Aurélia
Fic
56
Aout 2005
l’Indicible
Epoque : la 8
Genre : aventure, drame, romance, psychologie. (un bien grand mot peut
être ? )
Disclaimer : comme d’habitude, pas à moi, pas de
sous.
Rating : Accord parental souhaitable
Episode : Aucun.
Résumé : Il n’y a pas de résumé. Dans cette
fic j’aborde un sujet très délicat mais qui me tenait à cœur, j’y pensais
depuis longtemps. Voilà c’est fait, je ne sais pas si c’est réussi. A vous de
voir et me le dire.
Avertissement : Il y a certains passages un peu
durs.
1
5 août 9 h 22
Le
bruit la réveilla, un bip régulier… des voix…sa vision était floue, des ombres…
La
douleur… elle envahissait tout, elle était partout…
Des
visages se penchaient, masques grimaçants … une voix …
Janet ?
non pas Janet… elle est…. elle plongea, le brouillard, le noir…
-Elle revient à elle doucement, dit le docteur Jennifer Crow au
général O’Neill debout au pied du lit de Sam, mais elle n’a pas encore repris
totalement connaissance.
-Tenez moi au courant du moindre changement
dit-il d’une voix lasse à la jeune femme.
-Bien
mon général, mais cela peut être long vous savez.
-J’en suis bien conscient docteur,
après ce qu’elle a traversé.
2
16
avril 10 h
-Alors Daniel cette planète ?
-Je vous avais laissé de la doc sur votre
bureau ! dit Daniel étonné.
Soupir
d’O’Neill.
-Vous avez vu la pile de dossiers sur la table ? Désolé Daniel,
mais je n’ai pas eu le temps.
-Ah bah ça fait plaisir ! dit le
jeune archéologue vexé. J’ai passé la nuit dernière à vous préparer tout un
topo.
-Vous
allez nous faire le plaisir de tout nous raconter depuis le début répondit Jack,
désinvolte.
Sourire
de Sam. Elle était persuadée qu’O’Neill avait parfaitement vu le dossier de
Daniel, mais que cela le barbait de le lire.
-Un problème colonel ? demanda
Jack en levant un sourcil.
-Non, mon général dit-elle en cachant
ses lèvres de sa main.
-Daniel, je suis toute ouie.
-P8H567 est une planète au climat
tempéré. Elle est éloignée de son étoile d’une distance de 145 millions de kilomètres. Un peu moins que
la terre du soleil. Elle est entièrement ronde et présente donc un climat égal
tout au long de l’année, selon l’endroit où l’on se trouve, et…
-Daniel si vous alliez un peu vite. Y
a-t-il des Goa’ulds, du naquadah ? passez à
l’essentiel, dit Jack impatiemment
Daniel
soupira, l’impatience de Jack était proverbiale et maintenant qu’il pouvait
échapper à ses longs monologues il ne s’en privait pas.
-Mais c’est important tout cela,
Jack !
Devant
l’air buté du général il poursuivit.
-Nergal était le dieu de cette planète, mais je suppose que
vous n’avez pas envie de savoir qui c’est ?
-Moi ça m’intéresse Daniel
Jackson. Il vaut toujours mieux connaître son ennemi.
-Je ne vous le fais pas dire Teal’c.
-Pourquoi dites-vous « était »
Daniel ? dit Sam.
-Parce que d’après la légende il aurait
disparu il y a plusieurs siècles. Il faut savoir que Nergal est le dieu des
enfers mésopotamiens. Il est d’une rare cruauté et a réussi en quelques
décennies à exterminer toute sa planète.
Il est donc parti vers d’autres cieux si on peut dire. Ceci dit ajouta t-il, il vaut mieux se méfier.
La planète pourrait être occupée par un autre goa’uld. Cela s’est déjà vu.
-Oui en effet dit Sam surtout si le
naquadah n’est pas complètement épuisé.
-A propos du naquadah, qu’en est-il ? demanda O’Neill.
- Vers le nord il y a une mine, mais nous
ne savons pas si elle est désaffectée ou
encore en activité.
-Et près de la porte ?
-Il n’y a personne. La porte donne dans
une forêt, dans la partie la plus froide de la planète vers le pôle nord.
-Froid comment ?
-6 à 8 degrés Celsius dit Sam.
-Il faudra prendre une petite laine
alors dit Jack en souriant.
-Envie de venir avec nous mon
général ?
-Malheureusement je ne peux plus courir
la galaxie comme avant !
-Pourquoi dit Daniel ? Vous êtes
encore très sportif.
-Ce n’est pas ça dit Jack en souriant,
je ne peux pas m’absenter longtemps de ce foutu bureau fit-il en regardant de
l’autre côté de la vitre.
-Le SGC peut tourner sans vous pendant
quelques heures mon général.
La
voix de Sam était presque suppliante. Cela fit sourire Jack.
-Ne me tentez pas… Quoique c’est plutôt
calme en ce moment. Quelques heures loin d’ici ne changeront pas grand-chose.
-Je serais très heureuse d’être à
nouveau sous vos ordres sur le terrain monsieur dit Sam. Allez dites oui !
O’Neill
fit le tour de la table du regard, ils avaient tous l’air enchantés d’être à
nouveau ensemble pour quelques heures.
-Ok c’est parti fit Jack
joyeusement. Départ dans une heure.
Chevron
7 enclenché.
SG1 tout sourire, était sur la rampe
d’embarquement, L’ambiance était très détendue et les plaisanteries fusaient. Jack
avec eux. Comme autrefois.
Il
avait confié la base au colonel Reynolds, avec tout un tas de recommandations,
sans doute inutiles, mais nécessaire pour sa tranquillité d’esprit.
Ils
passèrent la porte tout en parlant tranquillement. Mais l’autre côté ne
ressemblait pas du tout à ce qu’ils avaient imaginé.
Il
n’ y avait pas de forêt, pas de température fraîche, mais le noir absolu.
3
5
août 11 heures.
Elle
se réveillait de plus en plus souvent.
Des ombres s’agitaient devant elle mais n’allaient pas jusqu’à sa conscience…
Des
voix autour d’elle, des voix graves, elle frissonna. Une plus douce qui la
calmait. Où était –elle ?
Elle
ouvrit les yeux et vit un mur gris. Elle se força à accommoder. Oui le mur
était gris. Elle ne put pas tourner la tête, la douleur l’en empêcha et elle
replongea aussitôt dans l’inconscience.
-Je ne sais plus quoi faire mon général
dit le docteur Crow à O’Neill, Elle a une robuste constitution, elle est jeune et en bonne santé, mais elle
devrait avoir repris conscience depuis
longtemps.
-Naturellement vous avez fait tous les
examens ?
-Oui bien sûr. Elle n’a pas de blessure
à la tête, et n’a aucune raison de ne
pas refaire surface. L’hémorragie a été
endiguée.
-Alors ? qu’est ce que
c’est ?
-Je pense que c’est psychologique.
-Expliquez-vous fit O’Neill d’une voix
dure.
-Elle ne veut pas revenir !
-Elle veut mourir ? dit-il d’une
voix étouffée.
-Je le pense.
-Sortez- la de là docteur, c’est votre
boulot ;
-Ça ne dépend que d’elle. Si elle n’en
a pas envie…
-C’est vous le docteur.
-Mon général, je ne voudrais pas vous
manquer de respect, mais je regrette, je ne peux rien faire.
-Alors vous baissez les bras ?
-Je suis désolée…
-Alors il faut que je la regarde
mourir ? c’est inacceptable dit Jack
avec colère.
-Il faudrait qu’elle soit soutenue en
permanence. Qu’il y ait toujours du monde auprès d’elle, des gens qu’elle aime,
des amis.
-Occupez-vous en docteur.
-Je n’ai pas assez de personnel, mon
général.
O’Neill
leva les yeux au ciel :
-Alors faites lui entendre de la
musique qu’elle aime. Racontez-lui des histoires, je ne sais pas moi, c’est
votre boulot.
Jack
quitta la chambre de Sam rapidement pour ne pas faire voir au médecin combien il était désemparé.
Sam allait mourir à cause d’une mission stupide qu’il avait lui-même encouragée.
C’était son travail, mais là, il se maudissait d’avoir été sur P8H567.
4
16
avril 16 heures
-Carter où sommes-nous ?
-Je ne sais pas mon général. Nous avons fait les bonnes
coordonnées, normalement nous sommes sur la planète.
Avec
leur torche ils regardèrent autour d’eux. Ils étaient dans une pièce dont les
murs étaient en bois sombre. La salle était petite, il ne semblait y avoir
aucune porte. Le plancher tanguait légèrement.
-Un vaisseau ? dit Jack.
-Non, plutôt un bateau.
-Quoi ? fit Jack surpris.
-Un vaisseau ne ferait pas de tels
mouvements, je suis persuadée que nous somme sur un bateau mon général.
-Filons d’ici au plus vite dit Jack.
-Comment ? répliqua calmement Teal’c,
il n’y a pas de DHD, O’Neill.
-Il y en a forcément un dit Jack.
-Pas toujours. Si la porte n’est jamais
utilisée, rappelez-vous…
-Daniel ne compliquez pas tout dit
O’Neill. Soyez optimiste.
Il
leur fallu bien se rendre à l’évidence. La pièce était vide. Il y avait
cependant deux portes, qu’ils n’avaient pas vues au premier coup d’œil. une
très épaisse en chêne qu’ils n’ébranlèrent même pas. Et une plus petite. Les deux portes étaient
dissimulées dans les panneaux de bois, si bien qu’elles se confondaient avec le
mur.
-Allez-y Carter, envoyez une rafale
dans la grande porte.
La
serrure était invisible, le bois vola en
éclats sous l’impact des balles. Un chargeur eut raison de la première couche.
Mais ils s’aperçurent bien vite que la porte était faite d’un acier très dur.
Les traces de balle avaient à peine rayé le métal.
-Ok ! arrêtez de tirer
Carter ! hurla O’Neill dans le vacarme assourdissant.
-Je suppose que la petite porte est
identique dit Daniel.
-On peut toujours essayer dit Jack.
