vêtus de longues tuniques blanches sortirent de la forêt à leur
rencontre. O’Neill leva doucement son arme, prêt à les mettre en joue si un
danger s’annonçait. Ils s’avançaient souriant et l’un d’entre eux leur adressa ces quelques mots :
-Nous devons vous emmener sur une autre
planète.
-Vous devez ? Dit O’Neill,
méfiant.
-Oui, c’est un ordre de votre général
Hammond.
Il
regarda Jessica qui fit un geste d’impuissance.
-Où allons-nous ? Et il essayait
de se rapprocher du shapaï pour voir les coordonnées que l’un des deux
commençait à entrer quand il entendit un cri, Jessica venait de tomber. Il se
retourna et pendant cette seconde d’inattention les coordonnées étaient déjà
entrées et le vortex s’ouvrit.
-Ça va docteur ?
-C’est rien dit-elle en se relevant,
j’ai glissé.
-Venez dit le plus grand des deux
hommes.
Ils
entrèrent à leur suite dans le shapaï.
Le
paysage était très différent de ce côté –ci de la porte. C’était une planète
tempérée, avec un climat doux. Des prairies verdoyantes s’étendaient à perte de
vue. O’Neill suivit sans méfiance les deux hommes. Mais au détour d’un chemin
une armée de jaffas pointaient leur lance sur eux. Les choses se précipitèrent,
on leur enleva toutes leurs armes, on les délesta de leur matériel, et ils
durent continuer le chemin entourés d’une dizaine de jaffas agressifs qui
n’attendaient qu’un geste des prisonniers pour les descendre. O Neill sentit
leur agressivité et les suivit docilement jusqu’à une grande maison. Ce n’était
pas un palais mais juste une maison de belle apparence dans le style années
vingt. Ils furent conduits dans une grande pièce vide.
O’Neill
était furieux et il arpentait la pièce à longs pas nerveux :
-J’appelle ça se faire piéger en
beauté, ah Général Hammond ! Râla
t-t-il.
Un
jaffa entra et prit brutalement Jessica par le bras.
O’Neill
voulut s’interposer
-Où
l’emmenez-vous ?
Un
coup de zat fut la seule réponse du jaffa, le coup le
jeta à terre, il cria et resta sonné un moment. Il attendit que la douleur
diminue pour se lever, il était seul.
Une
heure plus tard on vint le chercher. Cette fois-ci il se méfia et ne protesta
pas, se contenant de surveiller l’homme qui pointait un zat
sur lui.
Sur
le seuil d’une grande pièce, il s’arrêta interloqué. Devant lui, Jessica était
magnifiquement vêtue d’une longue robe noire brodée de fils d’or. Elle se
tenait debout immobile sans sourire, regardant au loin, comme détachée de tout.
Alors apparut une autre jeune femme vêtue de la même robe, les mêmes cheveux
couleur de miel se balançant légèrement à chaque pas, les mêmes yeux verts.
Mais elle, elle était souriante et
triomphante.
Le
regard d’O’Neill passa de l’une à l’autre ; Elles étaient absolument
identiques.
Un
gouffre s’ouvrait sous ses pieds.
2ème
partie
C’était comme
dans un vieux tableau. Le pinceau facétieux de l’artiste les avait figés en un
moment particulier plein d’une intense émotion : O’Neill les yeux
légèrement écarquillés, la bouche entrouverte, Jessica silhouette immobile au
regard lointain comme absent, et Zarabée, ses yeux
lumineux brillant de l’éclat du
triomphe.
Le tableau s’anima
lentement. Il fit un pas en arrière, l’étonnement ne quittait pas son visage,
il les regardait toutes les deux si pareilles et pourtant si différentes, dans
leurs expressions.
Ce fut lui qui rompit
les chiens le premier.
Son doigt passa de l’une
à l’autre :
-Et vous êtes ? …
-Nous sommes sœurs, dit-elle. Jessica est ma jumelle.
O’Neill ne comprenait
toujours rien à ce qui se passait. Il avait pensé un moment qu’elles avaient du
échanger leur vie, mais il n’en voyait pas la raison.
-Et vous le faites souvent ce petit tour de
passe-passe ?
Elle ne put s’empêcher
de rire :
-Tu n’as rien compris n’est ce pas ?
Il fit une petite moue
tout à fait significative.
-Qu’est ce que vous lui avez fait, elle a l’air tout
chose ? Dit-il en montrant Jessica.
-Oh, c’est rien, ne t’inquiète pas.
-Pourquoi vous me tutoyez ? On se connaît ?
-Oui, je viens de passer quinze jours dans ta base.
Il pâlit et la regarda avec stupeur
-Ce
n’est pas Jessica qui est rentrée avec nous ?
-Eh
non !
Il comprenait qu’ils
avaient tous étés joués en beauté, mais il ne savait pas du tout qui elle
était. Pourquoi cette jumelle apparaissait maintenant sur une lointaine planète ? Et pourquoi Jessica n’avait-elle rien
dit ? Il se dit que finalement ce
n’était pas si bizarre que ça. Il y avait peu de temps que Jessica était entrée
à la base, et il n’y avait jamais eu de
conversations personnelles entre eux, juste des relations de travail. Jessica
était une jeune femme très compétente dans son métier, elle avait en charge une
partie de l’infirmerie, c’était elle qui s’était occupée de SG1 au moment des
rêves de Sam. A part la soirée qu’ils avaient passée à la pizzeria ils n’avaient
jamais eu l’occasion de la rencontrer en dehors du travail. Puis il se dit que
finalement ce soir là au restaurant ce n’était pas Jessica mais Zarabée, qu’ils avaient avec eux.
Zarabée
s’approcha de lui et lui prit la main. Il la laissa faire attentif au moindre
de ses gestes, mais elle ne lui parut pas agressive à ce moment là. Elle leva
les yeux sur lui, il était si grand, qu’elle en éprouva du dépit. Un flot de
colère l’envahit, la lumière jaillit de ses yeux mais il ne la vit pas, elle
avait baissé la tête.
Elle se contenta de lui
enlever sa montre.
-Très jolie montre, il y a un chronomètre dessus ?
Il hocha la tête.
-Si j’ai bien compris le général Hammond, il t’a accordé
deux jours pour aller chercher de
stupides plantes sur une planète où vous n’aviez eu que des ennuis, c’est bien
ça ?
Et comme il ne répondait
pas :
-C’est beaucoup deux jours ? Non ? Tu ne crois
pas ? Vous en aviez normalement
pour une heure ! Pas plus ! Si
mes calculs sont bons, il te reste quarante-sept heures pour me donner le code de ton iris.
Il se permit un léger
sourire qui étira ses lèvres mais ne monta pas jusqu’à ses yeux. Son regard
était dur, il la scrutait, essayait de lire en elle. Il commençait à comprendre
que ces quarante-sept heures ne seraient
pas une partie de plaisir.
Mais jamais il n’aurait pu imaginer ce qui l’attendait.
A la base, le général
Hammond ressentait une inquiétude sourde qui ne lui était pas habituelle. Plus
il réfléchissait à l’ordre du président, plus il trouvait que la mission qu’il
avait confiée à O’Neill n’avait aucun sens. Il se rendit dans son bureau et
chercha dans l’ordinateur l’enregistrement de la conversation qu’il avait eu
quelques heures plus tôt avec le chef de la maison blanche. Tous les appels
étaient codés dans l’ordinateur et après une succession de mots de passe, il
eut accès aux enregistrements de tous les coups de fils reçus dans la journée.
Son cœur rata un battement, il n’y avait aucun appel de la maison blanche.
Il s’assit lourdement à
son bureau et essaya de faire le vide dans son esprit. Comment avait-il pu
envoyer O’Neill et Jessica sur cette planète ? Pourquoi ? Cet appel
n’avait jamais eu lieu, il avait été piégé. Pourtant il n’avait jamais mis les
pieds sur P3J111. Un puissant Goa’uld était derrière tout cela. Et puis cette
porte des étoiles qui s’était ouverte des dizaines de fois, tout cela n’avait
aucun sens.
Il appela le major
Carter qui travaillait dans son laboratoire
-Major, pouvez-vous venir immédiatement dans mon bureau.
Elle ouvrit la porte et
trouva que le général avait vraiment mauvaise mine.
-Vous allez bien mon général ?
Il lui fit signe de
s’asseoir.
-Pas vraiment major, je crois que nous avons un gros
problème. Je voudrais que vous fassiez un diagnostic de contrôle de tous les
ordinateurs de la base.
-Nous cherchons quoi, mon général ?
-Un faux appel téléphonique.
Et devant le regard
surpris de Sam,
Je ne peux rien vous
dire de plus, major, je suis désolé.
-Avez-vous des nouvelles du colonel ? Dit-elle d’une
voix calme.
-Pas encore major, cela ne devrait pas tarder.
Quelques heures plus
tard Sam rendit compte à Hammond de sa
mission
-Il n’y a eu aucun appel suspect mon général.
Le général réunit les
principaux officiers du SGC et décida de leur expliquer la situation. Celle-ci
était suffisamment grave et embrouillée, il avait besoin de toutes les
compétences nécessaires. Il leur expliqua tout depuis le début, ou du moins ce
qu’il en savait. Quelque chose ou
quelqu’un l’avait influencé quand il avait envoyé O’Neill et Jessica sur une
planète hostile en leur donnant deux jours pour une mission si courte.
-On peut annuler le code mon général dit le sergent Siller.
-Oui, mais on les coupe alors de la base définitivement, et
je connais les ressources du colonel, s’il y a quelque chose à trouver sur
cette planète, il le trouvera, et me fera son rapport.
-Alors que fait-on mon général ?
