Aurélia

 

Fic 58

Août, septembre  2005

Epoque : la 8, après Affinity, et autre temps.

Spoilers : aucun.

Disclamer : Comme d’habitude les personnages de Stargate ne m’appartiennent pas.

Résumé : Suspense bien sûr !  Pourquoi raconterai-je ma fic ? Lisez-la ce sera plus simple.

Genre :  Crossover :  SG1 et Atlantis. Aventure. Romance.

Un petit clin d’œil à une autre série télé.

Rating : Pour tous.

Dédicaces : Un gros bisou à Hito, Nemesis et Ninie.

 

LE COFFRET

 

 

 

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De nos jours planète P5N555

 

 

La  pièce était sombre et si grande qu’ils n’en voyaient pas le plafond. Sam avança prudemment le faisceau de la lampe de son arme braquée devant elle. Daniel restait quelques pas en arrière, elle l’avait exigé.

Le jeune archéologue n’était pas toujours d’une grande prudence lorsqu’il découvrait un lieu pour la première fois. Il avait le regard extasié d’un enfant  découvrant tous ses cadeaux  de Noël au pied du sapin.

Teal’c de son côté  était parti dans la direction opposée. C’était une salle aussi grande que l’intérieur d’une pyramide. Visiblement elle n’avait pas été visitée depuis des siècles, l’air sentait le renfermé. Quelques pierres se détachaient de la voûte et tombaient sur le sol dans un nuage de fines poussières.

         -Teal’c appela Sam, vous trouvez quelque chose ?

         -Pas encore, colonel Carter,  mais je suis arrivé à un mur avec une ouverture. Il y a d’autres pièces.

         -Attendez-nous, on vous rejoint.

Daniel et Sam le rejoignirent rapidement.

         -Vous allez être content Daniel. On dirait qu’il y a des joujoux pour vous là-bas !

Daniel ne voyait pas le visage de Sam dans la pénombre et il grommela ;

         -Vous parlez comme Jack ! C’est fou l’influence qu’il a eu sur vous !

         -Qu’entendez-vous par là ?

         -Que vous avez les mêmes façons de réagir et de parler.

Sam ne répondit pas. Mais la remarque de Daniel la flattait. Quel modèle elle avait eu ! Un chef remarquable en tout point, qui les avait conduit la plupart du temps à la victoire. Et pouvoir s’en approcher un tant soit peu la remplissait de fierté !

Teal’c les attendait à l’entrée de la première salle qu’ils traversèrent rapidement car elle était vide.  Dans la deuxième salle les murs étaient recouverts de dessins, de pictogrammes que Daniel ne comprit pas de premier abord.

         -C’est le moment de sortir votre camera Daniel Jackson dit Teal’c  en explorant tranquillement la pièce.

Mais Daniel n’avait pas attendu, il filmait tout de façon méthodique en passant d’un plan à l’autre de façon serrée, afin de ne rien perdre du trésor qu’il avait sous les yeux. Puis il fit de même avec l’appareil photo, et prit de nombreux clichés. Il agissait toujours ainsi, même s’il avait l’impression de faire double travail. Depuis qu’un jour un film avait été complètement raté, il préférait prendre ses précautions.

Pendant ce temps Sam et Teal’c étaient déjà passés dans  une troisième  pièce. Les murs étaient vides de toute inscription. Apparemment il n’y avait rien. Pas de porte, pas de passage apparent. C’était un cul de sac.

         -Daniel, venez voir !  Est-ce que ce genre de pièces vous rappelle quelque chose ? C’ est étrange une pièce vide ! Non ?

Le jeune homme ne dit rien mais promena sa lampe le long des murs et du plafond. C’était une pièce d’environ dix mètres carrés, pas plus.

         -On dirait une sorte d’antichambre. Un passage entre deux pièces, dit-il.

         -Avec une porte dérobée ?

         -En effet, ce n’était pas rare dans les  temples.

         -Nous n’avons pas encore trouvé de quel dieu il s’agit ! dit Teal’c.

         -On verra quand on aura déchiffré toutes les inscriptions. Mais je pense qu’il y a une pièce derrière l’un de ces trois murs.

Sur le sol, il y avait des pierres, des poussières et  du sable. Daniel en préleva quelques échantillons.

         -Qu’est ce que vous faites Daniel Jackson ? demanda Teal’c, intrigué.

         -Je fais quelques prélèvements en vue d’une datation au carbone 14. Il me faut situer l’époque  dans un premier temps. Cela resserra le champ des possibilités. 

         -On va rentrer à la base. Quand vous aurez traduit tout ça Daniel dit Sam, on y verra plus clair. Et je pense que l’on pourra faire une autre expédition.

Le petit groupe reprit le chemin du retour et se dirigea tranquillement vers la porte des étoiles, située à deux kilomètres du temple.

Les abords du shapaï étant déserts,  le voyage du retour se fit  sans histoire.

 

 

 

21 août 2027,  Washington.

 

         -Mon général !

         -Repos colonel  dit la femme sans bouger de son bureau. Je vous ai fait venir pour une raison bien précise, j’ai besoin de vos services.

         A vos ordres, Madame.

 

Samantha Carter se leva. Elle était toujours aussi mince, et son visage était  peu marqué malgré la soixantaine qui arrivait à grands pas. Seuls ses cheveux blancs trahissaient son âge.

Elle fit quelques pas vers l’homme en face d’elle :  Le colonel John Sheppard.

         -Comment allez-vous John ? Elisabeth ? et les  petits enfants ?

         -Tout le monde va bien mon général je vous remercie., dit l’homme en souriant. 

Le militaire  qu’elle avait devant elle, avait vieilli, cependant on retrouvait dans ses yeux cette lueur qu’il avait au moment de partir sur Atlantis. C’était un homme remarquable qui avait réussi au-delà de toute espérance. Mais la vie ne l’avait pas ménagé et l’avait fait vieillir prématurément. Peu après sa démobilisation  d’Atlantis il avait épousé Elisabeth Weir et avait eu trois enfants. Ils vivaient maintenant près de Toronto.

Mais un drame était survenu, leur aîné  avait été tué durant la guerre huit ans auparavant, et le couple  avait vieilli d’un seul coup. Ils étaient maintenant tous les deux à la retraite,  et ne vivaient plus que pour leurs petits enfants.  L’appel  officiel de Samantha Carter  l’avait beaucoup surpris, mais il était venu aussitôt, on ne refusait pas une invitation du chef d’état major.  

 

         -Que puis-je faire pour vous, mon  général ?

 

 

 

De nos jours, Base de Cheyenne Moutain.

 

Sam se dirigea d’un pas rapide vers le bureau de Daniel.

         -Vous avancez dans vos traductions ?

         -Très lentement. Je suis entrain de préparer le briefing de cette après midi.

         -Pressez vous Daniel. Le général O’Neill va s’impatienter ! dit Sam en riant. Vous le connaissez !

         -Oh oui, je le connais ! Plus le briefing sera bref, plus il sera content. Il sera d’ailleurs ravi car je n’ai pas grand à dire, à part bien sûr le fait qu’il faut y retourner.

         -Vous avez trouvé à qui était dédié le temple ?

         -Vous ne me ferez pas parler avant le briefing Sam. Il faut ravaler votre curiosité pendant encore … oh !...  deux bonnes heures dit-il en regardant sa montre.

         -Tant pis j’attendrais dit le jeune femme d’un ton léger. Et si on allait au mess ?  j’ai un petit creux.

         - Allez-y je vous rejoins tout de suite.

 

A 14 heures SG1 se présenta dans la salle de briefing. Ils pouvaient voir O’Neill à travers la vitre. Il était au téléphone et fronçait les sourcils.

         -On dirait que notre général préféré à des soucis dit Daniel en montrant Jack qui faisait des mouvements de main avec agacement.

         -Oui, j’espère que votre topo sera court et concis dit Sam.

Œil noir de Daniel.

         -Pourquoi me faire faire des traductions si c’est pour sabrer mes exposés ! dit-il d’un air désolé. Je suis un incompris dans cette base !

Rire de Sam au moment où Jack sortait de son bureau.

Le regard du général s’adoucit en se posant sur la jeune femme.

         -Alors Carter !  on s’amuse bien ?

         -Oui mon général, on était en train de spéculer sur le temps que vous alliez laisser à Daniel.

         -Pas longtemps dit Jack. J’attends un coup de fil important dans un quart d’heure !

Vous voyez bien semblait dire le regard du jeune homme.

         -Ne perdons pas de temps dit Jack. Daniel je vous écoute.

         -La planète P5N555 mérite une seconde visite commença le jeune archéologue, et ce qui est très intéressant…

         -Accordé dit Jack en se levant.

         -Quoi ?

         -J’ ai dit que j’étais d’accord dit O’Neill sèchement. Autre chose ?

         -Mais vous ne voulez pas savoir pourquoi ? dit Daniel très déçu.

         -Je vous fais entièrement confiance, si vous dites qu’il faut y retourner, allez-y. je suppose que Carter et Teal’c sont d’accord ?

         -Oui, mais…

-Vous me raconterez tout cela au retour Daniel, vous partez dans une heure,  dit le général O’Neill en retournant dans son bureau.

         -C’est pas vrai !  C’est encore pire que ce que j’avais pensé !

         -Que voulez-vous Daniel, le général est un homme très occupé, dit Sam en soupirant.

 

 

La jeune femme rentra dans son bureau et appela chez elle.

         -Pete ? tu es là… Non ?...  Bon… je pars en mission dans une heure. Je pense être de retour pour le dîner…À ce soir.

 

 

 

 

 

Washington 2027

 

Le général Carter regarda le colonel Sheppard avec bienveillance :

         -Détendez-vous, John  j’ai une mission pour vous.

         -Mais mon général, je suis à la retraite ! dit-il surpris.

         -Je sais mais écoutez moi voulez-vous,  dit Sam, en s’appuyant au dossier de son fauteuil. Je voudrais remonter le temps, dit-elle tout à trac.

Sheppard ouvrit de grands yeux :

         -Mais…pourquoi ?

Ce n’était pas la demande en elle-même qui stupéfiait John, mais le fait qu’elle émane du général Carter. Il savait combien elle était prudente dans ce genre d’expédition.

         - A votre avis John ? je voudrais défaire tout ce que nous avons vécu ces dernières années.  

         -Comment ?

         -C’est là que j’ai besoin de vous. Je sais où est le jumper temporel. Seul quelqu’un  possédant le gène des anciens peut le conduire.

 

Un grand silence accueillit sa demande. Sheppard réfléchit longuement et pesa ses mots avant de parler.

         - Mon général, c’est une expédition tellement hasardeuse !

         -J’en suis consciente colonel, mais franchement qu’est ce que l’on risque ? Le monde pourrait-il  être pire que ce qu’il est aujourd’hui ?

         -Puis-je réfléchir, mon général ?

         -Naturellement dit Sam, c’est tout ce que je vous demande, je ne suis pas à un jour près.

         -En fait je me pose des questions, je suppose que vous avez un plan ? pour changer le passé.

         -Oui j’en ai un dit Sam avec un sourire  entendu.

         -Mais vous n’avez aucune certitude ? N’est-ce pas ?

         -Bien sûr que non, personne ne peut présager de l’avenir comme du passé. Je ne peux pas vous forcer, c’est évident, mais je pense que vous et Elisabeth avez tout à y gagner, dit-elle en regardant avec bonté le militaire qui avait pâli.

         -Vous avez raison mon général. Cela pourrait faire revenir Christopher… Je vais en parler à Elisabeth. Je suis sûre qu’elle voudra venir avec moi.

         -Vous avez conscience que  nous ne reviendrons peut être jamais ?  Qu’en tout cas ce sera différent ?  

         -Comme vous le disiez tout à l’heure mon général, cela ne peut pas être pire dit Sheppard avec fermeté.

         -Oui, vous voyez ce bureau ? Je m’y ennuie toute la journée, dit Sam. je suis chef d’état major et je n’ai pratiquement plus rien à commander ! Notre armée est réduite à sa plus simple expression. Tout est sous contrôle. Il n’y a plus rien, plus d’avenir pour notre terre. Nous n’avons pas combattu tant d’années pour finir ainsi ! Je ne le supporte plus. Tant de vaillants combattants sont morts et ont donné leur vie pour un monde meilleur, et nous avons échoué.

La voix de Sam s’étrangla à l’évocation  de ses amis disparus.

Elle semblait perdue dans ses souvenirs, et John répugnait à l’interrompre. Ce fut elle qui reprit la parole.

         -Allez parler avec Elizabeth  et  donnez moi votre réponse quand vous serez décidé. De mon côté tout est prêt.

Après un dernier salut Sheppard se retira. La demande du général était extravagante mais ils avaient réussi des missions périlleuses et gagné des paris impossibles. Alors pourquoi pas ?  C’était normal qu’elle veuille défaire ce qui avait échoué. Mais il restait beaucoup d’incertitudes. Comment contacter le SGC 23 ans plus tôt ? Et eux pourraient-ils rentrer ?  Apparemment le général  Carter avait un plan.

John en quittant le bureau du général était convaincu qu’il ne pouvait qu’accepter une telle mission , et il savait que pour Elisabeth il en serait de même.  

 

 

 

Planète P5N555 de nos jours

 

Ils allèrent directement dans la petite salle, et prirent leur temps pour étudier les inscriptions que Daniel avait déjà filmées.

 

         -Il y a quelque chose qui me gêne dit Daniel.

         -Que voulez-vous dire ?

         -Vous voyez Teal’c toutes les inscriptions datent à peu près de la même époque. Je dirais qu’elles s’étalent sur une cinquantaine  d’années, ce qui est le temps moyen pour la construction d’un temple de cette taille. Mais regardez ici, dit-il en pointant une inscription qui paraissait un peu différente des autres.

         -Vous avez raison Daniel Jackson dit Teal’c en pointant sa lampe sur le mur. La couleur est différente et je ne reconnais pas cette langue. Avez-vous une idée de ce que cela veut dire ?

         -Non, mais les signes me semblent familiers.

 

Daniel regarda l’inscription plus attentivement.

Sur un petit carnet il reporta les symboles.

-On dirait des symboles mathématiques, Daniel Jackson.

         -Oui, en effet. Une sorte de code sans doute.  Sam ! appela t-il. Venez voir.

         -J’arrive dit une voix claire dans sa radio.

 

         -Regardez ceci, est ce que cela évoque quelque chose pour vous ?  

La jeune femme ouvrit de grands yeux.

         -C’est curieux, on dirait un langage mathématique.

         -Oui, Teal’c a fait la même remarque. La première fois j’avais tout filmé sans trop faire attention. C’est en visionnant le film dans mon labo que j’ai trouvé ça bizarre.

         -Je pense qu’avec les ordinateurs de la base je devrais pouvoir décoder cela. Vous avez pris d’autres photos ?

         -Je n’arrête pas de mitrailler le panneau, j’ai fait une pellicule entière, dit Daniel en souriant.

         -Attention au budget Daniel il est en restriction dit Sam en riant.

Le jeune archéologue grommela  quelque chose que Sam ne comprit pas. Elle n’insista pas.

         -Allez on rentre, dit-elle.

 

 

 

Terre 2027

 

Le petit groupe se faufila dans le hangar. C’était le 23 août 2027. Il était 22 heures trente et la nuit était tombée depuis longtemps.

Il n’y avait personne. Pas de gardes. En effet ce vaisseau était inutile, personne ne pouvait s’en servir, et Sam s’était bien gardé de dire à quiconque qu’il fallait le gène des anciens pour pouvoir l’utiliser. Seules quelques personnes au monde le possédaient, et tout ceux qui étaient au courant étaient morts, sauf John et Elisabeth. Un atout qu’elle avait gardé dans sa manche. Elle ne le regrettait pas maintenant.

John ouvrit la porte et ils montèrent.

Dès qu’il mit les mains sur les commandes le panneau de contrôle s’éclaira.

         -Waouh ! je ne m’y habituerais  jamais dit-il en riant.

         -Pourtant tu l’as fait des centaines de fois sur Atlantis dit Elizabeth en souriant.

Il arrêta la machine.

         -Tout à l’air en état dit Sam après avoir effectué quelques contrôles. Je pense qu’on va pouvoir y aller.