Dès
la première rafale la porte fut détruite.
-Ben voilà fit Jack.
Ils
débouchèrent dans une pièce plus petite, aux murs également de bois. Cette
pièce était légèrement différente, une lumière glauque filtrait d’un hublot
épais. -Donc nous sommes bien sur un
bateau.
-Le hublot est beaucoup trop petit pour laisser passer
un homme.
Le
hublot pouvait s’ouvrir. Il donnait juste au dessus de la ligne de flottaison.
Daniel le referma aussitôt, avant qu’un paquet de mer ne vienne inonder la
pièce.
-Ouais je vois ce que c’est, dit Jack
au bout d’un moment.
-Hélas mon général, je crois qu’on est
pas prêt de sortir d’ici.
-C’est bien ce que je pense, dit Daniel pensif.
-Oui, nous sommes dans un bon cachot,
bien fermé par des murs en bois renforcé d’acier. Et le seul accès est cette
grosse porte qui ne veut pas s’ouvrir.
-Il faut s’organiser pour un séjour
peut être un peu plus long que prévu dit Daniel.
-Vidons nos sacs dit Sam.
Dans
leur sac le matériel de survie habituel pour une semaine. Des médicaments, des
rations militaires, de l’eau mais en quantité insuffisante, des pastilles de
sel, du chlore, des couvertures de survie, des vêtements, des munitions, du C4.
-On ne peut pas faire exploser la porte
ce serait trop dangereux dit Sam.
-Oui, je crois qu’il faut attendre
qu’on vienne nous ouvrir.
Le
plancher se mit à tanguer plus fort.
-Nous sommes en haute mer et il y a une
tempête qui se prépare. Nous voilà bien dit Daniel.
Des
craquements, des bruits sinistres accompagnèrent le roulis. Il leur était
presque impossible de tenir debout.
-Et moi qui ai le mal de mer gémit
Daniel en se recroquevillant sur le sol.
-Tenez prenez ça dit Sam, en tendant à
Daniel un comprimé contre les nausées.
La
nuit arriva. Le bateau était secoué comme par une main gigantesque, ne laissant
aucun répit aux prisonniers.
Puis
l’infernal tangage finit par s’arrêter. Ils s’endormirent.
Le
lendemain un jour gris et sale filtra par le hublot. Le silence était relatif,
car le vieil esquif en bois grinçait en permanence.
-Il nous reste une chose à faire, dit Jack essayons tout de même le C4. Une toute petite
charge. Réfugiez vous le plus loin
possible au fond de la petite pièce, et laissez le hublot ouvert.
Il
posa la charge et revenant vers ses amis, il la fit exploser.
Le
bruit fut assourdissant, la fumée acre, le bois de la porte avait pris feu mais
l’acier était à peine entamé.
5
6
août 12 H.
La
musique la berçait. C’était joli et apaisant. Elle ouvrit les yeux. Toujours le
mur gris en face d’elle. Elle était maintenant réveillée. Petite ombre
recouverte par le drap blanc. Elle aurait voulu s’enfoncer encore davantage et
disparaître à tout jamais.
On
lui apporta son repas. Un bouillon de légume fumant dans un bol.
-Buvez un peu Sam dit une voix douce.
Elle
mit la paille dans sa bouche et aspira une goulée du liquide tiède. C’était
chaud et agréable. Le liquide coula dans sa gorge, mais ne parvint pas à réchauffer
la petite boule glacée qui avait creusé son nid dans ses entrailles. Elle
tremblait. Il lui semblait que rien ne pourrait la réchauffer.
-Je vais chercher le médecin dit la
voix douce.
Quelques
instants plus tard Audrey Morgan s’assit
près du lit de Sam. Elle avait été
appelée en renfort par le docteur Crow, car le cas de Sam relevait maintenant
de la psychiatrie.
-Comment vous sentez-vous ?
-Mal…
Sa
voix n’était qu’un murmure.
-Vous souvenez vous de ce qui s’est
passé ?
-Oui dit-elle. Une unique larme roula
en silence.
-Dormez maintenant dit le médecin, il
faut reprendre des forces.
-Où est Janet ?
Le
cœur de Audrey Morgan se serra sous le coup de l’émotion. Sam ne se souvenait
pas que Janet était décédée l’an dernier. Elle était beaucoup plus atteinte que
ne l’avait pensé le médecin au premier abord. Devant le silence du médecin, elle
insista.
-Où est le docteur Frazier ?
-Sam… commença t-elle.
Mais
elle fut interrompue par l’irruption de Jack dans la chambre. Il lui mit un
doigt sur la bouche et l’entraîna dans l’angle de la pièce.
-Qu’étiez-vous sur le point de lui
dire ?
-Que le docteur Frazier
était décédée.
-Et vous croyez que c’est le
moment ? dit-il d’un ton rogue.
-Mon général, dit-elle d’une voix
ferme, vous n’êtes pas médecin ! Alors laissez moi faire mon travail. Il
ne sert à rien de lui cacher la vérité. Tôt ou tard elle se rendra compte qu’on
lui a menti. Or elle a besoin de toute notre confiance. Ce qu’elle a vécu est
terrible et elle devra parler à un moment ou à un autre, ce sera vital pour sa
santé mentale.
Jack
hocha la tête pas très convaincu.
-Laissez-moi faire mon travail, général
O’Neill. Je suis spécialiste de ce genre de traumatisme.
Il
la regarda un instant au fond des yeux, mais elle ne cilla pas, et soutint
fermement son regard.
-D’accord, je vous fais confiance lâcha
t-il en sortant.
6
17
avril 18 h 30
La
fumée les faisait tousser, l’air était empuanti, devenu irrespirable.
-C’était une très mauvaise idée dit
Jack en s’arrachant les poumons.
-Le plus étonnant dit Daniel c’est que
personne ne vienne. L’explosion a du faire un boucan d’enfer à l’extérieur.
-On serait seuls sur ce bateau ?
-Je ne vois pas d’autre raison colonel
Carter dit calmement Teal’c. Déjà les
rafales de P90 n’ont pas fait déplacer
du monde.
-Personne ne laisse un bateau en haute
mer, sans personne pour le diriger, ça n’a pas de sens dit Teal’c.
-Il y a peut être une bonne raison. Ils
sont peut être tous morts là haut.
La
phrase de Daniel résonna en eux et augmenta l’inquiétude qu’ils éprouvaient
déjà.
-Il faut absolument qu’on sorte d’ici dit
Daniel d’une voix tremblante.
-Calmez-vous Daniel. Ce n’est pas si
désespéré que ça.
-Ah oui, et où allez vous chercher
votre optimisme béat ?
-Il a raison mon général, nous en
sommes en très mauvaise posture.
-Vous croyez ? dit O’Neill calmement ne voulant pas céder à la panique. La perspective de
mourir de faim et de soif était terrible.
-Rationnons-nous dès maintenant dit Jack.
Ils
firent le compte de leurs vivres, ils en avaient pour 7 jours tout au plus.
28
avril 21 heures
Cela
faisait douze jours qu’ils étaient là.
Les rations étaient épuisées. Ils étaient comme des Robinsons sans île, échoués
sur un bateau au milieu de nulle part. Depuis deux jours il ne leur restait juste que de quoi entretenir leur faim. Leur ventre était douloureux et de subtils
vertiges les prenaient parfois les laissant pantelants et nauséeux.
Le
pire pour eux , ils n’avaient plus d’eau. Un comble ! il leur suffisait de
tendre la main pour cueillir dans leur paume un peu d’eau de mer. Daniel fut
tenté mais Sam l’en empêcha
-Ne faites pas ça Daniel, vous allez
vous rendre malade.
Les
heures passaient ils ne parlaient plus économisant leur forces et gardant au
cœur un hypothétique espoir.
Le
visage de Sam était tendu, elle aussi, malgré son entraînement militaire
n’était pas loin des larmes. O’Neill vint s’asseoir près d’elle.
-Courage Carter ! lui souffla –il.
Il
n’aima pas du tout le regard implorant
qu’elle leva sur lui. Elle souffrait en silence, ne voulant pas se plaindre.
Cela lui fit mal, il aurait tout donné pour elle, et il ne pouvait rien faire.
La
souffrance abolissait les interdits les
rendant obsolètes. Alors il s’allongea près d’elle et elle vint tout
naturellement se blottir contre lui. Elle n’avait pas peur de mourir s’il était
près d’elle. Elle posa sa main sur sa poitrine pour sentir les battements de
son cœur. Il était vivant, bien vivant plus résistant qu’elle, plus fort
physiquement.
Il
s’endormirent dans les bras l’un de l’autre.
Un
bruit sourd les fit se réveiller. L’anneau de pierre se mettait en mouvement,
les chevrons s’enclenchant les uns après les autres.
Un
espoir fou les souleva et
péniblement les mit debout. La vague
bleue s’immobilisa. Quelques chose roula sur le sol et les éblouit violemment.
Ils retombèrent inconscients sur le sol
comme des corps sans vie.
7
8
août 10 heures. Bureau du docteur Morgan
-Asseyez vous Sam dit le médecin d’une voix
calme.
La
jeune femme tenait à peine debout. Elle avait beaucoup maigri et flottait dans
ses vêtements. Son visage émacié était pâle. Elle était vivante, tout juste.
Ses yeux, fenêtre de son âme, ne
reflétaient que son vide intérieur.
La
jeune médecin avait des doutes sur les chances de guérison de Sam. Il lui
faudrait faire un long travail sur elle-même pour pouvoir vivre à nouveau, et envisager
une vie normale. Mais on en était pas là, pour le moment la sortir du marasme,
était la priorité.
-Pouvez-vous me raconter ce qui s’est
passé dit Audrey.
Sam
hocha la tête et commença un récit saccadé.
-Nous étions enfermés sans nourriture
et nous allions mourir. Ce n’était plus qu’une question de jours. Le
découragement s’était abattu sur notre petit groupe, même le général O’Neill
semblait à cours d’optimisme. Daniel depuis longtemps avait lâché prise. Quant
à Tea’lc il s’efforçait de tenir le coup.
