Aurélia
LE
PASSÉ RECOMPOSÉ
Fic
n° 49
Mars,
avril 2005
Saison :
Début saison 8.
Episode : aucun en particulier
Disclaimer : pas à moi pas de sous, le fun
uniquement.
Genre : aventure, romance
Classification : accord parental souhaitable
Résumé : Jack perd la mémoire et Sam enquête
sur son passé pour l’aider à retrouver ses souvenirs.
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1ère partie
Il
ouvrit un œil et le referma aussitôt. La lumière était éblouissante. Une douleur lancinante lui
martelait le crâne et l’empêchait de
penser.
Il
se hasarda à soulever une paupière et
vit près de sa tête un objet en bois, qu’il reconnut comme un pied de table. Sa vision était brouillée et quand
il voulut s’asseoir tout se mit à tourner.
Il
se rallongea avec un soupir en attendant que le plafond et les murs arrêtent
leur danse folle autour de lui. Puis, sa
vision s’éclaircit et il vit qu’il était allongé sur un sol dur, un parquet car
il pouvait sentir l’odeur du bois.
Quand
enfin il put s’asseoir il se rendit compte qu’il était dans une pièce qui ne
ressemblait en rien à une chambre à coucher. C’était plutôt un salon, avec des
fauteuils et une table basse. Il ne reconnaissait pas les lieux, il ne
comprenait pas pourquoi il était là, avait-il trop bu ? Sans doute, vus les
cadavres de bières sur la table basse et une bouteille d’alcool tombée sur le
sol. Mais qu’est ce qu’il lui avait pris de boire autant ? Pourquoi n’était –il
pas chez lui ? Mais au fait c’était où chez lui ? Là ou ailleurs aucune
importance. Son mal de tête était violent et lui brouillait les idées.
Il
décida de faire le tour de la maison, il devait forcément y avoir un lit
quelque part, un endroit pour enfouir … enfouir quoi ? Il ne le savait pas,
mais il ne savait qu’une chose, c’est qu’il se sentait vraiment mal. Mal au
cœur, mal au dos, aux genoux, au crâne. Mais quand est ce que cette douleur allait s’arrêter ?
En titubant il arriva jusqu’à la salle de bain et il ne reconnut pas le visage
qui lui faisait face devant la glace. Un visage qui lui fit peur ! Des cheveux ébouriffés, un menton mal rasé,
les yeux rouges et profondément cernés,
les traits durcis, et puis ce
sang, sur sa tête. Avait-il été blessé ? Il eut de nouveau un vertige et avança
en titubant dans le couloir, il ouvrit une porte et vit le lit, il tomba dessus
plus que ne s’y couchât, et sombra
aussitôt dans une torpeur proche du coma.
**********
Dans
la salle de briefing SG1 attendait patiemment le général O’Neill. Oh il n’avait
qu’un petit quart d’heure de retard ! La
ponctualité n’avait jamais été son fort, il se faisait même un point d’honneur
à arriver après tout le monde , cela faisait partie du personnage qu’il voulait
bien montrer aux autres. C’était de la même nature que de faire l’idiot quand
on lui parlait de choses scientifiques. Mais depuis qu’il dirigeait le SGC il
faisait un peu plus attention, poste de responsabilités oblige ! Il était rarement en retard, et quand cela
lui arrivait c’était toujours justifié, une urgence de dernière minute ou un
coup de fil. Ce n’était pas volontaire.
-Quelqu’un a vu Jack ce matin ? demanda
Daniel.
-Non, je ne l’ai pas vu répondit Sam,
nous avions bien un briefing de prévu à 8 h 30, c’est étrange en effet.
Elle
se leva et descendit à la salle de
contrôle où Walter Harriman venait d’arriver.
-Sergent, vous n’avez pas vu le général
O’Neill ce matin ?
-Non, mon colonel, hier soir il est
rentré chez lui, assez tard d’ailleurs. Effectivement, il devrait être là ajouta t-il en regardant sa montre.
-Je vais l’appeler dit Sam, en
remontant les marches métalliques.
-Alors ? demanda Daniel.
-Il est chez lui, d’après Harriman.
Elle
composa le numéro du général, la sonnerie résonna longuement, rien, il ne
semblait pas être là.
-Il est peut être sorti, dit-elle, je
vais essayer son portable.
-A la quatrième sonnerie, on décrocha :
Grognement.
-Mon général, c’est Carter…
Silence
- Mon général ? redit-elle.
Autre
grognement.
-pas… de général ici… et la communication fut coupée.
Sam
resta un moment stupéfaite, me suis-je trompée de numéro ? dit-elle à mi voix.
-Qu’est ce qui se passe Sam ?
-Je n’en sais rien du tout. J’ai
l’impression d’avoir fait un faux numéro et pourtant j’ai bien l’impression que
c’est lui qui m’a répondu.
-Qu’est ce qu’il a dit ?
-Qu’il n’y avait pas de général.
-Quoi ? fit Daniel interloqué.
-Vous devriez recommencer dit Teal’c
calmement.
Sam
rappela, mais cette fois-ci personne ne décrocha.
-Qu’est-ce qu’on fait ? dit Daniel.
-Il faut aller chez lui, j’ai un
mauvais pressentiment.
-Naturellement dès qu’il s’agit de Jack
! Dit Daniel. Excusez moi Sam, recula
t-il devant le regard noir de la jeune femme.
Daniel, je n’aime pas ces sous entendus. Le
général O’Neill est un ami pour moi, rien de plus dit-elle avec un soupçon
d’agacement dans la voix.
Devant
l’air septique de Daniel, elle ajouta plus doucement:
-Je m’inquiète pour le général, c’est
normal non, vous aussi vous êtes inquiet ?
Daniel
se contenta de hocher la tête en silence, il savait très bien que cette
discussion ne mènerait jamais à rien.
-Moi également colonel Carter dit
Teal’c.
-Merci. Allons-y.
**********
Une
demi heure plus tard, ils sonnaient à la porte de chez Jack. La voiture du
général était devant le garage. Il sonnèrent. Le silence leur répondit.
Daniel
posa la main sur la poignée et ouvrit
facilement la porte.
-Jack ne ferme jamais ses portes à clé
! C’est pas sérieux, dit-il en
pénétrant dans la maison. Une forte odeur d’alcool les assaillit dès le
couloir. Sam courut jusqu’au séjour, le
spectacle était désolant, des bouteilles de bière vides et une autre de whiskie
qui se répandait sur le sol. L’odeur venait de là. Aucune trace de repas, la
cuisine était en ordre.
-Mais qu’est ce qui lui prend de boire
autant ! dit Daniel en colère.
Dans
la chambre Sam avait trouvé Jack étendu à plat ventre sur le lit. Il était tout
habillé, n’avait même pas enlevé ses chaussures. Il gisait en travers du couvre
pied, les bras en croix, immobile.
Oh
mon dieu ! pensa t-elle, qu’est ce qui s’est passé ici ? La chambre ressemblait
à un vrai champ de bataille, les tiroirs étaient ouverts , des vêtements
éparpillés sur le sol. Des livres traînaient un peu partout et des papiers et
des revues s’entassaient sur des chaises. On aurait dit qu’un cataclysme
s’était abattu dans la pièce.
-Daniel, Teal’c appela t-elle.
Tout
de suite elle avait vu le sang, sur l’arrière du crâne. Il avait dû tomber et s’était ouvert le cuir
chevelu.
-J’appelle la base immédiatement, dit
Daniel.
Sam
avait posé ses doigts sur le cou de Jack
-Son pouls est faible mais il respire
normalement. Vous croyiez qu’il s’est fait cette blessure en tombant ? dit-elle
en regardant ses amis.
-C’est possible dit Teal’c, s’il était
ivre, il a pu perdre l’équilibre.
-Jamais je n’ai vu Jack ivre au point
de tomber, ce n’est pas normal dit Daniel. Il s’est passé quelque chose ici.
-Je suis d’accord avec vous dit Sam.
Elle s’était assise près de Jack et écoutait la respiration laborieuse de
celui-ci. Elle lui prit la main, elle était chaude mais inerte. Le cœur de la
jeune femme se serra. Tout ce qui atteignait Jack, l’atteignait elle aussi
profondément. Beaucoup trop pour sa tranquillité d’esprit.
Le
retour se fit en silence. Ils suivirent l’ambulance dans les rues de Colorado
Springs, et atteignirent bientôt la base.
**********
Dans
la petite salle attenante à l’infirmerie, SG1 attendit une heure.
-C’est long dit Sam, beaucoup trop
long. Je vais voir.
-Je vous accompagne dit Daniel.
-Non, restez, je préfère y aller seule.
Le docteur Bright ne pourra pas me virer de l’infirmerie vu mon grade, dit-elle
légèrement.
Elle
faillit se buter dans le médecin qui venait les voir.
-Qu’est ce qui s’est passé hier soir,
qu’a fait le général, vous êtes au courant ?
-D’après Harriman, le général a quitté la base assez
tard hier, vers 22 heures je crois dit Daniel. Il ne paraissait pas malade,
seulement fatigué. C’est tout docteur,
nous n’en savons pas plus. Quand nous sommes allés chez lui, il y avait de
nombreuses bouteilles vides sur le sol,
on a conclu qu’il avait trop bu.
Le docteur Bright parut surprise.
-Il avait bu ?
En tout cas il n’a pas une trace d’alcool dans
le sang, pensa t-elle C’est étrange !
-Il est réveillé ? On peut le voir
? demanda Sam.
-Il vient de reprendre connaissance,
mais je préférerais que vous attendiez pour le voir.
-Pourquoi ?
-Il a besoin de se reposer.
Le
docteur avait l’air gêné et Sam s’en rendit compte tout de suite.
-Vous nous cachez quelque chose docteur
?
-Non, dit-elle en hésitant un peu. Mais
je ne peux pas parler de la santé du général, le secret médical, vous
comprenez.
-Non, dit Daniel, on ne comprend pas,
le général est notre ami et on s’inquiète pour lui.
-Je suis désolée, seul le général
pourrait me délier du secret médical, le
concernant.
Et
elle sortit avant que SG1 ait eu le temps d’ajouter quelque chose.
Ils
se regardèrent tous les trois en pensant la même chose. Janet les aurait
laissés entrer.
Le
docteur Bright fit venir le docteur Mac Kenzie au chevet de Jack. Elle se
sentait un peu dépassée et avait besoin d’aide.
Le
général était allongé dans son lit, un
pansement sur sa blessure. Il était pâle et se reposait les yeux ouverts en
fixant le plafond. Il ne parlait pas et c’est cela qui avait mis la puce à
l’oreille du médecin. Lui qui râlait tout le temps à l’infirmerie ne disait
rien, il se laissait faire passivement, ne répondant d’ailleurs à aucune
question et fuyant le regard des autres.
Il
se sentait très mal, entouré de gens qu’il ne connaissait pas et qui eux
avaient l’air de bien le connaître. Il était dans une pièce toute grise qui ne ressemblait pas à une chambre hôpital, car il n’y avait pas de fenêtre. Il gardait le
silence dans le vain espoir qu’on le
laisse s’en aller. Quand il voulut se lever une infirmière aussitôt l’en
empêcha.
-Mon général, il ne faut pas bouger.
Recouchez vous dit-elle en l’aidant à se rallonger.
«
mon général » pourquoi l’appelait-on comme ça ? Il n’était pas militaire, il
était …. Il ne savait plus. Avec terreur il s’aperçut qu’il ne savait rien de
lui, même pas son nom ! Il n’ était personne.
Horrible
angoisse. Le vide.
Le
docteur Mac Kenzie diagnostiqua une amnésie due sans doute à un traumatisme
crânien. La blessure à la tête n’était pas due à une chute, comme on l’avait
supposé dans un premier temps mais à un violent coup qui avait causé une légère
fracture. Le général avait la tête dure,
il aurait pu mourir dans cette agression.
Le
docteur Mac Kenzie fit appeler le colonel Carter pour lui faire part de
l’incapacité du général O’Neill à tenir son poste.
Elle
en fut atterrée.
-le général est amnésique, mais c’est
passager docteur ? Il va vite retrouver la mémoire ! n’est ce pas ?
-Je ne peux faire aucun pronostic pour
l’instant dit le psychiatre. Il faut au général beaucoup de repos dans un
endroit calme et familier où il puisse tranquillement se reconstruire. Cela
peut demander quelques jours, comme quelques années, ou même jamais.