Devant Les visages graves de John et d’Elizabeth elle hésitait.

         -Vous comprenez bien que peut être tout va changer ?

         -C’est ce que nous souhaitons, c’est pour cela que nous avons dit oui tout de suite dit l’ancienne chef d’Atlantis. J’ai confiance. Nous avons vécu tellement de choses ensemble , vaincu tellement d’ennemis. Nous ne pouvons que réussir.

Sam hocha gravement la tête.

         -Et nous réussirons. J’en suis certaine.

 

         -Comment allons-nous procéder ?  Vous savez sans doute mon général, que nous ne pouvons remonter le temps que par tranche de 100 ans expliqua John.

         -Oui, je sais, et cela va nous poser un problème puisque nous arriverons aux environs de 1927. Donc la porte des étoiles ne sera pas encore découverte.

         -Vous avez une autre idée ?

         -Oui, est ce que nous pouvons faire fonctionner la machine temporelle en restant sur place ?

         -ça doit être possible dit John, mais pourquoi ?

         -Nous n’aurions pas le temps de traverser l’atmosphère et d’atteindre l’espace sans être abattus. Pensez-vous pouvoir faire fonctionner l’adaptateur à l’arrêt.

         -Je pense que oui. Mais nous arriverons où ?

         -Nous resterons sur place. Dans l’Amérique de 1927, il n’y a pas de radars, et nous pourrons partir  ensuite facilement.

John se remit aux commandes et embrassa tendrement Elisabeth. Pour eux c’était difficile, ils laissaient derrière eux leurs enfants et petits enfants.

Sam par pudeur détourna les yeux. Elle n’avait personne à qui dire au revoir. Ils avaient tous disparu dans la tourmente.

         -Pouvons-nous y aller ?  dit-elle d’une voix enrouée .

Le couple se sépara et John se mit aux commandes.

 

Le vaisseau se mit à vibrer, des vibrations très fortes qui secouèrent  les passagers. Puis le silence revint. John ouvrit la porte de l’appareil et ils descendirent. Ils étaient au milieu d’un champ, et le jour commençait à se lever. Au loin une ville qu’il pensait être Washington.

         -Je crois que nous avons réussi dit Sam. Son cœur battait à grands coups dans sa poitrine, et elle respira profondément, s’emplissant les poumons d’air frais.  

         -Nous décollons tout de suite demanda Elisabeth ?

         -Qu’indique le compteur temporel John ?

         -23 août 1927, nous avons réussi.

         -Oui dit Sam avec un grand sourire. Il nous reste cependant du chemin avant de terminer notre mission. Il nous faut contacter SG1, du moins lui laisser un message.

         -Comment comptez-vous procéder mon général ?

         -Nous allons aller sur P5N555. Je vous expliquerais  sur place quand nous serons arrivés.

         -Pourquoi cette planète, Sam ?  demanda Elisabeth 

         -Parce que SG1 doit la visiter dans la deuxième quinzaine d’août 2004.

         -Vous y êtes donc déjà allée.

         -Oui, mais c’était une simple mission de reconnaissance, et nous avions trouvé ce temple dédié à Khepri. Mais il n’y avait aucune activité goa’uld sur la planète. C’est pour cela que j’ai choisi d’y retourner aujourd’hui. Parce qu’elle ne présente aucun danger pour SG1.

 

 

 

Base de Cheyenne Moutain de nos jours.

 

 

Sam  était intriguée par la découverte qu’ils venaient de faire. Il y avait quelque chose qui ne collait pas avec cette pierre. Cela lui paraissait un anachronisme. Elle s’en ouvrit à Daniel.

-C’est très étrange cette inscription, mais  je vais vous donner un coup de main. J’ai un logiciel avec tous les codes connus à l’heure actuelle.

         -Parce que vous êtes sûre que c’est un code.

         -Je le crois.

         -Alors allons-y dit Daniel.

Sam fit quelques manipulations et ils restèrent bouche bée devant la traduction du message.

Daniel ne trouva rien d’autre à dire que « Oh mon Dieu » !

         -Qu’est ce que ça veut dire ? dit-il en réagissant enfin.

         -ça veut dire qu’il faut tout de suite en parler au général O’Neill répondit Sam en refermant son portable et en se dirigeant vers les ascenseurs.

 

 

Vaisseau temporel 1927.

 

Le voyage était long jusqu’à P5N555. Plusieurs semaines en hyper espace, mais ils avaient tout leur temps. John avait trouvé comment faire fonctionner le pilotage automatique. Cela lui permettait de se reposer pendant que vaisseau filait vers l’autre bout de la galaxie. Avant le départ, Sam avait fait le plein de provisions et d’eau. Ils avaient de quoi subsister pendant plusieurs mois.

Pendant ce long voyage ils parlèrent beaucoup des évènements, de ce qui pourrait changer, de ce qu’ils allaient devenir.

Sam s’isolait le plus souvent, elle écrivait de longues heures dans un petit carnet. Le couple  s’inquiétait, Sam paraissait changée, tendue toute entière vers son objectif. Elle ne vivait plus que pour ça. A la voir penchée comme une enfant appliquée sur son ouvrage, le cœur d’Elisabeth se serrait. Cette femme avait souffert plus que quiconque. Elle méritait d’avoir une autre vie. Elle avait tout donné pour la terre dans un vain sacrifice, et n’en avait récolté que des fruits amers.

         -Venez vous reposer Sam, vous ne dormez pas beaucoup dit Elisabeth avec sollicitude.

         -Je n’ai jamais eu besoin de beaucoup de sommeil, vous savez, trois ou quatre heures par nuit me suffisent.

         -Vous avez bien de la chance, dit John en riant, si je n’ai pas mes huit heures, je suis en rogne pour la journée.

         -Qu’écrivez-vous ? Si ce n’est pas indiscret, demanda Elisabeth.

         -Non pas du tout, je fais un brouillon de ce que je vais leur laisser. Je suis partagée entre le fait de leur laisser un long récit ou un message sibyllin. Je ne sais pas trop.

         -Il faudrait peut être mieux ne pas leur donner trop de détails.

         -Oui, mais il faut tout de même que ce soit suffisamment clair pour qu’ils puissent agir.

         -C’est très juste. Mais dites leur simplement le nom du Goa’uld, cela sera peut être suffisant.

         -Merci mes amis, dit Sam en souriant. Je vais y réfléchir. Il y plusieurs critères qui sont en jeu. Mais nous avons encore du temps, nous n’arriverons pas avant une quinzaine. Je vais me coucher maintenant dit-elle. Bonne nuit.

         -Bonsoir Sam.

         -Bonne nuit mon général.

Sam se retira dans un coin  du jumper aménagé pour elle en couchette. Elle s’allongea et pensa à Jack. Pour la première fois depuis la disparition de celui-ci, elle reprenait espoir, et s’autorisait à y penser. Le beau visage viril du général O’Neill vint devant ses yeux comme s’il était là devant elle, vivant en chair et en os. Mais  il était juste vivant en elle, éternel dans son cœur.  Peut être le reverrait-elle un jour  ? Rien n’était moins sûr !  Mais ce qui importait le plus à Sam était de  sauver la planète. Elle comptait bien peu dans ce plan fantastique qu’elle avait entreprit et dans lequel elle avait entraîné le couple Sheppard.

 

Quand elle avait épousé Pete, elle avait fait la bêtise de sa vie. Elle n’avait pas eu trop de toutes ces années pour s’en repentir. Elle avait souffert et l’avait fait souffrir, lui.

Une larme coula de ses yeux et glissa lentement sur sa joue.

Elle s’endormit en prononçant le nom de Jack.  

 

 

 

Base de Cheyenne Mountain de nos jours.  

 

Jack fronçait les sourcils devant le message affiché sur l’ écran de l’ordinateur.

 

Samantha

 

         -Qu’est ce que cela veut dire ?

         -Qu’il faut retourner sur la planète. Il y a quelque chose dans ce temple, dit Daniel.

         -Tout cela est très étrange dit Sam. Nous ne sommes pas allés sur la planète auparavant, et pourquoi aurai-je inscrit mon nom en langage codé ? D’ailleurs ce n’est peut être pas moi ?

         -Qui d’autre ? dit Daniel. Sur une planète où nous  n’étions pas encore allés.

         -Un message du futur peut être ? proposa Teal’c.

         -Oui, comme avec les Aschens, nous avons envoyé un message pour essayer de changer le futur, bien sûr, c’est ça !  dit Daniel enthousiaste.

         - Daniel ! du calme ! ne vous emballez pas ! Il n’y a que votre prénom Carter, c’est pas très clair comme message, dit Jack.  

         -Je crois qu’il s’agit d’une précaution, moins on en dit mieux ça vaut, répondit Sam et je pense comme Daniel qu’il doit y avoir une explication cachée dans ce temple.

         -D’accord dit Jack, vous partez dans deux heures. Démolissez le temple s’il le faut…

         -Jack ! protesta Daniel c’est le temple de Khepri, une des figures essentielle de l’antiquité égyptienne. Il est assimilé à Ra…

         -Daniel ! dit Jack en  envoyant un regard noir au jeune archéologue. Ce n’est pas le moment. SG1 je vous adjoins SG3, SG15 et SG16. Emportez du matériel pour creuser, ou casser les murs…

Il leva un doigt menaçant vers Daniel l’intimant au silence. Le jeune archéologue comprit le geste et ne protesta qu’intérieurement. Il n’était jamais bon de contrarier le général O’Neill quand celui-ci avait pris une décision, et qu’il le regardait de son œil noir.  

         -Nous avons combien de temps mon général ? demanda Sam.

         -Prenez le temps qu’il faudra. Et puis essayez de ne pas trop casser le temple sinon notre petit scarabée va nous faire une jaunisse, ajouta –il  avec un petit sourire en coin,

Celui-ci outré ne répliqua pas et sortit de la salle de briefing sans un mot.

         -Vous l’avez vexé mon général dit Sam.

         -Oh ! il s’en remettra !   dit Jack avec désinvolture.

 

 

 

1927, planète P5N555

 

Les voyageurs du temps arrivaient à destination. La planète P5N555, était déserte. Depuis longtemps le dieu  était parti. Le temple laissé à l’abandon n’attendait plus que les visiteurs du futur, pour dévoiler tous ces mystères.

Il s’élevait sur un tertre, ses colonnes blanches dressées vers le ciel. Encore en bon état de conservation, il était gigantesque et dominait la vallée. Mausolée à la gloire de Khepri, il était impressionnant de majesté et de beauté.  

         -Comment allez-vous procéder Sam ? demanda Elisabeth.

Le général Carter réfléchissait. Elle arpentait la grande salle et arriva bientôt dans la plus petite, celle où de nombreuses inscriptions décoraient les murs.

-Je dois cacher ceci, pour que personne d’autre que SG1 puisse le trouver dit-elle en montrant un petit coffret de bois.

-Il faudrait desceller une pierre et le glisser derrière dit John.

-Mais il n’y a aucune chance pour que quelqu’un le trouve répliqua Elizabeth. Où alors il faudrait inscrire un message sur la pierre.

 

Sam étudiait le mur, les pierres étaient de couleur beige. Quelque unes étaient vierges de toute inscription. Elle prit son couteau et essaya de desceller l’une de ses pierres.

         -Attendez, je vais vous aider dit John.

A deux ils creusèrent tout autour de la pierre et sortirent celle-ci de son logement. Une cavité apparut et Sam cacha le coffret dedans. Puis ils remirent la pierre. Dans les interstices ils glissèrent du sable. Personne ne pouvait voir que la pierre avait été déplacée.

         -De toute façon dans cent ans cela aura repris un aspect naturel.

         -Vous écrivez un message sur la pierre Sam ? demanda Elisabeth.

         -Oui, je vais le faire, mais laissez-moi seule s’il vous plait.

Ils sortirent. Elle hésitait encore puis finalement se décida pour un langage codé simple qu’ils pourraient comprendre facilement en 2004. Elle écrivit tout simplement son prénom, ce qui était incongru dans un tel endroit et attirerait forcément l’attention de Daniel.  

 

Quand John voulut se remettre aux commandes du jumper celui-ci avait épuisé toute son énergie. Le voyage avait été long  pour les hommes comme pour la machine.

         -ça ne marche pas râla Sheppard en essayant de se concentrer. Mais qu’est ce qu’il se passe ?

Sam alla vérifier les panneaux de contrôle. Elle manipula quelques câbles.

         -Essayez encore John !

Il posa les mains sur les commandes et se concentra. La  console s’éclaira et les moteurs s’enclenchèrent. Le vaisseau décolla.

         -Nous avons un problème ajouta Sam. L’hyperespace est défectueux, mais je pense pouvoir réparer.

 

Une heure plus tard Sam se releva des consoles.

         -Alors ? demanda Sheppard.

         -Nous  ne pourrons pas utiliser à la fois l’hyper espace et l’adaptateur temporel. Cela consommerait trop d’énergie, dit Sam.

         -Comment allons-nous faire dans ce cas ? demanda Elisabeth.

Sam grimaça légèrement.

         -Je crains que nous ne puissions pas rentrer à notre époque.

Elisabeth et John avaient pâli.  

         -Mais nous pourrions passer par la porte des étoiles pour rentrer dit John.

         -Nous sommes en 1927, la porte des étoiles de la terre est enterrée, répondit Elisabeth.

         -En effet répliqua Sam. Nous  pourrions retourner dans notre époque, mais pas rentrer sur terre discrètement. Nous pouvons arriver par la porte des étoiles, mais elle est gardée en permanence. On serait arrêtés immédiatement, et exécutés. Pas vraiment ce que l’on cherche !

         -Vous avez raison Sam. Ce n’est pas acceptable comme solution. Mais nous pourrions rentrer sur terre en hyperespace et rester dans le monde de 1927. Au moins nous serions en vie et libre. Qu’en penses-tu John ? dit Elisabeth en se tournant vers son mari.

         -Je préfère être libre à une autre époque que tué dans la mienne. Et vous Sam ?

- Moi aussi. Et puis peut être que pendant le voyage de retour, nous pourrons trouver une autre source d’énergie pour  l’adaptateur temporel,. En additionnant nos compétences, Elisabeth.

         -Oh vous êtes beaucoup plus scientifique que moi Sam.

          

 

 

De nos jours planète P5N555

 

         -Restez en  surveillance de la porte dit le colonel Carter aux équipes SG qui les avaient accompagnés. Nous vous appellerons s’il faut creuser les murs.

         -Entendu colonel, à vos ordres.

 

Pour la troisième fois ils arrivaient en vue du temple.

         -Il est vraiment magnifique dit Daniel qui ne se lassait pas de l’admirer.

Personne ne lui répondit. Ils avaient hâte d’arriver à la pierre et de comprendre son sens caché.

Sam laissa  faire Daniel, c’était lui le spécialiste des caches et des fonds secrets. En tant qu’archéologue il avait une grande expérience dans ce domaine. Il commença par examiner la pierre longuement ainsi que les autres qui l’entouraient. Elle était située à environ un mètre du sol, en plein milieu du mur qui faisait face à l’entrée. Il la toucha, tapa dessus avec un petit instrument métallique. La pierre rendait un son différent de ses voisines.

         -Une cache, Daniel Jackson ? demanda Teal’c.

         -C’est probable.

Le jeune archéologue commença à desceller la pierre, il creusa tout autour et du sable tomba dégageant entièrement la pierre.

         -C’est bien ça. Cette pierre a été bougée beaucoup plus récemment que la construction du temple.

La pierre était très  lourde. Teal’c la sortit de son logement et la posa sur le sol.

Un petit coffret de bois brun apparut.

Daniel le prit délicatement dans ses mains.

         -Je crois que nous avons trouvé, dit Daniel en cherchant à ouvrir la serrure.

         -Non, Daniel n’y touchez pas c’est peut être un piège.

Daniel était déçu, mais se rendit aux arguments de Sam. Il valait mieux être prudent.

 

 

Le retour se fit dans le calme. Sam avait renvoyé les équipes SG dès qu’ils avaient trouvé le coffret. Un quart plus tard , SG1 arrivait à la base.

Le général O’Neill impatient les attendait dans la salle d’embarquement.