-On contacte la planète et on essaie de joindre le colonel.
On va d’abord envoyer une sonde.
Ce qui fut fait
aussitôt. La sonde montra de nombreux jaffas.
-Fermez tout dit le général, avec lassitude.
Il était en effet
inutile d’aller plus loin. Les officiers quittèrent la salle d’embarquement,
O’Neill et Jessica avaient été faits prisonniers, ou ils avaient été tués. Mais Hammond se refusait d’envisager cette
situation extrême pour le moment.
Dans la salle sur un
signe de Zarabée, les esclaves avaient apporté le
repas. Une table fut dressée et Zarabée s’assit et
fit signe à O’Neill de se mettre en face d’elle.
Il regardait Jessica
avec inquiétude.
-Tu ne pourrais pas faire quelque chose pour elle ?
Zarabée
sourit :
-Si ça peut te faire plaisir. Elle passa doucement son arme
de poing sur le front de Jessica qui semblait revenir d’un long sommeil. Elle
perdit l’équilibre et se serait écroulée si O’Neill n’avait eu le réflexe de la
retenir dans sa chute. Il alla la déposer sur un canapé, elle ouvrit les yeux
et se mit aussitôt à pleurer.
-Elle vous a eu aussi mon colonel dit-elle.
-On le dirait bien dit–il avec une grimace.
Dès qu’elle avait vu sa
soeur, Jessica avait aussitôt retrouvé la mémoire. Tout ce qui s’était passé
dans le temple lui était revenu en longs flashes lumineux et déstabilisants.
Elle avait laissé SG1 un instant, poussée par une force inconnue et s’était
éloignée de quelques pas. Dans une clairière elle avait vu Zarabée
accompagnée de deux jaffas.
Elle se revit dans le
temple égyptien dix ans plus tôt. La chaleur avait écrasé le désert tout
l’après-midi, Jessica et sa soeur Helena
avaient trouvé la fraîcheur du temple si agréable, qu’elles avaient
décidé de le visiter de fond en comble en attendant que la température
rafraîchisse.
C’était un temple
magnifique, un peu sombre, composé de plusieurs salles dont les murs étaient
couverts de hiéroglyphes. C’était Helena la spécialiste des inscriptions
anciennes. Elle savait déchiffrer comme pas un les caractères les plus
mystérieux. Elle était curieuse de tout
et s’apprêtait à passer un fantastique après midi dans le temple. A un moment
elles se trouvèrent séparées, Jessica s’était éloignée vers une autre salle,
laissant Helena penchée sur ses inscriptions.
Le mouvement fut brutal,
mais très bref. Jessica retourna rapidement vers l’entrée du temple, il lui
avait semblé que la terre avait tremblé. Elle appela sa sœur, en vain. Celle-ci
trop absorbée n’avait pas fait attention, et dans cette partie du temple on
avait moins ressenti la secousse.
-Helena appela t-elle encore.
La deuxième secousse fut
beaucoup plus forte et des pierres tombèrent de la voûte.
Elle hurla :
-Helena,
Et le cauchemar avait
alors commencé. Elle avait très
nettement vu cette jarre tomber et une chose s’en échapper mais cela n’avait duré qu’une seconde, il
faisait sombre dans le temple ; elle avait aussi vu cette chose se jeter
sur sa sœur et pénétrer dans sa nuque. Elle n’était plus qu’à quelques mètres d’elle quand cela
s’était produit. Helena s’était relevé aussitôt, puis elle avait commencé à
faire des choses étranges, déplacer des pierres, prendre un objet dans une
niche.
Elle avait continué
d’appeler :
-Helena qu’est ce qui se passe ?
Alors elle avait vu
cette lueur étrange jaillir de la main de sa sœur, elle avait trébuché ressenti
une chaleur intense sur le front, comme si son cerveau était entré en
ébullition. Une souffrance inimaginable l’avait alors envahie. Le rayon l’avait
lâchée, puis elle était tombée
lourdement sur le sol. Avant de sombrer dans l’inconscience elle avait
entendu un grondement, et vu la silhouette de sa sœur s’éloigner.
Elle l’avait appelée une
dernière fois, mais aucun son n’était
sorti de sa bouche ; tout son esprit
s’était alors effondré, tombé en déliquescence, et avant même que sa tête ne touche le sol, elle
avait déjà tout oublié.
-Donne-moi le code dit
Zarabée.
-Avant, explique-moi tout.
Il cherchait à gagner du
temps. Il savait qu’il n’y aurait aucune rémission possible pour lui. Elle le
torturerait jusqu’à ce qu’elle obtienne ce foutu code.
Elle le regarda
surprise :
-Tu es très fort. Je n’arrive pas à lire en toi. Il y a
quelque chose qui fait obstacle.
-Tu
es télépathe s’étonna t-il ?
Elle ricana :
-Tu es peut-être fort mais pas très intelligent. Je lis
dans les pensées depuis ma fusion avec
Helena. Elle possédait ce don merveilleux qu’elle m’a communiqué.
-Communiqué ! Tu lui as piqué oui !
Elle était furieuse de
son interruption et le gifla violemment.
Il s’en voulut aussitôt
de l’avoir fâchée. Du calme O’Neill il
reste beaucoup de temps se dit-il. Il ne faut pas l’énerver, sinon elle pourra
rendre ton séjour très désagréable.
Jessica était
revenue à elle. Zarabée lui fit signe de venir et
elle la fit asseoir près d’elle.
O’Neill put les regarder
de plus près. La ressemblance était frappante. Seule Zarabée
souriait, Jessica avait oublié ce que c’était depuis longtemps.
Ce fut elle qui parla la
première.
-Que vas-tu faire de nous ? Tu es un goa’uld n’est ce
pas ? Je me souviens dans le temple. Qui es-tu ?
-Je suis la fille de la terrible Sekhmet, elle-même fille de
Râ.
-Râ ? Fit O’Neill d’un air innocent, celui que nous
avons tué ? Il n’avait pas pu s’en
empêcher et se mordait déjà les lèvres
devant les yeux flamboyants de Zarabée.
-Quelle insolence hurla t-elle, elle leva son arme de poing,
O’Neill se préparait déjà au choc, mais la flamme s’éteignit et elle baissa sa
main.
O’Neill ne comprenait
pas. Il la regardait au fond des yeux. Elle soutint son regard, et un autre
sourire étira ses belles lèvres, un sourire qui découvrit ses dents très
blanches mais qui lui parut menaçant malgré sa beauté.
-Assez discuté dit-elle brusquement, passons aux choses
sérieuses. Jaffas !
O’Neill se crispa, les
muscles de ses épaules se contractèrent. Il se leva lentement comme elle le lui
ordonna et il vint se placer à côté de Jessica, comme pour la protéger.
Celle-ci était terrifiée, de la nouvelle apparence de sa sœur.
Les gardes le
conduisirent dans une sorte de pièce sans fenêtre, il fut juste attaché à une
chaise, et la porte se referma.
Quelques instants plus
tard, la porte s’ouvrit
-C’est moi, colonel, Jessica.
Il hésitait, elle se
ressemblait tant.
-Comment savoir si c’est vous ?
-Ils m’ont enfermée avec vous ! C’est bien une preuve
ça !
Il entendit en effet la
clé tourner dans la serrure.
-C’est moi, je vous dis que c’est moi Jessica.
-Je veux bien vous croire, vous ne pourriez pas essayer de
me détacher.
Les liens n’étaient pas
trop serrés. Elle put les défaire facilement.
-Qu’est ce qu’elle veut ? Pourquoi elle nous garde
ici ? Si elle est télépathe elle doit tout savoir, je veux sortir d’ici,
elle tapait dans la porte, les gardes impassibles de l’autre côté du battant,
ne bougeaient pas, elle va nous torturer !
Il l’écoutait, la
regardait s’agiter, elle bougeait en tout sens. Il en était surpris. Ce n’était
pas le genre de Jessica de paniquer ainsi. Mais un doute subsistait dans son
esprit, il ne la connaissait qu’à la base, pas dans des situations de
crise. Mais finalement cela ne l’étonna
pas outre mesure quand elle s’approcha de lui et lui mit les mains sur les
tempes.
-Donne –moi le code de ton iris. Il ne reste que 37 heures
dit Zarabée, j’attends.
-Oh tu peux attendre longtemps dit O’Neill sans se départir
de son calme.
Il ajouta :
-Comment toi si mauvaise tu peux arriver à imiter ta sœur
d’une façon si convaincante !
-Je devrais te punir pour cette remarque, mais je vais la
prendre pour un compliment.
-Pourtant ce n’en est pas un.
-Insolent ! Dit-elle, mais elle rit.
Ils étaient revenus dans
la salle des repas. O’Neill n’était ni attaché, ni contraint. Sa seule crainte
était Jessica, que Zarabée lui fasse du mal, si le
besoin s’en faisait sentir. Il restait tout de même sur ses gardes, en
apparence docile. Au fond de lui, il luttait pour essayer d'oublier cette série
de chiffres et de lettres qu'elle tenait absolument à savoir. Il commençait à avoir un sacré mal de tête,
il pensait à juste raison que ça ne ferait qu’empirer. Alors inutile de la
fâcher.
Il lui demanda tout de
même :
-Tu lis les pensées à distance ?
-Oui, elle hésitait un peu, elle savait qu’elle ne
résisterait pas au plaisir de tout lui dire, elle était si fière d’elle, mais
elle ne voulait pas perdre trop de temps. Essayer d’entrer par effraction dans
l’esprit d’O’Neill la fatiguait beaucoup. Elle en était surprise.
Elle lui sourit :
-Mais je fais beaucoup mieux que cela, j’ai envoyé des rêves
à Sam pour vous faire venir à moi. Avoue que je n’ai pas mal réussi.