Sam
pâlit brusquement
-C’est possible ça ? dit-elle d’une
petite voix.
-C’est rare, mais cela peut arriver. Il
faut s’attendre à tout. le général a besoin qu’on s’occupe de lui constamment
pour stimuler sa mémoire.
-Que proposez-vous docteur ?
-Ce n’est pas à moi de prendre des
décisions mais à la famille du général.
-Il
est seul, l’armée est sa seule famille dit-elle.
-Il n’a pas une épouse ?
-Si, mais ils sont divorcés et je sais
que Sarah a quitté Colorado Springs et qu’elle habite New York.
-Pour le moment il peut rester à
l’infirmerie, ajouta le médecin.
-On peut le voir ?
-Oui, mais attendez vous à un choc, il
est très différent et ne reconnaît personne. Il ne faut pas le fatiguer. Juste
quelques minutes.
Après
avoir expliqué la situation à Daniel et à Teal’c ils entrèrent dans la chambre
de jack , le cœur battant sourdement et
la peur au ventre. Comment allaient –il trouver leur ami ?
Sam
s’arrêta sur le seuil de la porte. Il avait l’air normal, il parlait avec
l’infirmière qui venait de lui apporter son repas. Elle l’aidait à s’asseoir
dans le lit pour l’installer confortablement. C’est alors qu’elle vit SG1 sur
le pas de la porte.
-Mon général vous avez de la visite,
dit-elle à son malade.
Il
leva les yeux vers ses amis. Il savait qu’il devait les connaître, mais leur
visage ne lui disait rien. Une belle jeune femme au regard bleu inquiet
s’approcha timidement de lui. Il plongea dans son regard avec surprise, c’était
exactement ce même regard qui hantait ses nuits.
Elle
lui sourit
-Comment allez-vous mon général ?
-Bien dit-il, à part ce mal au crâne !
-Salut Jack ! dit le jeune homme aux
lunettes.
Enfin
un, qui ne l’appelait pas « mon général »
Il avait dit « Jack » ? je m’appelle donc Jack.
L’autre
homme un grand balaize avec un curieux symbole sur le front, se pencha et dit simplement.
-Bonjour O’Neill.
Maintenant
il savait son prénom et son nom. Le docteur n’avait rien voulu lui dire ce
matin. Il n’avait pas insisté et pensait
qu’il serait simple de tromper ce médecin. Lui faire croire qu’il se rappelait
ce qu’il glanait à droite et à gauche depuis qu’il était là. Les personnes ne
faisaient pas attention et parlaient devant lui. Il fermait aussi souvent les
yeux pour avoir la paix et se contentait d’écouter. Il avait appris ainsi qu’il
était militaire et le chef de cette base. Il n’avait pas trop compris ce qu’on
y faisait dans cette base. Ce serait pour plus tard.
Jack
avait de nouveau fermé les yeux, il ne voulait pas sentir sur lui le regard
inquiet de ses visiteurs. Il pensait qu’il était très proche de ces personnes
et qu’elles s’inquiétaient pour lui, mais c’était pour l’instant trop dur à
supporter. Il naviguait dans un brouillard épais, et dès qu’il cherchait à se
rappeler il se heurtait à un mur invisible, à quelque chose de fuyant et
d’impalpable, qui lui donnait de violents maux de tête.
L’infirmière n’était pas loin, elle pria les visiteurs de laisser reposer le
général.
-Vous devez le laisser maintenant, il
a besoin de dormir.
Sam
était restée près de lui.
-Je voudrais rester un moment s’il vous plait.
L’infirmière
acquiesça :
-Alors juste une minute.
Elle
s’assit sur le bord du lit et le contempla en silence. Il la
regarda. La présence de la jeune femme blonde lui faisait du bien. Qui était
–elle ? Il ne savait que son nom : Carter, mais il pressentait qu’elle était
importante à ses yeux.
-Mon général, murmura t-elle, je vous
promets de trouver la personne qui vous a fait ça. Cela prendra le temps qu’il
faudra, mais je trouverais.
-Merci Carter dit-il en se rendormant.
Elle
passa une main dans ses cheveux, geste très familier qu’elle ne se serait
jamais permis avant, en aucune
circonstance. Mais là elle sentait qu’il avait besoin d’elle, même s’il ne le
savait pas encore.
**********
Sam se rendit dans le bureau du général. Elle
devait téléphoner à l’Etat Major pour avertir de l’indisponibilité de son chef.
Elle fut surprise de la réponse qu’elle obtint, elle devenait responsable de la base jusqu’à
l’arrivée d’un nouveau général.
-Mais Monsieur, je ne suis pas la plus
gradée dans cette base !
-En ce moment-ci, colonel. C’est un cas d’urgence, je vous nomme chef
intérimaire du SGC.
-A vos ordres mon général, dit-elle ,
puis elle raccrocha.
Elle
s’assit dans le fauteuil de Jack, un peu assommée des nouvelles responsabilités
qui lui incombaient. Puis se reprenant, elle appela Walter Harriman.
-Je remplace le général O’Neill jusqu’à
l’arrivée du général Carrey, lui dit-elle.
-Bien mon colonel, si vous avez besoin
de moi, n’hésitez pas.
-Oh ! Je compte bien vous mettre à
contribution sergent, dit-elle en souriant.
Son
premier travail fut de faire une annonce à toute la base, pour avertir qu’elle
prenait momentanément le commandement du SGC. Elle pesa ses mots, inutile d’ en
dire trop sur la santé de Jack. Le personnel n’avait pas besoin de connaître
les détails. Juste de savoir quel serait leur nouveau patron, pour un temps
qu’elle souhaitait très bref. Pour le
moment le plus urgent était le retour de deux équipes, SG8 était parti la
veille pour une mission culturelle sur P9N765, une planète pacifique où les
échanges étaient en bonne voie. Il ne devrait y avoir aucun problème de ce
côté. L’autre mission était plus délicate, SG12 et SG17 étaient en mission de
secours sur la planète P9B634, la population étant atteinte d’une maladie
étrange. Le retour de cette équipe était prévue dans l’après midi. Avant, Sam
devrait établir une liaison à 14 h précises, pour évaluer la situation et
savoir si les équipes pouvaient revenir sans danger.
Elle
fit le tour de la base pour s’ assurer que tout allait bien. Elle reçut des
mots d’encouragement de la part du personnel, auxquels elle répondit avec sa
gentillesse habituelle. Elle affichait un sourire et une assurance qu’elle
était loin d’éprouver. Tout pouvait survenir dans une base comme celle-ci
reliée au monde extérieur par une porte des étoiles ouvrant sur mille dangers.
Elle refusa de se laisser envahir par le découragement et l’inquiétude. Elle
assurerait son poste, aussi difficile soit-il avec compétence. Elle le devait,
malgré l’inquiétude qui lui rongeait le cœur, Jack était à l’infirmerie, blessé
et délesté de tous ses souvenirs, de toute sa vie. Comme il devait souffrir !
Ce vide devait être terrifiant ! Son cœur se serra, et elle essuya rageusement
une larme qui coulait. Non, elle devait être forte, pour eux tous, pour LUI , il avait besoin d’elle
plus que jamais.
Au
grand soulagement de Sam le retour des deux équipes se passa sans problème. La
maladie avait été jugulée sur P9B634. Quant à la mission culturelle, elle était
en bonne voie. Il y aurait beaucoup de travail en perspective pour l’équipe de
Daniel. En effet SG12 avait ramené dans ses bagages beaucoup de documents à
traduire, quelques tablettes aux caractères mystérieux, et un artéfact
prometteur. Une arme sans doute. Sam était satisfaite de sa journée. Elle
allait pouvoir maintenant s’occuper de Jack.
Quand
elle le vit elle fut tentée de lui raconter ce qu’elle avait fait, mais c’était
peine perdue. A peine avait –elle prononcé quelques mots qu’il l’arrêta :
-Vous savez Carter, ce que vous dites
n’évoque rien pour moi.
-Je sais mon général, mais si je vous
mets au courant de tout, cela vous aidera peut être à retrouver la mémoire
?
Jack
était assis dans le lit, il était moins pâle et n’avait plus de bandage autour
de la tête, juste un simple pansement. Il sourit :
-Je me doute que vous êtes très
compétente, sinon l’Etat Major, ne vous aurait pas nommée à ce poste.
-Sans doute mon général, ajouta t-elle.
Puis
voulant changer de sujet :
-Comment vous sentez-vous monsieur ?
-Bien, dit-il. J’ai juste mes pensées
qui sont un peu embrouillées.
-Qu’en dit le docteur ?
-Pas grand-chose, il n’est pas très
bavard, simplement que cela peut être long.
-Vous allez sûrement retrouver la
mémoire mon général, ce n’est sans doute qu’une question de jours dit-elle avec
plus d’assurance qu’elle n’avait en réalité.
C’était
une conversation étrange, Sam avait l’impression d’être plongée dans un monde
irréel, elle parlait avec Jack de sa santé. Ce qui aurait été inconcevable auparavant. Il était inquiet et elle le
sentait. Elle essayait de trouver des mots qui rassurent mais ce n’était pas
facile, elle était elle-même très perturbée et
elle faisait de son mieux pour paraître gaie, et insouciante. Elle ne
savait pas si elle avait réussi, mais quand elle le quitta il était souriant,
plus détendu. Elle toucha sa main, il la prit dans les siennes et lui posa LA
question.
-Il me semble qu’il y a quelque chose
de particulier entre nous deux ? Je me trompe ?
Elle
rougit violemment et s’en voulut. Ce n’est pas en manifestant de la gêne
qu’elle aiderait Jack, elle en était pleinement consciente.
-Nous sommes amis mon général, nous
nous connaissons depuis plus de 8 ans maintenant et nous avons accompli
ensemble toutes sortes de missions.
Sam
était lancée, elle avait passé le cap difficile et pouvait maintenant raconter
avec force détails, l’amitié qui les
liait tous les quatre. Rien de compromettant la dedans, rien de gênant non
plus. Elle voulait absolument passer sous silence cette espèce d’amitié
amoureuse qui les unissait et qui était tellement ambiguë qu’elle ne savait
même pas mettre des mots dessus. Inutile de plonger le général dans la
confusion avec de soi disants sentiment dont elle n’ était même pas sûre qu’ils
eussent existé vraiment. Et puis
amnésique ou pas O’Neill restait son supérieur hiérarchique. Cela ne changeait
pas.
Il
écoutait attentivement tout en gardant son regard sur elle. Dans ce regard il y
avait de tout, toutes sortes d’émotions, de l’ étonnement, de la surprise, de
la fragilité aussi, même de l’angoisse.
-Vous avez l’air mieux mon général
dit-elle après un silence. Vous allez
pouvoir bientôt rentrer chez vous ?
-Quand mon remplaçant sera là dit-il.
Je n’ai pas trop compris, c’est vous qui me remplacez n’est ce pas ?
-Oui, monsieur, mais ce n’est que
provisoire. Quand le général Carrey sera là, je reprendrais mon poste.
-Mais je ne vois pas en quoi cela
concerne ma sortie !
-Le docteur Mac Kenzie vous
l’expliquera mon général. Justement le
voilà ajouta t-elle en voyant entrer le médecin . Je vous laisse mon général.
Sam
quitta la pièce tandis que le médecin s’approchait de jack
-Alors comment va mon malade ce matin
? entendit-elle
Elle
referma doucement la porte derrière elle.
Elle
retourna immédiatement dans le bureau du général, car Walter Harriman l’avait
fait demandée pour une urgence.
Sam
se plongea dans le travail, et ne releva la tête de son bureau que plusieurs
heures plus tard. Elle sursauta Quand Daniel frappa à la porte :
-Alors Sam, ça fait quoi de diriger la
base ?
-C’est terrifiant ! dit-elle en riant.
Jamais je n’aurai imaginé la somme de travail que cela représentait.
-A ce point ?
-Oui, il y a tellement de choses
différentes à gérer en même temps, des décisions de vie ou de vie de mort qu’il
faut prendre en quelques secondes et puis des problèmes d’intendance, de
cantine, de planning du personnel… et encore j’en passe… Le plus difficile que j’ai eu à faire ce matin, c’est
d’ordonner la fermeture de l’iris, alors que je savais qu’il y avait trois
équipes dehors. Le pire dans tout cela c’est que je ne saurais sans doute
jamais si j’ai pris la bonne décision.