-Et vous Sam, qu’avez-vous pensé à cet
instant ?
-Que j’allais mourir, que nous allions
tous mourir.
-Mais vous avez été sauvés n’est ce pas ?
dit la jeune femme d’une voix douce.
-Sauvés de la faim, oui, dit Sam d’une
voix étouffée.
-Que s’est-il passé ?
-Nous avons été aveuglés par une
violente lumière et après je me suis évanouie.
-Vos compagnons aussi ?
-Oui. C’était une grenade à choc
Goa’uld.
-Qui l’avait lancée ?
-Je ne sais pas…
-Si Sam vous le savez, je veux entendre
son nom.
-Non… balbutia la jeune femme en
penchant la tête sur ses genoux. Non…
Quand
elle se releva elle avait des larmes plein les yeux.
8
28
avril 23 heures
Quand
ils revinrent à eux ils étaient aveugles. Des ombres silencieuses les
entouraient. On les saisit par le bras et on les remit debout. Il furent
presque portés hors de la pièce principale. Ils ne surent pas comment la porte
fut ouverte, mais un brusque courant d’air frais leur apprit qu’ils étaient
sortis de leur enfer.
Quelques
minutes plus tard ils furent hissés et
se retrouvèrent à l’air libre.
La
fraîcheur du vent les ranima tout à fait. La vue revenait doucement. Ils furent attachés
assis sur le pont d’un immense navire aux voiles déployées, dont la course
folle ne semblait ne vouloir jamais finir. La vitesse du bateau était
hallucinante pour la taille du vaisseau.
Une
jeune fille, pieds nus et vêtue d’une
longue robe élimée leur donna un peu d’eau à boire.
-Doucement, dit-elle, buvez lentement
dit-elle d’une voix mélodieuse.
On
les remit debout sans ménagement et ils
furent conduit devant le maître des lieux : Nergal en personne.
Le
bateau de Nergal était gigantesque, il tenait à la fois du voilier antique et
du bâtiment plus moderne. Il pouvait filer le vent avec ses voiles blanches, ou
avec une puissante machinerie voguer sur
les océans d’un point à un autre à très grande vitesse.
Nergal
dieu des enfers avaient conçu son bâtiment pour attirer dans ses pièges les
âmes égarées des naufragés ou des visiteurs importuns. Des centaines d’hommes
étaient dans les haubans. Voltigeurs de talent, ils réparaient les voiles, les
faisaient monter ou descendre, selon le sens du vent et les ordres du dieu. Les
chutes n’étaient pas rares du haut des mâts où se mouvaient ces artistes à des
hauteurs vertigineuses.
-Un homme à la mer ! criait-on de
temps à autre.
Le
dieu ricanait mais ne bougeait pas. Une âme de plus à son compteur infernal.
Les
femmes elles, étaient destinées aux tâches inférieures. Nettoyer longuement les
ponts et les appartements destinés au seul Dieu. Faire la cuisine, ou laver le
linge. Coudre des fils d’or sur les vêtements royaux, jusqu’à s’arracher les yeux à la lueur des bougies.
D’autres encore parmi les plus belles devenaient les esclaves personnelles de
Nergal. Seules, elles avaient le droit de pénétrer la chambre du maître, de
goûter ses repas et de préparer sa couche.
D’autres
prisonniers vivaient dans les cales du bateau. Là ils faisaient un travail dur
et pénible. Ils travaillaient sur le naquadah. D’énormes quantités de minerai
brut venant des mines de Teriga, étaient chargées
régulièrement lors des escales. Ce minerai était ensuite nettoyé, et du sombre
magma informe qu’était la pierre grise et poussiéreuse était extraite le
minerai, joyau de pur naquadah.
Ce
travail les hommes ne le faisaient pas longtemps, en quelque mois la poussière
leur avait rongé les poumons. Ceux qui ne pouvaient plus travailler étaient
jetés à la mer.
Les
nouveaux arrivants étaient tombés dans les pièges de Nergal. Dès leur arrivée
les portes avaient été scellées, et les prisonniers tenus dans le plus grand
secret sur leur sort.
La
porte était bruyante et quand elle était activée, aussitôt le prima de Nergal
l’avertissait à l’aide d’un communicateur subspatial.
Environ une douzaine de jours après le fonctionnement du piège Nergal rentrait
sur son vaisseau par la porte des étoiles et prenait un plaisir infini à voir
palpiter dans sa toile ses nouvelles victimes. C’était ainsi qu’il affaiblissait
les visiteurs en les laissant souffrir
de faim et de soif.
-Qui êtes vous ? dit-il d’une voix
grave mais cependant douce.
Son
regard pâle essayait de lire sur les visages, mais il ne trouva aucune peur sur
leurs traits, rien d’autre que de la détermination.
Il
s’en étonna :
-Etes vous fous ou inconscients de me regarder ainsi ? tonna t-il. Prosternez vous devant votre seul
dieu Nergal.
Ils
furent mis à genoux sans ménagement et durent courber le front jusqu’à toucher
terre.
-Qui êtes-vous ? d’où
venez-vous ?
ils
gardèrent le silence.
-Peu importe fit le dieu fataliste. Ça
ne change rien au sort qui vous est destiné.
Il
fit un signe de la main. Sam restée debout jeta un regard désespéré à O’Neill
qui fit un geste d’impuissance. Sans ménagement un jaffa donna un coup dans le
dos de Jack qui fut bien obligé d’avancer.
Les
trois hommes furent emmenés dans les profondeurs du bateau.
Quant
à Sam, elle se retrouva seul devant le maître des lieux. Elle se redressa
fièrement.
Nergal
tourna autour d’elle comme un fauve avant de se jeter sur sa proie. Il lui
caressa les cheveux d’une main gourmande et approcha sa main de son visage. Stoïquement elle ne bougea
pas. Elle eut juste un mouvement de recul, quand la main glacée du dieu toucha
sa peau.
-Si tu bouges je jette tes compagnons à
la mer. Ils n’auront aucune chance. Je commencerai par celui qui a des cheveux
gris.
Sam
pâlit, son cœur battait à coups redoublés dans sa poitrine mais elle ne broncha pas.
-Kara ! cria Nergal.
Le
jeune femme qui lui avait donné à boire s’approcha, et se tint yeux baissés à
distance respectable.
-Emmène –là.
-Viens, suis-moi dit la voix douce de
Kara.
Elles
quittèrent la passerelle et s’enfoncèrent dans l’intérieur du bâtiment mais
dans la direction opposée prise par ses amis. Sam ne disait rien. Elle ne
savait pas si la jeune fille était fiable.
Elle
descendirent deux escaliers de bois
précieux, qui débouchèrent dans un immense appartement. Kara souleva une
tenture. La pièce était somptueuse richement décorée de bois rose et de meubles incrustés de nacre. Des tapis moelleux où le pied s’enfonçait
couraient au centre de cette immense pièce. Une table et des chaises, des
fauteuils, des coffres, des tentures dorées complétaient l’ameublement. Du
regard Sam jaugea la pièce. C’était riche, clinquant, d’un goût douteux. Elle
fit la moue.
-Tu ne trouves pas ça joli ? dit
kara avec étonnement.
-Si, si dit Sam sans grande conviction.
-Je vais te dire où tu vas dormir fit
la jeune fille en soulevant une autre tenture.
Il
y avait sur le sol des tapis. Sam en compta une vingtaine.
-Nous dormons toutes ici, expliqua
t-elle, après notre journée de travail. Le roi nous donne quelques heures de
repos.
Sam
était effarée, c’était un véritable esclavage pensa t-elle, en écoutant Kara
lui expliquer tout le travail que le roi donnait à ses esclaves.
-On peut aller partout sur le vaisseau,
sauf dans un endroit.
-lequel ?
-La chambre du roi.
Sam
pensait que c’était bien, elle ne souhaitait pas du tout aller dans la chambre
d’un tel monstre.
Ce
que kara ne lui dit pas, c’est que les petites servantes, un jour ou l’autre
finissaient par aller dans cette chambre. Il leur suffisait d’être belle. Or
kara pressentait que la jeune femme qu’elle avait sous les yeux devait être
splendide habillée en femme et dépouillée de ces étranges oripeaux masculins.
9
9
août 14 h 30 : Bureau du docteur
Morgan
-Sam si vous ne pouvez pas dire le nom
de cet homme, décrivez-le moi.
Les
entretiens se poursuivaient au rythme d’une séance tous les jours. Sam ne
reprenait pas de couleurs et son visage était toujours aussi triste, et son
regard en perpétuel mouvement ne se posait nulle part.
-Il était… grand… dit la jeune femme
d’un ton haché
-Grand comment ?
-Un peu plus petit que Daniel
dit-elle .
Elle
marqua un temps d’arrêt et respira profondément.
-Continuez, ses yeux ? ils étaient
de quelle couleur ?
-D’un bleu presque blanc, dit Sam avec
un frisson, un regard de glace…
-Comment était –il vêtu ?
-Je ne sais pas. Il changeait souvent
de tenue. Quelquefois il était tout en noir. Un homme noir qu’on ne voyait pas
arriver et qui marchait sans bruit.
-Sa voix ?
-A la fois rauque et douce, très
étrange sa voix, hypnotique.
-Quel était votre rôle sur le bateau ?
-Je travaillais aux cuisines le matin . Nous étions une dizaine dans un espace réduit
avec les fourneaux allumés en permanence. Il faisait une chaleur de four dans
cette pièce.
-Vous faisiez la cuisine pour le Goa’uld ?
-Pas seulement . Pour les jaffas aussi. Ils
étaient nombreux.
-Et les autres prisonniers vous les
voyiez ?
-Oui, j’apercevais quelque fois le général
O’Neill. On ne pouvait pas se parler.
-Pourquoi ?
-Parce que les femmes n’avaient pas le
droit de parler aux hommes. C’était interdit.
-Est-ce que vous le faisiez ?
-Non, j’ai bien essayé un jour de me
rapprocher de Daniel mais un jaffa m’a vue.
-Et qu’a-t-il fait ?
-J’ai été punie.
-Quel genre de punition ? continua le
médecin d’une voix neutre.