-Donc, dit-il nous n’avons jamais vécu cette mission stupide
sur la planète. Jacob Carter n’est pas mort, c’est Carter qui sera heureuse
d’apprendre ça !
Elle le fixa,
interloquée :
-Parce que tu penses rentrer chez toi et le lui dire ?
Dit-elle d’une voix doucereuse.
-Oui, répondit-il fermement.
-Mais tu ne sortiras pas d’ici vivant ! Que tu me dises
ce que je veux savoir ou non ! Je ne pourrais pas te laisser rentrer.
Son visage à lui, était
si impassible qu’elle douta. Soit, il s’était résigné à son sort depuis
longtemps, soit il avait dans sa manche un atout qu’elle ne soupçonnait pas.
Son regard était calme,
il était assis sur le canapé dans une posture décontractée, vêtu simplement
d’un pantalon et d’un tee shirt, il ne paraissait pas
désarmé comme elle aurait voulu qu’il le soit. Elle le regarda attentivement,
c’était un duel entre deux fortes personnalités, un duel inégal somme toute, il
n’était qu’un humain, faible et sans ressource, tandis qu’elle une jeune
Goa’uld très forte et possédant un don redoutable. Dans sa paume elle faisait
briller son arme de poing d’un air menaçant, mais elle ne s’en servait pas.
C’était juste un signe pour lui rappeler qui était le plus fort. Elle
essayait de suivre ses pensées sur son visage, elle ne lut rien, même pas de la
peur, pourtant sa situation était inconfortable, il ne lui restait que 37
heures pour mourir.
Elle sourit en repensant
à Sam. Elle avait pu lire dans son esprit comme dans un livre ouvert. Cela
avait été si facile que s’en était même plus drôle. Avec les autres humains
c’était beaucoup plus dur. Par contre les Goa’ulds si
imbus de leur personne se laissaient pénétrer si facilement ! Elle essaya de repenser à son hôte Helena,
mais celle-ci avait disparu depuis si longtemps qu’aucune trace ne subsistait
d’elle. Comment avait-elle fait pour pénétrer l’esprit de ses semblables ?
Car elle était sûre qu’elle l’avait fait.
Elle s’interrogeait sur
son demi-échec avec les terriens, puis elle pensa que ça pouvait être une
question de naquada dans le sang. Elle avait appris
que Sam avait été possédée par une Tok’ra et qu’il
lui restait du naquada. Avec Hammond elle avait du
s’y prendre à plusieurs reprises, pourtant elle l’avait côtoyé pendant quinze
jours. Puis arrivée à ce point de ses réflexions elle repensa à ses esclaves,
qu’elle influençait si facilement, et qui n’avaient pas de naquada
dans le sang, mais ce sont des êtres inférieurs, si faibles pensa t-elle.
Elle repensa à ce
qu’elle avait découvert dans l’esprit de Sam. Les terriens avaient la faiblesse
de ne pas supporter la souffrance des autres. C’était une piste intéressante à
exploiter. Elle jeta un coup d’œil à sa
sœur, elle était debout devant la fenêtre et regardait dehors. Zarabée hésitait, il lui suffirait de torturer Jessica pour
voir tomber les défenses du colonel. Elle en était sûre. Pourtant quelque chose
la retenait, elle ne savait pas quoi, peut-être un reste du lien qui existait
entre les deux jeunes femmes. Un pli
soucieux barrait son front pendant qu’elle se livrait à ses réflexions. La voix
d’O’Neill la tira de sa rêverie.
-Tu hésites n’est-ce pas ?
Décidément ce terrien la
surprendrait toujours. Elle se retourna brusquement et son regard brillant se
planta dans le sien.
-Fais attention à ne pas attiser ma colère, il ne te reste plus beaucoup de temps à vivre.
Il n’avait même pas
sourcillé quand elle s’était approchée ses yeux lançant des éclairs.
-Tu fais le fier, maintenant ! Mais ça ne devrait pas
durer !
Et obéissant à une
impulsion soudaine, elle envoya un jet du terrible rayon dans le dos de Jessica
qui s’écroula sur le sol en hurlant en proie à une douleur qu’elle n’aurait
même pas pu imaginer. O’Neill avait bondi détournant l’arme mortelle. Une lutte
s’engagea, mais Zarabée était beaucoup plus forte et
il n’eut pas le dessus. Il se retrouva à plat dos, elle était couchée sur lui
et lui tenait les deux bras en croix. Sa force était prodigieuse. Répondant à
un instinct venu du fond des âges ses lèvres se rapprochèrent de sa bouche.
Elle accrocha son regard il ne bougeait plus. C’était parfaitement inutile, il
n’aurait pas le dessus et il le savait. Les lèvres de Zarabée
se posèrent sur les siennes, il entrouvrit la bouche, répondant à son baiser
Etonnée elle releva la
tête, ses cheveux s’étaient dénoués et retombaient en une masse blonde qui lui
chatouillait le visage. Elle recula essayant de lire ses intentions, mais elle
n’avait pas besoin de télépathie pour ça, le corps d’O’Neill parlait de
lui-même.
Elle ricana :
-Non, tu ne m’auras pas ! Tu me fais perdre mon
temps !
Il lui dit simplement
que c’était elle qui avait commencé, que jamais il n’aurait fait de lui-même
une chose pareille. Une lueur au fond des yeux démentait ses paroles, il se
fichait d’elle, non seulement il n’avait pas peur, mais il se moquait
d’elle !
Finalement elle trouva
la situation plutôt comique et éclata de rire, elle le lâcha. Il se remit
debout et s’approcha de Jessica qui reprenait lentement ses esprits.
-Ça va Jessica ?
-Oui merci colonel, vous êtes intervenu à temps, je ne pensais
pas que ça faisait aussi mal. Il l’aida à se relever.
Zarabée
les observait les yeux à demi fermés
-Vous êtes attendrissants tous les deux. Jusqu’où iras-tu
colonel pour ne pas la voir souffrir ?
Elle n’attendit pas la
réponse et arpenta la pièce de long en large. Une idée venait de germer en
elle, elle venait de saisir une pensée venue de quelque part. Mais bien sûr
pourquoi n’y avait –elle pas songé plus tôt ?
L’activateur de mémoire Tok’ra. Elle avait
du penser tout haut car O’Neill sursauta et pâlit brusquement.
-Je suis perdu pensa
t-il, si elle utilise ce truc sur moi, elle verra dans mon esprit tout ce
qu’elle voudra.
Zarabée revint quelques minutes plus tard avec en
main un petit activateur de mémoire.
-Allons c’est fini de jouer ! Passons aux choses
sérieuses.
Il recula, elle lut
autre chose dans ses yeux, et elle sut à cet instant qu’elle avait fait le bon
choix.
-Viens ici, assieds-toi lui fit-elle en lui montrant la
chaise. Il essayait de reculer le plus possible l’instant de la souffrance,
mais il savait que son combat était perdu d’avance. Il avait expérimenté le
dispositif Tok’ra, ça pouvait s’avérer extrêmement
douloureux.
Il n’obéissait pas assez
vite à son goût et elle se retourna vers sa sœur, et comme la flamme s’allumait
au cœur de sa paume, il leva la main dans un geste apaisant,
-Bon j’arrive, laisse-là tranquille.
Il alla s’asseoir et attendit. Elle lui plaça l’appareil sur la
tempe et l’enclencha.
Comme la fois précédente
à la base il se déconnecta de la réalité. Cette fois, il y aurait des images,
elle pourrait lire dans son esprit tout ce qu’elle voudrait.
-Fais –moi voir ta base.
Aussitôt des images de
Cheyenne Mountain apparurent, mais elles ne lui apprirent pas grand
chose ; elle connaissait tout cela. Les images étaient fluctuantes, elles
se défragmentaient en une mosaïque étrange, elle n’avait jamais vu ça. Elle
comprit avec colère qu’il était en train de lutter de toutes ses forces. Il
avait fermé les yeux, serré ses paupières sous un intense effort de concentration.
Son visage était fermé, ses lèvres serrées, ses poings crispés. Il fermait tout
son corps pour mieux fermer son esprit. En aucun cas elle ne devait y pénétrer.
Elle lui posa d’autres
questions, sur les missions, les ordinateurs de la base, les stratégies,
l’armement. Quelquefois il laissait filtrer quelque chose, mais ce n’était
jamais très important, toujours flou, et fugitif.
Elle le questionna sur
le personnel de la base. Combien de personnes pour s’occuper de la
porte ? Comment fonctionnait l’iris ? Quel était son code ? Quelle était sa vie en dehors de la
base ?
Elle était
surprise : elle vit une image d’un joli chalet dans les montagnes avec un
petit lac. Il s’était relâché. Elle accentua sa pression.
Le visage de Sam
apparut, celui de Daniel, de Janet, de Hammond, de Teal’c. .. Et d’autres
encore, même Jessica en blouse blanche.
Elle augmenta la force
du dispositif, et elle plongea au plus profond de ses souvenirs, parmi ceux qu’il voulait oublier, un petit garçon
sur un lit d’hôpital, la tête bandée. Des prisons du Moyen Orient, des scènes
de tortures, des goa’ulds rencontrés.
Puis, Elle vit Râ, qu’il lui montra complaisamment.
Comment il l’avait tué.
Elle mit à fond le
dispositif, il hurla de douleur, finalement il s’écroula sur le sol évanoui.