-Oui, dit Daniel, en effet cela doit
être très pénible. Je comprends mieux
pourquoi Jack a l’air parfois si fatigué, ajouta t-il.
-Oui, moi aussi je saisis mieux. C’est
à la fois une énorme responsabilité et un travail de gestion et
d’administration qui n’est pas du tout simple à faire. Et surtout une somme
colossale de travail.
-Le général Carrey arrive quand ?
-Demain, ouf ! trois jours de boulot et je tourne déjà
en bourrique, dit –elle en riant. Mais
il y a une chose de bien dans cette histoire, c’est que j’ai compris que
je n’aimerais pas du tout faire ce travail en permanence.
-Et si Vous veniez manger un morceau
avec nous demanda Daniel.
-Volontiers dit-elle. Sergent appela
t-elle , je m’absente une demi heure. Et
pensez à aller manger vous aussi !
-A vos ordres mon colonel et merci, dit
le sergent Harriman.
Le
lendemain à l’infirmerie les nouvelles étaient bonnes. Jack pouvait se lever
sans avoir de vertiges. Il devait tout de même faire très attention et se
reposer tant que sa blessure à la tête ne serait pas cicatrisée.
-Vous avez eu beaucoup de chances, dit
le médecin.
-Il paraît ! répondit Jack. Je peux rentrer chez moi maintenant ?
-Oui, mais pas seul. Le docteur Mac
Kenzie pense que votre environnement habituel peut beaucoup vous aider à
retrouver la mémoire. La présence de vos amis aussi. Je vais demander qu’on vous reconduise chez vous.
-Merci docteur, dit Jack en se
rhabillant.
**********
Le
général Carrey était arrivé et Sam le briefait rapidement sur les évènements
des derniers jours. Le général O’Neill n’ayant pas encore retrouvé la mémoire
ce remplacement pouvait être du provisoire durable. Chris Carrey était un homme
d’une cinquantaine d’années, grand et massif, avec un visage sévère, un regard bleu vif et une propension à
sourire qui lui adoucissait les traits.
-Je vois que vous avez fait du bon
travail colonel Carter.
-Merci mon général. Permission de me
retirer monsieur ?
-Oui colonel, mais briefing à 14
heures. J’ai une mission à vous confier.
Déception
dans le regard de Sam, elle aurait bien voulu passer son temps libre à enquêter
sur l’agression qu’avait subi le général O’Neill.
-A vos ordres mon général, dit-elle
sans poser de questions.
A
14 heures le général Carrey réunit SG1.
Sam retrouva son fauteuil avec plaisir. Mais elle aurait tant voulu que
ce soit Jack qui soit assis là, à côté
d’elle. Il lui manquait, et de bien des
façons. On pouvait toujours compter sur lui, il était fidèle au poste et
toujours disponible pour son équipe ou pour elle. Certes, il était bien vivant mais son esprit était
parti avec ses souvenirs, c’était un homme différent, fragilisé, et qui avait
besoin d’aide, ce qui n’était jamais le cas avant.
Dès
que tout le monde fut installé, le général Carrey commença le briefing immédiatement.
-Je dois tout d’abord remercier le
colonel Carter pour son travail pendant ces quelques jours, je sais que ce
n’est pas un travail facile et je tenais à le souligner.
-Merci mon général dit-elle, émue.
-J’ai une mission à vous confier SG1.
Il s’agit du général O’Neill. D’après les premières conclusions du médecin, il
ne s’agit pas d’un accident mais d’une agression. Nous devons absolument savoir
ce qui s’est passé chez le général ce soir là. Avez-vous une idée ?
-Nous y avons déjà réfléchi dit Daniel.
En fait il y a plusieurs possibilités.
Tout
d’abord Jack aurait pu être attaqué par
un voleur qui se serait introduit dans
sa maison. Il y a le NID qui lui en veut toujours pour d’obscures raisons. Cela
peut aussi être un problème personnel, une de ses relations qui a des comptes à
régler avec lui pour une raison X. Ou
peut être encore le retour d’ une
vieille connaissance de Jack dans les Blacks Ops.
-C’est une mission prioritaire SG1. le général O’Neill
connaît beaucoup de choses sur notre planète et ses défenses, et nous ne savons
pas ce qu’il a pu dire durant cette soirée.
Sam
était outrée :
-Vous ne pensez pas que le général
O’Neill ait pu trahir.
-Bien sûr que non colonel, mais il
existe maintenant des drogues si puissantes que même le général O’Neill ne
pourrait pas y résister. Qui sait ce qui s’est passé dans cette maison ?
-Oui mon général, j’en suis consciente.
Nous nous mettons tout de suite au travail.
-Une question, général Carrey dit
Daniel, est ce que la police locale a été mise dans le coup ?
-Non, puisque c’est vous qui avez
trouvé le général. Vous devrez
d’ailleurs vous débrouiller seuls. Je vous donne carte blanche. Et puisque vous
restez à Colorado Springs, je vous confie le général. Il rentre chez lui
aujourd’hui. Et je crois que vous êtes les mieux placés pour l’aider à
retrouver la mémoire.
**********
Sam
était assise depuis quelques minutes
dans un jardin public de Colorado Springs. Il faisait beau et elle avait passé
une veste légère sur sa robe. Elle n’avait pas voulu venir en treillis ni en uniforme
pour ce rendez-vous avec l’agent Barret. Maintenant elle attendait, il devait venir à 15 heures
précises.
Il
vint s’asseoir discrètement près d’elle. Ils passèrent rapidement sur les
politesses et Sam entra dans le vif du sujet.
-Le général O’Neill a été victime d’une
agression à son domicile et je voudrais savoir si le NID pourrait être
impliqué.
- Il a été blessé ?
-Oui répondit laconiquement Sam, sans
rentrer dans les détails.
L’agent
Barret n’avait nul besoin d’en savoir plus.
Il
hocha la tête :
-Et qu’est ce qui vous fait croire que
cela peut être le NID ?
-Disons que c’est une piste,
répondit-elle, juste une piste parmi d’autres.
-Le NID
a beaucoup changé, vous savez, dit Barret. Depuis la découverte de la
trahison du colonel Maybourne, et du vol des appareils d’invisibilité, il est sous haute surveillance. De nombreuses
personnes ont été arrêtées et attendent leur jugement dans les prisons
fédérales.
-Et Kinsey ?
-Oh il a d’autres chats à fouetter, je
crois qu’il n’est plus en odeur de sainteté à la Maison Blanche. Il s’est trop
impliqué contre le SGC et le président
l’a à l’ œil. Il a intérêt à se tenir à carreau.
-Ecoutez, pouvez-vous quand même vous
renseigner, savoir si quelqu’un ne voue pas une haine personnelle au général
O’Neill ?
-Entendu, vous pouvez compter sur moi,
dit Barret. Je vous tiens au courant, colonel.
-Merci dit Sam en se levant.
Elle
sortit lentement du parc toute à ses réflexions et se buta sur Daniel qui
venait à sa rencontre.
-Oh excusez moi Daniel.
-Vous paraissiez bien absorbée !
dit le jeune homme en riant.
-En
effet dit Sam, et elle lui retraça sa
conversation avec l’agent Barret. Il pense que le NID n’est plus en position de
force pour fomenter des actions souterraines comme celle d’une attaque
contre le général.
-Il est bien placé pour le savoir dit
Daniel. Je pense que nous pouvons éliminer la piste du NID.
-Pas si vite, dit Sam, j’attends pour
en être sûre qu’il ait fait son enquête.
-Vous pensez que l’on peut se fier à
lui ?
-Je crois, il a été franc avec nous
l’an dernier. Je pense que l’on peut lui faire confiance. Et vous Daniel
qu’avez-vous trouvé, de votre côté ? ajouta t-elle.
-Avec Teal’c nous sommes allés dans la maison du général, il nous est difficile
d’éliminer le crime crapuleux, car nous ne connaissons pas suffisamment les
lieux, pour savoir si quelque chose a été volé. Peut-être que si vous alliez y
faire un tour ?
-Je suis comme vous Daniel, à part son
salon et sa cuisine, je ne connais pas la maison.
-Allez-y
quand même, on ne sait jamais.
-Ça me gêne un peu. Aller fouiller dans son
intimité, il n’aimerait pas beaucoup.
-En temps normal, oui, je comprends , mais
là c’est différent et il nous fait
entièrement confiance.
le
cœur de Sam se serra à cette pensée.
-C’et uniquement parce qu’il est diminué,
dit-elle avec tristesse.
-Je pense que vous faites erreur, Jack a
toujours eu la plus grande confiance en son équipe, en toutes circonstances et surtout dans les
cas graves.
-Oui, vous avez raison Daniel, excusez moi
je suis un peu perturbée en ce moment.
-Ne
vous excusez pas, c’est normal, nous sommes tous inquiets au sujet de
Jack.
-D’accord, conclut –elle, je vais aller chez lui maintenant. Je ne
retourne pas à la base aujourd’hui. Vous m‘accompagnez ?
-Non, j’ai encore l’artéfact de P6N786 à
étudier. Je voudrais avancer dans ma traduction.
-Entendu, je vous tiens au courant si je
trouve quelque chose de suspect.
Sam
reprit sa voiture. La maison de Jack n’était pas loin de la base, mais cela
faisait environ un quart d’heure de voiture depuis le jardin public. En ce milieu d’ après midi, la circulation
était fluide et elle arriva rapidement
devant la maison. Elle trouva une place juste devant.
Elle
prit le trousseau de clé dans la boite à gants et s’arrêta pour observer la
maison depuis la rue. C’était une construction en bois sans étage avec une
terrasse courant sur un côté et un jardinet bien entretenu.
Elle
pénétra dans la maison, et s’arrêta en haut des trois marches qui descendaient
vers le séjour. Le ménage n’avait pas été fait,
et les canettes de bières vides et la bouteille d’alcool étaient
toujours sur le sol. Elle savait
maintenant que ce n’était qu’une mise en scène, car le général n’avait pas bu ce soir là, les analyses de sang étaient formelles.
Elle
se mit à genoux près de la table basse, c’est là qu’elle vit les traces du sang
sur le parquet. Il avait pris le coup
sur la tête à cet endroit là. Peut-être ne s’était –il pas évanoui sur place,
puisque c’était sur son lit qu’elle l’avait trouvé. Il avait dû avoir la force
de se déplacer.
Le
général rentrait chez lui ce soir, quelqu’un de la base devait le conduire vers
20 heures, cela lui laissait peu de temps pour trouver des indices et tout
nettoyer.
Elle prit un grand sac poubelle dans la
cuisine et entreprit de mettre de l’ordre tout en essayant de trouver des
traces d’un vol quelconque ou d’une vengeance.
Dans
le séjour il y avait deux canapés entourant une cheminée, une table basse et une commode. Dans un angle, une
table et quatre chaises et une plante verte le long de la baie vitrée.
Après
avoir jeté les bouteilles, elle entreprit de ranger la pièce. Dans le bahut en
plus de la vaisselle, elle trouva
quelques papiers, des factures, des prospectus, un tire bouchon, des
pièces de monnaie, le tout jeté en vrac au fond d’un tiroir. Rien de très
personnel, et de significatif. On ne frappe pas quelqu’un pour une facture de
téléphone impayée ! Dans ce désordre
elle retrouvait le colonel qu’il avait été il y en encore pas si longtemps. Une
personne un peu insouciante de tout ce qui n’était pas son travail. Il se
fichait pas mal de ne pas remplir ses papiers à temps, ou de mal manger comme
en témoignait l’état de son frigo. La bière occupait une place importante dans
ses réserves, au niveau nourriture c’était beaucoup plus léger, une plaquette
de beurre et des cornichons… Elle savait que le colonel se nourrissait presque
exclusivement de pizzas quand il n’était pas à la base. Elle sourit à cette
image, car elle en faisait autant. Pas le temps de cuisiner avec les horaires
démentiels qu’ils avaient, et surtout pas le goût, trop de fatigue, et une
envie folle de se changer les idées. Alors quoi de mieux qu’une bonne
bière ou plus pour faire le vide, se
délester de tous les soucis et de toutes les angoisses de leur vie aventureuse.