         -Alors qu’est ce que vous avez trouvé ?

         -Ceci dit Sam en montrant le coffret.

         -Faites voir Carter !

         -Pas avant de l’avoir passé aux rayons X et au scanner mon général.  J’y vais tout de suite.

         -A l’infirmerie avant dit O’Neill.

         -A vos ordres.

         -Vous en avez pour longtemps à examiner ce coffret avant qu’on puisse l’ouvrir ?

         -Une heure mon général dit Sam.

         -Très bien, débriefing à 14 heures.

 

 

Autour de la table SG1 et le général O’Neill. Devant Jack, le coffret.

Personne ne l’avait encore ouvert et Jack voulait le faire personnellement.

 

La cavité à l’intérieur était petite, il y avait juste une feuille, que Jack déplia et lut  à haute voix.

 

 

Le coffret est pour vous mon général, gardez-le précieusement.

                                      S. Carter.

 

         -C’est tout ! dit Daniel en regardant le fond du coffret ! 

         -Il y a sûrement un double fond et un message pour le général, dit Sam ;

         -Naturellement ! j’aurai du y penser dit Daniel d’un ton moqueur.

Jack était perplexe. Qu’est ce que la Sam du futur voulait bien lui dire, à lui seul. Un message  de l’avenir,  ce n’est pas pour faire juste un petit coucou ! Il était inquiet d’un seul  coup et il  mit fin rapidement au briefing et se retira dans son bureau.

         -Walter !  Qu’on ne me dérange pas !

         -A vos ordres mon général.

 

Le coffret était posé sur la table. Jack l’ouvrit. Le couvercle  était épais et bombé, d’un seul tenant. Le fond arrivait à mi hauteur. Il devait donc y avoir une cachette secrète.

Avec un canif il souleva le petit panneau de bois qui se révéla bien être un double fond. A l’intérieur  une lettre dans une enveloppe et un petit carnet.

Le cœur de Jack battit à grands coups dans sa poitrine quand il reconnut l’écriture de Sam. La Sam du futur lui avait laissé son journal

Sur l’enveloppe étaient écrits ces mots :

 

 

 

Confidentiel. A l’attention du Général O’Neill

A lire en premier

 

 

Mon général,

 

J’ai beaucoup hésité  avant d’ écrire. Mais l’enjeu est d’une telle importance ! D’habitude je suis extrêmement prudente quand il s’agit de dévoiler le futur. Mais dans le cas qui nous occupe, vous n’avez pas droit à l’erreur. En effet quand nous avons fait cette mission sur P9B765, nous n’avons pas vu, nous n’avons pas cru la duplicité de la jeune fille. Elle paraissait si sincère. Comment aurions-nous pu ne pas nous laisser avoir par tant d’innocence ? Il faudra que vous participiez à cette mission mon général, vous seul pouvez accomplir ce qui doit être fait.

 

 

1927 Terre

 

Le jumper se posa lentement sur le sol américain. Les passagers étaient arrivés à destination dans l’espace mais pas encore dans le temps. Ils poussèrent un ouf de soulagement et sortirent  du vaisseau.

John avait posé l’appareil dans la clairière d’une forêt, à l’abri des regards.

Ils s’assirent sur des troncs d’arbre et discutèrent. On aurait dit un groupe d’amis faisant un pique nique le dimanche midi. L’air était froid en ce début de matinée, c’était le mois de janvier. Ils mirent des parkas et firent quelques pas autour de l’appareil pour se réchauffer.

         -Je vais voir ce que je peux faire avec l’adaptateur temporel dit Sam. Mais  avec l’ énergie presque épuisée…

Elle ne finit pas sa phrase. A quoi bon ? Chacun avait compris  dans son cœur que le voyage était terminé. Il n’y aurait pas de retour à leur époque.

         -Général ! appela Elisabeth

Sam  se retourna  et revint vers son amie.

         -Elisabeth il me faut essayer, de toutes mes forces, j’irai jusqu’au bout. Vous le savez bien.

         -Vos réparations vont-elles prendre de l’énergie ?

         -Un peu.

         -Et si nous utilisions le reste pour aller dans un autre endroit ?

         -A quoi penses-tu ? demanda John.

         -Je pense que nous devrions aller à Colorado Springs.

 

 

John ouvrit de grands yeux.

         -Je vois pas pourquoi, ici on est très bien.

         -A Colorado Springs si nous y vivons une vie discrète bien sûr, il y aura dans l’état civil des traces de nous, quand nous ne serons plus là.

         -ça change quoi chérie ?  je ne vois pas.

Elisabeth eut un fin sourire. Je suis persuadée que Sam  a écrit beaucoup plus que le simple billet dans le coffret.

Sam eut l’air gênée.

         -Peut être dit-elle.

         -Et vous connaissant vous n’avez écrit qu’au général O’Neill.

Sam ne put s’empêcher de rougir en entendant parler de Jack. Il était parmi eux d’emblée à la seule évocation de son nom.

         -C’est exact dit –elle, je n’ai écrit qu’au général O’Neill.

         -Et il va vous croire ? poursuivit implacablement Elisabeth.

         -Pas tout de suite, le connaissant bien, je sais qu’il n’ est pas très réceptif  à ces histoires de déplacements temporels.

         -Que lui avez-vous dit ? Il a bien fallu que vous lui donniez des preuves.

Sam hésitait, elle regarda ses amis mais ne vit sur leur visage vieilli que de la bonté.

         -Ne sachant pas où nous irions, et n’ayant aucune certitude quant à notre retour, je lui ai dit de faire une recherche sur nous à partir de 1927 naturellement je ne pouvais pas être plus précise.

         -Et si nous étions retournés à notre époque ?

         -Je pressentais   que cela serait impossible dit Sam. Excusez-moi mes amis, mais au début je vous avais prévenu des risques.

         -Mais nous ne vous faisons aucun reproche Sam, dit Elisabeth en la prenant dans ses bras.

Il y avait tellement longtemps que Sam n’avait connu la douceur des bras d’une amie, qu’elle sentit les larmes monter à ses yeux. Cela faisait aussi une éternité qu’elle n’avait pas pleurée.

         -Nous allons donc à Colorado Springs. Mais nous vivrons à l’écart de la ville, dans un endroit désert. Nous ne devrons voir personne, ou du moins le minimum.

 

 

De nos jours Base de Cheyenne Mountain.

 

 

Le général O’Neill  continuait la lettre que Sam avait écrite avant son départ. Allait-elle lui dévoiler son avenir ? celui qu’elle avait vécu !

Je ne m’y ferais jamais pensa t-il, le passé et le futur se mêlait dans sa tête et il sentait poindre la migraine.

.

 

 

Le 28 août 2027 j’ai eu   60 ans. Je suis arrivée tout en haut de la hiérarchie militaire, je suis général  et  chef d’état major.

Malgré cette réussite assez fulgurante je dois dire, ma vie est un fiasco, notre vie à tous est un désastre.

J’ai conscience que cette gymnastique intellectuelle doit être difficile pour vous Général,  et je m’en excuse. Je vais reprendre les évènements tels qu’ils se sont déroulés en ordre chronologique, pour plus de compréhension.

Je reviendrais rapidement  sur la mission de P9B765, celle où tout a commencé. Sachez qu’ une jeune fille du village  portait en elle un symbiote, que nous avons bien connu :  Klorel. 

Vous vous souvenez le jour où nous avons libéré Skaara ? Le symbiote avait été transporté dans une urne par les Tok’ras et nous ne savions pas ce qu’il était devenu, et peu nous importait, nous avions retrouvé le jeune homme si sympathique d’Abydos. Ce symbiote a été transféré sur la planète P9B765. Il a été  introduit dans un hôte masculin. Puis celui-ci a été tué accidentellement, 4 ans  plus tard, juste avant la mission.  Le symbiote a aussitôt envahi le corps de la personne la plus proche du Goa’uld. C’était la jeune fille. Le transfert s’est fait progressivement le symbiote étant affaibli par l’accident, et  je ne me suis pas rendue compte de sa présence sur le moment. L’enfant était si belle et si pure, qu’aucun doute ne pouvait avoir lieu. C’est là mon général qui vous faudra faire preuve d’une force de caractère peu commune, il faudra tuer  la jeune fille.

 

Pour que vous la reconnaissiez , elle est brune, de petite taille avec de saisissants yeux verts  et elle se nomme Clara. Quand je me suis rendue compte que la jeune fille était un goa’uld, c’était trop tard ; il nous a fallu fuir par la porte des étoiles, une armée de jaffas à nos trousses. Daniel a été blessé dans cette mission, Teal’c et moi avons échappé de justesse.

Ce que je vous  demande n’est pas facile mon général, il vous faudra la tuer dès que vous la croiserez pour la première fois, le mal sera déjà fait mais  le symbiote encore trop faible ne pourra pas  vous résister. Je sais que c’est une chose terrible que je vous demande, vous serez en butte à vos amis, Sam certainement vous en voudra beaucoup. Elle ne comprendra pas, Daniel non plus. Et vous ne pourrez rien dire. Vous ne devrez rien dire de cette mission. Personne ne doit être au courant,  sauf vous.

Naturellement ce n’est  pas un ordre que je vous donne. En ma qualité de chef d’état major,  je pourrais le faire, je suis votre supérieur hiérarchique  même si ce n’est que dans le futur.

Peut être que cette mission causera votre mort ou la mienne ou celle de Teal’c et de Daniel. Mais à la limite peu importe !  Que sommes-nous au regard de la planète tout entière ?  je sais que vous êtes tout à fait d’accord avec mes propos, vous qui avez accepté de vous sacrifier plus d’une fois pour la survie de notre monde.

J’ai conscience général O’Neill  que je vous demande beaucoup ! je crois que j’ai trop parlé, j’espère ne pas avoir nui à la réussite de cette mission si vitale pour l’avenir de notre monde.

                                                        Général Samantha Carter

 

PS Si la mission réussit, je vous laisse le soin de dire ce que vous jugerez bon à vos amis. Naturellement si elle échoue, vous serez contraint au silence.

 

Jack après avoir lu la lettre la remit dans le coffret. Il devait être à Washington  le soir même, et son avion l’attendait déjà.

Il mit le coffret dans le coffre de son bureau, et sortit de la base.

 

 

 

Colorado Springs 1927

 

         Il faut cacher le jumper dit John, il ne nous sert plus à rien maintenant.

Il le dissimulèrent dans un creux et le recouvrirent les branchages. C’était une forêt peu fréquentée  dans la montagne. Ils avaient eu juste la place de se poser.

Sam avait passé les heures qui avaient suivi leur atterrissage à essayer de réparer les différents modules. Tout était en parfait état de marche. Le seul problème était  l’énergie. C’était comme de faire vouloir démarrer une voiture sans essence.

La mort dans l’âme ils quittèrent ce qui les rattachait encore à leur ancienne vie.

Elisabeth se serra contre son mari qui lui caressa tendrement les cheveux. Sam eut une pensée pour tous les disparus de sa vie. Elle écrasa une larme, puis se tournant vers ses amis, d’office elle reprit le commandement.

 

-J’ai aperçu tout à l’heure une maison abandonnée. Elle doit se trouver à quelques kilomètres d’ici.

-Je l’ai vu moi aussi dit Elisabeth. Elle a l’air grande, nous pourrons peut –être y trouver refuge ?  

 

Les exilés se mirent en route. La maison était en effet abandonnée mais depuis peu. Elle était faites de bardeaux de bois, et avait une allure rustique.

         -On dirait le chalet du général O’Neill murmura  Sam.

         -Le confort en moins sans doute dit Elisabeth en faisant le tour des pièces.

Au rez-de-chaussée, il y avait une grande salle où restaient encore une table centrale et six chaises à haut dossier. Une vaste cheminée occupait tout un pan de mur.  La cuisine était en ruine, et inexistante. A l’étage trois pièces vides, qui pourraient servir de chambre.

Naturellement il n’y avait ni eau ni électricité. On était en 1927 dans le tout petit village de Colorado Springs qui ne comptait qu’une trentaine de  maisons assez éloignées les unes des autres. Ils furent surpris de la taille de la ville.

         -Finalement c’est aussi bien qu’il y ait si peu de monde. Nous risquons moins de faire de dégâts dans cette époque, remarqua Sam.

Les pièces étaient sombres, il leur faudrait trouver des lampes à huile ou des bougies.

         -Cela va nous faire tout drôle à nous qui avons manié des E2PZ et travaillé sur les  appareils  scientifiques les plus performants, dit John.

Sam ne disait rien, elle était dans le petit jardin. Un puits central, deux arbres et un reste de potager.

         -Nous allons pouvoir cultiver nos légumes, dit John.

         -Vous savez faire ça ? demanda Sam en souriant. Parce que moi pas.

         -Moi non plus. Mais il faudra bien apprendre si nous ne voulons pas mourir de faim.

         -J’ai vu en bas il y a une rivière. Nous pourrions pêcher, dit John.

Elisabeth  s’inquiétait du silence de Sam qui n’avait pas dit grand chose depuis leur arrivée dans la maison.

         -Je vais bien dit Sam en revenant vers le couple. Je suis juste un peu fatiguée, mais ça va passer. Et si on s’installait ?

         -On pourrait récupérer des choses dans le jumper dit John.

         -Oh non ! il ne faut rien rapporter de notre époque.

         -Ah oui ! le paradoxe du grand père ! dit Elisabeth

         -Tout à fait répondit Sam en souriant.

         -Mais nous pouvons prendre la nourriture,  dit John. Et pour  les vêtements comment allons-nous faire ? je ne me vois déambuler dans les rues comme ça dit-il en montrant  sa tenue militaire.

         -C’est vrai dit Elisabeth en souriant,  d’ailleurs j’ai toujours rêvé de porter de longues robes de dentelles.

         -J’avais prévu au cas où répondit Sam  en regardant ses amis. J’ai emporté quelques tenues qui seront mieux appropriées que nos vêtements actuels.  

 

 

 

 

 

 

 

Base de Cheyenne Mountain  de nos jours.

 

 

De retour de Washington le général O’Neill se reposait dans ses quartiers. Il avait du mal à trouver le sommeil. Il n’avait d’ailleurs pas fermé l’œil depuis la lecture de la lettre du général Carter. La mission dont elle l’avait investi l’inquiétait. Cependant à aucun moment il ne douta de sa sincérité et de la nécessité d’accomplir la mission.

 

La date approchait, il lui fallait tout  préparer avec soin. Seule une approche minutieuse serait garantie de succès.

Le général Carter lui avait demandé de ne rien révéler à ses amis. Il décida cependant  de leur dire que quelque chose allait arriver. Il ne fallait pas qu’une maladresse  fasse échouer la mission.

 

Autour de la table de briefing se trouvait SG1 et le général O’Neill  ce matin là à 10 heures 30.

Ses amis avaient le visage tourné vers lui. Il savait parfaitement qu’ils attendaient qu’il leur parle du coffret. Mais il  voulait aborder le problème à sa manière et sans avoir à répondre à des questions trop directes. Il entama le briefing directement après avoir répondu à leur bonjour, mais sans les quelques phrases qu’ils pouvaient se dire avant de commencer une réunion. Du genre : alors Daniel ce week-end ? Ou bien,  Carter comment va  votre petit réacteur ?

Il préféra rentrer directement dans le vif du sujet.

Son visage était sérieux ce matin. Sam et Daniel se lancèrent un coup d’œil étonné, et firent une petite moue d’incompréhension.

         -Aujourd’hui nous allons parler de P9B765. Carter vous avez les résultats donnés par la sonde demanda Jack.

         -Oui mon général, dit Sam en triant ses papiers.  les résultats sont intéressants, c’est une planète viable pour des humains. Elle est habitée par un peuple d’évolution correspondante au moyen âge européen. Ils vivent  en autarcie dans des petits villages aux maisons de bois. J’ai ici des photos prises par l’UAV .

Elle se leva et projeta sur le mur quelques clichés, des alentours de la porte, qui étaient déserts et de quelques villages.

         -Un goa’uld ? demanda Jack sachant déjà la réponse.

         -Non, pas à ma connaissance.

         -Vraiment ? dit-il sincèrement étonné. Il y a pourtant du naquadah sur cette planète ?