Quand il revint à lui,
elle lui tenait la tête dans les mains. Elle lui chuchota tout ce qu’elle lui
ferait quand le délai serait expiré. Elle lui fit comprendre que s’il
collaborait, sa sœur aurait la vie sauve, elle la renverrait dans le shapaï,
sans lui faire de mal. Elle le sentait trembler, il était épuisé. Ce combat
était terrifiant, il avait peur de ne pas pouvoir tenir jusqu’au bout. Cette
Goa’uld avec ses airs angéliques et sa bonne humeur était une des pires qu’il
eut jamais rencontrée. Avec elle on ne savait jamais à quoi s’en tenir.
Finalement elle le laissa, il était étendu sur le canapé, de grosses larmes
roulaient sur ses joues, il était au bord de l’épuisement et son cœur battait à
tout rompre. Il lui suffisait de pousser son avantage encore un peu et il
tomberait dans sa main comme un fruit mûr.
Plusieurs fois dans la
journée et une partie de la nuit, elle revint à la charge avec la même
détermination. Elle le faisait plonger au fond de sa mémoire d’où il retrouvait
des choses pas très jolies. Son passé de militaire n’était pas exempt de
cruautés subies ou données. Il s’épuisait à lutter, les images étaient plus
nettes, il ne pouvait plus se retenir. Il en pleurait de rage et de frustration
entre les séances. Il savait qu’il allait craquer, ce n’était plus qu’une
question de temps. Et les heures s’écoulaient lentement, apportant leur lot de
douleur et de souffrance. Jamais il n’avait été autant sur le point de trahir.
Il aspirait au relâchement, il voulait dormir, dormir, il souhaita que la mort
le délivre avant l’ultime trahison, celle qu’il ne pourrait pas éviter.
Alors reprenant quelques
forces entre deux séances il décida de la provoquer, de la mettre en colère
pour qu’elle n’ait d’autre choix que de le tuer tout de suite. Il n’en pouvait
plus. Ce supplice était raffiné, et bien qu’elle ne l’ait pas torturé
physiquement, qu’elle ait bien soigné son corps, qu’elle lui ait donné à manger
et à boire, jamais il n’avait connu une telle souffrance.
-Il ne te reste que 7 heures, dit Zarabée en
entrant dans la pièce
Il était allongé à même
le sol, immobile. Jessica était étendue auprès de lui, elle dormait et sursauta
en entendant la voix de sa sœur.
Zarabée
s’assit à côté de lui. Elle passa un doigt léger sur son visage suivant la
ligne du front, du nez, de la bouche. Elle s’attarda un instant sur ses lèvres
qu’elle sentit frémir. Elle se sentait plus calme ce matin, elle avait
pratiquement renoncé à le faire parler, malgré la phrase qu’elle venait de
dire. Elle était en plein désarroi.
-Viens suis –moi !
Il se leva méfiant, mais
dut s’asseoir, dans sa tête le sang battait comme un tambour, une migraine lui
taraudait les tempes, et il porta les mains à son front. Un vertige le saisit
dès qu’il fut debout. Elle le soutint en l’obligeant à s’appuyer sur elle, et
c’est l’un soutenant l’autre qu’ils se dirigèrent vers une grande chambre où un
lit monumental en occupait le centre.
Il eut un mouvement de
recul
Elle m’a déjà tout fait, sauf ça, c’est le bouquet pensa
t-il !
-Ne
crains rien, dit-elle, je veux juste que tu te reposes plus confortablement.
Il se laissa tomber plus
qu’il ne s’allongea sur le lit, et sombra aussitôt dans un profond sommeil.
Elle avait perdu et le
savait, rien ne pourrait le tirer de ce sommeil si profond qui ressemblait à la
mort.
Zarabée
posa les mains sur son front pour essayer de lire en lui, et elle fut surprise
de pouvoir s’enfoncer dans son esprit si facilement. Ses défenses étaient
tombées. Ce qu’elle y lut l’étonna d’une si grande façon qu’elle crut à une
ruse. Elle découvrit chez lui une force insoupçonnée, une grandeur d’âme
qu’elle percevait mais ne comprenait pas, sa mentalité égoïste et cruelle de
Goa’uld l’en empêchait. Il était prêt à mourir pour ne pas trahir. Elle chercha
en vain le code de l’iris, il avait réussi à l’effacer de sa mémoire, sa force
mentale était prodigieuse. Cela la
stupéfia
Quand il se réveilla les
47 heures étaient écoulées et il était toujours en vie. Elle était près de lui
et le regardait. Il se sentait encore faible mais la douleur dans sa tête avait
reflué.
-Il reste combien de temps ?
Elle rit aux éclats
-T’es vraiment fantastique colonel, j’ai jamais vu quelqu’un
comme toi !
-Ah bon
pourquoi ?
-Tu m’as mise en échec ! Est-ce que tu te rends compte
de ce que ça veut dire, me mettre en échec ? Depuis dix ans, c’est la
première fois que je me heurte à quelqu’un d’aussi fort que moi, et même plus.
Tu me fais réviser mes jugements sur les Tauri.
Il se permit un sourire
-Tu n’es pas la première à qui ça arrive ! Nous avons
déjà un bon palmarès à notre actif !
-A vrai dire je n’y croyais pas trop, je pensais que c’était
une légende. Je l’ai compris quand tu m’as fait voir la mort de quelques grands
maîtres Goa’ulds.
Il détourna la
conversation de peur qu’elle ne se fâche encore
-Où est Jessica ?
-Tu t’inquiètes pour elle ?
-Oui.
-Qu’est ce qu’elle est pour toi ?
-C’est mon toubib, c’est tout. Je ne la connais pas
beaucoup, en fait.
Maintenant que le délai
était passé, il ne savait pas ce qu’elle avait l’intention de faire d’eux. Il
pensa que c’était sans doute un nouveau supplice qu’elle avait imaginé, faire
durer leur attente et continuer à les laisser croire en leur mort imminente.
Le général Hammond avait
été appelé d’urgence au Pentagone, pour rencontrer le président en personne. Le
major Davis était venu le chercher un plus tôt dans l’après midi. C’est en
silence qu’ils avaient effectué le trajet vers l’aéroport. Dans l’avion le
général Hammond avait lâché cette petite phrase innocente.
-Savez-vous combien de temps dois-je rester à
Washington ? Je ne peux pas m’absenter de la base très longtemps.
La réponse du major
Davis lui fit l’effet d’une bombe :
-Général Hammond, avec tout le respect que je vous dois, je
ne suis pas sûr que vous puissiez rentrer à la base.
-Je suis démissionné, c’est bien ça dit-il d’une voix
sourde.
Le major Davis était
gêné :
-Pour être franc avec vous mon général, il y a des rumeurs
qui courent que vous ne seriez plus apte à commander le SGC. Je désobéis à un
ordre en vous avertissant de cela, mais j’estime que vous devez le savoir. J’ai
beaucoup d’estime pour vous mon général. Ajouta-t-il
-Merci major, je suis content de votre soutien.
Le président écouta très
attentivement le général Hammond, le piège tendu par un Goa’uld pour s’emparer
du colonel O’Neill et du docteur Jessica
Paris. Il remit le général
Hammond aux mains de l’état major. Le général
était relevé immédiatement de ses fonctions et maintenu en cellule en
attendant son interrogatoire. Ce n’était pas encore la cour martiale, mais ça
pourrait le devenir.
A la base de Cheyenne
Mountain le général Forsythe prenait possession du bureau de Hammond. Il
réunit immédiatement tout le personnel de la base dans la grande salle du
niveau 16.
Tout le monde était là
sauf bien sûr O’Neill et Jessica.
Sam, Daniel et
Teal’c l’angoisse au cœur écoutaient
sans bien réaliser ce qui se passait. Le général Hammond était remplacé,
impensable !
-Je suis le
général Forsythe nouveau commandant de cette base.
J’ordonne qu’une enquête soit ouverte immédiatement. Cette enquête sera faite
par des agents spécialisés et extérieurs
à cette base. Vous devrez tous collaborer, chacun de vous sera interrogé, tous
vos travaux sont suspendus, cette base est désormais coupée du monde, jusqu’à
ce qu’ont trouve les traîtres.
-Général, excusez-moi, mais où est le général Hammond ?
Dit timidement Daniel.
Le général Forsythe le
toisa :
-Professeur Jackson, je présume ?
-Euh, oui général.
-Eut égard à votre réputation docteur Jackson qui est
importante dans toute la galaxie, je veux bien vous répondre. Il vous suffit de
savoir que le général Hammond a envoyé délibérément à la mort le colonel
O’Neill et le docteur Paris. Il sera traduit devant une cour martiale.
Le général Hammond
passait un mauvais quart d’heure. Il avait devant lui trois spécialistes des
interrogatoires qui cherchaient à le pousser dans ses derniers retranchements.
Il avait chaud, et sentait son crâne dégarni se couvrir de sueur. Il savait par
expérience que c’était très mauvais, et qu’il avait l’air d’être sur le point
de passer à table.
Son histoire d’appel
téléphonique de la maison blanche n’était pas crédible, il le savait mais il
s’accrochait à cette ridicule défense n’ayant rien d’autre à leur mettre sous
la dent.
-Reprenons depuis le début : nom, prénom,
matricule, grade…
Cela faisait au moins
dix fois que tout recommençait. L’interrogatoire durait depuis des heures, le
général avait perdu la notion du temps. Ils se relayaient sans cesse à lui
poser les mêmes questions, auxquelles il donnait les mêmes réponses. Ce petit
jeu semblait sans fin et Hammond se demandait combien de temps cela allait durer.
Une chose l’inquiétait
cependant, une angoisse sourde qui se frayait un chemin à travers sa
conscience. Il était interrogé par des gens qui avait reçu un briefing très
succinct sur le projet porte des étoiles. Ils n’avaient aucune idée de la ruse
des Goa’ulds, ni de leur incroyable perversité. Ils
n’étaient pas au courant de leurs technologies, ni de leur imagination à piller
la galaxie de tout ce qui pourrait leur être utile.