Sam
continua de passer en revue toute la maison. Elle alla jusqu’à la chambre et hésita sur le seuil. Avec un soupir elle
passa la porte, malgré toute la gêne que lui causait cette intrusion dans
l’intimité de son général, elle était curieuse.
quelques jours plus tôt, c’était elle qui
avait trouvé Jack sur son lit, elle n’avait pas eu le temps d’étudier le
mobilier de la pièce. Un grand lit en occupait la majeure partie, le reste disparaissait sous un amoncellement
de vêtements et de livres jetés au sol, les tiroirs grand ouvert. Elle commença
à ranger.
Il
y avait quelques photos sur la commode. C’était essentiellement des photos de
Charlie et de Sarah. Le cœur de Sam se serra devant le visage du bel enfant blond,
qui avait le même regard que son père. Une tragédie dont le général ne s’était
jamais remis.
Dans
la table de nuit elle trouva un paquet de lettres attachées avec un élastique.
Elle
s’arrêta un moment les lettres à la main. Avait-elle le droit de fouiller dans
la correspondance de Jack ? Elle hésitait, puis défit l’élastique.
Elle
classa la trentaine de lettres en quatre paquets. Sa mère, Sarah, Cathy sa
sœur et une certaine Audrey Market.
Avec
un soupir elle se décida et ouvrit d’abord les lettres de sa sœur. Il y a en
avait trois et elles dataient d’une quinzaine d’années. Elle les parcourut
rapidement il n’y avait rien là dedans qui puisse aider l’enquête. Dans la première Cathy annonçait à Jack son
mariage, puis il y avait ensuite deux autres lettres pour la naissance de
chacun de ses enfants. Rien d’autre. Le général les avait gardé mais on sentait
dans le ton de la lettre, qu’ils n’étaient pas très proches.
Les
lettres de sa mère avaient un ton plaintif, elle racontait ses misères avec son mari qui la
battait et suppliait Jack de l’aider. Il y avait une dizaine de lettres sur ce
ton, toutes datée de la même année, puis plus rien. Le cœur de Sam battait à
grands coups dans sa poitrine, à travers les mots de sa mère se dévoilait le
passé de Jack, son enfance douloureuse, entre une mère faible et un père
violent. Elle se demandait pourquoi il avait conservé toute cette
correspondance. Par négligence, on met la lettre dans le tiroir et on l’oublie,
mais alors pourquoi ces lettres étaient–elles attachés avec un élastique, cela
supposait qu’on y tenait, qu’on voulait les garder, peut être même les relire.
C’est ce que remarqua Sam à cet instant, les lettres de sa mère avaient été lues et relues,
pourquoi ? Impossible de répondre à cette question. Mais ce qu’elle avait
appris de l’amnésie allait dans ce sens. Son passé était-il si douloureux
qu’inconsciemment il aurait souhaité tout oublier ? Mais pourquoi maintenant
? ce n’était pas le premier coup sur la
tête qu’il recevait ! Au cours de ces années à explorer la galaxie, il
avait eu plus que son compte de coups, de blessures et de tortures !
Sam
poursuivit la lecture du courrier de Jack. Elle passa rapidement sur les
lettres de Sarah. Ces lettres dataient de leur rencontre, c’étaient de jolies
lettres pleines de poésie et d’amour.
Ces mots destinés à Jack la mettaient très mal à l’aise. Elle referma
rapidement ces missives et passa à la
quatrième pile qui ne se composaient que de trois lettres.
Audrey était l’épouse d’un jeune
capitaine, mort sous les ordres du colonel O’Neill pendant la guerre du golfe.
Dans
les deux premières lettres Audrey parlait de son mari, qui était ami avec
Jack, elle parlait de Paul, lui disait
combien elle l’avait aimé, combien elle le pleurait. Sam en avait mal pour
elle, les mots de la lettre sonnaient si justement qu’elle ressentait de la douleur avec cette jeune femme.
Le
ton de la troisième lettre était différent, Audrey avait appris que son mari
était en mission secrète et elle voulait absolument savoir ce qui s’était
passé. Elle reprochait à Jack de l’avoir laissé tomber, de l’avoir laissé mourir.
Il
y avait peut être une piste de ce côté
pensa t-elle et elle mit dans sa poche les lettres d’Audrey Market.
Elle
avait fait le tour de la maison de Jack et ne trouva rien de plus. Elle termina
le ménage, alla cueillir dans le jardin quelques pivoines. Elle ne trouva pas
de vase et les mit dans un verre qu’elle posa sur la table basse du séjour. La
maison avait reprit un air accueillant, le général allait pouvoir rentrer chez
lui.
Il
était 18 h 30 quand elle rentra à la base. Elle alla saluer le général Carrey
et le mettre au courant de ce qu’elle avait trouvé.
-Bien colonel, je vois que vous avancez
vite. Mais je pense que l’on peut éliminer d’emblée l’agression crapuleuse. Le
général O’Neill ne se laisserait pas surprendre de cette façon dans sa maison.
-C’est bien ce que j’ai pensé monsieur.
Avec Daniel et Teal’c nous en avons longuement discuté et nous sommes arrivés à
la même conclusion. Le général O’Neill a dû ouvrir la porte à son agresseur et
le laisser entrer, il devait le connaître.
Si vous permettez je voudrais essayer de voir ce que je peux trouver sur
Audrey Market et la mort de son mari.
-Entendu colonel, mais si le capitaine
Market faisait partie des Black Ops, vous ne trouverez rien sur lui dans les
annales de l’armée.
-S’il y a quelque chose à trouver , je
trouverais mon général, dit Sam avec un petit sourire malicieux, avec votre
permission bien sûr.
-Vous pouvez faire ce que voulez colonel,
du moment que votre enquête aboutit, dit le général en regardant Sam au fond
des yeux.
Cette
jeune femme est pleine de ressources pensa t-il, avec satisfaction. Et il ajouta à voix haute.
-Le général O’Neill n’est pas encore sorti
de l’infirmerie, tenez-le au courant des progrès de l’enquête cela l’aidera
peut être ?
-Bien mon général, dit Sam heureuse
d’avoir une bonne raison d’aller voir Jack.
A
l‘infirmerie, Jack était prêt à partir, il terminait de s’habiller quand Sam
frappa à la porte.
-Ah ! C’est vous Carter, entrez dit-il
en voyant que la jeune femme hésitait.
-Mon général, dit-elle, vous avez l’air
en meilleure forme ?
-Oui, tout va bien, dit-il.
Il
n’expliqua pas que sa mémoire était toujours défaillante, il n’en avait pas
besoin, Sam était fine mouche et se doutait bien que tout ne rentrerait pas
dans l’ordre aussi vite.
-Mon général, je peux vous parler ?
-J’ai tout mon temps Carter, dit-il, je
vous écoute.
Sam
se lança :
Je suis allée chez vous, pour enquêter,
j’en ai profité pour faire un peu de ménage.
-Merci Carter, je suppose que ce
n’était pas du luxe dit-il en souriant.
-En effet mon général. Mais je dois
vous dire que pour les besoins de l’enquête j’ai du fouiller votre maison, à la
recherche d’indices.
-Fouillé comment ? dit-il, le sourire
soudain disparut de ses lèvres.
-Fouillé beaucoup mon général, les
tiroirs, les photos, les lettres, dit-elle en hésitant et en plongeant son
regard dans le sien.
-Ah dit-il sans émotion apparente. Et ?
-Je voulais vous faire voir ceci, dit-elle en lui donnant les trois lettres d’Audrey Market.
Jack
les ouvrit et commença à les lire. Puis il les reposa sur le lit , et regarda
Sam d’un air interrogateur.
-Cela ne vous rappelle rien Monsieur ?
-Non, Carter, rien du tout.
-Tant pis, dit-elle déçue. Je vais
faire une enquête sur le capitaine Market, j’espère trouver quelque chose sur
lui.
-Je vous souhaite bonne chance Carter.
-Pourquoi dites-vous cela, monsieur ?
demanda t-elle plein d’espoir, peut être se souvenait-il de quelque chose
?
-Comme ça, j’ai l’impression que ça ne
va pas être facile.
-Parce que l’armée n’est pas bavarde ?
-En effet, ce n’est pas une de ses
qualités.
-Vous ne vous rappelez vraiment de
rien, ni de la guerre du Golfe, ni d’avoir appartenu aux Black Ops ?
-J’ai de vagues impressions seulement,
des flashs, mais le docteur Mac Kenzie dit que tout est normal.
-S’il le dit, on peut le croire, il
connaît bien son métier, c’est un très bon psychiatre, dit-elle.
La
conversation languissait, Jack n’était pas bavard et Sam se sentait gênée, elle
avait encore une chose à lui demander.
-Mon général, je ne suis pas encore
allée dans vos quartiers, mais je ne voulais pas le faire sans vous en parler.
-Vous êtes bien allée dans ma maison
sans me le dire ? répliqua t-il
-Oui mais c’était différent, j’ai une
enquête à mener et c’ est le lieu de votre agression. Vos quartiers ce n’est
pas pareil, je ne sais pas comment
l’exprimer. Nous avons pensé avec Daniel et Teal’c que vous connaissiez
votre agresseur, et qu’il peut y avoir des indices dans vos quartiers, des
choses que nous ignorons de vous. Est-ce que cela vous dérange mon général ?
-Pas du tout, Vous pouvez regarder où
vous voudrez, Carter, j’ai entièrement confiance en vous, en Daniel et Teal’c
aussi d’ailleurs, ajouta t-il.
-Et pourtant vous ne vous souvenez pas
de nous ?
-Non, mais je comme je le disais tout à
l’heure, j’ai des flashs.
-Avec votre permission mon général,
j’aimerais y aller maintenant, et puis je vous retrouve chez vous tout à
l’heure si vous voulez ?
-Entendu Carter. Tenez, dit-il en
prenant des clés dans sa poche, j’ai pas envie que vous tripatouilliez la
serrure, dit-il en riant.
-Pourquoi me dites-vous cela ? monsieur.
-Parce que j’ai l’impression que vous
êtes experte en serrure, n’est ce pas ?
-Si, dit –elle en souriant.
-Vous voyez bien.
L’ambiance
était soudain plus détendue. Jack avait beaucoup changé, ce qui en faisait un homme assez
secret avec ses amis avait disparu avec son amnésie. Il était plus ouvert plus proche et parlait plus volontiers de
lui. Si ce n’était pas au prix de la
perte de mémoire de son chef, Sam s’en serait réjoui.
Elle
le quitta en montrant les clés :
-J’y vais de ce pas mon général.
les
quartiers de Jack étaient à l’image de leur occupant, sobres, avec peu d’objets
personnels. Dans l’armoire métallique, des vêtements civils, des treillis et
des uniformes, dans le bas , des
chaussures et des bottes.
Les
murs gris étaient vides de tout tableaux ou photos. Sur la table de nuit la
photo de Charlie, elle le suivait partout, dans sa maison, son bureau ou ses
quartiers. Elle ouvrit le tiroir de la table de nuit, il y avait un paquet de
photos, Elle s’assit sur le lit et commença à les regarder. La plupart étaient
des photos de SG1. Sur l’une d’elle, ils étaient tous les quatre. Le cliché
avait été pris chez Daniel, un soir où ils fêtaient l’anniversaire de
Cassandra. Sam se souvenait parfaitement de cette soirée, une des plus
réussies. Sur un autre, il y avait Janet penchée vers la jeune fille et
l’embrassant sur la joue.
Sam
ne put retenir une larme, elle souffrait tellement de la disparition de son
amie . Elle leur manquait à tous et elle se demandait pourquoi Jack avait dans
sa table de nuit une photo de Janet. Elle devait lui manquer à lui aussi.
Elle
les regardait toutes, attendrie, tous les souvenirs affluaient. Elle regrettait
beaucoup cette époque, où ils formaient une équipe de choc, prête à tout,
soudée, où chacun jouait parfaitement son rôle, où n’importe lequel d’entre eux
aurait pu donner sa vie pour sauver le reste du groupe. Jack lui manquait
tellement en mission. Elle pouvait s’appuyer sur lui à tout moment, il savait
prendre des décisions en un quart de seconde. Maintenant c’était elle qui
commandait et qui avait la
responsabilité du groupe. Ce n’était pas
toujours une position confortable.