Long
silence de Sam dont le regard semblait tourné vers l’intérieur.
-Sam ! répondez-moi. Que vous a
fait le garde ?
-Il m’a
attaché à un mat… et…
la
voix de Sam était presque inaudible. Le médecin dut se pencher pour l’entendre.
-Il m’a fouettée devant tout
l’équipage. Et puis le Goa’uld est arrivé pendant ce temps. Il a regardé, il a
ricané.
-Vos amis étaient là, eux aussi ?
-Oui.
-Qu’avez-vous éprouvé ?
Sam
jeta un regard fulgurant au jeune médecin.
Enfin
pensa celle-ci, elle sort de sa torpeur. Jusque là Sam avait parlé comme s’il
s’agissait de quelqu’un d’autre.
-Vous voulez savoir ce que j’ai
éprouvé ? dit-elle en se levant et en faisant les cent pas dans la pièce.
De la honte, une horrible honte. Mais je ne lui a pas donné le plaisir de
crier, j’ai serré les dents.
Le
médecin hocha la tête
-Bien, vous êtes très courageuse Sam,
ne permettez à personne de vous dire le contraire. Nous avançons. Maintenant
vous pouvez me dire le nom du Goa’uld ?
-Non !
Sam
se mit à trembler.
-Non !
et
elle quitta la pièce en courant.
Dans
le couloir elle se heurta à Jack qui passait. Machinalement il la prit par le
bras.
-Ne me touchez pas dit-elle rageusement
en se dégageant brusquement. Elle partit en courant vers ses quartiers. Elle
claqua la porte derrière elle et se laissant tomber au sol, elle pleura
longuement.
10
15
mai 5 heures 30
Une
corne de brume résonna longuement dans la nuit encore profonde. Le son rauque
de la conque pénétrait les tympans mais
avait du mal à se frayer un chemin jusqu’au cerveau fatigué des
prisonniers .
La
journée commençait. Une rude journée de travail dans les cales du bateau à
respirer l’air saturé de particules de minerai.
Daniel
toussait à fendre l’âme.
-J’ai les poumons en feu dit-il
péniblement.
-Tenez prenez un peu d’eau dit Jack en lui tendant la
gourde.
-Je ne veux pas prendre votre part
Jack.
-Ne vous faites pas prier Daniel.
Jack et Teal’c supportaient beaucoup mieux que
Daniel la rigueur du travail. Celui-ci avait vu ses allergies revenir au galop,
il toussait et avait en permanence le
nez qui coulait. De plus il était pris d’accès de fièvre qui le laissait
affaibli. Jack et Teal’c l’aidaient dans la mesure du possible à faire sa part
de travail, et ils lui donnaient une partie de leur eau.
Le
soir avant de sombrer dans le sommeil, ils cherchaient un moyen de s’évader.
-Il faudrait déjà trouver le DHD dit
Daniel.
-Il est derrière la grande porte que
nous n’avons pas pu détruire dit Jack.
-Comment le savez-vous, on était
aveuglé.
-J’ai aperçu une masse sombre qui
correspondait à la forme du cadran dit Jack tranquillement.
-Il faudrait pouvoir y retourner.
-C’est malheureusement tout à l’autre
bout du bateau, près des quartiers de Nergal.
-Sam doit y avoir accès peut être,
puisqu’elle est avec les femmes.
-On ne peut pas communiquer avec elle.
Vous avez vu ce qui lui est arrivé l’autre jour dit Daniel.
-Je m’en voudrais toute ma vie de n’avoir
pu empêcher ça dit jack sombrement, en évoquant le dos de Sam, dénudé et
déchiré par le fouet.
-Ce n’est pas votre faute Jack, c’est
elle qui s’est approchée trop près de nous.
-Daniel a raison, général O’Neill, vous
n’êtes pour rien dans les agissements d’un tel monstre.
Jack
ne répondit pas. C’était trop dur, il était sur le point d’exploser. Ce n’était
pas le moment de les mettre en danger par des colères incontrôlées. Il se
contenta de donner un grand coup de pied dans le mur, et s’allongea sur sa
couchette.
Une
fois par jour ils montaient sur le pont. Nergal avait bien été obligé de mieux
traiter ses esclaves, ils mouraient si vite qu’il n’avait pas le temps de les
remplacer. Il leur avait accordé un quart d’heure au soleil et à l’air frais,
et une nourriture un peu plus copieuse. Ce n’était pas bombance, un potage
épais enrichi de morceaux de viande et double ration de pain noir. Ce n’était pas par
grandeur d’ âme. Mais rechercher de nouveaux esclaves lui prenait trop de
temps. Il avait un besoin urgent de naquadah pour se refaire un vaisseau
mère . Il en avait perdu un dans une attaque contre Baal. Il ne souffrait
pas de se sentir inférieur. Ce chien puant avait été plus fort que lui, et il
avait hâte de prendre sa revanche.
Un
mois après le début de leur esclavage, les prisonniers se fatiguaient et se
ruinaient la santé sur le bateau de Nergal, et ils n’avaient pas l’ombre d’un
plan pour s’ échapper et Sam n’ avait pas
encore connu le pire.
11
18
août bureau du docteur Morgan. 10 heures 15
Sam
était retombée dans son apathie devenue habituelle.
-Comment allez-vous Sam ce matin ?
demanda Audrey.
-Fatiguée, je suis allée dans mon labo,
j’avais des expériences en cours, mais je n’arrive pas à me concentrer.
-C’est tout à fait normal, Je ne vous
ai pas déclarée apte à travailler, vous devez vous reposer.
Sam
eut un pâle sourire :
-Vous savez, ce que je fais au labo, ce
n’est pas réellement du travail. J’adore ça. Et puis cela me change les idées.
-Je vois, mais je vous interdis d’y
retourner tant que tout cela n’est pas fini.
-C’est fini docteur ! C’est du
passé.
-Je ne crois pas dit Audrey.
-Je voudrais tout oublier ! dit
Sam en soupirant.
-Pas encore, vous devez avant vous
débarrasser de ce fardeau. Et vous savez bien qu’il n’y a qu’un seul moyen. Si
vous enfouissez cela au fond de vous, cela vous rongera comme un cancer. Vous
n’avez qu’une seule échappatoire : la parole.
Sam
s’était levée,
-Je peux dit-elle ? en montrant le
lavabo.
Elle
se lava les mains pour la énième fois de la journée. Naturellement elle ne comptait pas les deux douches qu’elle avait pris ce matin.
-Je me sens sale dit-elle avec un ton
d’excuse. Vous devez trouver cela
ridicule ?
-Pas du tout. Faites-le, si vous vous le souhaitez. Je n’ai
nullement l’intention de vous en empêcher.
Après
un instant de silence Audrey reprit la parole :
-Dites moi sur le bateau, vous logiez
près des quartiers du Goa’uld ? Comment cela se passait-il avec vos compagnes de
travail ?
-Nous étions dix huit dans la même
pièce. Nous dormions peu, car le roi exigeait beaucoup de nous. Les journées
étaient très longues. Elles commençaient par la préparation du premier repas
pour les jaffas et le roi. Ensuite il fallait tout nettoyer, puis faire le
ménage des appartements et récurer les ponts et toutes les parties du bateau.
Et quand nous avions fini, il était temps de penser au repas suivant, il y
avait aussi le linge, la couture… Nous n’étions pas assez nombreuses pour un
tel travail qui était épuisant.
-Parlez moi des femmes qui étaient avec
vous.
-Il y avait Kara, celle qui nous avait
donné à boire quand on est sorti de la salle où nous étions prisonniers. Et
puis Serana, une autre jeune fille très belle, une
vingtaine d’années peut être. Les autres je ne leur parlais pas.
-De quoi parliez-vous ?
-Au début pas grand-chose, puis le
travail nous a rapproché, et nos paillasses étaient côte à côte, nous avons
beaucoup parlé.
-Elles étaient là depuis plus longtemps
que vous ?
-Oui kara était là depuis plus de deux
ans et Serana six mois à peu près.
-Ce sont elles qui vous ont mises au
courant pour le travail ?
-Oui.
-Vous aviez en charge les appartements
du roi ?
-Oui, tous les matins je devais faire
le ménage, nettoyer les meubles et tous les bibelots. Il aimait que tout
resplendisse.
-Aviez-vous accès à sa chambre ?
-Non ! dit-elle un peu trop fort.
C’était interdit !
Nouveau
silence que le médecin ne troubla pas. Il fallait laisser du temps à la jeune
femme perturbée.
-Qui allait dans la chambre ? demanda
t-elle un moment plus tard.
Sam
se troubla, elle bougeait sans arrêt les mains et son front se couvrait de
sueur.
Audrey
ne la pressa pas il fallait que ça sorte. Elle n’ était là que pour la guider
par ses questions. Elle ne devait en aucun cas la devancer ou la pousser dans
ses derniers retranchements.
Elle
répéta sa question.
-Simplement Kara et une autre fille
dont je ne connais pas le nom.
-Quel était leur travail ?
-S’occuper des affaires du Goa’uld.
Faire sa chambre, son lit, laver son linge personnel.
-C’est tout ?
Sam
ne répondit pas. On arrivait au cœur du problème et c’était encore trop
douloureux.
-Ce sera tout pour aujourd’hui
Sam. Revenez demain à 15 heures. Mais si
vous voulez parler avant n’hésitez pas.
Sam
restait debout au milieu de la pièce,
elle semblait particulièrement gênée.
-Je voudrais savoir une chose, ce que
je vous dis vous en parlerez au général O’Neill ?
-Non, je suis soumise au secret
médical. Tout ce qui se dit ici, reste entre ces murs. Mais Sam, ne vous faites
pas d’illusion, le général O’Neill a
parfaitement compris ce qui vous est arrivée. C’est lui qui vous a ramenée dans
ses bras.
Sam
pâlit et dut se rasseoir.
-Ce n’est pas possible, murmura t-elle.
Elle
se sentait mal, elle avait chaud d’un seul coup, l’angoisse lui serrait le
cœur, elle luttait contre la nausée qui ne l’avait pratiquement pas quitté
depuis son réveil.