Le général Hammond passa
une mauvaise nuit. Après dix-huit heures d’interrogatoire non stop, ils
l’avaient laissé se reposer. Il n’avait pas varié sa version d’un iota. En fait
il ne savait pas du tout ce qui s’était passé, et était d’accord avec les
enquêteurs pour penser qu’ils avaient un espion dans la base. Le lendemain il
se réveilla avec la migraine et l’impression d’avoir reçu un coup sur la tête.
C’était un véritable cauchemar qu’il
vivait là. Il s’inquiétait beaucoup du sort du colonel et de Jessica.
Il ne comprenait pas
comment il avait pu se laisser piéger
de cette façon. La base devait être sous contrôle d’un Goa’uld. Malheureusement
ce n’était pas la première fois et ce ne serait sans doute pas la dernière. Il
craignait aussi que la base soit fermée parce que tout était devenu
incontrôlable. Bien sûr il n’avait plus son mot à dire dans cette histoire. Il
avait été mis au placard et en accusation d’une façon si brutale que s’en était
étrange.
A la base tout était
désorganisé. Le général Forsythe avait pratiquement fait fermer le programme.
Il était persuadé que la solution se trouvait dans les ordinateurs, et il les
avait fait fouiller de fond en comble à la recherche du moindre fichier
suspect. Toute la salle d’embarquement était sens dessus dessous. La porte
était en cours de démontage, personne ne pouvait plus ni entrer ni sortir.
Sam et Daniel étaient
désespérés, mais ils n’avaient pas le temps de se lamenter. Le général Forsythe faisait pression sur eux pour obtenir des
résultats tout de suite.
-Vous trouvez quelque chose Sam ? Demanda Daniel.
-Non, mais plus je réfléchis, plus je trouve cette situation
grotesque, ça ne sert à rien de démonter tout ça dit-elle amèrement.
-Pourquoi ?
-Je repense aux rêves. Quelqu’un nous a envoyé des rêves.
L’ordinateur n’a rien à voir dans toute cette histoire, j’en suis sûre.
-Si on pouvait savoir qui, dit Daniel. Vous pensez que ça
peut être quelqu’un de la base ?
-C’est possible, mais il faudrait avoir un don de télépathie
très puissant. Je penserais plutôt à un Goa’uld qui nous en veut beaucoup.
-Une personne de la base pourrait être un Goa’uld ? Et
on ne s’en serait pas aperçu !
-Vous savez Daniel les Goa’ulds
n’ont pas tous la voix rauque et les yeux qui s’illuminent. Enfin s’ils ne
veulent pas le faire ils le peuvent très bien.
Les deux amis
rencontrèrent Teal’c au détour d’un couloir et le mirent au courant de leurs
réflexions.
-Il faut tout de suite en parler au général dit celui-ci. Il
faudrait vérifier tout le monde même le personnel qui ne travaille pas
directement sur la porte des étoiles.
Le général Forsythe accueillit favorablement leur demande. Sam avec
son don particulier essaya mais en vain de détecter une présence Goa’uld parmi
tout le personnel de la base. Teal’c l’aidait dans cette tâche, ils ne
détectèrent rien. S’il y avait eu un Goa’uld à un moment ou à un autre, il
était parti depuis longtemps.
Les 47heures étaient
passées, et Zarabée n’avait toujours pas pris sa
décision. Elle avait perdu, ça elle le
savait depuis un moment déjà, mais elle répugnait à les tuer. Elle avait
l’impression que si elle tuait Jessica elle détruirait une partie d’elle-même.
Elle hésitait pour la première fois depuis bien des années, et elle n’aimait
pas du tout ça.
Elle s’accorda un long
bain parfumé, c’est ce qu’elle faisait toujours dans les moments de doute, cela
la reposait et lui éclaircissait les idées. Elle fit venir O’Neill.
Celui-ci se remettait
assez difficilement de l’épreuve qu’il venait de subir, il avait de violentes
douleurs dans la tête et des vertiges dès qu’il se mettait debout. Une esclave
silencieuse le conduisit près de la reine. Une délicate odeur de fleurs se
dégageait de l’eau parfumée du bain.
Il s’arrêta sur le seuil
de la pièce un peu surpris du spectacle qui s’offrait à lui.
-Approche, et viens tout près de moi, il faut qu’on parle.
Il n’était pas sans inquiétude car les conversations avec
Zarabée ne tournaient pas souvent à son avantage.
-Aide-moi, prends la serviette qui est là-bas et viens me
sécher.
Il n’aimait pas du tout
la tournure que prenaient les évènements mais il n’avait pas d’autre choix que
d’obéir. La serviette n’était pas très grande et ne cachait pas grand-chose.
Mais apparemment c’était voulu, car à peine sèche elle la laissa tomber et se
présenta devant lui en tenue d’Eve. Il ne savait plus quoi faire, et regardait
un point loin derrière elle.
Elle s’en aperçut et se
fâcha :
-Pourquoi, tu ne me regardes pas, tu ne me trouves pas
belle ! Regarde-moi !
Ses yeux se posèrent sur
le haut de ses cheveux, il ne voulait en aucun cas descendre plus bas.
-Colonel, tu vas m’obéir ou je vais me fâcher.
Mais finalement ce fut
lui qui se fâcha :
-Ecoute-moi bien, je ne suis pas là pour satisfaire les
caprices d’un Goa’uld à l’ego démesuré. Je ne veux rien à voir avec toi, et si
tu veux me punir pour ça fais-le, mais tu ne m’obligeras pas à faire ce que je
ne veux pas. Tu as bien compris ?
Elle était suffoquée,
personne ne lui avait jamais parlé sur ce ton, et ceux qui par hasard s’y
seraient risqués, l’auraient tout de suite regretté. Ils s’affrontaient
maintenant du regard yeux bruns contre yeux verts pareillement furieux. Il
avait osé la contrer, lui faire comprendre qu’elle n’était pas désirable.
-Tu ne me trouves pas séduisante ?
Il ne se retenait plus,
toute la tension accumulée depuis ces deux terribles journées, rejaillissait en
un flot de paroles qu’il ne contrôlait même pas ;
-Si tu savais ce que je m’en fous, que tu sois belle ou
moche, il n’y a qu’une seule chose qui m’intéresse, rentrer chez moi, avec
Jessica. Le reste n’a aucune importance. Je veux retrouver ma vie, je veux
retourner sur des planètes, je veux me battre contre toi, et tous les Goa’ulds de la galaxie. J’en ai raz le bol, je veux les
tuer tous, et ce n’est pas une petite Goa’uld de rien du tout comme toi qui me
fera peur.
Il s’arrêta à bout de
souffle, la bouche ouverte, aussi stupéfait lui-même de ce qu’il avait dit, qu’elle-même
de ce qu’elle avait entendu. Ces yeux verts lançaient des flammes.
-Tu oses me parler sur ce ton ! Maudit Terrien !
Et tu crois que je vais te relâcher après ça, tu te trompes !
-De toute façon tu ne m’aurais pas relâché ! Dit-il,
résigné. Alors pourquoi mens-tu encore ?
Il avait réussi à la
déstabiliser, car elle sortit comme une furie de la chambre.
O’Neill se demandait où
tout cela allait le mener. Avec un soupir il repensa à la base, à ses amis qui
devaient s’inquiéter pour lui. Il n’avait aucun moyen de communiquer avec eux,
et il sentait au fond de lui-même qu’il vivait sans doute là ses dernières
heures.
L’interrogatoire avait
repris, ils recommençaient sans arrêt les mêmes questions. Le général Hammond
était épuisé. Il avait essayé de leur faire comprendre qu’il devait retourner à
la base, il la connaissait sa base depuis cinq ans qu’il dirigeait le SGC. Il
n’y avait que lui pour comprendre. Il ne connaissait même pas le nom de son
remplaçant. Le cloisonnement militaire des informations qu’il avait pratiqué
toute sa vie commençait à lui peser. Il savait qu’il se heurterait toujours à
un mur
Ce n’était même pas la
peine qu’il se pose la question.
Hammond avait de plus en
plus chaud. Il avait du mal à trouver ses mots, les visages se déformaient
devant ses yeux, ils les trouvaient maintenant grimaçants. Leurs voix lui
parvenaient à travers un filtre, il ne saisissait plus le sens des mots, cela
formait un brouhaha, comme un tourbillon qui aurait pris possession de sa tête.
Il se sentit tomber, une
douleur fulgurante au niveau du sternum le cloua sur sa chaise, cette douleur
irradiait jusqu’au bout de son bras gauche, c’était comme une horrible
sensation d’étouffement. Sa poitrine se
soulevait spasmodiquement en quête d’un peu d’air. Il tomba lourdement sur le
sol, sans connaissance.
Le général Forsythe était très inquiet. Sam et Teal’c avaient été
formels, il n’y avait aucun Goa’uld caché au SGC. Il se rendit dans l’ancien
bureau de Hammond qui était devenu le sien. Il se sentait très seul, les hommes
et les femmes de la base ne l’avaient pas accepté. Remplacer le général Hammond
était une très lourde de tâche. Celui-ci était tellement apprécié de tout le personnel qu’il était quasiment irremplaçable surtout
dans les circonstances dramatiques actuelles.
Et le général Forsythe était bien peu au courant du projet porte des
étoiles Il avait bien été briefé, mais comment en quelques heures assimiler les
connaissances d’un tel programme. Il avait été stupéfait de découvrir ce monde
si étrange plein d’extra terrestres, dont il n’aurait jamais soupçonné
l’existence. Au cours de ces quelques
jours d’enquête qu’il avait faits, il avait étonné de la qualité du personnel
de la base. Ils étaient tous hautement
qualifiés chacun dans leur domaine.