Il
y avait aussi plusieurs photos de Sarah et surtout de Charlie, le sourire de
l’enfant, avec un gant de gant de base
ball, ou en vélo avec sa maman derrière lui pour le retenir en cas de chute.
Sam était émue et gênée de fouiller ainsi dans la vie de Jack. Les relations
qui les unissaient rendaient cela encore plus difficile.
Elle
remit le paquet de photo dans le tiroir. Elle fit le tour de la pièce du
regard, et alla dans la petite salle d’eau attenante. Elle ouvrit rapidement
l’armoire de toilette et resta stupéfaite, punaisée à l’intérieur de la porte,
il y avait une photo d’elle. Elle
s’appuya le cœur battant au rebord du lavabo,
une photo d’elle dans un endroit aussi personnel ! Tous les matins et tous les soirs en faisant
sa toilette il regardait sa photo. Elle
se retrouva le feu aux joues , jamais elle n’aurait dû en connaître l’existence.
Elle était entrée sans le vouloir dans l’intimité de Jack, quelque chose qu’il
n’aurait sûrement pas avoué, à personne, même sous la torture. Elle décida de
taire sa découverte, elle ne lui en parlerait pas. Elle ne se sentait pas le
droit de le faire, cela pourrait le gêner.
Elle
sortit des quartiers de jack et referma soigneusement la porte derrière elle.
Avant
de rentrer, elle voulait chercher dans les ordinateurs du Pentagone, des
renseignements sur le major Paul Market.
Après
être passé par-dessus quelques mots de passe, chose très facile pour elle, Sam
se plongea dans la lecture du dossier du
militaire. Il avait 40 ans quand il était mort en 1991 et laissait une veuve et
un adolescent de 15 ans. On ne savait pas dans quelles
circonstances il était mort . Simplement
qu’il était en mission sur le territoire iraquien et que son avion avait été
abattu par un tir de roquette. Rien qui ne mette en cause le colonel O’Neill. Celui-ci avait eu un
accident de parachute à la même époque
et avait été fait prisonnier par les iraquiens. Cela Sam le savait et elle put
recouper les dates, cela se passait à quelques jours d’intervalle. Le major
Market obéissait-il à un ordre de O’Neill au moment de sa mission dans l’espace
aérien iraquien ? personne ne le saurait
jamais. La femme de Paul avait l’air de le penser dans sa dernière lettre, mais
rien n’étayait les faits qu’elle avançait.
Sam
sortit des dossiers du Pentagone, pour rechercher parmi les dossiers de l‘état
civil si elle pouvait savoir si Audrey Market
était toujours en vie et ce qu’était devenu son fils. Elle trouva assez
rapidement, la jeune femme s’était remariée en 99 et avait eu une petite fille
de sa deuxième union.
Sam
soupira, ce n’était sans doute pas de ce
côté qu’il fallait chercher. Audrey avait sans doute tourné la page et après ce
drame avait refait sa vie.
Mais
qu’en était-il de son fils ? Elle fit un rapide calcul, il devait avoir environ 29 ou 30 ans. Il n’ était ni marié, ni décédé. C’était
tout ce que Sam pouvait savoir pour le moment. Puis elle eut l’intuition de
rechercher dans les dossiers militaires,
-Bingo pensa t-elle. Le jeune homme
s’était engagé dans les marines à l’âge de 18 ans Après des études médiocres,
il avait servi au Moyen Orient et au Kenya. .
Ce n’était pas un officier irréprochable. Son dossier était chargé, et il avait été
condamné plusieurs fois pour indiscipline, et s’était retrouvé à plusieurs
reprises au mitard. Les motifs étaient
aussi divers que variés, refus
d’obéissance, insultes, bagarres. Une forte tête, ses supérieurs le disaient
teigneux et vindicatif.
Une
excellente piste à suivre pensa Sam.
Le
soldat qui avait accompagné Jack chez lui, était reparti aussitôt à sa demande.
Il voulait rentrer seul, et faire le tour de sa maison sans témoin.
Il introduisit la clé dans la serrure et entra.
Il s’arrêta sur le seuil ; devant lui
l’entrée de la salle à manger , à sa gauche le couloir qui conduisait au salon,
et à sa droite ce devait être les chambres.
Il
fit quelques pas dans la salle à manger. Un grand buffet vitré en bois occupait tout un mur. Il y
avait une table ovale et quatre chaises.
A droite la cuisine.
Un
mur était découpé à mi hauteur et faisait communiquer la salle à manger et le
séjour légèrement en contrebas. C’était une pièce très claire, avec une immense
baie vitrée qui donnait sur le jardin. Une cheminée occupait presque tout le
mur de côté. Il s’approcha et regarda les cadres au dessus du manteau de la
cheminée. Il y avait des diplômes et des
décorations, le tout à son nom. Et puis le portrait d’une jeune femme blonde et
d’un enfant. On lui avait dit qui ils étaient, mais il ne s’en souvenait pas.
Sa femme et son fils.
Il
se demanda pourquoi il y avait tout cela sur les murs, pourquoi afficher des
diplômes et des décorations ? il ne
comprenait pas, Cela venait dans doute de Sarah qui était très fière de son
mari.
Il
alla dans le reste de la maison, sa chambre, la chambre d’amis, les deux salles de bain. C’était une impression
indescriptible, il se savait chez lui, mais il avait l’impression étrange
d’être totalement extérieur à sa vie. On lui avait raconté beaucoup de choses,
sur lui, sur son travail, sur la galaxie, les Goa’ulds. Il savait, mais ne se
souvenait pas.
Il
erra quelques temps dans la maison, ouvrant un livre, regardant une photo,
lisant une lettre, rien, ce n’était que le vide en lui. C’était comme si sa vie
était en suspension quelque part au fond de son inconscient. Et c’était
exactement cela que lui avait dit le psychiatre. « Vous n’avez rien oublié,
seulement les souvenirs se refusent à votre mémoire consciente, ils reviendront
sans doute grâce à des stimulations, retournez chez vous, replongez vous dans
votre quotidien, revenez à la base dans vos quartiers, dans votre bureau,
partout où vous aviez votre vie, cela vous aidera. »
Pour
le moment il n’ était encore qu’au début du processus de guérison, le docteur
avait dit que cela pouvait être long. Mais il n’avait aucune patience. Cet état
de dépendance dans lequel il se trouvait le paniquait. Il sentait qu’il avait
l’habitude de maîtriser sa vie, de
diriger les choses, de commander. Il avait eu un instant d’effarement quand on
lui avait dit que le commandant du SGC dépendait directement du président des
USA, qu’il était le deuxième homme de l’état, pas officiellement bien sûr,
puisque très peu de gens étaient au courant du projet Stargate.
Le pire pour lui était de ne plus se rappeler
ses proches, il avait eu un fils qui était mort, et il ne s’en souvenait même
pas. Quel monstre suis-je devenu pour ne même pas me souvenir de mon enfant ?
pensa t-il en s’allongeant sur le canapé. Il était pris d’une soudaine fatigue,
et il s’endormit.
C’est
ainsi que Sam le trouva quand elle arriva chez lui dans la soirée. Elle
s’approcha doucement de peur de le réveiller et commença à ranger dans le frigo
les courses qu’elle venait de faire. Puis elle alla dans le salon, sans faire
de bruit elle s’assit près de lui. Elle lui trouva un air fragile dans le
sommeil, il dormait si profondément alors qu’avant il aurait senti sa présence
et se serait réveillé tout de suite. Un homme sur le qui vive, constamment sur
ses gardes, tel était celui qu’elle connaissait. Jamais elle ne l’avait vu si
profondément endormi. Cela lui faisait peur. Elle prit sa main , il ne se réveilla même pas. Elle l’appela doucement. Elle
sentit son cœur se serrer. Comme il devait être seul ! Ne plus se rappeler de
sa vie devait être un tourment inimaginable, dépendre des autres, être obligé
de les croire, impensable !
Elle
caressait doucement sa main longue et puissante aux fortes articulations, une
belle main d’homme.
Daniel
et Teal’c entrèrent à ce moment. Elle posa un doigt sur ses lèvres en leur
montrant le général endormi.
Ils
hochèrent la tête et sortirent sur la terrasse, laissant la porte ouverte.
-Alors Sam ? comment va-t il ?
-Je l’ai trouvé endormi quand je suis
arrivée. Ce qui m’a surprise, c’est qu’il n’a pas bougé et pourtant j’ai fait
du bruit.
Daniel
soupira :
-Ça fait tout drôle de le voir comme ça
!
Sam
proche des larmes ne put qu’hocher la tête en guise de réponse.
Ses
amis s’aperçurent de son désarroi :
-Vous savez Samantha carter on guérit
très bien de ce genre de choses, dit
Teal’c calmement.
-Teal’c a raison, Sam, le docteur Mac
Kenzie est très compétent.
-Oui, je ne mets pas en doute ses
compétences, mais cela fait mal de le voir diminué. Et s’il ne retrouvait
jamais la mémoire ? dit-elle la voix tremblante.
-Cela ne fait que quelques jours Sam,
répondit Daniel, il faut être patient.
J’ai demandé au docteur de m’expliquer un peu ce qu’est l’ amnésie. En
fait la personne oublie tout, à la suite d’un traumatisme, comme dans le
cas de Jack. Mais c’est uniquement psychologique, donc cela peut revenir très
vite. Il faut garder espoir Sam.
-Vous avez raison Daniel, certainement.
-Bien et si vous nous parliez de votre
enquête, vous avez trouvé quelque chose ?
Sam
rapporta à ses amis, les résultats de la recherche qu’elle avait fait dans les
dossiers de l’Etat civil et du Pentagone.
-C’est une piste intéressante dit
Daniel. Maintenant comment savoir si ce Julian Market est allé voir Jack ?
-J’ai pris imprimé la photo de son dossier militaire, elle n’est pas très
récente, mais peut être que le général la reconnaîtra. Justement le voilà qui
se réveille dit-elle comme Jack apparaissait dans l’encadrement de la porte.
-Mon général demanda t-elle en lui
montrant la photo. Ce visage vous dit-il quelque chose ?
Jack
prit la photo des mains.
-Oui , il me semble, c’est qui ?
-Il vous semble ? dit Daniel avec
espoir.
-J’en sais rien moi, ce visage ne m’est
pas inconnu, c’est tout, dit-il d’un ton sec.
Sam
était perplexe il lui semblait que le général avait un air étrange, comme s’il
se rappelait parfaitement mais ne voulait pas le dire.
Jack
se détourna pour masquer son visage, oui cette photo lui disait quelque chose,
mais il ne voulait pas que ses amis se fasse des idées, et aient de faux
espoirs. Il connaissait cette personne, de la même manière qu’il se souvenait
d’une foule de choses, des images, des visages, des situations, mais il était
incapable de relier tous ces flashs entre eux. C’était très frustrant pour lui.
Il fit face de nouveau à ses amis, mais Sam avait eu le temps de saisir son
regard.
-C’est qui ce monsieur ?
Sam
lui expliqua le résultat de ses recherches sur la famille Market.
-Et vous pensez que c’est lui qui
cherche à se venger parce que j’aurai été la cause de la mort de son père ?
-C’est plausible Jack dit Daniel.
-Oui, sans doute répondit Jack. Mais il
y en a peut être d’autres qui veulent ma
mort, puisque j’ai fait partie des opérations spéciales. Pas toujours du
travail très propre, ça doit laisser pas mal de rancœur.
-La difficulté c’est qu’il n’y a aucun
dossier concernant les Blacks Ops. Officiellement ça n’existe pas dit Teal’c.
-Qu’est ce que vous suggérez Carter ?
dit Jack, parce que vous avez un plan bien sûr ?
-Oui, Monsieur, dit-elle en souriant.
Julian Market est en ville actuellement. Nous l’avons repéré, et je propose de
le maintenir sous surveillance, et si vous me le permettez j’aimerais faire
quelques recherches informatiques supplémentaires.
-Vous voulez pirater les ordinateurs du
Pentagone, Carter ? dit O’Neil, moqueur.
-Oui mon général, cela ne devrait pas
me poser trop de problèmes,
répondit-elle en souriant.
-Parfait, mais parlez-en à votre
nouveau chef.
Le
cœur de Sam se serra, pour elle Jack serait toujours son chef. Cependant elle
devait tout de même en référer au général Carrey. Pour la forme pensa t-elle,
il veut faire tout son possible pour aider son ami le général O’Neill.