         -Oui dit Sam nous en avons relevé des traces, à une trentaine de kilomètres de la porte.

         -Une longue marche soupira Daniel.

         -Oui dit Jack en souriant, il  faudra prévoir un bon casse croûte !

         -Vous venez avec nous mon général ? dit Sam avec une certaine gaîté dans la voix.

         -Je pense que oui, c’est plutôt calme ici à la base.

         -C’est étonnant que vous veniez Jack, cela aurait-il un rapport avec le coffret venu du futur ?

         -Vous êtes un petit malin Daniel. Oui cela a un rapport. Justement à ce propos enchaîna t-il, je voudrais vous demander de ne pas vous étonner de ce que je pourrais être amené à faire. J’ai en effet une mission délicate que je dois accomplir.

         -Si vous nous en disiez un peu plus dit Daniel. On pourrait vous aider !

         -Daniel, je ne crois pas.  Moins vous en saurez mieux ce sera.   En fait je vous demande une aveugle et entière confiance. Obéissez sans discuter au moindre de mes ordres.

         -Cela ne pose aucun problème pour moi mon général, dit Sam avec gravité.

         -Naturellement qu’on a confiance en vous dit Daniel.

         -Idem ici, dit Teal’c.

-Je vous remercie mes amis. Mais si je vous le demande avec tant d’insistance, c’est que cela risque de ne pas vous plaire du tout, et qu’il ne faudrait en aucun me ralentir ou me mettre des bâtons dans les roues.

         -C’est pour moi que vous dites cela, Jack ? dit Daniel avec tristesse.

         -A votre avis ? Excusez moi Daniel je ne veux en aucun vous vexer mais parfois vos états d’ âme ne sont pas à propos.

         -J’ai compris Jack, je ne ferai aucune remarque.

         -C’est entendu, nous partons demain.

         -Jack,  avez-vous des enseignements précis sur la mission ?

         -Précis, non. Il va falloir sans doute improviser.

         -Si j’ai bien compris mon général, la mission que la Sam du futur a faite,  s’est mal passée ?

         -Pas exactement. Mais je ne peux pas vous en dire plus.

         -Vous avez raison mon général, ce n’est pas moi qui vais vous contredire, sur ce point. Et vous ne pouvez rien dire de peur de dévoiler l’avenir ?

         -Tout à fait. Votre homonyme m’a recommandé la discrétion. Mais je vous promets un débriefing complet à notre retour.

 

 

 

Planète P9B765, de nos jours.

 

Le lendemain Jack emmenait le journal de Sam dans son paquetage. Il se promettait dès qu’il aurait une minute d’en lire quelques pages.

Mais le soir avant de s’endormir il ne put résister à la tentation de le feuilleter.

 

C’était un carnet rouge dont de nombreuses pages avaient été arrachées.

 

 

Dans ce cahier j’ai laissé  des pages que j’ai écrites au fur et mesure de ma vie. Le journal  commence en 2004, le jour où Pete m’a offerte une bague de fiançailles.

Ce récit est  tronqué, juste quelques pages par année. Vous le donner dans son intégralité aurait été trop long pour vous et trop fastidieux, et puis il y a des choses que je préfère garder pour moi. Même si je sais que jamais vous n’en parlerez à personne. Le fait que vous possédiez  ce journal doit rester secret, surtout vis-à-vis de Sam. Je vais vous dévoiler une partie de l’ avenir, il faut que je le fasse, ce faisant je bafoue toutes les règles que je me suis moi-même imposées tout au long de ma vie. Mais c’est plus fort que moi. J’ai l’occasion de tout recommencer,par l’intermédiaire de la Sam que vous connaissez, et je ne voudrais pas qu’elle vive ne serait-ce que  le quart de ce que j’ai vécu.  Ce sera à vous sans doute d’agir pour que les choses se passent différemment, car elle ne le fera pas.

 

Agir ?  pensa Jack, elle m’a demandé de tuer la jeune fille. Y aurait-il autre chose de sa vie qu’elle voudrait changer par la même occasion ?

 

 

 

Journal de Sam 23 juillet 2004

 

---Voilà, c’est fait, Pete m’a offert une bague. Notre rapprochement s’était fait peu à peu, la tendresse, puis l’amour entre nous, il était normal de le concrétiser. Je lui ai dit d’attendre pour lui donner ma réponse.  Il a bien voulu, il est tellement attentionné, si doux, si gentil.

Pourquoi ne suis-je pas plus heureuse ? Je n’arrive pas à comprendre, Avec lui j’aurai une vie normale, une vie de couple, des enfants. Ce que j’ai toujours voulu---

Ce soir j’ai traîné dans mon labo et le général m’a appelée, il voulait un rapport. Quand j’ai entendu sa voix, j’ai compris qu’il fallait que je lui en parle, C’était l’occasion rêvée. Pourquoi devais-je lui demander son avis ? Cela me paraissait honnête envers lui. Nous étions très proches et c’était mon supérieur. Avec un pincement au cœur je lui ai fait voir la bague. Un magnifique diamant. J’ai cherché à le sonder, mais il est resté de marbre et m’a souhaité d’être heureuse.  

Je me suis sentie soulagée. J’avais peur de sa réaction. Mais s’il y a eu quelque chose entre nous à un moment, c’est bien fini maintenant, du moins je veux m’en convaincre. Avoir des regrets ne sert à rien et ne peut conduire qu’à un fiasco.----

 

 

Jack s’était installé un peu à l’écart. Il se sentait mal à l’aise à la lecture de ces phrases. C’était la vie intime de Sam qu’il pénétrait, et cela le gênait… sans parler du reste.

 

 

La mission avait très bien commencé. Ils étaient partis à 8 heures de la base et étaient arrivés sur la planète en milieu de journée. Le temps était frais et ils avaient fait quelques kilomètres avant la nuit qui tombait assez tôt, vers 18 heures, heure locale.

Ils étaient heureux de faire une mission tous les quatre, cela se voyait au ton de la conversation entrecoupée de rires et de plaisanteries. Ils avaient fait leur tambouille puis monté la tente.

 

O’Neill s’était éloigné de ses amis, il voulait commencer la lecture du journal.

         -Jack ! dit Daniel, où allez-vous ?

         -Nulle part, juste là dit-il en montrant les rochers qu’on distinguait dans la pénombre. J’ai besoin d’être seul.

        

 

Puis il avait commencé le journal. Quand il revint quelques instants plus tard, il aperçut Sam près du feu, plongée dans un …

         Mais c’est son journal pensa t-il ? le même carnet rouge qu’il avait dans sa poche, elle était entrain d’écrire dessus. Mais depuis quand tient-elle un journal ? Il ne s’en était jamais rendu compte. Peut être que ce qu’elle écrit en ce moment allait-il le  lire demain ? Cela lui donnait le vertige.

 

Il décida d’aller se coucher. Déjà dans la tente Daniel et Teal’c étaient allongés et dormait tranquillement. Il s’allongea près de Daniel laissant la dernière place à Sam. Quand elle vint se coucher une heure plus tard, il ne dormait toujours pas, se retournant en vain. 

         -Alors mon général, on n’a plus l’habitude de dormir sous la tente ? chuchota t-elle, moqueuse.

         -Ne vous fichez pas de moi Carter ! dit-il en riant tout bas pour ne pas réveiller leurs amis.

         -Loin de moi cette idée dit-elle d’une voix rieuse. Bonne nuit mon général.

         -Bonne nuit Carter.  

 

 

Le lendemain ils arrivèrent au premier village. Ils suivirent l’unique chemin qui serpentait à travers la campagne, très  vallonnée, et boisée. Ils atteignirent les premières maisons en milieu de journée. Le village semblait désert, personne ne se montrait aux fenêtres. Seules quelques volailles qui occupaient le terrain  s’égayèrent en caquetant à leur passage.

-C’est étrange dit Sam. L’UAV avait montré de nombreux habitants, des rues animées.

-D’autant plus étrange qu’il doit être à peu près midi vu la position du soleil dit Teal’c.

-On va frapper aux portes dit O’Neill, il y a des gens à l’intérieur peut être.

Ils tapèrent à toutes les portes, ouvrirent des granges et des hangars, pénétrèrent dans des maisons désertées. 

Jack était inquiet, Sam avait dit qu’il verrait la jeune fille dès leur arrivée. Il eut peur de s’être trompé de date. Peut être n’avaient –ils pas la même façon de compter les jours et les mois ?

Ils avancèrent jusqu’au bout du village, la dernière maison était en vue et un panache de fumée s’échappait de la cheminée.

         -On dirait qu’il y a quelqu’un dit Jack.

Ils frappèrent et une voix leur cria d’entrer.

La pièce était sombre et enfumée. Un vieil homme était assis sur une chaise.

         -Entrez donc dit-il et ne faites pas attention, la cheminée est mauvaise.

         -Je m’appelle Daniel Jackson dit le jeune archéologue et voici le colonel Carter, et le  général O’Neill et Teal’c.

         -Qu’est ce que vous voulez ?

         -Nous sommes venus en amis, ne vous inquiétez pas monsieur.

Le vieil homme parut soulagé quand ils baissèrent leurs armes.

         -Vous êtes venus par le shapaï ? c’est ça, comme le dieu.

         -Oh non !  ça va pas recommencer ! grommela Jack.

         -Oui par le shapaï dit Daniel prudemment sans rien spécifier d’autres. On aimerait rencontrer le chef du village.

         -Il n’y a personne ici, dit le vieil homme laconique semblant de nouveau très intéressé par le feu qui brûlait dans l’âtre.

         -Où sont-ils ? demanda Jack.

         -Au village voisin.

         -Il y a une fête, quelque chose ? demanda Daniel.

         -Ils sont partis prier le dieu.

         -Oh ! fit Jack.  

Après un instant :

         -Nous aussi nous aimerions y aller ajouta Jack qui ne broncha pas sous le regard stupéfait de Daniel.

Le visage du vieil homme s’éclaira

         -Je savais que vous étiez des gens bien, dit-il. Il n’y a rien de plus important que d’adorer son dieu.  Je vais vous expliquer comment vous y rendre.

Le vieillard se leva péniblement de sa chaise, il prit ses béquilles et commença à se diriger lentement vers la porte. Daniel lui ouvrit.

         -Merci, jeune homme.

Arrivé sur le seuil il montra le haut de la colline,

-Vous grimpez jusque là haut, ensuite vous  trouverez un chemin qui vous mènera à un premier village. Vous le traverserez, puis vous continuerez jusqu’au village suivant. Le Dieu est arrivé avec son vaisseau et reste en général plusieurs jours.

         -C’est loin ?  dit Jack

         -Quatre jours de marche !

         -Quatre jours ! redit O’Neill désespéré.

Lui qui pensait terminer cette mission rapidement, il n’en voyait pas le bout. Après avoir tué la jeune fille, ils seront à  plus de 5 jours de la porte des étoiles avec tous les villageois à leurs trousses, et les jaffas du Goa’uld, leur tirant dessus.

Aucune chance de s’en sortir ! Il ne voulait pas faire courir le moindre risque à ses amis.

 

Ils ressortirent du village  dans la direction indiquée par le vieil homme.

Jack fit un geste de la main pour leur dire de s’arrêter.

         -Il faut qu’on parle dit-il gravement.

         -Que se passe t-il mon général ? demanda Sam.

         -Si j’ai bien compté il nous faudra cinq jours pour revenir à la porte, et c’est beaucoup trop dit-il.

         -Pour faire votre mission ? dit Daniel.

         -Non pour nous enfuir après. On n’ y arrivera pas.

         -Comment comptez vous faire  O’Neill dans ce cas ? dit Teal’c posément.

         -Je vais y aller seul.

         -Il n’en est pas question mon général dit Sam.

         -Vous n’avez pas le choix Carter, c’est un ordre. Vous allez retourner à la porte des étoiles, avec Daniel et Teal’c.

         -O’Neill, si on vous laisse seul vous risquez de ne pas revenir dit Teal’c

         -Je sais dit froidement le général en regardant son ami au fond des yeux.

         -Mon général, permission de parler librement ?

         -Je vous écoute.

         -Si j’ai bien compris, vous devez accomplir quelque chose que nous avons raté la première fois ? Mais si vous nous en disiez un peu plus, peut être que la mission réussirait ?

         -Où voulez-vous en venir, Carter ?

         -A ceci monsieur, nous sommes plus forts unis, nous avons toujours réussi nos missions dans le passé parce que justement nous étions unis tous les quatre, pourquoi nous écarter ?

         -Parce qu’à mon avis je n’ai aucune chance et je ne veux pas risquer inutilement votre vie, rétorqua Jack froidement.

         -Justement, c’est inacceptable, je ne veux pas que vous perdiez la vie dit-elle en soutenant son regard.

Il se troubla intérieurement, elle tenait à lui… Mais ce n’était pas le moment de tomber dans le sentimentalisme. Il ne devait pas perdre son but d’une seule seconde.

         -Ma décision est prise, vous rentrez à la base.

 

Plus têtu que lui… pensa t-elle.

-On pourrait rester en couverture monsieur ?  dit Sam en soupirant,   en se dissimulant le long du parcours, si vous aviez des ennuis…,  

Elle n’acheva pas sa phrase.

 

 

Jack réfléchissait, et sans lâcher le regard de Sam, il céda en partie.

         -Oui, c’est d’accord, mais soyez très prudents et ne restez pas ensemble. Je vais essayer d’aller le plus vite possible, en marchant vite je peux peut être arriver au village en deux jours au lieu de quatre.

         -Faites attention à vous  mon général ! dit Sam avec une lueur d’inquiétude dans le regard.

         -Ne vous inquiétez pas, Carter dit-il doucement,  j’ai bien envie de rester en vie, et je ferai tout pour cela.  Allez filez maintenant. On se revoit dans quatre à cinq jours.

 

Ils se séparèrent et Sam attendit  de voir disparaître la silhouette du général O’Neill à un détour du chemin. Il ne se retourna pas, mais fit un geste d’adieu du bras.

 

         -Ça ne me dit rien qui vaille tout ça lança Daniel avec inquiétude, quelques minutes plus tard..

         -Moi non plus répondit Sam mais les ordres sont les ordres. Nous devons obéir.

         -Naturellement, répondit Daniel un peu sèchement,  mais moi je ne suis pas militaire et je n’aime pas trop ce que fait Jack, et j’ai le droit de le dire.  Il va être seul devant le danger.

         -Comment allons-nous procéder ? demanda Teal’c.

         -En fait nous ne savons pas vraiment la distance qu’il y a entre les villages. Le vieillard nous a dit quatre jours mais sans préciser le nombre de kilomètres faits dans une journée.

         -C’est vrai dit Daniel en souriant, si c’est sa vitesse à lui  qu’il a indiqué, Jack devrait faire cela en quelques heures.

         -Bien, dit Sam après avoir réfléchi, nous allons rester ensemble ce soir, demain j’avancerai de quelques kilomètres dans la direction qu’a prise le général. Vous Teal’c, vous vous arrêterez un peu avant le village où aura lieu la mission et vous Daniel vous retournerez tranquillement  vers la porte.

Il faudra essayer de ne croiser personne pour ne pas attirer l’attention. Tant que la mission n’a pas eu lieu nous ne risquons rien, mais après il faudra être très vigilants et prêts à secourir le général s’il y a besoin.

 

Ils montèrent le campement rapidement dans une clairière dissimulée aux regards. Ils ne firent pas de feu pour ne pas se faire repérer. Après avoir mangé quelques rations et but un peu de thé que Sam fit réchauffer dans la tente, ils se couchèrent.

 

Le lendemain il pleuvait, une pluie tenace qui pénétrait les vêtements et les glaçait jusqu’aux  os.

         -Nous allons nous séparer ici dit Sam. Je fais route un moment avec Teal’c, vous Daniel, allez vers la porte des étoiles, et attendez nous.  

Ils prirent des directions opposées. Sam et teal’c marchaient vite, ils arrivèrent bientôt en vue du premier village. Aucune trace du général. Il était comme les indiens sachant parfaitement se dissimuler et effacer ses empreintes.

Le soir ils décidèrent que Teal’c marcherait encore une journée. Ils avaient fait vingt cinq kilomètres à un pas rapide et pensaient être proche du lieu de la mission.