A son arrivée il avait
cru bon de montrer une autorité un peu brutale, mais il s’était vite rendu
compte que ce n’était pas la bonne méthode avec cette équipe là. Il avait par
la suite décidé de lâcher du lest. Il les écoutait et prenait le temps de
discuter avec eux de la situation.
C’est ainsi qu’il fut
plus ouvert aux réflexions de Sam sur la contamination de la base par quelqu’un
d’extérieur.
Tout le système fut
remis en place et la porte reconnectée. Mais quand Sam lui demanda d’essayer de
joindre les Tok’ra ou les Asguards,
il refusa catégoriquement.
-C’est hors de question major.
-Si vous me le permettez puis-je vous demander pourquoi, mon
général ? Dans le passé nous avons fait souvent appel à nos alliés et ils
sont toujours prêts à nous aider.
-Major je n’ai pas à vous expliquer pourquoi, je peux
seulement vous dire que c’est un ordre du président.
A ce moment le téléphone
sonna et comme Sam s’apprêtait à repartir Forsythe
lui fit signe de rester ;
Il raccrocha
pensif :
-Major, j’ai une mauvaise nouvelle, le général Hammond vient
de faire une crise cardiaque, et son état est critique. Malheureusement je ne
peux pas vous en dire plus.
O’Neill réfléchissait.
Il parlait avec Jessica pour essayer de trouver un moyen de s’échapper. Ils
avaient passé en revue toutes les possibilités, hélas il n’y en avait aucune.
La porte de la terre s’était refermée inexorablement passé le délai de deux
jours. Ils n’avaient aucun moyen de se faire ouvrir l’iris. Il avait bien pensé
aux Tok’ra, mais ceux-ci en difficulté et repérés par
des Goa’ulds avaient été obligés une fois de plus de
fuir. Et puis comment atteindre cette fichue porte et s’en servir ?
-Nous sommes fichus dit Jessica la voix tremblante. Elle ne
nous laissera jamais partir.
-On a connu pire quelquefois, regardez il ne faut pas se
plaindre, on est bien traité, elle nous laisse libre d’aller où l’on veut dans
la maison, on mange à notre faim.
-Elle vous a quand même torturé pendant deux jours avec son
dispositif Tok’ra.
-Oui, mais il y a un point positif dans tout ça, elle ne
nous a pas tués. Et c’est déjà beaucoup.
Il essayait de lui
remonter le moral, chose difficile pour lui, car il savait que leurs chances de
survie étaient minimes.
-Vous croyez qu’à la base on nous cherche ?
-En général, quand il y en a un qui est coincé quelque part
dans la galaxie, ils n’ont de cesse de nous trouver, sauf…
Il ne finit pas sa
phrase et se leva brusquement.
-La
garce ! Où est-elle ? Il faut que je lui parle.
Et sans attendre la
réponse de Jessica, il partit à la recherche de Zarabée
Il la trouva facilement,
elle était allongée sur son lit, ne faisant rien, mais on sentait une intense
concentration sur son visage et de temps à autre elle souriait, un sourire de
profond contentement. Elle tenait à la main un curieux dispositif qu’elle
regardait de temps à autre ;
-Tu communiques avec Sam, n’est ce pas, tu lui envoie plein
de trucs faux sur nous, qu’on est mort par exemple ;
Zarabée
était furieuse d’être dérangée, elle cria
-Sort d’ici tout de suite, tu me déranges ;
Naturellement il n’obéit
pas, même quand il vit la flamme jaillir de sa main ; il prit le rayon de
plein fouet et tomba à terre sous le choc. Mais elle le laissa rapidement,
elle avait autre chose à faire.
-Viens voir, lui dit-elle et elle lui montra le petit
téléviseur de poche où elle pouvait faire défiler touts les images
enregistrées. Il s’était relevé en grimaçant et quand il vit le visage de Sam
apparaître, son cœur se serra.
-Comment as-tu pu avoir ces images ?
Elle était très heureuse
de sa question car elle cherchait à lui expliquer tout ça mais elle préférait
que ça vienne de lui.
-Finalement, tu ne sais pas grand-chose. Et c’est toi le
chef de SG1 ! Dans les briefings tu ne dis rien. Sam et Daniel sont par
contre très intelligents ! Mais je les ai quand même mis en échec. Et je
n’en suis pas peu fière. Tiens regarde, c’est toi là.
Il se vit la veille, allongé sur un divan après une séance
pénible du dispositif Tok’ra.
Elle lui expliqua avec
une grande satisfaction le petit dispositif
qu’elle avait sous la peau de son bras. Et cette petite merveille de
technologie enregistrait tout. Elle lui montra sans complaisance leur petit
séjour sur Netou, quand ils avaient bien failli périr
des mains de Soccar. Elle lui montra aussi des images d’emprisonnement, de
torture. Beaucoup de Goa’ulds portent ce petit
dispositif, c’est une invention de Nirti.
-Et elle vous en fait profiter ! Je suis surpris !
Elle n’est pas partageuse d’habitude !
-Non, on le lui a piqué, enfin pas moi, mais j’ai réussi à
m’en procurer un.
Les images défilaient,
il était écoeuré :
-Naturellement tu éprouves beaucoup de plaisir à regarder
tout ça.
-Oui, et c’est ça qui m’a permis d’entrer si facilement dans
l’esprit du major Carter. Il me suffit de m’imprégner de l’image du sujet, j’ai côtoyé Samantha tous les jours, elle
absorbait comme une éponge tout ce que je lui soufflais. Tu ne peux pas imaginer
quelle jouissance j’en ai tiré, et toi mon pauvre colonel, tu gobais tout ce
qu’elle disait. Je ne pouvais pas t’atteindre directement mais à travers elle
c’était si facile. J’ai lu aussi dans
son esprit des choses fort intéressantes sur un certain test zatarc. Elle est
amoureuse de toi, on dirait, mais elle ne te le dira jamais. Je trouve cela
complètement ridicule.
-Tais-toi !
-Non, je ne me tairais pas, elle pense que tu ne l’aimes pas
et elle en est malheureuse.
O’Neill furieux profita
d’un de ses rares moments d’inattention, et il la frappa de toutes ses forces.
Elle cria sous la surprise mais se
reprit aussitôt. Ses yeux jetèrent des flammes, elle entra dans une fureur
noire et de toute sa puissance de jeune Goa’uld elle l’empoigna par le bras et
le fit valdinguer à travers la pièce jusqu’au mur du fond où il atterrit
brutalement.
Le général Forsythe autorisa les membres restants de SG1 à rendre
visite au général Hammond. Il avait été transféré à l’hôpital militaire de
Colorado Springs pour être plus près de sa famille. Il allait mieux et se
remettait doucement de son malaise cardiaque. Les interrogatoires qu’il avait
subis étaient trop violents pour un homme de son âge. Et sa ténacité à se
maintenir dans sa version aussi farfelue soit –elle avait apparemment porté ses
fruits. Le président qui se tenait au courant de tout ce qui concernait le SGC
fut choqué de l’attitude de ses agents. Il était apparu après enquête que
jamais le président n’avait autorisé l’interrogatoire du général Hammond. C’était encore un de ces
nombreux ordres erronés comme il en fleurissait des dizaines depuis quelques
mois. Le général devait simplement être mis en retraite et remplacé par le
général Forsythe à la tête de la base. La situation
était devenue embrouillée et pratiquement ingérable.
-Comment allez-vous mon général dit Sam inquiète de la pâleur
de son chef et de sa mauvaise mine.
-Mieux major, beaucoup mieux depuis que je suis ici.
Le général la mit au
courant très succinctement de ce qui lui était arrivé, il n’avait pas le droit
d’en parler dans les détails
-Mais qui donc me remplace à la base s’enquit-il ?
-Le général Forsythe.
-Oh ! Vous ne devez pas rire tous les jours !
-Au début il était un peu …sec hésita Sam. Maintenant C’est
mieux, il nous laisse travailler.
-Avez-vous découvert quelque chose d’autre au sujet de cette
histoire d’hallucinogènes ?
-On en est arrivé à la conclusion mon général, qu’il n’y avait jamais eu de
plantes hallucinogènes, mais que nous avons subi l’influence d’un Goa’uld.
Malheureusement nous n’avons aucune idée de qui ça peut être.
Sur la planète Jessica
se promenait autour de la porte des étoiles. Celle-ci était bien gardée, mais Zarabée avait donné des ordres pour qu’on laisse libre de
circuler la prisonnière. Elle ne lui paraissait pas dangereuse. Elle donnait
beaucoup moins de liberté au colonel, il n’avait pas le droit de s’éloigner de
la maison. Il trouvait le temps très long mais Zarabée
le laissait tranquille, apparemment elle avait des occupations plus
importantes. Il n’y avait que trois esclaves dans la maison, des jeunes filles
qui avaient l’air terrorisé. Il avait pensé un moment s’en faire des alliées,
mais il avait vite renoncé. Il ne pouvait même pas compter sur Jessica. Il la
regardait venir de sa promenade, assis sur un banc devant la maison. Elle
n’avait pas bonne mine, et semblait changée depuis le début de leur captivité.
Ses traits étaient tirés, elle ne dormait pratiquement plus la nuit, et toute
cette histoire la rongeait de l’intérieur. Avoir retrouvé cette sœur oubliée
dans les profondeurs de son inconscient n’avait pas été un grand bonheur mais
le plus grand malheur de sa vie. Elle se souvenait de leur vie d’avant, de
l’amour qui les unissait, de ce lien si spécifique aux jumeaux, de leurs
études, de leur passion pour la médecine et l’égyptologie. C’est cet amour des
vieilles civilisations qui avait été leur perte à toutes les deux. L’une y
avait perdu la vie Helena était morte dans le temple, Jessica y avait tout
perdu, puisque avec sa mémoire s’était envolé sa vie.