-A vos ordres mon général.
Elle
parlait d’une voix neutre, pour ne pas lui montrer combien sa remarque l’avait
déstabilisée.
-Bien dit-il gaiement, et si on buvait
une petite bière ? Qui en veut ? dit-il en se dirigeant vers la cuisine.
-Oui, je veux bien dit Daniel, pour une
fois.
-Daniel, dit Sam si mes souvenirs sont
bons vous ne supportez pas l’alcool !
L’ambiance se détendit aussitôt. Jack
distribua des bières, Daniel en but une
entière et la soirée fut très gaie. Un peu comme autrefois. Un moment de paix
que Sam appréciait, elle jetait de temps à autre des coups d’oeils à Jack, mais
son visage était impénétrable, comme si tout ce qui était évoqué ne lui disait
rien du tout. Elle voyait cependant passer de temps à autre une ombre dans ses
yeux.
La
nuit était totalement tombée et Jack ne disait
plus rien depuis un moment. Il se contenait d’écouter Daniel pérorer et donner
la réplique à Sam sur des sujets scientifiques. Il avait décroché.
Il
avait à demi fermé les yeux et se relaxait, écoutant ses amis parler. Il se
sentait bien avec eux. Ses angoisses étaient apaisées, et le gouffre sans fond
qu’était devenu sa vie, lui paraissait plus supportable. Il sentait que bientôt
il redeviendrait celui qu’il avait été. Avec ses souvenirs, il pourrait
reprendre le cours de sa vie. Il était cependant inquiet, le médecin lui avait dit qu’on
oubliait parfois parce que c’était trop dur de tout gérer. Qu’avait-il vécu de
si terrible pour que sa mémoire se soit enfuie d’un seul coup ? Il
l’apprendrait bien assez tôt ! Seul le temps et la patience pourraient le
guérir.
**********
Le
lendemain Sam expliqua au général Carrey
ses intentions. Il tiqua pour la forme.
Mais
il était entièrement d’accord avec Sam.
-Je suis d’accord colonel, à condition
que ce que vous trouverez ne sorte pas de cette base.
-C’était bien mon intention monsieur.
Le général O’Neill doit passer demain, je lui ferais part de mes découvertes et
effacerais toute trace de mon passage.
-Bien colonel dit Carrey en souriant.
Il n’y a pas de missions prévues pour SG1 cette semaine. Profitez-en.
Elle
se mit immédiatement au travail et commença par le dossier militaire de Jack.
Il était né en 1957, et était rentré à l’académie de L’Air Force à 18 ans. Il avait obtenu ses brevets de pilote avec
honneur et s’était classé le meilleur de sa promotion au maniement des armes,
mitraillette P90, fusil de tireur d’élite HK91, entre autre.
Il
n’y avait pas grand-chose d’autre dans
ce dossier, quelques dates, quelques missions. Mais au-delà de 1980 le dossier
était vide.
Elle
ne trouva pas cela si surprenant et elle
ne s’attendait pas à faire des découvertes intéressantes. Elle savait que Jack
avait longtemps fait partie des forces spéciales et réalisé des missions
secrètes dans le monde entier. Et à partir de 1994 cela avait été la première mission
sur Abydos et ensuite plus de 7 ans au
SGC.
Rien
d’officiel dans tout ça.
Elle
alla se chercher un café et un sandwich, et se prépara à une longue nuit de
travail.
A
ce moment le téléphone sonna :
-Carter dit-elle.
-C’est l’agent Barret, bonsoir
colonel. Je voulais vous faire part du
résultat de mes recherches.
-Vous avez trouvé quelque chose ?
-Non, le NID n’existe pratiquement
plus, ses membres se sont dispersés, et beaucoup sont sous les verrous.
-Vous avez pensé au vice président Kinsey ?
-Bien sûr, mais depuis son altercation avec le docteur Weir, le
président l’a totalement lâché et il ne ferait pas la bêtise de s’attaquer
physiquement, même par personne interposée au chef du SGC.
-Je vous remercie agent Barret, dit
Sam. De mon côté je poursuis les recherches.
-Vous avez une piste ?
-Peut être ? Mais c’est confidentiel.
-je comprends colonel ! Au revoir.
Sam but quelques gorgées de son café et s’assit
un moment pour réfléchir.
Elle
ne savait pas exactement ce qu’elle cherchait. Des missions que Jack aurait
accompli au Moyen Orient, en Amérique Centrale,
car elle savait qu’il y avait passé plusieurs mois.
Sa
recherche commença par les fichiers secrets du Pentagone. Elle se heurta tout
de suite à des barrières invisibles de codes et de cryptages de données.
Cela
ne lui posait pas particulièrement de problèmes, mais ce serait long et sans
garantie de résultats. Elle allait devoir interpréter des centaines de données.
Elle
s’introduisit dans les rapports de mission des Seals. Elle savait que Jack
n’était pas un Seals mais qu’il avait
suivi le même entraînement physique, d’adaptation au stress, l’apprentissage du
commandement , les méthodes de survie.
Il
y avait la liste des militaires ayant servi durant ces opérations, le nom de
Jack n’y figurait pas. Elle pensa que son travail était encore plus secret que
tout ce qu’elle avait pensé jusqu’à présent.
Elle
s’introduisit dans d’autres fichiers, mais là elle ne put contourner les
sécurités.
Cela
la confirma dans son idée qu’elle touchait au but.
Sam
s’accorda une pause. C’est à ce moment que Daniel passa la tête dans
l’embrasure de la porte :
-Vous travaillez encore Sam.
-Oui, et je suis bloquée.
-Il va falloir forcer votre talent dit
en souriant le jeune archéologue.
-Certainement. Vous avez laissé le
général tout seul, ajouta t-elle, le
docteur a bien dit….
-Rassurez-vous, Sam, Teal’c est avec lui, répondit Daniel. De
toute façon je vais y retourner tout à l’ heure.
-Moi je reste encore un peu.
-Une question Sam, au Pentagone, il ne
vont pas se rendre compte que quelqu’un fouille leur base ?
-Pas du tout j’utilise un petit
logiciel de camouflage qui masque
aussitôt mon passage.
Daniel
était perplexe, il ne comprenait pas trop ce que Sam cherchait dans les
dossiers secrets.
-Vous croyez que ça va aider jack ?
-En fait je cherche à comprendre qui
peut avoir envie de tuer le général O’Neill, c’est tout.
-On a déjà le fils de Paul Market ?
-Oui, mais on a rien contre lui pour le
moment. Je crois qu’il faut chercher plus large et ne pas se focaliser sur une
seule personne.
-Il est sous surveillance ?
-Oui des militaires du SGC ne le
lâchent pas d’une semelle.
-C’est bizarre qu’il soit en ville
actuellement. Justement maintenant.
-C’est pour cela qu’il faut faire vite.
Bon je m’y remets dit Sam.
-Ne vous couchez pas trop tard quand
même, dit Daniel en sortant.
Sam
se remit au travail sur ces pages inaccessibles
mais sa patience fut récompensée.
Au
bout d’une heure elle déchiffra un message plus que laconique mais qui la
laissa rêveuse.
Op.
258NJ25
JON. Chili : Santiago, De Costa 131279.
Elle
continua sur plusieurs pages et fit
défiler d’autres lignes présentées de la même façon. Un nom, un pays,
un autre nom ou plusieurs et un numéro
qui semblait être une date. 13 décembre 1979.
Le
nom de « JON », se retrouvait dans une
quinzaine d’ opérations étalées sur 10 ans.
Elle supposa qu’il était un agent infiltré dans des opérations secrètes. Op. 378PO29
JON
: Costa Rica : Esperanza, Vitas, Castillo 140280.
Son
cœur battait à grands coups, car elle avait l’intuition que JON c’étaient les
initiales pour Jack O’Neill. Malheureusement il n’y avait rien d’autres dans
ces dossiers. Aucune indication sur la nature des missions. Elle pensa à
étudier les journaux de l’époque peut être que certains faits seraient relatés.
Il lui restait une chose à faire, savoir comment était mort Paul Market. Elle trouva rapidement une autre
ligne située plus loin sur l’ écran.
JON
Irak Market 211191
JON
aurait-il abattu Paul Market au cours d’une mission de commando ? Le cœur de
Sam battait à grands coups, elle était sur le point de faire une découverte qui
lui apporterait sans doute une certitude sur le passé de Jack.
Et si
ce JON était le Général O’Neill ?
L’étau
se resserrait et les accusations dans la lettre d’Audrey Market prenaient tout
leur sens. Un indice que Jack et JON étaient bien la même personne.
Sam
décida de taire sa découverte pour l’instant. Elle n’était sûre de rien, et ne
voulait pas commettre d’impair. De toute façon ces informations étaient
confidentielles. Elle n’en parlerait même pas au général Carrey, juste à Jack.
Elle
se contenterait de rechercher si Jack avait un nom de code à cette époque. Peut
être qu’il y avait des personnes qui le savaient dans son entourage. Le général
Hammond devait le savoir.
Elle
décrocha son téléphone et regarda sa montre : 3 heures du matin . Impossible
d’appeler Hammond au milieu de la nuit. Puis elle se souvint que le Chris
Carrey était un ami de Jack. Il devait le savoir, elle le lui demanderait
demain à la première heure.
Sam
était lasse, avant de quitter son labo
elle vérifia qu’elle n’avait laissé aucune trace de son passage dans
l’ordinateur. Avec un soupir elle prit la direction de ses quartiers.
La
base était très calme au cœur de la nuit ; seuls les gardes restaient en poste
assurant la sécurité de chacun.
La
lumière parcimonieuse des couloirs les rendait sinistres. Elle hâta le pas pour
retrouver l’intimité de ses quartiers.
Elle y avait mis quelques objets qui apportaient une touche féminine à la
rigueur toute militaire exigée par le règlement.
Elle
fit une toilette rapide, elle était exténuée et se coucha rapidement ; mais le sommeil la fuyait. Elle
se sentait mal à l’aise, naturellement
elle se doutait bien, en tant que militaire, que le passé de Jack n’était pas
exempt de zones d’ombre, mais elle n’avait jamais pensé que cela aurait pu
aller aussi loin . Tout en supposant que
Jack était bien JON, ce dont elle ne doutait pas une seule seconde, il lui
fallait juste une confirmation.
Les
noms et les chiffres tournoyaient dans sa tête en un ballet désordonné, ils
s’imprimaient dans sa mémoire. Elle les connaissait maintenant par cœur.
Après
s’être tournée et retournée dans son lit
en cherchant vainement le sommeil, Sam se releva et alluma son
ordinateur portable, à la recherche des journaux aux différentes dates et dans
les pays concernés.
Le
13 avril 1982 dans la banlieue de Berlin-Est assassinat de Wilfried
Kroster homme politique, tué d’une
rafale de HK 91 tirée depuis un toit voisin à une distance de 150 mètres.
L’assassin ne fut pas retrouvé.
Le
14 février 1984 à Costa Rica assassinat de Costas, Vitas et Castillo,
trois narco trafiquants de haut vol, tués de la même façon, et avec le même
type d’armes.
Elle
trouva d’autres articles correspondants, tous ces meurtres avaient été commis
avec un HK91 utilisé dans tous les cas à
une distance variant entre 150 et 200 mètres.
Dans
ce dernier meurtre des témoins ont vu s’enfuir un homme grand et mince vêtu de
noir et portant des lunettes noires avec
une valise à la main.
Le
cœur de Sam fit un bond quand elle eut la confirmation de l’identité du tueur. Dans un autre meurtre
au Chili, ils arrêtèrent un homme du nom
de JON. Une photo de mauvaise qualité accompagnait l’article, mais sans
contestation possible elle reconnut Jack. On ajoutait dans l’article que le
prisonnier avait mystérieusement disparu quelques jours après son arrestation.
Sam en conclut qu’il ne devait pas être seul sur cette mission et que les
hommes formant son équipe l’avait fait évader.
Naturellement
en Irak en 1991 il n’y avait rien sur
Paul Market aucun moyen de savoir
comment il avait été tué ni pourquoi.