 

 

 

Jack fonçait littéralement. Il avait monté la colline au pas de charge, et redescendait presque en courant de l’autre coté. Il y avait une épaisse forêt de sapins qu’il devait traverser.

Tant mieux, je pourrais mieux me dissimuler au retour pensa t-il.

 Il s’arrêta avant la nuit. Il y avait longtemps qu’il n’avait  pas marché aussi vite, ni aussi longtemps. Il était essoufflé et fatigué.

Une petite halte ne me fera pas de mal pensa t-il. Il profita des dernières lueurs du jour pour ouvrir le journal de Sam et continuer sa lecture.

 

 

---15aout 2004

 

Pete est vraiment un garçon charmant .Je l’aime.  Nous sortons souvent dès que je le peux, dès que mon travail si accaparant m’en laisse le loisir. Je vois moins Daniel et Teal’c en dehors du travail. Quant au général O’Neill, nous ne nous parlons plus que pendant les briefings. Si jamais nous faisons une petite soirée comme autrefois, il ne vient pas. Il s’est éloigné de nous. Je le regrette----

 

 

----27 septembre 2004

 

la date du mariage est fixée ce sera le 15 novembre. Il y a plein de choses à préparer. Ma vie est devenue un tourbillon, les missions, la base, les briefings, et tous les préparatifs. Il y a tellement de choses à penser.

Justement je n’ai plus le temps de penser, à peine quelques minutes pour noter dans ce carnet les changements de ma vie.

A l’annonce de mon mariage j’ai senti une légère réticence chez mes amis, oh bien sûr ils m’ont félicité avec de grands sourires et de belles paroles, c’est une impression que j’ai ressenti. Curieusement, pas de la part du général O’Neill qui semblait vraiment sincère quand il m’a souhaité tout le bonheur possible. Mais Daniel semblait regretter je ne sais quoi. Cette impression n’a duré que quelques secondes mais cela a suffit pour me montrer qu’il n’approuvait pas complètement mon choix. J’ai éprouvé de la peine. Leur approbation à tous les trois est tellement importante pour moi. J’ai eu l’impression que tant que la date n’était pas fixée, ils n’y croyaient pas trop. Maintenant que cela se concrétise…

 Ai-je raison de foncer tête baissée dans le mariage ? Je ne sais pas.. Il est vrai que les années passent vite et qu’il est temps pour moi de me poser----

 

 

----Maintenant que c’est décidé je me sens mieux. Il ne reste plus qu’à foncer---

 

 

La nuit tombait maintenant et Jack n’arrivait plus à lire. Il ne voulait pas allumer de lampe pour ne pas se faire repérer. Il faisait froid et il s’enroula dans son duvet.

L’impression de trouble ne le quittait pas, il plongeait dans l’intimité de Sam, et cela le dérangeait. Il n’avait pas l’habitude de l’introspection, beaucoup trop actif et pragmatique pour cela. Il avait même du mal à comprendre que l’on puisse tenir un journal. Il fut tenté  un moment de tout laisser tomber, de ne pas lire la suite, de jeter le carnet.

Mais la curiosité était malgré tout la plus forte. Il savait qu’il poursuivrait sa lecture jusqu’au bout comme l’avait voulu la Sam du futur, même si ce qu’il lisait était difficile par moment pour lui.

 

 

Il passa en revue le plan qu’il avait préparé. Tout d’abord dans le premier village prendre des vêtements, se séparer de son barda et de ses armes. Ne garder qu’un poignard sur lui, bien  caché. Il se mêlerait ensuite  à la population des pèlerins venus adorer et prier le dieu. Et là il tuerait la jeune fille. Il pensait pouvoir se dissimuler dans la foule assez facilement et prendre la fuite.

Jack avait la faculté de dormir pratiquement sur commande. Demain  et les jours suivants seraient plein d’incertitudes et de dangers, et il devrait être au mieux de sa forme. Il plongea rapidement dans un sommeil réparateur.

 

 

Le lendemain le trouva en forme malgré quelques courbatures dues à sa marche forcée de la veille. Il continua sa route et en deux heures arriva en vue du premier village. Le deuxième devait être situé encore à une journée de marche.

Il décida de respecter le planning et de ne pas trop forcer. Quand il arriverait sur place il n’aurait  pas droit à l’erreur. La pluie avait cessé, et il entreprit de suivre le petit chemin qui serpentait à flanc de montagne.

 

 

Dans le premier village aussi désert que le précédent, il entra dans une maison et chercha des vêtements. Il trouva un pantalon de toile beige et une sorte de chemise paysanne qui tombait bas sur les hanches.  Il découvrit dans un coffre un  grand manteau à capuche de couleur marron,  qui ferait très bien son affaire pour se dissimuler aux regards. 

Dans la forêt il se changea, remplit ses poches de rations et cacha le poignard le long de sa jambe et dans une vaste poche du manteau il mit le journal de Sam.

Dans une anfractuosité de rocher, il dissimula son barda et ses armes  et recouvrit le tout de feuillage. 

 

Il reprit tranquillement sa route comme un habitant de la région. D’ailleurs il n’était plus seul. D’autres personnes se dirigeaient aussi vers le village du Goa’uld, des familles entières avec des enfants. Il bénit l’idée qu’il avait eu de changer de vêtements, ainsi il pouvait passer inaperçu.

Il fut bientôt rattrapé par un homme jeune

         -Bonjour dit celui-ci, Vous allez à Trevig vous aussi.

         -Comme tout le monde dit prudemment Jack.

         -Oui, on ne voit pas souvent le dieu, on a vraiment beaucoup de chance, de pouvoir l’approcher.. Je me nomme Katic dit le jeune homme en lui tendant la main.

         -Et moi Jack, dit-il en prenant la main.

         -On peut faire route ensemble ? demanda Katic.

Jack ne pouvait pas refuser et il accepta de bonne grâce.

         -Vous venez de loin ? demanda le jeune homme

         -Non pas très dit Jack sans donner aucun détail.

Le jeune homme était vraiment très bavard et Jack ne répondait que par monosyllabe se demandant bien comment se débarrasser de cet encombrant compagnon.

Finalement celui-ci se lassa sans doute de son mutisme et deux heures plus tard ils rejoignit un groupe de connaissances qui montait la colline depuis un autre chemin. Cela arrangeait bien O’Neill qui en profita pour se dissimuler dans un fourré afin de laisser passer tous les pèlerins.

 

Il s’accorda une halte à l’abri des regards et en profita pour lire un peu du journal de Sam.

 

 

---20 novembre 2004

 

Le grand jour est passé, je n’ai pas eu le temps d’écrire une seule ligne pour relater tous ces évènements. Je suis mariée. Madame Shanahan, maintenant.

Toute la base était là à mon mariage, tous mes amis, mes relations de travail, le général aussi est venu, il a assisté à la cérémonie, mais s’est excusé pour la fête, il ne pouvait pas rester. Il avait l’air sombre et dur. Quand je lui ai demandé ce qui n’allait pas, il m’a dit de ne pas me tracasser, et il m’a redit combien il était heureux de me voir, et il m’a souhaité encore tout le bonheur possible.  Je l’ai remercié.

La soirée a été assez intime, des amis proches, la famille. Nous avons dansé. J’ai dansé avec Daniel et Teal’c. J’ai regretté l’absence du général.

Mais pourquoi est ce que j’ écris son nom plus souvent que celui de mon mari ?------

 

 

---18 Aout 2005

 

J’ai eu un retard , j’ai bien cru cette fois que j’étais enceinte. Mais c’était juste un retard. Pete était déçu. Moi aussi. ----

 

 

-----Ma vie s’organise autour de mon foyer et de mon travail. J’ai obtenu du général de moins partir en  mission. Je ne dirige plus SG1 c’est Cameron Mitchell le nouveau chef. Il est très bien. Je ne pars qu’occasionnellement, et je m’occupe beaucoup de la partie technique de la base, ainsi que des relations avec Atlantis.-----

 

 

----30 janvier 2007

 

Cela fait  un peu plus de deux ans que nous sommes mariés et nous n’avons toujours pas d’enfants. A notre grand désespoir. Je suis sans doute trop âgée. 38 ans. Pourtant beaucoup de femmes ont leur premier enfant à cet âge, ma cousine Mary avait 39 ans. Donc c’est possible. Demain j’ai rendez vous avec le docteur Smith, à la base. Il m’a dit qu’il pourrait m’aider.----

 

---Bonne nouvelle, tous mes examens sont excellents. Je peux avoir des enfants, il n’y  a aucun problème. Alors pourquoi ? Qu’est ce qui ne va pas ? ---

 

 

---29 juillet 2007

 

Je suis colonel maintenant depuis ce matin. Le général O’Neill a gentiment organisé une petite réception pour moi. Je suis très touchée. Depuis trois mois j’ai repris mon poste à plein temps à la base. Toujours sur le terrain, en mission, dans mon labo, dans la salle de contrôle, je n’arrête pas.----

----Avec Pete nous nous voyons que le week end----

La vie me prend et me transforme en ce que je m’étais promis de ne jamais devenir :  Une femme débordée qui n’a du temps que pour son travail. Quand je rentre je suis épuisée et peu disponible. Bien souvent avec Pete nous nous croisons, lui aussi travaille beaucoup et nos horaires sont souvent incompatibles.

Mes amis voient que je ne suis pas heureuse, mais pour rien au monde je ne voudrais le leur dire. Alors je les rassure de mon mieux avec de belles paroles et des grands sourires. Sont-ils dupes ?  je ne sais pas. Mais il y en a un qui ne l’est sûrement pas  c’est le général O’Neill, je sens parfois son regard inquiet sur moi. Souvent il me demande si je vais bien, si je mange suffisamment. Il n’y a que lui pour se préoccuper si je mange ou non. Et c’est vrai que j’ai pris souvent l’habitude de sauter des repas. Je maigris---

 

 

 

Le cœur de Jack était serré à la lecture de ces mots. Toutes les attentes de Sam avaient été bafouées, elle avait couru après un bonheur qu’elle n’avait jamais atteint. Il se sentait triste pour la Sam du futur.

 

A cet endroit du journal Jack vit une page que Sam avait rajoutée.

 

« Mon général, je vous fait grâce du récit de toutes nos tentatives  infructueuses pour avoir un enfant. Ce serait beaucoup trop long et fastidieux à lire. De mon côté tout était parfait. Le problème venait de Pete. Quand j’ai abordé cette question avec lui, il est monté sur ses grands chevaux, me disant que dans sa famille tout le monde avait des enfants. Et c’est vrai, dieu sait combien il y  avait de petits Shanahan !  Mais nous, nous  n’en aurions pas. Ce fut le début de la grande cassure entre nous.

C’est à partir de ce moment là que j’ai réellement réalisé mon erreur. J’avais 40 ans et c’était trop tard pour moi. Nous avons pensé à l’adoption, sans y croire réellement. Qui aurait voulu de nous comme parents ? Des absents bien trop occupés par leur carrière respective.  Et bien incapables de prendre en charge un enfant.

Tout cela ne fut qu’un beau rêve, depuis longtemps disparu. En novembre 2009, nous avons divorcé.

Durant cette même année vous êtes parti à la retraite. Cela a été un jour difficile. L’instant  où vous êtes descendu de votre bureau pour la dernière fois, était empreint d’émotions. Toute la base était là pour vous acclamer. Mais  vous aviez l’air assez  mal à l’aise, et    vous avez écourté votre discours d’adieu et la petite réception qui a suivi. Vous nous avez tous remerciés. Mais de quoi ? Nous avions passé de si formidables années avec vous comme chef du SGC. Cela avait été  une époque héroïque et glorieuse.

Puis vous êtes parti, laissant un grand vide en nos cœurs

 

C’est vraiment très étrange de vous parler de vous, de choses que vous avez vécues dans ma réalité qui j’espère ne sera pas la vôtre.

 

Un jour,  je suis allée vous voir dans le Minnesota. Je voulais faire le point. J’ai beaucoup hésité à faire cette démarche et maintenant je regrette de l’avoir fait. Mais je tiens à vous en faire le récit, car j’ai bien senti que vous aussi étiez malheureux.

 

J’étais très déstabilisée en venant vous voir et je voulais vous sonder, savoir si je pourrais réparer la terrible erreur que j’avais commise. Car je le savais avec certitude, je vous aimais Jack O’Neill… Je me l’étais caché tout au long de ces années à cause d’un règlement ridicule et en raison aussi de votre non engagement.

Vous m’avez accueilli fraîchement, me laissant sur le pas de la porte. Il fallait que je vous parle, c’était vital pour moi. Je vous ai dit que je m’étais trompée, que j’avais quitté Pete. Et vous m’avez jeté un brutal « et alors ? » qui a failli me faire prendre la  fuite sur le champ. Mais je me suis dominée et j’ai pénétré chez vous sans que vous m’y invitiez. Vous m’avez suivie. J’ai regardé sans voir l’intérieur de votre chalet, celui où vous m’aviez invitée si souvent.

« C’est là où vous vouliez m’emmener ? » ai-je dit. Et vous m’avez répondu d’un ton amer, « vous avez toujours refusé »

 Le silence entre nous était pesant, et puis vous avez dit que vous aviez des choses à faire sur un ton sans appel. Vous me mettiez dehors.

Je vous ai simplement répondu, « je suis libre maintenant » alors vous avez eu ces mots très durs : « Carter, je voulais le gâteau en entier, pas des restes !. »

Alors je suis partie, vous laissant seul, nous laissant seuls chacun de notre côté avec nos souvenirs détruits et sans avenir l’un pour l’autre.

 Par ses mots vous m’avez fait la plus belle des déclarations mais c’était trop tard. Je me suis demandée pourquoi vous ne me l’aviez pas fait comprendre plus tôt.

 

La mort dans l’âme,  je vous ai quitté.

 

 

Jack tournait la feuille entre ses mains. Tout cela le bouleversait plus profondément qu’il ne l’aurait pensé. C’était de sa vie à lui aussi qu’il était question. Et il était en face de son problème relationnel vis-à-vis de Sam. Problème qu’il lui faudrait bien résoudre un jour.

 

 

Village de Klorel Planète P8B765

 

 

Le lendemain il arriva au village. Il y avait foule. Comment retrouver la jeune fille, au milieu de tous ces visages ?  Des centaines de personnes se bousculaient pour voir le dieu. Mais Klorel était-il encore dans son hôte où avait-il eu déjà cet accident qui devait tuer son enveloppe ? La jeune fille avait –elle déjà été possédée ? Sam avait dit de la tuer dès qu’il la verrait.

Son cœur s’arrêta de battre un instant, elle était là devant lui, de longs cheveux noirs sur le dos, des yeux verts limpides.

         -Qui est-ce ?  demanda t-il à un homme près de lui.

         -C’est Clara, elle est belle n’est ce pas ?

-Oui très belle  en la dévorant des yeux.

-Oui mais elle est  inaccessible !  dit l’homme.

         -Pourquoi ? elle est mariée ?

         -Non, c’est la vestale du dieu.

         -Vestale ?

         -Oui, la grande prêtresse !  elle le sert, c’est elle qui célèbre son culte en son absence. Mais d’où vous sortez ?  vous ? dit l’homme méfiant, c’est la première fois que vous venez ici ?

         -Oui je viens de très loin, dit Jack.

 

Cela ne faisait pas l’affaire de Jack. Il aurait aimé finir sa mission au plus vite.

Il décida de rester dans l’ombre de la jeune fille de la suivre partout, d’observer ce qui allait se passer. Apparemment Klorel ne l’avait pas encore infectée. Il avait un doute sur le temps, car Sam n’avait pas noté la durée du trajet pour aller jusqu’au village . Cela pouvait se jouer à quelques heures près ou même quelques jours. Il décida de rester très vigilant.

Les pèlerins se dirigeaient vers le temple et il suivit le mouvement. Le monument à la gloire du dieu se dressait sur une colline. Il était fait de marbre blanc, deux colonnes encadraient la vaste porte d’ entrée devant laquelle se pressait la foule. S’il voulait trouver place à l’intérieur il fallait qu’il se presse. Il repéra un petit chemin moins fréquenté et grimpa rapidement la centaine de mètres qui le séparait de l’entrée.