Elle s’approcha de
lui :
-Vous allez bien colonel ?
-Oui,
si on veut. Vous êtes allée à la porte des étoiles, ça se présente
comment ?
-Pas très bien, il y a une dizaine de jaffas qui gardent la
porte en permanence.
Elle n’avait pas de
bonnes nouvelles à lui apporter et elle en était désespérée. Elle aurait tant
voulu le voir sourire, il avait déjà tellement souffert et il avait tenu le
choc, mais à quel prix ?
Elle se mit à parler,
ils n’avaient que ça à faire : parler. Elle lui expliqua la surprise et la
joie délirante qui avait été la sienne quand au cours de la mission précédente
elle avait en retrouvant sa sœur, retrouvé la mémoire. Mais elle n’avait pas
retrouvé Helena dans cette femme cruelle.
Son séjour s’était
plutôt bien passé après que Zarabée eut pris sa place
dans l’équipe SG1. Elle était gardée par deux jaffas. Mais une nuit elle
s’était enfuie et avait rejoint le shapaï où elle avait entré à de nombreuses
reprises les coordonnées de la terre, espérant que cela attirerait l’attention.
Mais ils n’avaient sans doute pas compris car rien n’était venu.
Après un instant de
silence son côté professionnel refaisait surface :
-Vos
maux de têtes, ça va mieux colonel ?
-J’aimerais
bien, vous auriez pas un peu d’aspirine ? Dit-il avec un petit sourire.
Tous les matins un
briefing réunissait les responsables des équipes SG, le général Forsythe et Sg1 privé de son chef. Durant cette réunion,
ils faisaient le point sur les
évènements passés.
Sam avait très mal
dormi, mais elle avait fini par sombrer dans un de ces mauvais rêves dont elle
avait malheureusement l’habitude. Elle savait maintenant que rien de ce qu’elle
rêvait n’était réel. Des coordonnées de planètes apparaissaient dans son
cauchemar, une porte sur un monde inconnu, une maison assez grande avec une
femme très belle. Elle se réveilla en sueur et essaya de se souvenir des
moindres détails de son rêve.
A la réunion, le
lendemain elle se décida d’en parler.
-Général Forsythe, je voudrais
parler des rêves que je fais toutes les nuits.
Le général qui ne
s’étonnait plus de rien lui fit signe
de continuer.
-Voilà plusieurs nuits que je rêve d’une planète où nous ne
sommes jamais allés. Ce rêve semble vraiment très réel, mais je sais maintenant
que ce n’est qu’un cauchemar. Mon général, ce que je vais vous dire va peut
être vous surprendre, mais si on cherchait à nous influencer par les
rêves ?
-Je vous arrête tout de suite major, il n’avait pas été
question de plantes hallucinogènes ? Dit sèchement le général.
-Général, intervint Daniel prudemment, si vous me permettez
une remarque ? Si les rêves du major Carter étaient dus à une drogue,
pourquoi le colonel O’Neill a-t-il rêvé de la même chose ? Ce n’est pas du
tout logique que deux personnes aient les mêmes hallucinations. Chacun aurait
du avoir son délire personnel mais pas les mêmes images.
Daniel s’arrêta un
instant pour jouir de son effet, il fut récompensé car les visages autour de
lui exprimaient l’incrédulité. Même le général Forsythe ouvrait de grands yeux.
-C’est exactement ce que je voulais dire mon général, dit
Sam. Je crois que mes rêves donnent d’excellentes indications sur l’endroit où
se trouve ce Goa’uld et… le colonel ajouta t-elle après un silence.
Le général était ouvert
à toute suggestion, il y avait déjà plusieurs jours qu’il leur faisait
pleinement confiance.
-Que proposez-vous major dit-il simplement ?
-Que l’on visionne à nouveau tous les enregistrements des
tests effectués sur moi et le colonel. Il y a peut être quelque chose qui nous
a échappé.
Les enregistrements
furent épluchés, tous les mots disséqués, ils ne trouvèrent rien jusqu’à ce
qu’ils tombent sur cette phrase de O’Neill, qu’ils avaient oubliée.
« Nous sommes
d’abord allés sur P8C122 »
-Vérifiez immédiatement ces coordonnées, dit le général Forsythe.
Sam revint quelques
instants plus tard :
-Elles ne sont pas dans l’ordinateur mon général, mais nous
devrions peut être les composer.
-Pourquoi
cela n’a-t-il pas été vérifié tout de suite ? Il me semble que c’était un
élément essentiel à notre enquête dit sévèrement Forsythe.
Le général Forsythe était un homme grand et mince d’une cinquantaine
d’années très imposant et le regard gris
acier qu’il posa sur les visages présents n’avait rien de tendre.
-Je peux vous l’expliquer général, dit Daniel.
-Je vous écoute professeur dit Forsythe
d’un ton sec.
-Nous avions ordre de rechercher un traître parmi nous, et
nous avons peut être négligé d’autres pistes.
Daniel très
diplomatiquement s’impliquait lui-même et tout le SGC dans cette phrase, pour
ne pas avoir l’air de faire un reproche direct au général. Mais celui –ci fine
mouche comprit parfaitement l’allusion.
Il ne répondit pas au
reproche dissimulé de Daniel de façon directe mais avec un fin sourire il dit
simplement :
-Entrez les coordonnées de P8C122.
-De l’aspirine ? Colonel, j’aimerais bien en avoir sous
la main. Je ne sais même pas où elle a caché toutes nos affaires !
Jessica faisait les cent
pas de long en large dans la pièce où ils étaient retenus le soir.
-Je suis surveillé sans arrêt dit O’Neill et je ne peux pas
faire un pas sans qu’elle en soit aussitôt informée. Dans la journée, vous avez
l’air plus libre de vos mouvements. Vous devriez essayer de chercher nos
affaires.
-Je
ne vous ai pas attendu colonel pour ça, dit-elle un peu vexée.
-Excusez-moi, je ne voulais pas être désagréable.
-Je sais, colonel, cette situation est très pénible pour
nous deux. Mais je n’ai rien trouvé du tout. Hélas je ne suis guère plus
libre que vous, il est vrai que j’ai le
droit d’aller dehors, mais il y a toujours deux ou trois gardes qui espionnent
le moindre de mes mouvements.
-Et si on essayait de dormir maintenant, dit-il, tout à
l’air calme, c’est peut être le moment de s’offrir une bonne nuit de
sommeil !
Ils n’avaient pas de lit
mais une couverture par terre. Habitués à dormir à la dure cela ne les gênait
pas. Ce qui était plus ennuyeux, c’est qu’ils étaient gardés par Zarabée en personne, car pour atteindre le réduit qui leur
servait de chambre il fallait passer par ses appartements personnels.
Ils étaient tous les
deux épuisés, et ils avaient besoin du moindre moment de repos dont ils
disposaient. Pour rester en alerte ils avaient pris l’habitude de dormir serrés
l’un contre l’autre. Leur sommeil pouvait parfois être si lourd que cela leur permettait
d’être averti tout de suite d’un danger.
C’est ainsi que Zarabée les trouva, enlacés dans le sommeil. Elle se trompa
sur leur attitude et crut qu’une relation d’amour les unissait. Elle fut
surprise de la rage qu’elle éprouvait. Il l’avait rejetée alors qu’il prenait
sa sœur. Cette insignifiante petite chose qui autrefois avait été la sœur de
son hôte. Ce qui la surprenait toujours c’était leur ressemblance, cela lui
était insupportable. Elle était unique et qu’on put la confondre avec quelqu’un
si pareille à elle-même était intolérable. C’est en voyant leur sommeil si
paisible, leurs corps abandonnés dans le repos, qu’elle prit sa décision. Elle
les tuerait. Ils ne méritaient pas que la mort, non, ce serait trop simple. Le
supplice devrait être raffiné à la hauteur de sa haine. Elle les contempla
encore un moment. Jessica avait le bras passé autour de la poitrine du colonel,
ses longs cheveux blonds emmêlés, se répandant en vagues sur la peau nue de
O’Neill. Son visage était à demi caché. Ils se faisaient face, de lui elle
voyait le bras qui dépassait de la couverture, le haut de ses épaules et son profil si pur détendu dans le repos. Ils
ne se réveillaient pas, elle les appela, ils ne bougèrent pas. Elle eut un
moment d’affreuse inquiétude, sa vengeance lui échapperait-elle ?
S’étaient-ils déjà réfugiés dans la mort, pour échapper à la torture ?
En proie à une colère
qu’elle ne contrôlait plus elle leur donna de violents coups de pieds, en
criant leurs noms. Jessica cria de douleur et se leva immédiatement suivie de
O’Neill qui lui n’avait rien dit mais compris d’emblée que la situation était
devenue extrêmement critique, et que le fait d’avoir été vus dormant ensemble
plongerait leur existence dans les pires tourments.
Elle ne voulait pas les
tuer tout de suite. Elle réfléchissait au supplice raffiné qu’elle leur ferait
subir. Au prix d’un violent effort sur elle-même Zarabée
se calma. Elle sortit de la pièce en les poussant devant elle.
-C’est fini de rire. L’heure du supplice a sonné. Je commencerais
par elle.
Samantha dirigeait
l’expédition de secours, quand ils arrivèrent sur la planète P8C122, ils
n’avaient aucune idée de ce qu’ils allaient trouver. Peut être que le Goa’uld
qui les retenait était puissamment armé. Revêtus de masques, ils jetèrent dans
le shapaï un puissant soporifique. Ils franchirent la porte dans la foulée et
purent voir au sol une dizaine de jaffas inanimés qu’ils désarmèrent aussitôt.