**********
Jack
se leva ce matin là avec un fort mal de tête. Mais son sommeil avait été
perturbé par des visions de guerre, de
Goa’ulds, de prisons. Toutes ces images
il ne pouvait pas encore les situer dans
le temps et ne faisait pas la différence entre des cauchemars et des rappels réels d’évènements vécus.
Teal’c
était resté et dormait sur le canapé, Jack se buta contre un meuble et jura.
Teal’c se réveilla aussitôt :
-Ça ne va pas O’Neill ?
-Oh excusez-moi, je vous ai réveillé
Teal’c ! Si ça va juste mal dormi !
Jack
après une douche et un café se sentit mieux.
-Teal’c, si vous avez des choses à
faire, je peux bien rester seul !
-Je n’ai rien à faire de particulier
O’Neill et le docteur ….
-Oui, je sais ce qu’a dit le docteur,
mais je n’ai pas besoin d’une nounou.
-Une nounou ? demanda Teal’c étonné ? qu’est ce que c’est ?
Ils
furent interrompus par un coup de sonnette.
-C’est ouvert ! cria O’Neill.
-Est-ce que c’est raisonnable de
laisser tout le temps votre porte ouverte ? demanda Teal’c.
-Ben oui, pourquoi ?
-Parce que vous avez été agressé chez
vous ! Et que cela pourrait recommencer.
Pendant
ce temps Daniel les avait rejoint.
-Je passais juste voir si tout allait bien ! dit-il
Teal’c on a un briefing à 9 heures !
-Il se passe quelque chose ? demanda
Teal’c.
-Je n’en sais pas plus. On y va ? Jack
on peut vous laisser seul un moment ?
Jack
poussa un soupir exaspéré
-Mais oui, je ne bouge pas d’ici !
-A plus tard Jack !
-C’est ça à plus tard !
Les
deux hommes partirent laissant Jack un peu désoeuvré. Sa vie était en
suspension entre ce qu’il avait été et ce qu’il redeviendrait sans doute dans
quelque temps. C’était un peu perturbant , et il devait bien avouer que la
présence de ses amis était bien rassurante. Mais ce n’était pas pour autant
qu’il allait fermer sa porte à clé après le passage de ses amis.
Le
coup de sonnette le surprit comme il sommeillait dans son canapé en fin de
matinée, il se leva lourdement et alla ouvrir. C’était le facteur. Il prit les
lettres et rentra dans la maison.
Il
y avait deux factures qu’il laissa sur un coin de meuble et une feuille avec
des lettres découpées dans différents journaux. Il y avait une seule phrase.
«
Si tu fais pas ce qu’on a dit ta copine mourra ».
Il
retourna plusieurs fois la feuille de papier, essayant d’y trouver un sens,
il haussa les épaules et il eut la
tentation d’envoyer cette lettre directement à la poubelle, mais il se ravisa.
Il préféra appeler le SGC, il y avait peut être des indices sur sa mystérieuse agression. Un
officier vint le chercher et trente minutes plus tard, Jack descendait dans la
base.
Il
alla directement voit Carrey, celui-ci était encore en briefing avec SG1
-Je ne dérange pas ? demanda t-il en apparaissant en
haut de l’escalier métallique .
-Non,
pas du tout dit Chris, entre. Tu veux ton fauteuil ? demanda t-il en souriant
-Surtout pas, garde –le, il te va très
bien dit Jack sur le même ton.
-OK mais je te le rend bientôt. Tu
viens te replonger dans le bain ? ajouta t-il.
Jack
hésitait un peu, devait-il parler devant tous, ou juste à Chris en
particulier ? Finalement il se
décida et sortit la lettre de sa poche.
-J’ai reçu ça au courrier de ce matin
et je suppose que cela concerne mon agression. Jack avait placé la feuille dans
une pochette plastique et le papier fit
le tour de la table.
-Vous avez bien fait mon général de le
protéger, il y a peut être des empreintes dessus dit Sam.
-Vous avez une copine en ce moment Jack
? fit Daniel surpris.
-J’en sais rien du tout répondit
O’Neill.
-En tout cas, si tu en as une, elle n’est pas très assidue. Tu
n’as vu personne d’autre que les gens de la base depuis ton agression ? demanda
Carrey.
-Non, dit Jack.
Sam
se sentait un peu mal à l’aise. Pour dissimuler sa gêne elle se plongea dans le
dossier qu’elle avait gardé ouvert devant elle. En fait elle réalisait qu’elle
connaissait bien peu de chose sur la vie privée de son chef et qu’il était
d’une discrétion absolue, ne parlant jamais de lui. Et pourtant quoi de plus
normal pour un homme comme lui d’avoir des relations féminines ! Quelle était sotte de ne même pas l’avoir
envisagé.
-Bon alors si tu n’as personne ? de qui
parle t-il ? continua Carrey.
-Je n’en ai aucune idée Chris, je t’assure.
-Bon, en tout cas la première chose à
faire est de vérifier s’il n’y a pas des empreintes, dit Carrey. On verra
après. Autre chose à ajouter ? Bien ajouta t-il, fin du briefing.
Carrey, Daniel et Teal’c sortirent.
-Mon général dit Sam en se tournant
vers Jack, j’aurais des choses à vous dire.
-Bien, Carter. Je vous écoute.
-Ça ne va pas être facile mon général !
-Pourquoi ? vous avez trouvé des
cadavres dans mon placard ? dit-il en riant.
Son
sourire se figea devant l’air grave de Sam.
-Quoi, c’est vrai ?
-Vous n’êtes pas sans savoir monsieur
que vous avez fait parti des Black Ops pendant plusieurs années ?
-Bien sûr et vous avez trouvé quoi ?
-Il semble que ce soit vous qui ayez
tué Paul Market.
Jack
avait pâli. Il s’assit lourdement dans son fauteuil essayant de se souvenir.
Mais le mal de tête revenait lui embrouillant les idées.
-Mon général ? vous allez bien dit
Carter inquiète.
-Oui, ça va , juste cette migraine,
c’est tout.
-Vous devriez aller voir le docteur.
-Expliquez moi plutôt ce que vous avez
trouvé.
-JON ça vous dit quelque chose ?
-C’est moi dit-il sans réfléchir. C’est
un nom de code que j’avais.
-Mon général seriez-vous en train de retrouver la mémoire ? C’est fantastique.
-Fantastique n’est pas le mot que j’emploierais,
perturbant plutôt dit Jack avec ironie. Continuez Carter.
-Vous savez il n’y avait pas
grand-chose juste JON Irak Market
211191.
-Et c’est avec ça que vous avez conclu
que j’ai tué Paul Markett, c’est un peu léger, non ?
Sam
lui expliqua l’ensemble des découvertes qu’elle avait faites. Elle lui parla
des différentes missions et des articles dans les journaux corroborant les
faits et surtout la photo de Jack tout à fait reconnaissable au moment de son
arrestation. Elle en avait fait un
tirage et elle lui montra la feuille.
Il
examina distraitement la photo et tout à
coup se troubla. Elle avait fouiné dans son passé, maintenant les souvenirs
revenaient en foule. Oui il se souvenait de cette époque, une époque terrible
où il accomplissait son devoir comme un automate, sans se poser de questions.
Il était rentré dans les Blaks Ops suite à un coup de tête. Sa carrière dans
armée lui semblait trop droite, trop rectiligne, trop programmée. Ce n’était
pas du tout dans sa nature. Il avait été séduit au début par le côté clandestin
et dangereux des missions. La première fois qu’il avait dû tuer un homme de
sang froid, il n’avait hésité qu’un quart de seconde, c’était un pourri qui ne
méritait pas sa place au soleil. Puis
les missions s’étaient enchaînées, les caches, la vie dangereuse, le
flot d’adrénaline, les moments où tout pouvait basculer, où il pouvait se faire
prendre. Cela lui était arrivé une fois. Heureusement que les hommes qui
l’accompagnaient l’avaient trouvé. Car dans les Black Ops il n’y avait aucune
mission de secours, les hommes travaillaient sans aucune couverture officielle.
Il avait ainsi perdu plusieurs de ses compagnons. Il se souvint d’une autre fois où il s’était
fait capturer par des résistants guatémaltèques, il l’avait torturé et n’avait
dû sa survie qu’à son esprit toujours en éveil. Il était sorti de cette période
de plusieurs années dans un état psychique et physique lamentable, les nerfs
usés et au bord de la dépression. Il avait été un an en arrêt et avait subi de
longs traitements de déprogrammation, afin
de se reconstruire.
Vraiment maligne la petite Carter, elle avait
réussi à décrypter toutes ces informations confidentielles, pensa t-il.
Mais
choses étranges certains souvenirs se
refusaient à lui, Paul Market, justement ! Pourquoi ? Qu’ était cet homme pour
lui, il savait juste qu’il était sous ses ordres en Irak. Mais pourquoi
l’aurait-il tué ?
Tout
à ses pensées il ne remarqua pas Sam qui
le regardait. Elle voyait les émotions défiler sur son visage, bien que
celui-ci restât impassible pour un observateur étranger. Mais elle,
elle savait interpréter un léger froncement de sourcil, le plus petit mouvement de la tête, le regard
qui se durcissait, un frémissement de la bouche. Oui Jack O’Neill se protégeait moins depuis
qu’il était amnésique. Pour elle il relâchait sa garde. Mais elle était la
seule à s’en apercevoir.
Son
regard était si insistant qu’il leva les yeux sur elle. Lui aussi pouvait lire
en elle, mais c’était beaucoup plus facile, son regard était si expressif !
-Carter ?
-Excusez moi mon général, j’étais
perdue dans mes pensées.
-Et vous pensiez à quoi ?
-Je réfléchissais. Je souhaiterais
étudier plus attentivement la vie de Paul Market et essayer de trouver les
relations que vous aviez avec lui.
-Et vous comptez faire comment ?
-Dans le dossier de Paul Market j’ai
l’adresse de sa famille à Chicago. Je compte leur rendre une petite visite. Je
pense y aller avec Daniel et Teal’c.
Comme
jack ne répondait pas :
-Vous trouvez que ce n’est pas une
bonne idée, monsieur ?
-je ne sais pas Carter, je doute que vous trouviez quelque
chose d’intéressant !
-laissez-moi essayer monsieur.
Quelque
chose avait changé chez Jack, il avait un air plus assuré, plus
autoritaire.
-Vous vous rappelez de tout monsieur ?
demanda t-elle.
-Non, pas de tout. Des Balck Ops, oui,
le reste c’est encore flou.
-Et Paul Market ?
-Justement ça fait parti des choses
floues.
-j’ai l’impression, mon général, que
vous ne souhaitez pas que l’on poursuive cette enquête ?
-Je crois franchement Carter que ça
n’en vaut pas la peine. Je peux très bien me débrouiller tout seul.
Sam
était déçue, elle aurait tant voulu aider Jack, mais elle ne pouvait aller
contre sa volonté.
-Cette lettre anonyme ne vous tracasse
pas ?
-Non.
-Alors on arrête tout ?
-Oui je préférerais.
-A vos ordres mon général.
Ils
se levèrent ensembles, Sam ramassa ses papiers et sortit la première d’un pas
décidé. Elle était peinée, car elle avait l’impression que le général ne lui
faisait plus confiance. Elle avait l’intuition qu’il était en danger, mais
qu’il ne prenait aucune précaution. Comme s’il avait vraiment retrouvé la
mémoire et qu’il ne voulait pas qu’elle s’embarque sur une fausse piste. C’est
vrai qu’il savait se défendre tout seul, mais quelqu’un avait quand même failli
le tuer.
Sam revint dans son labo où elle passa
les heures suivantes à rédiger des rapports de mission qu’elle avait laissés de
côté.
Le
soir elle s’arrêta devant les ascenseurs prête à remonter, puis elle se ravisa
et redescendit jusqu’au bureau du
général Carrey. Celui-ci était encore là.
-Je peux faire quelque chose pour vous
colonel ?
-Oui mon général. J’ai eu une longue
conversation avec le général o’Neill. Il ne souhaite pas que l’on poursuive les
recherches sur Paul Market.
-Ah ! je suis étonné, je croyais qu’il était d’accord. Il vous a donné une
raison ?
-Pas vraiment il pense que c’est
inutile et qu’il peut se débrouiller tout seul.
-C’est un homme plein de ressources
vous savez, il a peut être raison.
-Permettez moi d’insister mon général
dit Sam, il a beaucoup changé depuis son agression, je pense qu’il a besoin
d’aide.