Il réussit à se glisser dans le temple. Une foule silencieuse remplissait tout le parterre.

Sur un trône un homme somptueusement vêtu. Il pouvait avoir une trentaine d’années, était brun avec une peau couleur de bronze. On pouvait reprocher ce qu’on voulait aux Goa’ulds, mais ils avaient bon goût pour choisir des hôtes de grande beauté. Celui là était parfait, un corps musclé, un regard de braise. Il leva le bras et la foule s’agenouilla le front prosterné jusqu’à terre.

Quand il parla, Jack sut tout de suite que le transfert n’avait pas eu lieu. La voix rauque s’éleva dans le silence et résonna longuement sous les voûtes de marbre, incitant le peuple à l’obéissance.

Jack n’écoutait pas, les paroles des faux dieux étaient toujours les mêmes, soumission, adoration, esclavage, il connaissait cela par cœur. Il dut attendre patiemment la fin du discours avant de pouvoir se relever avec ses compagnons. Il se remit debout et se tassa un peu, car il dominait l’assistance de sa haute taille et il ne voulait en aucun cas attirer l’attention. Klorel aurait pu le reconnaître.

La foule s’ouvrit sur le passage du dieu, suivi de sa grande prêtresse. Il traversèrent lentement la foule qui se tenait debout mais les yeux baissés. Jack lui releva légèrement la tête, il se glissa derrière les pèlerins afin de sortir dans les  premiers. Ne pas les lâcher des yeux, sous aucun prétexte. Et pourtant un mouvement de foule lui cacha un moment Klorel et la jeune fille. Il y eut une bousculade, des cris, des enfants tombèrent. Des mères poussaient des hurlements déchirants. Quand la foule se calma il vit que Klorel avait disparu.  Mais il aperçut  Clara  qui prenait la direction opposée à celle du palais. Elle était seule et ne parlait à personne, passait indifférentes au milieu des gens qui la saluait. Jack la suivit de loin. Elle s’arrêta devant  une maison et se retournant elle surprit O’Neill qui marchait en silence juste derrière elle.

         -Que voulez-vous monsieur ?

         -Excusez moi bredouilla t-il,  je me suis perdu…

Piètre excuse . Mais elle mordit à l’hameçon.

         -Avez-vous où loger au moins ?  demanda t-elle avec sollicitude.

         -Non… je viens de loin…

         -Entrez dit-elle en ouvrant sa porte…. Je ne peux pas refuser l’hospitalité à quelqu’un venu de si loin pour adorer notre dieu.

Il pénétra à l’intérieur assez mal à l’aise. Il n’avait pas prévu de faire connaissance avec Clara. Mais il se rappela soudain les mots de Sam : « nous n’avons pas vu la duplicité de la jeune fille, elle paraissait si sincère »

Jamais il n’avait fait une mission aussi aléatoire, et il n’aimait pas du tout cela.

         -Mais entrez dit-elle avec un grand sourire, ne soyez pas timide. Cela fait partie de ma fonction de recevoir les adorateurs de Klorel.

Il la suivit et elle referma la porte.

         -Quel est votre nom ?

         -Jack dit-il.

         -Asseyez-vous Jack, dit-elle

 Elle posa devant lui un pichet de bière.

-Cela va vous faire du bien après la poussière de la route.

Il ne se fit pas prier, il avait la gorge sèche, et les idées pas très claires.

Que faire maintenant ?

Mais la jeune fille continuait son léger babillage.

         -Quel métier faites-vous au village ?

         -Heu… je suis cultivateur dit-il. Mais parlons plutôt de vous ? comment êtes vous arrivée au service de Klorel ?

         -C’est dans ma famille que sont choisies les prêtresses. Klorel vient et choisit à sa naissance celle qui sera à son service. C’est un grand honneur vous savez. Un jour ma mère a reçu le dieu dans son humble maison. Et il m’a choisie. Je ne m’en souviens pas j’avais quelques jours dit-elle avec un rire clair. Mais on me l’a raconté si souvent !

Ses yeux s’illuminaient en parlant. Elle était d’une réelle beauté.

 

« duplicité » » Comment ne pas croire à tant d’innocence ? »  

 

         -Où est Klorel demanda t-il ?

Elle se troubla.

-Je ne sais pas.

         -Vous n’êtes pas à son service ? s’étonna t-il.

         -Je ne suis pas son esclave personnelle, je ne suis là que pour le célébrer dans le temple. Je suis une grande prêtresse ! expliqua t-elle.

 

Jack réfléchissait en silence. Son cerveau tournait à trente mille tours minutes. Il regrettait de ne pas avoir Sam avec lui. Puis il se souvint qu’elle était là lors de la mission incomplète, et qu’elle n’avait rien vu. Que le symbiote était trop faible.

Alors que faire ?

S’il la tuait maintenant et qu’elle avait le symbiote, c’était bien. Mais s’il la tuait et que le transfert n’était pas fait. Il ne saurait jamais qui porterait le symbiote de Klorel.

Il décida de tenter le tout pour le tout.

         -Où est Klorel ? redit-il.

La colère fonça ses yeux verts,

         -Je vous ai déjà dit que je ne savais pas. Et quel manque de respect envers notre dieu ! C’est un crime impardonnable !  Sachez que le dieu est où il veut et cela ne regarde personne.

         -Si, moi cela me regarde râla t-il  en sortant une lame menaçante.

         -Mais.. Qu’est ce que …

La jeune fille était devenue aussi blanche que sa robe. Elle se mit à trembler.

 

Jack en conclut qu’elle était innocente, elle avait l’air sincère.

« duplicité » le mot revenait en force dans son esprit. Mais il  décida de suivre son instinct. C’était trop tôt. Le transfert n’avait pas encore eu lieu.

         -Je ne vous lâche pas. dit-il d’un ton implacable.

         -Mais que voulez vous au juste ? sa voix tremblait autant de peur que d’indignation.

         -Je veux Klorel.

         -Il n’est pas ici.

         -Je vous crois dit-il en rangeant son poignard.

Ils se regardaient au fond des yeux. Jack ne put rien lire du tout dans le regard de la jeune fille qui avait repris toute son assurance.

         -Que comptez-vous faire monsieur ?

         -Je reste avec vous. Où vous irez, j’irai.

         -Comme vous voudrez, je ne peux pas vous en empêcher, mais vous perdez votre temps et vous me remerciez bien mal de mon hospitalité.

Si elle s’imaginait  qu’elle allait faire culpabiliser Jack avec ces mots, elle se trompait lourdement. Il n’avait plus d’état d’âme,il était entré en mission, comme on entre en religion,  et sentait que bientôt il toucherait au but.

         -Vous pouvez dormir ici dit-elle en montrant une banquette près de la cheminée.

         -Et vous vous dormirez où ?

Elle rougit et montra une porte du doigt

         -Dans ma chambre.

         -Et vous croyez que vous allez pouvoir m’échapper en sautant par la fenêtre ?

Elle sourit.

Il reprit impitoyable :

         -Vous, vous  dormez sur la banquette, et moi je reste dans ce fauteuil. Si vous voulez sortir vous serez obligée de passer devant moi et je vous verrais.

         -Comme vous voudrez dit-elle d’un voix lasse. Je suis fatiguée.

Elle s’allongea et ferma les yeux aussitôt pour ne plus sentir le regard de l’homme sur elle. Sûre d’être protégée par son dieu, elle ne ressentait plus aucune crainte.

Jack s’apprêta à passer une nuit blanche. Il était épuisé, mais pas question de dormir un seul instant. Mais il avait le journal de Sam pour lui tenir compagnie. Il fallait qu’il le finisse ce soir. Après,  demain, il n’aurait plus le temps.

 

 

 

Décembre 2012

 

Ma carrière avance à grands pas. Demain je recevrai en grande pompe le grade de brigadier général. A 45 ans je serais la première femme à avoir eu ce grade aussi jeune. Cela se passera à la base de Cheyenne Mountain, dont je vais prendre le commandement.  Daniel et Teal’c seront là. En 2010 Teal’c s’est  retrouvé à la tête de  la nouvelle planète des jaffas, Daniel est parti sur Atlantis l’an dernier.

J’ai invité le général O’Neill, il a reçu un carton d’invitation, de façon très officielle, mais je ne sais pas s’il viendra.

Il est venu ! Cela faisait des années que je ne l’avais pas vu.  Il n’a pas vraiment changé, à peine un peu vieilli. Il avait  l’air content de me voir. Nous nous sommes serrés la main très cérémonieusement alors que j’ai sauté au cou de Teal’c et de Daniel, qui m’ont serré dans leurs bras.

 Nous nous sommes retrouvés au mess comme autrefois, tous les quatre quand nous étions SG1. Mais nous avons échangé des banalités,  de la gêne s’est  instaurée entre nous. Passées les nouvelles des uns et des autres, un silence embarrassé s’est installé. N’avions-nous plus rien à nous dire ?  Où était  passée notre amitié ? Elle s’était  effacée lentement avec le temps. On se voit moins, on ne prend plus de nouvelles et tout se dilue dans la vie trépidante. On pense moins à ses amis, on finit par les oublier. Une carte au premier de l’an. Puis plus rien. Comme avec le général O’Neill.

Le voir assis en face de moi, me faisair battre le cœur. Il avait allongé ses longues jambes devant lui et il écoutait distraitement Daniel parler d’une planète quelconque. Il ffallaitt meubler. Alors c’étaient  des rires factices et des plaisanteries éculées. Finalement ce fut  Jack qui se lèva le premier, il me souhaita bonne chance dans mon nouveau commandement et me dit que je le méritais. J’aurais souhaité qu’il me propose son aide au cas où, mais il ne l’a pas fait. Nous nous sommes  séparés et chacun retourna à ses occupations. Daniel devait  rejoindre Atlantis dès ce soir. Tea’lc pouvait rester encore une journée.

Après avoir pris mon commandement, je suis repassée  par la salle de contrôle, tout était  calme. Walter toujours fidèle au poste me lança un vigoureux « bonne nuit mon général ».  j’en étais toute heureuse.

J’ai passé la soirée avec Teal’c. Nous avons beaucoup parlé tous les deux. Le centre de notre conversation était le général O’Neill. Il a compris sans que je lui dise tous les regrets que j’avais. Lui parler m’a fait beaucoup de bien. Et il n’y a qu’avec lui que je peux parler de Jack. Cela fait maintenant quatre ans qu’il est parti à la retraite et la plupart du personnel de la base a été renouvelé, seuls quelques anciens comme Walter ont encore la nostalgie du général.

Avec Teal’c, nous avons convenu de nous revoir plus souvent. Il m’a invité à venir sur la planète des jaffas où la paix s’organise. Ils sont maintenant une centaine de milliers à y vivre libre---

 

 

---Février 2015

 

Les nouvelles sont mauvaises. De nouvelles forces sont apparues dans la galaxie. Les grands maîtres d’autrefois  ont disparu mais ont fait place à d’autres plus jeunes et plus redoutables.

Le plus puissant d’entre eux est Klorel.

Il se constitue une flotte importante et son seul but est de venger son père Apophis que nous avons vaincu à de nombreuses reprises et définitivement anéanti, quelques années plus tard. Je ne sais pas comment il a fait mais il a toujours de nombreux jaffas à son service, des milliers de jaffas prêts à mourir pour lui. La menace gronde.---

 

 

Mars 2017

L’attaque est imminente. Les vaisseaux mères ont été signalés à proximité de Pluton. Ils sont maintenant entrés dans notre système solaire.---

 

---Depuis que le programme porte des étoiles a été annoncé au grand public au cours de l’année 2016, tout le monde est au courant de  la menace qui pèse sur nos têtes. Nos problèmes internes à la Terre sont relativisés. Il faut organiser une défense, mais nous sommes si démunis.

Naturellement nous avons fait appel à tous nos alliés. Beaucoup sont venus, mais à titre individuel, des asgards, des Tollans que nous avons retrouvés, des jaffas libres, Teal’c bien sûr est venu défendre sa planète d’adoption. Et beaucoup d’autres encore.

Daniel aussi a tenu à être là. Même s’il ‘est pas militaire, il est toujours de bon conseil. Le général O’Neill a repris du service, lui aussi. Les armées de tous les pays du monde ont fait appel à tous leurs réservistes de moins de 65 ans. Les plus jeunes s’engagent en masse, même s’ils ne savent pas ce qui les attend. Moi je sais, et cela me terrifie.

C’est pour cela que le président a fait appel à moi pour commander l’état major et organiser la défense de notre monde. Je suis parait-il la mieux placée ! Quelle ironie ! je n’ai aucune arme apocalyptique à envoyer contre les vaisseaux, aucune stratégie antiradiation, ou antibombe. Le président sait bien que notre terre ne pourra pas résister à l’attaque massive qui se prépare.

Tout le monde le sait.

Il se passe d’étranges phénomènes de fin du monde. Le retour en masse des faux prophètes, et des faiseurs de rêves de tout poil----

 

 

 

3 avril 2017

 

-----le premier bombardement a eu lieu cette nuit . Il a rayé de la carte en quelques heures la majorité du continent africain. Plusieurs attaques simultanées ont eu lieu, sur tous les continents. Les nouvelles parviennent difficilement jusqu à moi, retranchée dans mon QG de Washington. Les télévisions ne fonctionnent plus, nos satellites non plus. Nous sommes dans le brouillard radar le plus total et nous ne pouvons que subir.

 

 

---25 mai 2020

Depuis la destruction des quatre cinquièmes de la terre, je n’ai pas eu le courage d’ écrire. Pour dire quoi ? Que nous avons été vaincus, anéantis, asservis ! Que Klorel est le maître absolu de nos destinées.

Dans chaque maison un récepteur longue portée gao’uld a été installé. Il s’invite dans chaque foyer  à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, comme autrefois son père sur Chulak.

L’hôte de Klorel est une femme magnifique mais son regard de glace nous transperce et sa voix rauque nous fait frémir.

 

L’innocente jeune fille que nous n’avons pas tué, parce que nous ne le savions pas-----

 

 

 

2027

 

Mon général, je rajoute ce mot à la fin de ces extraits de mon journal. J’espère que vous aurez le temps de le lire avant d’accomplir la mission.

Je ne vous ai pas renseigné sur le timing car, je suppose que vous êtes allés à la même vitesse que nous. Cependant il est possible que vous soyez retardés ou au contraire que vous alliez plus vite.

A un moment Klorel et Clara partiront à pied dans la montagne. Ils emprunteront le chemin qui monte à un second temple. C’est là que vous devrez agir. Cependant je ne sais pas quel jour ils iront. Lorsque vous arriverez l’accident aura déjà eu lieu ou pas.

Tout cela je ne l’ai appris que bien plus tard. Si vous attendez plus longtemps, je pense que le goa’uld aura pris complètement possession de la jeune fille et que ce sera beaucoup plus difficile.

 Alors soyez très vigilant.  

J’ai entièrement confiance en vous, Jack.

 

A vous de jouer.

 

                                                        Samantha Carter.

 

 

Jack soupira, la lecture de ces extraits était terrible et le sort du monde reposait sur ses épaules. Ce n’était certes pas la première fois, mais un désagréable frisson lui parcourut l’échine. La mission était délicate. Il avait eu raison de ne pas vouloir lâcher Clara d’une semelle. La possession aurait lieu le lendemain sans doute.

La jeune fille dormait du sommeil du juste. Pourquoi serait-elle inquiète ? Elle n’était nullement au courant de ce qui allait lui arriver. Elle semblait si innocence  que Jack regrettait de ne pas avoir d’autres solutions.

Le reste de la nuit passa lentement, il aurait volontiers dormi un peu, mais il se leva et fit les cents pas dans la maison. Il alla boire un peu d’eau à la cruche et dévora un quignon de pain qu’il trouva dans un placard.

A la fenêtre, le jour se levait lentement dissipant la pénombre. Bientôt un rayon de soleil vint frapper la cime des arbres, et le village se réveilla lentement. Les habitants vivaient au rythme du soleil. Se levant avec lui et se couchant avec lui.

La jeune fille ouvrit les yeux. Jack fut aussitôt sur le qui vive. Il resserra la main sur son poignard. Sans un mot la jeune fille ouvrit la porte du placard et prépara le repas du matin. Une bouillie d’avoine. Elle déposa deux assiettes pleines sur la table.