Un bruit assourdissant
emplit d’un coup la maison. Zarabée appela :
-Gardes !
Tout ensuite fut très
confus. Des tirs de zat mirent hors d’état de nuire
les jaffas de garde près de la reine. Un groupe de personnes entra dans la
salle, Sam et Teal’c en tête, suivis de Daniel et de soldats du SGC.
Ils embrassèrent la
situation d’un coup d’œil et Sam fit un geste de la main et tout s’arrêta. Le tableau se figea, Zarabée
avait levé sa main dans laquelle brillait la pierre funeste, celle-ci était
rouge, couleur de mort, elle en fixait le rayon sur le colonel, mais encore
sans l’atteindre. Devant elle, des hommes en armes prêts à tirer, n’attendant
qu’un ordre de Sam.
L’effet de surprise
était impressionnant, devant eux c’était le visage de Jessica qu’ils voyaient,
pourtant Jessica était là, à quelques pas, immobile mais se rapprochant
insensiblement d’un des soldats. Elle profita de cet instant de confusion, pour
arracher l’arme des mains du soldat. Elle pointa l’arme sur sa sœur qui avait
commencé son œuvre de mort
-Helena ! Arrête, je t’en prie arrête !
Celle-ci, se retourna
lentement sans lâcher le colonel qui perdait peu à peu conscience,
Elle ricana :
-Tu ne me tueras pas, tu n’as jamais tenu une arme de ta
vie
-Lâche –le hurla Jessica !
La rafale de M16 jaillit
des mains de la jeune fille. Zarabée fut projetée en l’air et d’un trou de sa poitrine
jaillit des flots de sang. Une intense stupéfaction se lisait sur ses traits.
Il leur sembla qu’elle mettait une éternité à tomber, mais cela n’avait duré
qu’une fraction de seconde, Zarabée était morte avant
que son corps ne retombe sur le sol.
Sam reprenant ses
esprits très vite s’approcha du colonel qui était à terre.
‑Vous
allez bien mon colonel ?
Il revenait à lui lentement.
-Elle est morte n’est ce pas ?
-Oui, c’est fini, dit Sam nous allons rentrer chez nous,
tous ensemble.
-Comment vous nous avez retrouvés major ? Dit-il en se
relevant.
-C’est une longue histoire mon colonel.
-Alors ça attendra.
C’est alors qu’il avisa
Jessica complètement hébétée, tenant encore son arme à la main.
Il s’approcha
d’elle :
-Jack, je l’ai tuée !
-Venez rentrons !
Il la soutint car elle
se sentait faible, c’est ainsi qu’ils reprirent tous le chemin de la maison.
Sur la rampe
d’embarquement, O’ Neill fut surpris de voir tant d’hommes en armes les
accueillir.
-Bravo le comité d’accueil !
Il fut encore plus
surpris quand il fut accueilli par le général Forsythe
en personne descendant de son bureau pour les accueillir. Celui-ci était en
civil.
Les deux hommes se
toisaient en silence.
Le général prit le
premier la parole :
-Colonel O’Neill je suppose ? J’ai beaucoup entendu
parler de vous.
-Je ne peux pas en dire autant, et vous êtes qui, vous
?
-Général Forsythe commandant de
cette base !
Les réflexes militaires
d’O’Neill était très puissants et pensant une demi-seconde
qu’il avait fait la bourde de sa vie il rectifia le tir aussitôt et se raidit
dans un salut militaire impeccable.
-A vos ordres mon général.
-Heureux de vous retrouver tous ! Dit simplement le
général. Maintenant tous à l’infirmerie.
O’Neill s’approcha de
Sam et lui tapa sur l’épaule :
- Vous ne pouviez pas m’avertir major !
-Vous savez, mon colonel, on n’a pas vraiment eu le
temps !
Le sourire de Sam
démentait ses paroles, elle jeta un regard malicieux à son colonel qui
finalement trouva la chose plutôt amusante.
-Vous savez major, je n’ai vraiment pas besoin d’un blâme en
ce moment pour manque de respect envers un supérieur.
Il ajouta après un
moment :
- Mais où est le général Hammond ?
Sam resta silencieuse un
moment
-Il est arrivé quelque chose au général ?
-Oui, mon colonel, mais le général Forsythe
veut vous le dire lui-même.
A l’infirmerie Jessica
reposait sur un lit. Elle était dans un état second. Elle ne se remettait pas
du choc expliqua Janet à Jack qui s’était approché du lit et regardait la jeune
fille avec inquiétude. Il titubait de fatigue, et eut un vertige.
-Venez Colonel, vous n’êtes pas bien non plus, il faut que
je vous examine.
Il s’allongea et Janet
commença un examen minutieux.
De temps à autre, il
grimaçait.
-Vous avez été torturé colonel ?
-Pas vraiment, c’est l’activateur de mémoire Tok’ra qu’elle a utilisé, qui me donne des maux de tête,
j’ai l’impression que mon crâne va exploser.
-Savez-vous à quelle intensité elle l’a utilisé ?
Demanda Janet très inquiète. Elle savait que ce dispositif s’il est mal utilisé
peut se révéler très dangereux.
-Non, mais c’était très fort, et très souvent.
-Souvent ? A quelle fréquence ?
-J’en sais rien, quelle importance ?
Il voulait oublier tout
ça, et surtout qu’elle lui donne un calmant, parce que là, il n’en pouvait plus.
Janet voyant qu’il était
exténué le laissa se reposer. Il s’endormit aussitôt.
Quelques heures plus
tard Jack se sentait beaucoup mieux. Il put sortir de l’infirmerie et assister
au premier briefing de retour qui avait été repoussé.
Il fit le récit de ce
qui s’était passé et du piège de Zarabée.
Il conclut sur ces
mots :
-Mon général, la situation aurait pu être catastrophique si
elle avait pu mettre au point toute une stratégie d’attaque. Heureusement elle
n’en a pas eu le temps.
-Il me semble dit Sam que le fait d’avoir retrouvé sa sœur a
du la déstabiliser quelque part. Elle a du changer ses plans à la dernière
minute, et elle a manqué de temps.
-Comment va le docteur Paris ? Demanda le général à
Janet.
-Elle est toujours prostrée mon général.
-Colonel,
dit-elle en se tournant vers O’Neill, j’aimerais que vous alliez la voir.
A l’infirmerie Jessica
était allongée tournée vers le mur. Elle s’était repliée sur elle-même en
position fœtale, et elle n’avait pas ouvert la bouche depuis le drame.
Jack s’assit sur le bord
du lit et l’appela, comme elle ne réagissait pas il prit les grands moyens, et
la secoua pour la sortir de sa torpeur. Elle ne bougea pas, et fixait le vide
devant elle. Il lui prit le visage entre les mains et la força à le regarder.
Reconnaissant sa voix, elle détourna légèrement les yeux vers lui :
-Jack, murmura t-elle, c’est vous ?
-Il faut vous réveiller Jessica, je suis là, je peux vous
aider.
-Oh Jack et elle passa ses deux bras autour de son cou. Ils
restèrent un moment sans parler, elle pleurait à petits sanglots brefs.
-Je l’ai tuée, j’ai tué ma sœur. Ma jumelle si gaie et si
merveilleuse. On s’adorait toutes les deux. Je l’ai tuée.
-Jessica regarde moi, tu ne l’as pas tuée, Ta sœur Helena
est morte dans le temple il y a dix ans. Dis-toi bien qu’il ne restait plus
rien d’elle que son corps. Tu as tué Zarabée, tu as
débarrassé la galaxie d’un Goa’uld et tu
m’as sauvé la vie. Tu entends : tu m’as sauvé la vie, sans toi je serais
mort.
Les larmes coulaient sur
le visage de la jeune femme lavant de leur eau sa peine et sa douleur.
-Il
faut que tu reprennes Jessica, continua t-il.
J’ai besoin de toi : t’es mon toubib préféré !
Elle sourit et
l’embrassa :
-Je t’adore Jack,
-Oh
là ! On se calme ! Dit-il en riant.
-Qu’est
ce que j’aurai fait sans toi, là bas sur cette planète. Toi aussi tu m’as
sauvée. Avec son rayon, elle a failli me tuer !
Jack préférait couper court car il sentait
venir des effusions, et il détestait ça !
-D’accord,
on s’est sauvé mutuellement la vie, et on n’en parle plus. Repose-toi
maintenant.
Il quitta l’infirmerie
un peu rassuré sur le sort de Jessica. Le temps ferait son œuvre d’apaisement,
elle aurait besoin encore de soins, mais la vie était maintenant devant elle.
Une voix dans le haut-parleur
crachota : le colonel O’Neill est attendu en salle d’embarquement.
Il arriva bon dernier et
trouva tout le personnel de ma base rassemblée. Le général Forsythe
se rapprocha du micro.
-J’ai été très heureux de travailler avec vous, c’était pour
moi une expérience tout à fait nouvelle et enrichissante. Ce projet Porte des
Etoiles enrichit l’humanité de toutes les découvertes de la galaxie. Ce n’est
pas une lutte facile et je peux dire que ce fut un honneur de passer un moment
parmi vous. Maintenant l’instant est venu pour moi de passer la main à celui
que vous attendez tous et qui est le chef incontesté de cette base. J’ai nommé
le général Hammond.
Le général Hammond
amaigri et encore un peu pâle fit son apparition sous une salve
d’applaudissements.
Cette nuit là Samantha
dormit très bien et ne fit pas de
cauchemar. Le lien mental était rompu.
FIN