-Venez vous allonger Sam.
Le
médecin la soutint jusqu’au divan dans l’angle de la pièce.
-Comment a-t-il su ? chuchota la
jeune femme effondrée.
-Il vous a trouvé sur le lit du Goa’uld
baignant dans votre sang.
-Il vous en a parlé ? dit-elle
d’une voix faible.
-Oui.
Sam
ferma les yeux un moment, tout tourbillonnait dans sa tête. Les couleurs, les
sons, les images. Et surtout ce terrible goa’uld. Elle entendait encore son
ricanement tandis qu’elle se débattait sous lui.
L’idée
même que Jack ait compris son malheur renforçait encore sa douleur.
Le
lendemain Sam parla. Elle déballa tout dans le désordre. Elle dit ses peurs et
ses douleurs.
La
veille, elle avait passé une nuit blanche immobile au creux de son lit
souhaitant disparaître à tout jamais.
C’était
dans un demi sommeil qu’elle prit la décision de tout quitter, l’armée et
surtout Jack O’Neill. Qu’elle n’ait pas à sentir sur elle son regard plein de douceur en forme de pitié,
cela elle ne le supporterait pas. Il faudrait
qu’elle ait le courage de l’affronter en face pour le lui dire, ce ne
serait pas facile. Mais avant il lui restait une chose à faire, la plus cruelle
peut être, faire le récit de ces jours terribles au docteur Morgan, revivre l’indicible.
12
20 Juillet
14 heures
Le
bateau filait toutes voiles dehors, la brise était forte et il avançait
rapidement. Nergal venait de charger un autre stock de minerai. Les esclaves
étaient déjà en train de remplir les wagonnets qui conduirait le précieux
chargement dans les cales du vaisseau.
La
nuit suivante le navire se mit à tanguer.
-On dirait qu’on va avoir une tempête
dit Daniel.
-C’est peut être l’occasion que l’on
recherche répondit Teal’c.
-Oui, la surveillance sera relâchée.
La
tempête enfla comme un ballon. Des vagues se creusaient et le bateau était
projeté au sommet, restait accroché tout en haut de la vague et venait se jeter
dans le creux de dix mètres, comme si un monstre marin avait secoué tout le
bâtiment. Des cris retentissaient tandis que le plancher entamait sa descente
infernale précipitant les hommes dans un immense tourbillon où ils disparurent
à tout jamais. Il était impossible de tenir debout, le navire craquait de toute
part et dans un fracas assourdissant le grand mât se brisa net, s’abattit sur
le pont écrasant dans sa chute tout ce qui se trouvait dessous.
Puis
la tempête se calma et le bateau tangua un moment encore sur la dernière grosse
vague entama une lente et profonde
descente et après quelques secousses il s’immobilisa,
puis se balança doucement.
Un
silence de mort régnait sur le navire quand Teal’c pointa sa tête en haut de l’escalier en partie détruit qui menait aux
soutes.
Jack
et Daniel le suivirent.
-Oh mon dieu dit seulement Daniel
devant le spectacle de désolation qui s’offrait à leur vue.
Le
pont avait été ravagé, le grand mât sectionné, des flots de tissus détrempés et épars , des morceaux de bois, tout avait
été détruit, c’était un vaisseau fantôme qui s’était immobilisé au cœur de la
nuit sombre et froide. Des dizaines de corps jonchaient le plancher. Des
hommes, mais aussi des femmes.
-Carter… murmura Jack.
Ils
y voyaient à peine. Mais ils s’aperçurent bien vite que le vaisseau était sans
maître et qu’il n’y avait plus personne pour le diriger. Nergal était absent.
-Il faut la trouver dit Jack.
Ils
entreprirent le travail macabre de retourner les corps de tous ces pauvres gens
morts pour la folie d’un seul. A chaque visage inconnu, ils avaient honte de
pousser en eux mêmes un soupir de soulagement.
Elle
n’ était pas sur le pont. Jack évita de penser qu’elle était peut être passée
par-dessus bord.
Daniel
voyant le regard inquiet tourmenté de
Jack essaya de le rassurer.
-Pourquoi aurait- elle été sur le
pont ? Son travail est dans les
cuisines et les appartements.
Ils
descendirent difficilement les escaliers et se trouvèrent près de la salle de
la porte des étoiles. Le panneau était ouvert et le DHD n’avait pas l’air d’avoir souffert.
Tout
en cherchant ils avaient regroupés les survivants.
-On ne peut pas les laisser là, ils
vont mourir avait dit Teal’c.
Les
appartements avaient peu souffert de la tempête. Ils étaient juste en désordre,
quelques meubles renversés, et les tapis détrempés par un sabord resté ouvert.
Jack
pénétra plus avant dans les appartements. Il alla jusqu’à la chambre de Nergal
et ouvrit la porte d’un coup de pied.
Il
poussa un cri sourd.
Sam
était allongée en travers du lit, sans mouvement, sur la couverture de soie. Une
longue traînée de sang coulait sous son corps et gouttait sur le tapis de haute
laine blanche.
Jack
la prit délicatement dans ses bras, et prit le chemin de la porte.
-J’ai trouvé ceci dit Teal’c. Il tenait
dans sa main le GDO.
-Daniel faites les coordonnées de la
terre et Teal’c, sur le GDO mon ancien
code. Ils comprendront. Vite ajouta t-il.
-Teal’c : faites passer tous ces
gens.
Les
rescapés s’engouffrèrent dans le vortex sans se poser de questions, suivis de
Daniel. O’Neill ferma la marche.
Quelques
minutes plus tard ils étaient de retour à la base.
Le
docteur Audrey Morgan se souviendrait toute sa vie de la vision du général
O’Neill tenant dans ses bras une femme blessée et vêtue d’une longue robe transparente, et pâle comme la mort.
13
20
juillet 15 heures.
Ils
étaient tous à l’infirmerie. Les médecins s’affairaient auprès de nouveaux
arrivants. O’Neill ressortit très vite après avoir laissé Sam entre les mains
du docteur Morgan.
Il descendit jusqu’à son bureau occupé par le
général French qui l’avait remplacé après sa disparition et celle de son
équipe.
-O’Neill, dit French, le médecin vous a
déclaré en forme ?
-Oui à part quelques blessures minimes,
je vais bien.
-Et le colonel Carter ?
-Elle est dans le coma dit Jack du ton
le plus neutre qu’il put prendre.
-C’est toujours difficile de n’avoir
pas pu protéger ses hommes, dit le général qui se rendit compte de la colère et
du désarroi de Jack.
-Vous restez encore un peu avec nous ?
dit Jack sans relever la phrase de French.
-Non, je vous redonne votre fauteuil dit
French en souriant. Avant je vais vous expliquer tout ce que vous avez manqué.
Les
deux hommes travaillèrent le reste de l’après midi sur les dossiers puis après
une poignée de main French quitta
rapidement la base.
Ce
n’est qu’à 21 heures passées que Jack en ce 20 juillet put passer un moment
près de Sam.
-Comment va-t-elle ? demanda Jack au médecin.
-Elle a perdu beaucoup de sang.
-Elle va s’en tirer n’est ce pas ?
-Je ne peux pas me prononcer pour
l’instant. Je suis désolée mon général.
Silence.
-Mon général, vous ne devez pas vous en
vouloir, vous n’y êtes pour rien, reprit la jeune femme.
-Je n’ai pas su la protéger dit Jack
d’une voix sourde.
-Vous étiez vous-même prisonnier.
-Je sais, mais c’est moi qui ai ordonné
la mission…
Le
docteur ne répondit pas. Il n’y avait rien de plus à ajouter, le général O’Neill
devrait vivre avec cela. Le cœur de la jeune femme se serra devant le masque de
souffrance que lui présentait Jack à cet instant. Cet homme si maître de ses
émotions, durant l’espace de quelques secondes, s’était dévoilé.
- Et Daniel, comment va-t-il ? demanda Jack en se reprenant, il était plutôt
mal en point.
-Il souffre d’une inflammation des
poumons, due aux poussières. Mais son état est satisfaisant. D’ici deux jours
il sera sur pied.
-Tant mieux docteur.
Jack
quitta l’infirmerie et se dirigea vers ses quartiers d’un pas lourd.
14
20
août 18 H 45 quartier de Sam.
Sam
n’était pas guérie, certes elle avait tout dit au docteur Morgan, mais cela ne
lui avait apporté qu’un bref soulagement.
Des larmes et des sanglots. Beaucoup de larmes et de sanglots.
-Dites-moi le nom du Goa’uld,
maintenant Sam, avait-elle dit.
-Nergal avait murmuré la jeune femme,
Nergal avait-elle redit dans un flot de larmes libérateur. Nergal…
Elle
ne ressentait plus que du vide, un vide qui l’attirait vers le bas. Elle fut
prise de vertiges et s’effondra sur le sol.
Quelques heures plus tard elle s’assit devant son
ordinateur elle ouvrit le traitement de texte.
« Mon
général »…
Sa
lettre de démission.
« mon général »… aussitôt le visage
viril de son chef se matérialisa à son esprit….
« j’ai
l’honneur de vous présenter ma démission pour raisons personnelles »
Elle
signa : Samantha Carter.
C’était
bref mais il faudrait qu’il s’en contente, pensa t-elle. Elle savait qu’elle ne
pourrait rien dire de plus. Rien du tout. La honte et le désespoir la
submergeaient encore. Comment aurait-elle pu évoquer devant lui cette vie minuscule
et innocente engendrée par un monstre et qui avait palpité quelques semaines en
elle, avant de disparaître dans un flot de sang ? Comment raconter son angoisse et sa terreur de
se découvrir enceinte ? Le dégoût
d’elle-même qui l’avait empoigné. Non c’était impossible, il n’aurait pas
compris. Tout cela elle l’avait craché et vomi au docteur Morgan qui l’avait
soutenue pendant tout son combat contre ses démons intérieurs. Mais Jack ne
devait en aucun cas savoir tout cela. Il fallait l’enfouir et l’oublier et quoi
de mieux que de changer de vie ?
Sa
lettre, elle la fit parvenir au bureau du général. Puis elle attendit.