         -Mangez dit –elle.

         -Non merci.

         -Moi je mange dit-elle  la journée sera rude.

Jack resta debout près de la porte, les bras croisés le regard fixé sur la jeune fille. Il attendait en silence qu’elle termine son repas. Mais Clara sans doute gênée par l’instance de Jack repoussa son assiette au bout de quelques cuillerées.

         -Je vais au temple dit-elle

         -Je vous accompagne.

Il recouvrit sa tête de la capuche et sortit derrière Clara.

         -Attention pas d’entourloupe, gronda t-il.

Elle haussa les épaules et sortit, Jack dans ses pas.

Il resta à quelques pas d’elle pour ne pas se faire remarquer. Il se dissimula derrière des arbres ou des maisons à chaque fois qu’elle marquait un temps d’arrêt pour saluer des fidèles ou dire quelques mots. Il remarqua qu’elle était adulée par la population, et le trajet de quelques centaines de mètres jusqu’au temple dura presque une heure.

Jack s’exhortait à la patience, mais il avait hâte de terminer cette mission.

 

La prière au temple dura deux heures. Klorel n’était pas là. Sans doute dans son vaisseau au dessus du temple.

La lueur soudaine des anneaux de transfert lui donna raison. Klorel jaillit au milieu du temple dans les anneaux de lumière. Un oh d’acclamation l’accueillit.  Il accrut  encore, par ce geste,  son pouvoir et son emprise sur ce peuple si simple et si crédule.

Jack resta près de l’entrée, Klorel le connaissait, il ne fallait pas se dévoiler. Il n’y avait qu’une seule entrée dans le temple, elle ne pouvait pas lui échapper..

 A la fin de l’office Klorel et sa grande prêtresse sortirent du temple. Jack se glissa derrière eux le cœur battant à tout rompre. Voilà on y était.

Ils prirent le chemin qui serpentait dans la montagne derrière le temple. Clara fit un signe aux habitants de ne pas les suivre. Docilement les  villageois restèrent sur le chemin et les regardaient monter.

Cela ne faisait pas l’affaire de Jack. Il devait les suivre, mais pas devant tout le village.

Il grimpa à travers la montagne en espérant trouver un raccourci. Il n’y avait plus de chemin, mais une pente raide et escarpée dont les rochers roulaient sous ses pieds. Ils s‘assit un instant pour réfléchir.

Si l’instant propice ne se présentait pas ?  peut être pourrait-il forcer le destin ? En poussant quelques pierres par exemple sur le chemin du dieu pour le faire trébucher.

Il reprit sa marche,  redescendit un peu et s’avançant près du bord il vit qu’il surplombait le chemin. A une dizaine de mètres Klorel avançait en tête, Clara cinq pas derrière lui.

Jack s’étonnait pourquoi le dieu prenait-il la peine de grimper un chemin en pente ?  il aurait pu utiliser les anneaux pour se rendre au second temple ? Il n’aurait sans doute jamais la réponse à sa question.

Le dieu arrivait juste sous le surplomb. Jack s’apprêtait à lancer une énorme pierre sur sa tête, quand il sentit le sol trembler fortement.

C’était sans doute le petit coup de pouce du destin qu’il attendait. Il se recula vivement tandis qu’une partie du surplomb s’effondrait sur le chemin. Il entendit un double hurlement. Il fila vite prendre un chemin de traverse et arriva en courant sur le sentier  défoncé. Il s’immobilisa. Il n’y avait plus de chemin. Une grosse pierre barrait la route. Sous cette pierre Klorel, la poitrine fracassée,  perdait tout son sang. La jeune fille était pétrifiée. Elle se pencha sur le corps agonisant du dieu et elle ne vit pas le serpent qui rampait faiblement sur le sol. Quand il lui sauta à la gorge il était trop tard. Elle poussa un cri en se tenant la nuque, elle perdit l’équilibre.

C’était le moment qu’attendait jack. Il fit le vide dans sa tête, avança prudemment et saisit Clara par le cou. Et d’un coup sec il lui trancha la gorge, sectionnant du même coup le symbiote encore faible.

Il se força à regarder la blessure béante, réprima un haut le corps devant le regard implorant et muet de Clara. Le serpent était là, sectionné.

Il passa un bras compatissant sous la nuque de Clara, et de l’autre lui prit la main.

         -Je suis désolé dit-il. Mais il le fallait.

Le regard de la mourante se voila, elle serra faiblement les doigts et elle expira. Jack lui ferma délicatement les yeux.

Il ne pouvait déplacer le corps de Klorel, mais il enveloppa avec douceur celui de Clara dans son grand manteau de bure et il la dissimula sous des pierres, pour éviter que son corps ne soit dévoré par les vautours.

Il attendit la nuit caché dans la montagne. Lorsque le soleil serait couché, il pourrait à nouveau circuler.

Quand il redescendit, il fit très attention, la pénombre pouvait rendre dangereux le chemin. Il traversa d’un pas rapide le village déserté de ses habitants. Personne ne se souciait de Klorel ni de Clara car leur absence pouvait se prolonger longtemps. Cela il l’avait appris en discutant avec les habitants. Donc il n’avait aucun souci à se faire et il pouvait tranquillement prendre le chemin du retour.

Il mit deux jours pour atteindre son barda caché dans la forêt, et revêtit avec plaisir  ses vêtements militaires, cacha dans son sac ses vêtements locaux pour ne pas éveiller les soupçons.  Le poids de ses armes le rassurait aussi quelque peu. Il y avait toujours le risque de faire une mauvaise rencontre.

Il prit sa radio, en espérant que ses amis puissent l’entendre.

         -Teal’c, Carter ? Daniel ? vous m’entendez ?

         -Je vous entends parfaitement O’Neill dit la voix calme du jaffa.

         -Où êtes-vous.

         -A la sortie du deuxième village,

         -Pas d’ennuis ?

         -Aucun O’Neill tout va bien.

         -Carter est avec vous ?

         -Non elle est restée quinze kilomètres en arrière.

         -Avez vous une idée de la distance que nous avons à faire ?

         -De l’endroit où je suis il reste exactement 49 kilomètres jusqu’au shapaï. Vous devez en avoir un peu plus à faire de votre côté..

         -Oui je viens de sortir du village où avait lieu le pèlerinage. Je suis à environ 10 kilomètres de vous Teal’c.

         -Je vous attends O’Neill.

 

 

 

 

Colorado Springs 1929.

 

         -Alan ! viens donc par ici !

         -Oui  Man…

         -Où es-tu donc allé traîner ?

Le jeune Alan Cooper avança lentement vers sa mère un visage sale et des vêtements déchirés.

         -Tu es encore allé roder vers la vieille ferme des Sheppard.

         -Oui Man… dit le garçonnet honteux en baissant la tête.

         -Tu sais bien que je t’ai interdit d’y aller. Et puis on ne les connaît pas ces gens là !

         -Ils sont gentils,  maman, je t’assure ! Tu devrais venir avec moi. La vieille madame Carter , elle m’a donné un gâteau.

         -Je vais réfléchir, mais je t’interdis d’y aller tout seul.

         -Tu viendras ?  dit l’enfant plein d’espoir.

Il aimait beaucoup le vieux monsieur qui lui faisait voir son jardin et lui apprenait tout un tas de trucs.

La rencontre s’était faite tout à fait par hasard. Sam revenait du marché et l’enfant s’était jeté contre elle sans regarder et était tombé lourdement sur les genoux. Il saignait. Sam avait voulu l’emmener chez elle pour le soigner, mais il avait ri :

         -Il y a assez de docteurs à la maison, Pa, Man, grand Ma !

         -Alors tu es le jeune Cooper !  le petit fils du docteur  Michaëla Quinn !

         -Vous connaissez ma grand-mère ?  elle a presque cent ans !

         -Je ne la connais pas personnellement, mais j’en ai entendu parler. Nous sommes tout près de chez moi, je vais te présenter ma sœur et son mari.

Pour éviter tous les commérages possibles dans une région aussi reculée et traditionaliste que Colorado Springs Sam et Elisabeth se faisaient passer pour sœurs.

Ils arrivèrent sur le seuil de la maison et Sam fit entrer le jeune garçon.

         -Liz !  Tu peux me donner la trousse médicale ! lança t-elle dès l’entrée.

Elisabeth entreprit alors de faire un pansement au jeune blessé.

         -Tu es très courageux dit-elle, tu n’as même pas pleuré !

Alan se redressa fièrement ! Naturellement qu’il était courageux.

Depuis ce jour il revenait régulièrement dans la vieille ferme, car John avait entrepris de lui raconter des histoires fabuleuses de cités englouties et de monstres qui se nourrissaient  en plaçant leur main sur la poitrine de leur victime.

Le lendemain de la conversation avec sa mère il réussit à l’entraîner dans son sillage.

         -Je t’assure que tu ne vas pas les déranger !

Ils furent très bien accueillis, mais la mère avait encore des réticences.

         -Il  ne nous dérange nullement, et puis il nous tient compagnie. Voulez vous une tasse de thé madame, proposa Elisabeth.

         -Volontiers merci.

Ils prirent place autour de la table de la salle à manger. La maman jeta un regard autour d’elle, la pièce était décorée très sobrement, des objets en bois et de la vaisselle de faïence. La conversation roula sur la vie à Colorado Springs.

         -On ne vous voit pas beaucoup en ville, dit Madame Cooper.

         -Nous sortons peu  répondit Sam et puis il y a beaucoup de choses à faire, le jardin, le poulailler,  la maison qui tombe en ruine et qu’il faut tout le temps retaper.

Une demi heure plus tard, ils prirent congé.

 Madame Cooper fit quelques pas et  ressentit soudain comme  un léger vertige.

        

Les murs  de la ferme se mirent à onduler, comme s’ils étaient enveloppés d’un léger brouillard en mouvement. Sa vision devenait floue,  tandis que le paysage se transformait, les couleurs se ternirent, les fleurs disparurent du jardin laissant place aux mauvaises herbes. Le toit se perça , les murs se fissurèrent. La clôture tomba en ruine.

Mme Cooper était restée devant la maison, elle serrait la main de son fils, restait la bouche grande ouverte, elle n’avait jamais vu un tel phénomène.

Puis tout s’immobilisa et se figea le paysage avait repris son aspect d’autrefois, cela  n’avait pas duré  plus de cinq secondes.

Au moment même où Jack tuait la jeune fille, la maison telle qu’elle était devenue avait disparu.

La ligne du temps s’était effacée. La Sam du futur n’avait jamais existé.

 

 

 

Base de Cheyenne Mountain, de nos jours.

 

Sam  pressait le pas. Depuis la dernière mission sur P8B765, elle n’avait pas eu le temps de travailler dans son laboratoire.

Ils étaient partis une semaine complète et les expériences en retard s’accumulaient.    Elle se dépêchait et ne sentit pas tomber le petit carnet rouge dissimulé au milieu de ses dossiers.

 

 Elle referma la porte et se mit immédiatement au travail. Mais la dernière mission lui trottait encore la tête. Le général O’Neill avait raconté brièvement la mission dont la Sam du futur l’avait chargé, comment il avait rencontré la jeune fille, qui elle était, les doutes qui l’avaient assaillis. 

         -J’avais du mal à situer la mission dans le temps, car la Carter du futur ne m’avait pas donné de détails. Me disant simplement qu’il faudrait tuer la jeune fille dès que je la verrai.

         -Mais vous ne l’avez pas fait ? avait dit Daniel.

         -Non, je pense que j’ai marché plus vite et j’ai du arriver un jour avant la date prévue. Lorsque je suis arrivé, j’ai vu Klorel, donc l’accident était encore à venir. Et puis Carter m’avait expliqué dans un autre message le lieu de l’accident. Il ne me restait plus qu’à attendre et à agir au bon moment.

Sam était restée silencieuse durant tout le briefing. Elle se posait de  multiples questions, le journal  que jack avait lu était –il complet ? elle écrivait dedans depuis plusieurs années, elle y racontait toute sa vie personnelle, mais  jamais son travail. Son carnet était rempli d’une foule de détails et d’interrogations qu’elle n’aurait jamais voulu savoir aux mains du général. Elle y parlait beaucoup de sa mère, des rapports tendus avec son père. Des relations amicales avec SG1, Janet, Cassandra,  de ses petits amis, Pete depuis l’an dernier, et surtout Jack. Tous ses questionnements à son sujet. Il y avait au moins deux pages sur l’après  « zatarc ». Sam se sentait rougir rien qu’à l’idée que le général ait pu connaître ses pensées les plus intimes.

Toute à ses réflexions elle avait perdu le fil de la conversation.

         -Sam, qu’est ce que vous en pensez ?

Elle les regarda, surprise ,

         -Excusez-moi Daniel, j’étais distraite.

         -Je voulais savoir quelle impression ça vous fait toute cette histoire de futur ?

Elle soupira :

         -Comme il s’agit de moi, j’avoue que ça me laisse un peu perplexe. C’est comme dans un rêve, dit-elle sans approfondir.

         -C’est tout ?  dit Daniel, déçu.

         -Que voulez-vous que je vous dise d’autre ?

         -Et vous Jack,  qui connaissez l’avenir ? demanda Daniel.

         -Je ne connais rien du tout, pas plus que vous d’ailleurs.

Jack  n’avait pas voulu en dire plus sur le futur que lui avait dévoilé la générale Carter.

         -De toute façon ça n’arrivera pas avait dit le général O’Neill.

         -Quand même avait dit Daniel j’aurai aimé savoir à quoi on a échappé ?

Mais Jack  n’avait pas répondu sur ce point et enchaîné sur la mission suivante.

La vie avait repris son cours habituel au SGC.

Ou presque…

 

 

 

Le soir en rentrant dans ses quartiers, Jack fit un détour au niveau 19 vers le labo de Sam. Celui-ci était éteint. « tant pis pensa t-il je la verrai demain. Il emprunta le couloir qui le conduisait à l’ascenseur et vit un objet tombé sur le sol. Il s’en approcha et quelle ne fut pas sa surprise quand il reconnut le journal de la Sam du futur. Il croyait l’avoir perdu sur la planète, ou laissé dans le manteau de bure. Puis il se souvint qu’il l’avait glissé dans la poche du pantalon. Il avait du le perdre ensuite, car cela faisait trois jours qu’il le cherchait partout.

Il le prit dans ses mains et rentra dans ses quartiers à l’autre bout du couloir. Ce soir il était fatigué, il le mit dans un tiroir et n’y pensa plus.

 

Deux jours plus tard, il réfléchissait  encore à cette mission sur P9B765. Il n’avait aucune certitude concernant la  réussite de son entreprise. Certes il avait tué le symbiote de Klorel, mais sa ligne du temps à lui et à eux tous sur la terre se poursuivait tranquillement. Il n’y avait aucun signe apparent de changement. Comment en être sûr ?

Sam avait dit qu’ils resteraient à Colorado Springs. Il doit subsister des traces de leur vie là bas, pensa t-il pendant que son cœur s’emballait. Il alluma son portable et entreprit des recherches dans les dossiers de l’état civil de la ville.

 Toute  la nuit il s’arracha les yeux  à parcourir des listes entières de 1927 à  1957. Il supposa qu’ils n’avaient pas pu vécu au-delà de 90 ans.

Il trouva bien plusieurs Sheppard, un Andrew,  un Paul et un Jack. Mais aucun John, aucune Elisabeth, ni Lizzie ni aucun nom,   pouvant faire penser au docteur Weir et naturellement aucune Samantha Carter.

 

Il passa une main lasse dans ses cheveux, se frotta l’arête du nez en sentant pointer une migraine. Il était 5 heures du matin, et il avait fait chou blanc. 

Trop tard pour aller se coucher. Il avait un briefing avec SG13 à 7 h 45, puis il enchaînerait les réunions jusqu’à la fin de la matinée.  

Il se fit réchauffer du café, et grimaça, le goût amer se répandit dans sa bouche mais ne lui éclaircit pas pour autant les idées.

Il repensa alors au journal. Il y avait peut être des détails qui lui avaient échappés.