Toute
sa vie en stand by, suspendue à cette lettre. Elle s’y raccrochait comme à une
bouée et essayait de rassembler les morceaux éparpillés de ce qu’était devenue son
existence.
Le
médecin lui avait donné la permission de sortir de la base à condition d’y revenir
deux fois par semaine pour des entretiens. Même si elle avait tout déballé,
elle n’était pas guérie, il lui fallait se reconstruire.
Dans
sa maison, elle se sentait étrangère. Elle n’y venait que pour de courts
séjours. Elle fit le tour des pièces, une vaste cuisine avec tout le matériel
moderne et qui paraissait comme neuve. Un séjour, un petit bureau, sa chambre.
Elle
prit une autre douche, et se coucha. Elle avala les médicaments prescrits par
le médecin, et s’endormit d’un sommeil lourd et sans rêve.
15
21
août 12 heures 35, bureau du général
O’Neill.
La
lettre était sur le bureau, il ne l’avait pas encore ouverte. C’était une
lettre interne, qui n’était pas passée par le circuit de l’état major. Donc
quelqu’un de la base. Tout de suite il pensa à Sam.
Il
déchira l’enveloppe et resta perplexe
devant la feuille,
« J’ai
l’honneur… »
Sam !
Elle voulait les quitter. Quitter l’armée, mais pour quoi faire ? Une idée
horrible se fraya un chemin jusqu’à sa conscience et s’imposa à lui comme une
évidence : elle voulait en finir avec la vie.
Mais
non, elle n’aurait pas donné sa
démission, elle aurait tout simplement quitté ce monde discrètement, pour qu’on
ne la voie pas.
Il
ne savait plus que penser et appela Harriman.
-Allez me chercher le colonel Carter.
-Elle n’est pas dans la base dit le
sergent quelques minutes plus tard. Elle est partie ce matin.
-Où est-elle allée ? dit O’Neill
subitement très inquiet.
-Chez elle mon général.
Il
quitta son bureau en coup de vent. Une demi heure plus tard il sonnait à la
porte de chez Sam. Jamais il n’avait roulé aussi vite.
Il attendit qu’elle réponde. Personne. Il fit le
tour de la maison, la voiture était dans la rue. Il tapa aux carreaux de la
cuisine. Il crut voir une ombre passer.
Deux
minutes plus tard il forçait la serrure. Sur le seuil il appela :
-Carter !
Il
la trouva recroquevillée sur le canapé, un mouchoir roulé en boule dans sa
main.
-Carter murmura t-il en s’approchant
d’elle.
Bien
briefé par le docteur Morgan, il évita de la toucher. Elle lui avait expliqué
que Sam refusait tout contact physique. Il ne fallait pas la brusquer et que
serait déjà une grande victoire si elle
acceptait de lui parler.
Il
s’assit sur une chaise près d’elle à une distance respectable. Elle le regarda d’un air si triste que son cœur se serra. Il
avait mal pour elle, il se sentait si coupable. Mais il ne voulait pas le lui
montrer. Il lui sourit.
Elle
se redressa et murmura :
-Mon général…
-Pourquoi Carter ? dit-il en
sortant la lettre de sa poche.
-Je ne peux pas.
Long
silence. Mais elle ne semblait pas refuser le dialogue.
-Mais pourquoi démissionner ?
redit-il.
-C’est impossible, je ne peux plus
faire ce travail. Démissionner de l’armée me semble la meilleure chose.
-Vous pourriez ne plus aller sur le
terrain, c’est possible ça dit-il. Je
perdrais un excellent chef, mais si c’est ce que vous souhaitez, je n’irai pas
contre. Mais je pense que c’est un peu prématuré pour prendre une telle
décision.
Elle
avait une mine épouvantable, il ne comprenait pas que le docteur Morgan l’ait
laissée sortir. Seule dans cette maison elle devait ressasser tout cela. Il ne
fallait pas qu’elle reste seule. Il le
lui dit.
-Avez-vous une amie ? quelqu’un
qui pourrait rester avec vous ?
-Non.
Cela
ne le surprit pas. Sam était une femme très seule dont toute la vie tournait
autour de son métier, et dans sa profession, il y avait une majorité d’hommes.
-Je ne veux pas que vous restiez toute
seule Sam.
-Ça ne me dérange pas, dit-elle.
-Moi, si. Si vous n’avez personne, je
vous ramène à la base.
-Non, je ne veux pas retourner là bas.
Les gens me regardent comme si j’étais un monstre.
-A la base il y a bien des officiers
féminins que vous fréquentez.
-Vu mon grade monsieur, toutes sont sous mes ordres. Je suis seule,
comme vous dit-elle fataliste.
Il
n’y avait pas pensé.
-Je suis sûr que Daniel pourrait vous
aider, ou Teal’c.
Un
pâle sourire étira ses lèvres.
-Non,je ne crois pas. Je vous remercie
monsieur, d’être venu dit-elle en se levant .
Elle
le mettait à la porte !
-Carter, dit-il d’une voix douce.
Asseyez vous et écoutez ce que j’ai à vous dire.
Docile,
elle se rassit. Dans ses yeux aucune lueur. C’était comme si tout cela ne la
concernait pas. Il aurait voulu la bousculer pour la faire réagir mais il se
domina.
-Carter, vous venez de passer par une
terrible épreuve, je comprends…
Elle
le coupa brusquement une colère froide dans le regard.
-Non, monsieur, vous ne pouvez pas
comprendre !
Il
se tut. Elle avait raison. Mauvais départ O’Neill. Recommence.
-Bien Carter, ce que j’essaie de vous
dire, c’est que je suis désolé. Je voudrais vous aider, mais si vous ne vous
aidez pas vous-même, je ne peux rien faire. Dites-moi ce que je dois faire,
Carter ! Vous avez confiance en moi,
n’est ce pas ?
-Je
n’ai confiance qu’en vous mon général. Je vous demande pardon pour mon
attitude.
Il
avait une envie folle de la prendre dans ses bras, mais il se retint, ce serait une terrible
erreur.
La
situation était étrange et Jack choisissait avec soin les mots qu’il employait.
Il veillait à ne pas parler du passé. Il fallait aller de l’avant. Elle se leva
et alla dans la cuisine, il entendit l’eau couler. Elle revint quelques
instants plus tard.
-Carter, je n’accepte pas votre
démission.
Elle
se raidit. Il continua cependant tout en
la fixant au fond des yeux.
-Je vous donne des congés, autant que
vous voudrez.
-Merci monsieur.
-Si vous ne choisissez pas quelqu’un
pour habiter avec vous quelque temps, je vais être obligé de vous l’imposer.
-A vos ordres monsieur dit-elle
froidement.
-Elisabeth Clark va venir vous tenir
compagnie.
-Pourquoi elle ?
-Vous ne me laissez pas le choix. Cette
jeune femme est infirmière, elle est très compétente.
-Je ne l’aime pas.
Il
commençait à perdre patience. Sam était certes totalement déboussolée, mais il
trouvait qu’elle abusait un peu.
-Ecoutez Carter, c’est elle ou moi.
Imbécile !
qu’est ce que tu as dit ? Tu veux tout gâcher ou quoi ?
Sam
s’était levée le feu aux joues. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais aucun
son ne sortit de ses lèvres. Ses yeux étaient vrillés au fond des yeux de son
supérieur.
-Qu’est ce que vous avez dit
monsieur ? balbutia t-elle au bout de quelques secondes.
Jack
soupira. Il l’avait dit, pas question de revenir en arrière.
-Vous ne me laissez pas le choix, vous
refusez tout ce que je vous propose. Alors ce sera moi. Que vous le vouliez ou
non. Et vous avez intérêt à vous
remplumer, je vous le jure.
-Vous ne savez pas faire la cuisine
dit-elle légèrement.
-Détrompez vous dit-il avec un petit
rire un peu forcé, ma grand-mère était
une excellente cuisinière et j’ai appris d’elle quelques trucs dont vous me
direz des nouvelles.
L’
idée faisait son chemin dans l’esprit de Sam. Elle savait qu’elle pouvait
compter sur lui. Elle résistait cependant.
-Mais vous ne pouvez pas quitter la
base.
-Je peux le faire si je le veux. J’ai moi aussi besoin de repos. Je vais
accepter le congé que voulait me donner le docteur Crow. Quelqu’un me
remplacera.
Sam
se traita intérieurement d’égoïste, toute à son malheur elle avait oublié
combien ses amis avaient souffert dans les cales du bateau à raffiner le
naquadah. Le visage aux traits tirés de
son chef le lui rappelait.
-Je suis désolée monsieur, dit-elle.
-Ne le soyez pas Carter, votre
réponse ?
Son
visage était impassible.
Pourvu qu’elle dise oui, pensa t-il.
Sam
malgré elle, était émue. L’opiniâtreté de Jack la touchait. Au fond d’elle-même elle
n’en avait jamais douté. Mais elle avait peur, très peur de ce que cela pouvait
impliquer. Avoir Jack chez elle.
CHEZ
ELLE. Il y a quelques mois, elle aurait étouffé de bonheur. Maintenant
elle ne savait plus. Cependant la constance et l’amitié de Jack l’aidaient
beaucoup. Elle lui en était reconnaissante.
-J’accepte dit-elle en hochant la tête.
Un
grand sourire lui répondit.
-Je dormirai dans la chambre d’ami. Je
vous assure que je ne vous dérangerais pas. Je veux juste veiller sur vous.
-Merci dit-elle d’une voix tremblante.
Merci beaucoup. Mais…
Elle
s’arrêta comme en proie à son rêve intérieur.
-Il faudra être patient avec moi.
-J’aurais toutes les patiences avec
vous Carter, je vous le promets. Je peux
vous laisser seule un moment ? J’ai
quelques coups de fils à passer et chercher quelques affaires chez moi.
-Allez-y monsieur, je vous attends.
Jack
revint très vite s’installer chez Sam. Elle lui montra la chambre. Malgré tout
elle était contente de ne pas être seule
dans sa maison.