Il était  dans un tiroir sur une pile de pulls. Il lui paraissait plus rouge que dans son souvenir. N’était-il pas de couleur plus pâle, légèrement passée, comme après avoir séjourné longtemps dans un endroit clos et froid ?

Il haussa les épaules. Sans doute un problème d’éclairage….

 

Il ne retrouva pas la lettre de la générale Carter, il avait dû la laisser sur la planète. Il ouvrit le journal et lut la première date : « Décembre 1997 »

1997 ?   mais le journal ne commençait qu’en 2004 ? Sam avait arraché les pages qui ne le concernaient pas, parce que trop personnelles ! Il feuilleta rapidement tout le carnet, il n’y avait aucune page d’arrachée ! le journal s’étalait de 1997  au 9 septembre  de cette année. Il restait encore une vingtaine de pages blanches, mais rien au-delà de cette date !

 

La migraine de Jack augmentait, il reprit une autre tasse de café.  Quel casse tête ces histoires temporelles !  Il eut l’idée de demander   à Carter des explications.

 

O’Neill passa par l’infirmerie et il réclama de l’aspirine pour sa migraine. Il râla quand le docteur Sandra Lassiter  voulut l’examiner.

         -Docteur, ce n’est qu’un mal de tête !

         -Vous avez l’air fatigué mon général ?

         -C’est normal j’ai travaillé toute la nuit.

         -Vous ne vous ménagez pas assez dit-elle en lui prenant sa tension.

         -Alors je suis mourant dit-il d’un air moqueur ?

Il eut la satisfaction de voir rougir la jeune femme.

         -Vous ne pouvez pas me reprocher d’appliquer les règlements mon général dit celle-ci en soutenant le regard furieux d’O’Neill.

         -Règlement que je n’approuve pas grommela celui-ci.

Sandra ne répondit pas. La grogne du général à l’infirmerie était légendaire et il ne fallait pas trop y faire attention. Elle revint avec deux comprimés et un verre d’eau.

         -Tenez prenez ceci et n’hésitez pas à revenir en cas de besoin mon général.

Jack ne répondit pas et sortit en trombe de l’infirmerie de peur qu’on le retienne encore.

Sa matinée passa très vite et à l’heure du déjeuner il demanda à Sam de venir dans son bureau.

 

 

 

         -Mon général ? dit-elle en passant la tête dans l’encadrement de la porte.

         -Entrez Carter,  asseyez-vous.

Elle s’assit en silence, mais un peu inquiète tout de même. Elle n’aimait pas beaucoup être appelée dans le bureau de son chef, en général cela ne présageait rien de bon. Mais  là il n’avait  pas l’air  fâché , plutôt embarrassé.

         -Carter, commença t-il gêné, il y a un  truc que j’aimerais que vous m’expliquiez. Voilà, j’ai passé la nuit à rechercher des traces de  la Carter du futur  à Colorado Springs et je n’ai rien trouvé du tout….

Sam lui fit un grand sourire,

         -Si vous m’en aviez parlé plus tôt mon général, cela vous aurait épargné une nuit blanche.

Jack ouvrit de grands yeux ronds :

         -Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler Carter ?

         -Lorsque vous avez tué la jeune fille, vous avez du même coup supprimé l’avenir de Klorel ! et celui de Sam !  Cette ligne du temps a totalement disparu !

Jack fronçait les sourcils :

         -Oui ça j’ai bien compris, mais où sont passés  Carter et les Sheppard ? 1927 c’est du passé ! pas du futur !

         -Les Sheppard ? je ne comprends pas.

         -C’est vrai je ne vous l’avais pas dit : Elisabeth Weir et John Sheppard se sont mariés, et avec Carter ils ont remonté le temps pour déposer le coffret en 1927,  seul John qui possédait le gêne des anciens pouvait piloter  le jumper.  La mission terminée ils se sont installés à Colorado Springs, donc j’aurai du trouver leur trace.

         -Mon général, avec tout le respect que je vous dois, vous faites fausse route,  vous confondez  avec les mondes parallèles . Lorsque nous passons un miroir quantique , nous nous trouvons face à nos doubles qui vivent une vie différente de nous dans un espace différent mais dans le même temps. Lorsque la Sam du futur   est venue à Colorado Springs, elle était dans le même espace mais pas dans le même temps. 

         -En clair Carter ? dit O’Neill dont la migraine refaisait surface à grande vitesse.

         -C’est simple,  quand vous avez tué la jeune fille, la ligne du temps a disparu, la Sam du futur n’a pas existé, elle n’a pas remonté le temps, donc elle n’est jamais venue en 1927 à Colorado Springs, et c’est normal qu’elle ne soit pas sur les fichiers de l’état civil. Mais par contre si vous aviez fait cette recherche avant de tuer le Goa’uld vous auriez trouvé des actes de décès dans les fichiers de Colorado Springs.

         -Donc il est  normal,  de ne pas retrouver  la lettre de la générale ?

         -Tout à fait, cette lettre n’a jamais existé !

         -Pourtant je m’en souviens comme quelque chose de très réel.

         -Oui, vous l’avez vécu dans notre espace temps. Cet objet a réellement existé dans vos mains, mais c’était avant que vous changiez le futur. Imaginons que vous ayez raté votre mission, vous auriez toujours le journal de Sam.

Mais pensa Jack en un éclair, et  le journal qui se trouve dans le tiroir de ma commode ? …

         -Donc dit-il d’une voix blanche le journal de Sam a aussi disparu.

         -Evidemment dit celle-ci avec un sourire. Il a disparu.

         -Bien Carter je vous remercie de vos explications dit-il en se levant. Vous avez déjeuné ?

         -C'est-à-dire je comptais aller dans mon labo…

         -Et vous passer de manger ?  dit-il en terminant sa phrase, c’est hors de question, vous venez avec moi au mess.

         -Mon général ! …

         -C’est un ordre Carter !

         -Bien monsieur, dit –elle en souriant.  

 

 

La journée fut épuisante pour Jack. Ce n’était plus de son âge de passer ainsi des nuits blanches. Le soir à 23 heures il était encore dans son bureau à lire des dossiers, mais sa vue se brouillait par la fatigue. Il pensa  que les dossiers seraient toujours là le lendemain et qu’il pouvait parfaitement aller se coucher.

 

Le journal de Sam était sur sa table de nuit. Il l’ouvrit, le feuilleta rapidement. Puis il le referma. Non il n’avait pas le droit. Mais la tentation était forte. Il voulait savoir ce que Sam pensait de lui et c’était une occasion unique.

Mais si elle ne parlait pas de lui ? il serait très déçu. Et si elle disait qu’elle ne l’aimait pas, ce serait encore pire ! Bientôt il allait entendre parler du fameux Pete. Le jour où elle lui en parlerait arrivait à grand pas. Dans le fond il avait la trouille de découvrir ce qu’il y avait dans ce journal. Ce ne serait pas honnête vis-à-vis de Carter. Il ne pouvait pas lui faire cela. C’était impossible. Si elle l’apprenait elle ne lui pardonnerait jamais. Mais d’un autre côté il se pourrait qu’elle ne le sache jamais. Il lui suffirait après l’avoir lu de le remettre où il l’avait trouvé.

Juste un coup d’œil. Il n’était pas question de tout lire ! Ah non ! juste avoir le sens général.

Il passa rapidement les premières pages. Sam y parlait beaucoup de ses parents. Il alla très vite sur tous les passages où il était question des petits amis de Sam. C’était quand même indiscret. Il fut cependant tenté…

Les pages défilaient. Il arriva à la première rencontre avec Pete. Rencontre organisée par son frère.

 

Journal de Sam

 

C’ est franchement ridicule. Mark veut absolument me présenter un copain à lui. . Je lui ai dit que mon cœur était pris ailleurs. Il m’a ri au nez « alors présente-le moi, que je le connaisse »

Je n’ai pas répondu mais il a bien vite compris qu’il n’y avait rien entre nous. Que c’était une relation  impossible.

Il a eu alors ces mots très vexants :

« Sam, tu as passé l’âge des amours d’adolescente ! » « Mais de quoi tu te mêles » lui ai-je répliqué furieuse.

Il n’a rien dit mais deux jours plus tard il m’invitait à dîner. Comme par hasard il y avait son copain Pete Shanahan. Je l’ai trouvé plutôt sympathique, il m’a fait rire. Il a un sens de l’humour assez développé ce qui n’est pas pour me déplaire. Rien à voir cependant avec celui du colonel O’Neill.

 

 

Jack sourit devant ces mots. Il savait que Sam appréciait son humour, il avait remarqué les petits sourires en coin, ou dissimulés derrière sa main, quand il faisait une petite blague. D’ailleurs c’était pour elle qu’il le faisait. Il adorait la faire rire.

 

Je l’ai revu. Il m’a sorti le grand jeu : cinéma, souper aux chandelles dans une auberge française . Galamment il m’a reconduite jusqu’à ma porte, a refusé le dernier verre que je lui offrais, puis il est parti en me faisant un bisou sur la joue… Je n’en suis pas encore revenue. Il me fait la cour dans les règles de l’art. C’est un gentleman !

Les soirées se sont succédées au rythme de deux ou trois par semaine. Nous nous sommes rapprochés, entre nous est né un tendre sentiment. Il est doux, drôle, gentil… merveilleusement gentil…

 

Jack passa rapidement sur la longue page de la description des qualités de Pete. Cela ne l’intéressait pas.

Trois pages plus loin, les mots prenaient un tout autre sens.

 

Ce soir Pete m’a offert une bague. Un bague de fiançailles. Un merveilleux saphir, « pour rappeler la couleur de tes yeux » m’a dit mon poète. Je suis émue. Je crois bien que j’ai versé une petite larme.  Serait-ce enfin la fin des jours noirs pour moi ? Une longue série de morts et de souffrances allait-elle prendre fin ? Je l’espère car je n’en peux plus de ne pas me sentir femme.

Dans mon métier il faut que je pense comme un mec et que je réagisse comme tel. C’est parfois si difficile. Personne ne prend la mesure de ce que je peux éprouver par moment, et combien parfois je me sens si peu à ma place.

Avec Pete je suis femme, jusqu’au bout des ongles,  je peux être coquette, douce, hésitante. Je n’ai pas de décision vitale à prendre. Juste me préoccuper de ce que je vais lui faire à dîner, ou quel film nous allons  aller voir ! C’est reposant !

Demain je la ferai voir au général O’Neill. Son avis compte beaucoup pour moi.

 

« Nous y voilà » pensa Jack. Demain elle viendra lui parler, lui demander son avis.

Que va-t-il  lui dire ? A-t-il    le droit de lui dire quelque chose, même s’il  sait qu’elle fait une erreur. Comment  pourrait-il s’en  mêler ?  « Non Carter il n’est pas pour vous, la Sam du futur a dit…. » Pitoyable !

Et pourtant il savait que si Sam lui faisait voir la bague, il ne dirait rien du tout et lui souhaiterait bêtement tout le bonheur possible. Non il ne fallait en aucun cas qu’ elle  lui montre cette bague. Et c’était demain. Il fallait faire quelque chose ! et vite !

 

Pris d’une inspiration subite, il ouvrit le carnet et se mit à écrire de sa petite écriture fine et serrée.

 

 

 

Quartiers de Sam

 

Elle avait tout retourné, mis tout sens dessus dessous ! Rien. Il n’y avait rien.

Découragée elle s’assit sur son lit et essaya de retracer le fil des évènements.

Lundi elle avait  son journal en sa possession , puisqu’elle l’avait mis dans son sac avant de revenir à la base. Prise par son travail, elle n’avait pas eu le temps décrire quoique ce soit dedans. Il y avait eu plusieurs réunions, deux missions, dont l’une avait duré trois jours.

Mais quand avait-elle perdu son carnet ?

Elle sortit de ses quartiers et refit le trajet qu’elle avait accompli lundi en arrivant à la base. Toujours rien !

Elle était très inquiète ; Il y avait dans ce carnet des choses vraiment très personnelles. Il avait  certainement été trouvé par quelqu’un. Mais qui ? tombé entre de mauvaises mains cela pouvait être catastrophique pour elle. Une personne mal intentionnée, pouvait en faire un mauvais usage et lui nuire.

 

En désespoir de cause elle retourna dans son labo, se remettre au travail et tenter d’oublier ce maudit cahier.

Elle s’installa à sa table et ce fut la première chose qu’elle vit. Il était là juste devant elle. Il n’y était pas tout à l’heure, donc quelqu’un était venu le rapporter. Elle espérait que c’était quelqu’un de discret. Machinalement elle l’ouvrit à la dernière page et son cœur fit un bond dans sa poitrine quand elle reconnut l’écriture du général O’Neill.

C’était  donc lui !

Il avait écrit ces mots :

 

Elle avait fait un très  mauvais choix et quand elle était venue  lui en parler quelques années après, elle avait été très mal reçue.

Il lui avait dit cette phrase : « Carter, je voulais le gâteau en entier, pas les restes ».

 

Sam relut plusieurs fois les deux phrases, en cherchant à en comprendre le sens. Quel choix ? Elle se trouvait à un carrefour de sa vie et elle le savait. Pete venait de lui offrir une bague, il voulait l’épouser. Cela faisait quinze jours et elle ne lui avait pas encore donné sa réponse. Elle voulait d’abord en parler au général. Si elle avait la moindre petite chance avec lui, elle la saisirait. Le choix ? était-ce Pete ou Jack ?

 

Sam relut la phrase et comprit. Il n’y avait que lui pour l’appeler Carter, Pete l’appelait toujours Sam.

La militaire du futur avait choisi Pete et elle s’était trompée….C’était cela qu’il voulait lui faire comprendre.

Elle sourit. « je voulais le gâteau entier… »

 

 

 

-Carter ! dit Jack en passant la tête par la porte du labo de Sam

-Monsieur ? dit-elle

-Je n'ai jamais pensé que je m'entendrais dire ces mots : j'ai besoin de ce rapport ! dit-il en souriant.

-Eh bien! Hum.. je dois encore...finir de le taper. Euh, oui, vous l'aurez

à la première heure demain.

-On est demain dit-il

-Oh, fit-elle étonnée.

-Je plaisante! Je n'ai pas besoin du rapport!

- Bien, alors, pourquoi ...? répliqua t-elle.

- Parce que vous me cachez quelque chose.Vous n'avez pas essayé de me perturber avec du charabia scientifique depuis quelques jours et c'est une alerte pour moi.

Sam eut soudain du mal à respirer, il était là devant elle. C’était le moment :

-Tout va bien monsieur dit-elle en soutenant son regard inquisiteur.

Il ne savait plus quoi penser. Normalement elle aurait dû sortir la bague et la lui montrer.

Un dialogue muet  d’une incroyable intensité s’engagea entre eux, les yeux au fond des yeux.

Pas de bague !

Aucun d’entre eux ne fit allusion au carnet, perdu et retrouvé, lu par Jack et complété de sa main. Mais cela ne dérangeait plus Sam maintenant. Qu’il soit au courant de ses états d’âme sans qu’elle soit obligée d’en parler lui convenait tout à fait. Il connaissait ses doutes, pourquoi elle avait choisi de sortir avec Pete parce que lui,  n’avait manifesté que de l’amitié, depuis le test zatarc. Elle le connaissait bien maintenant, et respectait sa pudeur des sentiments. Même si elle comprenait que la Sam du futur l’avait perdu en raison de son immobilisme à lui.

Tout cela n’avait plus aucune importance. Il savait, elle aussi. « Carter je voulais le gâteau en entier…) Il l’aimait… grâce à  ces mots écrits par son moi du futur, il le lui disait…

 

         -Alors que fait-on maintenant ? dit-elle.

Il regarda sa montre :

         -Oh ! il est tard ! et si nous commencions par manger un petit quelque chose, car je suppose que vous n’avez pas dîné ?

         -Vous supposez très bien mon général ! Au mess ?

         -Non, c’est fermé. Mais je crois qu’il doit rester une ou deux pizzas dans mon congélateur. Ça vous tente ?

         -C’est parfait pour moi monsieur, dit-elle les yeux brillants.

Elle se leva et il lui sourit.

Elle éteignit le labo et referma soigneusement la porte. Le cœur battant à tout rompre, elle le suivit…

 

 

FIN