Il n’y avait rien dans les placards, juste des
pizzas surgelées dans le congélateur. Ils firent une petite dînette
silencieuse, sur un coin de la table de la cuisine.
Sam
n’avait pas faim et chipotait dans son assiette.
-Mangez fit Jack en reposant sa
fourchette sur son assiette vide.
-Vous voir manger me nourrit, excusez
moi dit-elle, en se levant.
Jack
aurait pu se vexer, mais il sourit seulement.
-Sam, revenez. Il faut manger.
Vous avez perdu énormément de poids.
-Je n’ai pas faim du tout mon général.
-Arrêtez de me faire du « mon
général » à tout bout de champ. On n’arrivera
à rien. Appelez moi Jack.
-Si vous voulez dit-elle indifférente.
Jack
soupira. Ce n’était pas gagné, la cohabitation n’allait pas être facile.
-Je vais me coucher dit-elle.
Excusez-moi.
Elle
revint dans la pièce.
-Il n’y a qu’une seule salle de bain,
mon général. Vous pourrez y aller quand j’aurai fini.
-Bien, bonne nuit, Sam.
-Bonne nuit, mon général.
Il
resta seul dans la cuisine. Sam avait à peine entamé sa pizza. Il pensait que
ce serait difficile mais pas à ce point. Elle était totalement fermée, pourtant
le docteur Morgan lui avait dit qu’elle allait beaucoup mieux. Elle refusait
même de l’appeler Jack.
Une
heure plus tard, l’eau de la douche coulait encore. Il eut peur qu’elle ait
fait un malaise.
-Sam cria t-il à la porte de la salle
de bain, ça va ?
-N’entrez pas cria t-elle à travers la
porte. Elle se couvrit d’une immense
serviette blanche.
-Non, n’ayez pas peur, je m’en vais, Mais je trouvais que vous étiez très longue.
-Dégagez le couloir, mon général, je
vais sortir.
Le
cœur serré, il fit comme elle le voulait et rentra dans la cuisine. Il trouva
une bière dans le frigo, et s’assit sur la terrasse pour la boire. Il était
découragé, et se demandait s’il n’avait pas eu tort de vouloir prendre la place
d’une spécialiste pour s’occuper de Sam. Mais il n’allait pas renoncer
maintenant.
La
nuit de Sam fut agitée et Jack ne ferma pas l’œil de la nuit. Elle gémissait et
criait, en proie à d’horribles cauchemars. Il l’entendait à travers la cloison.
Mais il ne voulait pas aller dans sa chambre, c’était beaucoup trop tôt.
17
Maison
de Sam journée du 22 août.
A
l’aube elle finit par s’endormir. Lui se leva et alla préparer du café bien
fort. Puis il dressa un plan pour la journée.
Il
fallait obliger Sam à faire quelque chose. Mais quoi ? du rangement ?
les courses, oui les placards et le frigo étaient vides. Mais après ?
Vers
9 heures elle sortit de la chambre et s’enferma dans la salle de bain pour une
très longue douche. Comme la veille il écouta l’eau couler le cœur serré. Comme
elle devait souffrir !
La
journée passa très lentement. Le ménage ne prit qu’ une demi heure et les
courses, une heure, pas plus. Il était midi et Sam avait déjà passé plus de
deux heures dans la salle de bain. Quand elle ressortit, elle était revêtue
d’un pantalon et d’un pull en grosse laine à manches longues. Dehors il faisait 28
degrés.
Jack
avait préparé un repas léger, à base de salades et de fruits. Quelque chose de
facile à avaler.
Ils
mangèrent sur la terrasse, à l’ombre, et en silence. Jack essaya bien de faire
la conversation mais ce fut peine perdue. Sam répondait par monosyllabe, et se
contentait de picorer.
-Je vais prendre une douche dit-elle.
Jack
perdait patience.
-Sam ! restez !
-Il faut que je prenne une douche dit-elle.
-Non ! il ne faut pas. Vous êtes
propre Sam. Et puis c’est quoi ce gros pull ? il fait chaud.
-J’ai froid, murmura t-elle, là,
fit-elle en montrant son ventre.
-Oh mon dieu ! lâcha t-il dans un
souffle.
Il
se sentait totalement dépassé.
-Allez vous reposer Carter, vous ne
tenez pas debout.
Elle
rentra dans la maison presque en courant,
totalement désemparée. Comment pouvait-elle comprendre ce qui lui
arrivait ? Son ventre était terriblement vide. Cet enfant elle l’avait haï
pour ce qu’il représentait et elle le
pleurait tout à la fois comme un être aimé. Une petite vie innocente qu’elle
avait portée et perdue. Une affreuse et
douloureuse contradiction, qu’elle ne pouvait assumer.
Jack,
désespéré, appela la base et eut un long entretien avec le docteur Morgan.
-Ça ne se passe pas bien du tout avait-il dit.
En
conclusion Audrey lui proposa d’emmener Sam dans son chalet.
-Mais…nous serons loin de tout dit-il
surpris de cette proposition.
-Faites-le mon général, il n’y a que
vous pour la sortir de là. Elle vous a en très haute estime.
-Oui comme Hammond ou n’importe quel
autre supérieur.
-Mon général, vous êtes aveugle ou quoi ? dit-elle un peu irrespectueusement
-Comment ça ?
-Vous le savez très bien et ce n’est
pas moi qui vais vous le dire.
-C’est de l’histoire ancienne tout ça,
bougonna t-il.
-Si c’est ce que vous croyez… tant pis…Mais
je maintiens qu’il n’y a que vous pour la sortir de là. Emmenez-là loin d’ici.
-Mais ses entretiens ?
-Elle peut manquer une semaine. De toute
façon je crois que ce grand bol d’air sera sa meilleure thérapie.
-Je vois, céda t-il, nous allons partir aujourd’hui.
18
Minnesota.
-Carter ! appela Jack .
-Mon général ?
-Nous partons.
-Nous partons ? redit-elle où
ça ?
-Dans le Minnesota.
Sam
pâlit.
-Tous les deux dit Jack.
-Mon général, je ne peux pas… ma
thérapie…
-Tout est arrangé. C’est le docteur
Morgan qui l’ordonne. Je ne fais qu’obéir aux ordres du médecin.
Le
visage de Sam passa par toutes les couleurs. Dans la lumière du jour, son
visage apparaissait ravagé, creusé, amaigri, livide, les yeux cernés.
Il
ne voulut pas lui montrer combien cela lui faisait de la peine de la voir
ainsi.
-Ça vous redonnera des couleurs, vous
êtes un peu pâlotte dit-il légèrement.
-On part quand ?
-Vous préparez un bagage et on part
tout de suite.
-A vos ordres, monsieur.
Jack
détourna le regard. C’était terrible de la voir ainsi. Petit soldat obéissant
et indifférent. Il aurait aimé qu’elle discute, qu’elle se fâche, qu’elle
refuse. Mais non, elle était docile et acceptait tout dans le détachement le
plus complet.
Sur
la route ils ne parlèrent pas. Jack conduisit tout le temps. Le trajet était
très long . Elle s’endormit.
Ils
s’arrêtèrent sur une aire d’autoroute pour acheter à manger. Sam but seulement
un coca. Jack se jeta sur un hamburger avec des frites . Il n’avait rien mangé
depuis le midi. Il acheta aussi quelques barres chocolatées, dans l’espoir que Sam se
laisse tenter.
Le
soleil se levait sur le lac quand ils s’arrêtèrent devant le chalet. Sam resta
un moment à contempler le spectacle. C’était grandiose, les sapins émergeaient
de la pénombre et le lac se teintait de rose. L’air était délicieusement frais.
-C’est magnifique dit-elle en se
retournant les yeux brillants vers son compagnon.
Il
ne répondit pas, ému. Elle sortait de sa torpeur. Enfin !
-Venez, vous êtes fatiguée, il faut
dormir maintenant.
Il
lui montra la chambre et il la laissa. Resté seul dans le séjour il fit une
flambée pour chasser l’humidité. Puis il ouvrit les volets et jeta un œil
satisfait à son domaine. C’était toujours là qu’il venait se refaire une santé
après les missions, surtout celles qui lui avaient demandé beaucoup d’énergie
et de courage. Il pensait qu’il en serait de même pour Sam.
Le
jour était complètement levé. D’habitude il faisait une grande promenade dès
son arrivée. Cette fois-ci il préféra rester à l’intérieur, il ne voulait pas
laisser Sam toute seule dans une maison inconnue.
Il
s’allongea un moment sur son lit. Après avoir passé toute la nuit au volant, il
se sentait un peu fatigué. Il n’avait pas encore récupéré des mois
d’emprisonnement dans le vaisseau de Nergal. Comme tous ses compagnons de
misère, il avait souffert des poussières de minerai, et des coups répétés des gardes. Cela n’avait
pas arrangé les douleurs récurrentes de son dos.
Ne
te plains pas mon vieux, c’est toi qui as voulu partir en mission.
Il
s’assoupit.
Vers
midi il se leva et trouva Sam assise sur
le banc devant le chalet. Elle avait enfilé
plusieurs pulls et serrait ses bras contre sa poitrine.
-Froid ? dit-il
-Oui, un peu. Il fait plus frais qu’ à Colorado
Springs dit-elle.
-On fait une petite promenade ?
-Non, si vous permettez, je préfère
rester là. C’est tellement joli !
-Oui, c’est magnifique. Je peux vous
laisser ?
-Bien sûr.
-Il y a du café, si vous voulez.
-Merci monsieur.
Elle
regarda Jack s’éloigner lentement et grimper un petit chemin caillouteux. Il
avait mis un bermuda et un tee-shirt. Bientôt sa haute silhouette disparut à sa
vue. Elle était seule. Mais elle n’en éprouvait aucune angoisse. Elle se
trouvait bien ici, et pensa que si elle devait guérir , cela pourrait être dans
un tel endroit.
Elle
rentra dans la maison et se versa une tasse de café qu’elle but devant la cheminée.
Le feu l’avait toujours apaisée. Elle se sentit mieux. Plus calme. Elle avait fait
moins de cauchemars.
Le
cri, la fit sursauter. Jack ! pensa t-elle tout de suite. Elle s’élança
sur le chemin. Jack arrivait en boitant, il avait fait une chute, il saignait.
-Mon général vous êtes blessé !
-Ce n’est rien Carter. J’ai rencontré
une pierre un peu trop brutalement.
Il
rentra dans le chalet, suivi par Sam. Il alla dans la salle de bain et enleva
son tee-shirt, il se contorsionna devant
la glace pour voir son dos. Il s’était râpé le bas du dos, écorché les paumes
des mains, et son genou qui avait lâché le faisait souffrir.
-Et merde ! lâcha t-il. Quelle
poisse !
Il
soigna ses mains comme il put, son genou également, mais il ne pouvait rien
faire pour son dos qui le brûlait. Tant pis.
Quand
il revint dans le séjour, Sam avait repris sa place devant le feu. Elle ne leva
pas les yeux vers son supérieur, perdue dans son rêve intérieur.
-Vous avez faim dit-il ?
-Non !
Et
ça recommençait ! Jack se sentait mal, impuissant à la sortir de son
marasme. Elle ne s’était même pas proposée pour le soigner !
-Tant pis pour vous ! moi j’ai
faim, je mange.
Elle
ne réagit même pas.
Son
dos saignait, il sentait le sang couler, cela devait se voir à travers son tee-shirt !
Elle était aveugle ou quoi ?
Il
se prépara un sandwich et sortit le manger dehors. Il claqua la porte.
Jack
après son repas, prit son matériel de pêche et s’installa sur le ponton. Si
elle voulait venir, elle viendrait. Il n’arrivait pas à se calmer. C’était vraiment
une très mauvaise idée ce séjour au chalet.
Une
heure plus tard, il n’avait pas encore retrouvé sa sérénité habituelle. La
pêche lui vidait l’esprit, le ressourçait habituellement. Là , non, rien. La
jeune femme dans le chalet occupait tout son esprit. Il s’en voulut de sa
colère, il devait rester maître de ses nerfs, pour elle. Cependant il pensait
qu’il n’avait pas fait une bonne approche. La guérison ne viendrait pas
d’elle-même. Il fallait sans doute la
bousculer. Bien sûr ce n’était pas très orthodoxe, ni prôné par les psys, mais il s’en fichait. Pour
Sam il était prêt à tout. Il chercha et trouva l’idée.
Jack
rentra, posa son matériel de pêche dans
un coin. Sam n’avait pas bougé, elle était prostrée dans le fauteuil.
Il
respira profondément.
-Carter, je peux vous demander un
service ?
-Mon général ? dit-elle en levant
sur lui un regard vide qui lui fit mal.
-Mon dos, Carter, je saigne, vous
pouvez me soigner ?
Il
la vit se décomposer encore un peu plus.
Il
insista.
-Oui, je sais, il va falloir prendre
sur vous pour me toucher, mais là j’ai mal et je ne peux pas rester comme ça.
Il
exagérait un peu. La brûlure s’ était un peu apaisée, et il ne saignait plus.
Elle
le regardait les yeux exorbités.
-Dans la salle de bain il y a des
pansements et du désinfectant. Allez les chercher dit-il d’un ton autoritaire.
Il
lui laissait du temps pour qu’elle s’habitue à cette idée.
Elle
revint et posa le matériel sur la table. Elle tremblait.
-Je peux pas balbutia t-elle…
-Carter ! c’est un ordre cria –t
il.
Elle
restait figée, et le regarda essayer d’ôter son vêtement. Mais le tissu collait
à la blessure. Il grimaça.
-Vous voyez bien que j’ai besoin de
vous ! Secouez vous ! le monde ne tourne pas autour de Samantha Carter !
il y a de la vie autour ! des
gens ! Arrêtez de ne penser qu’à
vous ! Vous avez souffert quelque chose d’horrible, c’est vrai ! Mais
il faut surmonter ça !
Il
criait maintenant, hors de lui !
Bravo
O’Neill ! Super ! Elle va prendre la fuite et tout sera à
recommencer !
Mais
contrairement à son attente, elle prit délicatement le tee-shirt et commença à
tirer. Il avait baissé la tête et ne disait plus rien, le cœur cognant encore
comme un fou.
-Doucement, râla t-il.
Elle
termina son travail les mains tremblantes. Elle ne tenait debout que par la
force de sa volonté. Elle avait honte de son attitude et les mots cruels et si justes de Jack se frayaient un chemin dans son esprit.
Elle
dénuda entièrement son dos, ses doigts se posèrent sur les ecchymoses. Le
contact de ses mains fraîches le fit frissonner.
-Ça fait mal ?
-Un peu.
Elle
termina le pansement et s’assit lourdement, épuisée.
Ils
se regardèrent longuement en silence.
Ce
fut elle qui rompit la première cet instant de grâce.
-Excusez-moi, mon général. dit-elle en
essuyant une larme. Je ne m’étais pas rendu compte que mon attitude pouvait
être si égoïste.
-Ce n’est rien Carter. Un
question ? qu’avez-vous éprouvé quand vous m’avez touché ? du
dégoût ?
La
réponse ne vint pas tout de suite, comme si les mots étaient durs à dire.
-Non, admit elle, cela m’a paru naturel.
Jack
se détendit brusquement.
On
est sur la bonne voix pensa t-il. Il lui sourit.
Elle
répondit par un sourire tremblant. Le premier depuis bien longtemps.
-Votre genou ? ça va ?
-Oui.
-Qu’est ce qui s’est passé ?
-J’ai fait une chute idiote. Je n’avais
pas dormi, pas mangé et je suis fatigué.
-Je vous demanda pardon de mon
attitude. Je suis un poids mort. Vous …
-Carter ! ne dites donc pas de
bêtises !
Elle
se rapprocha de lui, et quand elle vint d’elle-même dans ses bras, il sut que
c’était le début de la guérison.
Le
séjour au chalet touchait à sa fin. Elle avait repris des couleurs et
recommencé à manger. Très légèrement, mais elle mangeait. C’était une grande
victoire. Il lui avait appris à pêcher, et cela lui avait plu. Le soir les
retrouvait devant le feu sirotant le dernier café de la journée, avant de se
séparer chacun dans sa chambre.
Sam
aussi parlait un peu plus. Elle ne parla pas du tout de son drame, mais de sa
vie. Elle trouva une oreille attentive, et en fut surprise. Elle lui en fit la
remarque ;
-Je vous ennuie avec toutes mes
histoires, mon général.
Qu’elle
s’obstine à lui faire du « mon général », le peinait, mais il
comprenait. Elle voulait reprendre sa vie là où elle l’avait laissée, avant le
départ en mission du 16 avril. C’était indispensable, avant que sa vie ne prenne un autre chemin.
-Non, Sam, vous ne m’ennuyez pas, et
vous le savez dit-il avec un rien d’agacement dans la voix.
La
semaine au chalet l’avait épuisé. Mais il était content du changement. Certes
Sam n’oublierait pas, mais elle pourrait désormais envisager d’avoir une vie
normale.
-Sam, vous avez réfléchi à ce que vous
allez faire maintenant ?
-Oui, mon général. Je souhaiterais dans
un premier temps travailler à la base.
Ouf !
elle ne parle plus de démissionner. C’est
un premier pas.
-Cela ne pose aucun problème. Il y a
toujours tellement de choses à faire à la base.
-Merci monsieur dit-elle avec un
sourire.
Il
crut voir du soulagement dans ses yeux.
19
Dernier
soir au chalet
Ce
soir là Sam s’attardait. Il sentait qu’elle avait quelque chose à lui demander,
mais qu’ elle n’osait pas. Il lui sourit,
pour l’encourager.
-Carter ? vous avez quelque chose à me
demander ?
La
peur de dormir ne la quittait plus, à chaque fois elle faisait de si terribles
cauchemars qu’ils la réveillaient, haletante, le cœur au bord de la rupture.
Chaque soir, elle retardait le moment d’aller se coucher.
-Oui, mon général, dit-elle en hésitant, je fais des rêves affreux, et …
-Vous avez peur d’aller dormir. C’est
bien ça, dit-il compréhensif.
-Oui, si vous pouviez…
Elle
le regardait d’un air si suppliant qu’il en eut mal.
-Vous n’allez pas vous moquer de
moi ?
-Jamais, Carter, vous le savez bien.
-Si vous pouviez… redit-elle.
Il
la regarda au fond des yeux. Elle ne voulait quand même pas qu’ il vienne avec
elle ! Dans le même lit !
Et
pourtant, quand il la prit par la main, il sentit un soulagement dans ses yeux.
-Juste pour dormir dit-elle
précipitamment.
-Bien sûr je ne pensais pas à autre
chose.
-Excusez moi, je ne voudrais pas vous
gêner…
En
guise de réponse,il la prit par la main, et ils pénétrèrent dans sa chambre.
Elle
se coucha dans son grand lit vêtue d’un tee-shirt et d’un bermuda. Elle se coucha en frissonnant . Lui dormait
en boxer. Il ne changea rien à ses
habitudes.
Il
vint se coucher près d’elle, elle lui tournait le dos et tremblait.
-Tu n’as rien à craindre de moi, Sam.
Rien du tout.
Il
la prit dans ses bras, elle vint se lover dans sa chaleur. Il rabattit sur eux
le drap et lui caressa doucement les cheveux. Il sentit sa respiration devenir plus calme et son corps cesser de
trembler. Ils s’endormirent ainsi, elle, lui tournant le dos, sentant son
souffle dans son cou. Cela lui apporta un apaisement comme elle n’en avait pas
connu depuis longtemps. Elle était bien dans les bras de Jack.
Lui
était heureux. Sa mission avait réussi, il allait pouvoir commencer à se
pardonner la terrible erreur qu’il avait faite en autorisant cette exploration.
Elle, aurait encore un long chemin à faire et il comptait bien participer à sa
guérison. Mais il avait tout son temps. Pour le moment, il voulait juste
savourer ce moment de paix avec elle.
Avant
de fermer les yeux. Elle avait murmuré :
-Merci, Jack.
Elle
l’avait dit ! Enfin !
FIN