Carrey
observa attentivement la jeune femme et lui trouva un air inquiet ,tendu, et un
petit quelque chose en plus qu’il n’arrivait pas à déterminer.
-Colonel quelles sont vos motivations ?
Sam
se troubla légèrement sous le regard de Carrey
-Que voulez –vous dire mon général ?
-Et bien voyez vous colonel , et je pense que vous
savez exactement de quoi je veux parler. Il y a un tas de bruits qui courent
dans cette base sur la relation que vous avez avec le général O’Neill.
Sam
rougit violemment :
-Je vous assure ….
Mais
Carrey la coupa :
-Attention colonel, je ne vous accuse
de rien, mais j’ai lu tous les rapports de mission, et un certain rapport est
très explicite.
-Tous les rapports mon général ?
dit-elle en avalant difficilement sa salive, je peux vous assurer, qu’il ne
s’est absolument rien passé entre le général O’Neill et moi, quand bien même je
l’aurais voulu ajouta t-elle d’une voix
si basse que Carrey n’entendit qu’un bredouillement.
-Pardon ? vous disiez colonel ?
-Je disais que l’intérêt que je porte
au général O’Neill est strictement professionnel. Nous avons travaillé
plusieurs années ensemble, nous nous
sommes sauvés mutuellement le vie de nombreuses fois, cela crée des liens
, mon général, mais qui n’ont strictement rien à voir….
Elle
ne finit pas sa phrase, furieuse que Carrey ait pu penser une seule seconde
qu’elle et Jack aient pu enfreindre le règlement de non fraternisation. Elle
tourna la tête pour que le général Carrey ne puisse voir son visage.
-Colonel ! dit-il
-Oui mon général dit-elle en se
tournant à nouveau vers lui et lui offrant un visage lisse et sans expression.
-Je pense que vous avez raison, O’Neill
n’est pas toujours raisonnable quand il s’agit de sa sécurité, je vous donne le
feu vert.
Le
visage de Sam s’éclaira aussitôt. Cela aurait été la mort dans l’âme qu’elle
aurait laissé cette enquête.
-A vos ordre mon général.
-Comment comptez-vous poursuivre ?
-Je vais aller à Chicago, j’ai trouvé
l’adresse de la famille Market, je ne
sais pas s’il a encore des parents, mais peut être des frères ou des sœurs. Et
j’ai constaté que c’est la maison voisine de celle qu’habitait le général O’Neill étant enfant.
Je pensais me faire accompagner de Daniel et de Teal’c.
-Vous avez des congés à prendre je
pense ? Je crois que vous avez enchaîné beaucoup de missions ces derniers
temps, n’est ce pas ?
-En effet mon général, cela fait
plusieurs mois que nous n’avons pas eu de vacances.
-Entendu colonel, vous êtes donc en
vacances à partir de maintenant ainsi que le docteur Jackson et Teal’c. Vous
comprenez bien qu’en tant que commandant du SGC je ne pouvais pas vous donner
l’ordre de poursuivre cette enquête, encore plus longtemps. Maintenant ce que vous faites de vos vacances
….
-Merci mon général dit Sam en souriant.
**********
O’Neill
avant de rentrer chez lui était repassé par ses quartiers il avait des choses à
prendre. Il prit un sac et rassembla quelques vêtements et alla dans le petit
cabinet de toilette attenant à la chambre. Ouvrant la porte de l’armoire de
toilette il vit fixé à l’intérieur de la porte la photo de Sam. pourquoi
avait-il une photo de Carter cachée dans sa salle de bain alors qu’il la voyait
tous les jours ?
Il
prit la photo et la regarda plus attentivement. Elle était magnifique sur ce
cliché, en treillis avec une casquette
sur la tête, souriante, le regard légèrement tourné sur le côté comme si elle
écoutait quelqu’un et qu’elle aurait ri de ses paroles.
Trop
belle ! Il ne la remit pas à sa place
mais dans sa poche. Il voulait réfléchir. Peut être qu’en la regardant
longtemps il trouverait. Cette impression qu’il y avait quelque chose entre eux
ne le quittait pas. Sinon pourquoi aurait-il mis la photo à un endroit où il
pouvait la voir matin et soir.
Sortant
de ses quartiers il se heurta à elle justement. Elle était en civil, avec une
veste de cuir et son casque de moto.
-Vous rentrez chez vous mon général ?
-Oui, je vais demander qu’on me
raccompagne, je n’ai pas encore le droit de conduire ma voiture.
-C’est peut être plus prudent en effet,
dit-elle. Mais je peux vous emmener ? si un petit voyage en moto vous tente ?
J’ai un deuxième casque vous savez.
-Pourquoi pas ? Allons-y.
Sur
le parking en surface Sam lui tendit un casque. Il prit place derrière elle, se
tenant au porte-bagages. Elle fit un démarrage sur les chapeaux de roue et il
dut s’accrocher de toutes ses forces pour ne pas tomber.
-Cramponnez vous à moi, mon général
hurla t-elle en se tournant vers l’arrière, ça va décoiffer !
-Ok Carter.
Elle
sentit les deux mains de Jack se tenir à sa taille, mais après un virage
particulièrement penché, il passa ses deux bras autour de sa taille et colla
son corps contre son dos.
Elle
le sentit, ils ne faisaient plus qu’ un avec la machine, Elle se laissa griser
par la vitesse, et la présence de Jack dans son dos et ne ralentit qu’ à
proximité de la rue de Jack. Déjà pensa
t-il, je crois que je serais aller au bout du monde avec elle !
-Vous conduisez toujours aussi vite
Carter ? demanda t-il.
-Non mon général, mais là j’avais envie
d’un peu de vitesse.
-Et les contrôles vous connaissez ?
-Oh mon général, pour une fois que je
m’ amuse un peu !
-N’en faites pas une habitude Carter, je
n’ai pas envie de vous retrouver à l’hôpital, ou pire encore.
Il
était vraiment inquiet pour elle. Elle le sentit et en fut émue.
2ème partie
Le
métro aérien dominait la ville de Chicago. D’un côté le lac Michigan immense se perdait à l’ horizon, et de
l’autre côté la ville tentaculaire avec ses gratte-ciels et ses rues
grouillantes de monde.
Dans
un bruit d’enfer le métro plongea dans les entrailles de la ville.
-C’est le prochain arrêt je crois dit
Daniel en consultant son plan.
Il
se retrouvèrent dans un quartier populaire et bruyant pas loin de l’hôpital du
Cook County. Deux rues plus loin ils
étaient arrivés. C’était un quartier calme, une rue un peu à l’écart avec
quelques maisons ouvrières entourées de
jardinets, plus loin de grands
immeubles. Un anachronisme ces petites maisons dans un tel quartier.
-N° 1532 nous y sommes dit Teal’c.
La
maison familiale des Market avait été vendue après le décès de Paul, les
parents qui venaient de perdre leur fils unique avaient préféré changer de
quartier. Ils s’étaient retirés dans une petite ville à quelques kilomètres de
Chicago.
-Que cherchons-nous Sam , puisque nous
savons que ni les Market, ni les O’Neill n’habitent plus ici depuis
longtemps ?
-J’ai fait une recherche approfondie
des habitants du quartier. Il y a une voisine qui habite toujours ici. Elle
avait un fils du même âge que Paul et le général. Je vais rendre une petite visite à cette dame.
Daniel
et Teal’c se jetèrent un coup d’œil surpris.
-Sam, vous avez dit « je vais » ?
-En effet Daniel, je voudrais que vous
et Teal’c fassiez une petite enquête de voisinage auprès des gens du quartier
qui auraient pu connaître les Market.
-Que se passe t-il ? Jack vous a
demandé quelque chose en particulier interrogea Daniel un peu surpris.
Le
regard de Sam se fit plus dur.
-Non, mais je suis en mission Daniel,
et pas sous les ordres du général O’Neill, mais sous ceux du général Carrey.
Daniel
trouvait que le comportement de Sam était étrange, mais quand elle faisait ces
yeux là, il valait mieux ne pas insister.
-Venez Teal’c dit-il, allons visiter le
quartier.
La
sonnette résonna longuement dans la maison. Une dame aux cheveux blancs ouvrit
la porte. Elle devait avoir plus de 75 ans. Après que Sam lui eut expliqué le
but de leur visite, elle la fit entrer.
Elles
traversèrent un couloir sombre et débouchèrent dans une petite salle à manger
au papier peint fleuri et délavé, aux meubles surchargés de bibelots et de
cadres. Un gros matou gris dormait dans
un fauteuil. Une porte fenêtre donnait sur un jardinet où les mauvaises herbes
et les fleurs sauvages s’étaient taillées la part du lion.
-Vous regardez mon pauvre jardin,
dit-elle avec tristesse, mais maintenant avec mes rhumatismes…
La
vieille femme avait les yeux dans le vague.
-Madame Naymith ?
-Oh excusez moi qu’est que ce que vous
voulez savoir ?
-Vous avez connu les Market et les
O’Neill autrefois, n’est ce pas ? demanda t-elle doucement.
-Oui, mais avant puis-je vous offrir du
thé ? dit-elle. De toute façon, je m’en fais une tasse.
-Volontiers, merci.
Madame
Naymith s’affaira en cuisine et revint quelques minutes avec le plateau du thé.
Elle fit le service en silence. Elle
prenait tout son temps et Sam ne voulait pas la brusquer. Madame Naymith était
une vieille femme seule, qui ne devait pas avoir beaucoup de visite.
Elle
but quelque gorgée de sa boisson chaude et elle commença son récit.
-Nous sommes arrivés mon mari et moi en 1956, nous venions de nous marier.
Les maisons étaient neuves et tous les occupants du lotissement arrivaient en
même temps. Nous avons donc fait connaissance
des O’Neill qui occupaient la maison à gauche de la notre, et des Market
qui occupaient la droite.
Je
me suis tout de suite liée avec Clara O’Neill, c’était une jeune femme très
gaie, elle travaillait comme vendeuse dans un magasin de vêtements, et son
mari, un homme massif et plus rude était
métallurgiste. Il n’était pas d’un abord très agréable, mais gagnait à être
connu. John Market et Lisbeth étaient tous les deux instituteurs.
Entre
1957 et 1965 nous avons eu trois
enfants, trois également chez les O’Neill, et un seul chez les Market. Les
aînés de chaque famille étaient à peu près tous du même âge, et jouaient
souvent ensemble. Les jardins à
l’arrière étaient fermés juste par une petite clôture que les enfants
escaladaient. Ils se retrouvaient ainsi souvent chez moi et venaient jouer le
soir après l’école, le week-end ou
pendant les vacances. Mme Naymith
s’arrêta un instant pour boire une gorgée de thé.
-Et les enfants s’entendaient bien ?
-Oui très bien, en fait ils étaient
très différents tous les trois. L’aîné de la bande était Jon, ou Jack, il
préférait qu’on l’appelle Jack. C’était lui qui dirigeait tous les jeux, Adrian
et Paul suivaient. Paul était un enfant très doux et il admirait Jack. Même
quand il était plus âgé il l’a toujours admiré.
Adrian lui suivait mais n’était pas le dernier à faire des bêtises.
-Vous semblez regretter cette époque
Mme Naymith.
-C’était le temps de ma jeunesse ! que
voulez vous ! dit-elle en souriant.
-Que s’est –il passé ensuite demanda
t-elle, que sont-ils devenus ?
Madame
Naymith se rembrunit :
-C’était la fin des jours heureux. Il y
a eu un drame chez les O’Neill quand Jack a eu dix ans. Il avait la garde de
son petit frère Jimmy. Le petit était sorti
sans que personne ne le voie. Quand Jack a
commencé à le chercher, l’enfant était déjà au bord du trottoir et
s’apprêtait à traverser.
Jack
a hurlé, mais il ne l’ a pas entendu. Je suis sortie de ma
maison quand j’ai entendu le bruit de la
voiture. C’était trop tard, Jack tenait
dans ses bras son petit frère couvert de
sang. Il était mort sur le coup.
-Oh mon dieu ! dit Sam d’une voix
étouffée.
La
vieille dame s’arrêta de parler, les sanglots l’étouffaient. Sam vint s’asseoir
à côté d’elle et lui prit la main, des larmes aussi brillaient à ses yeux.
Madame Naymith continua d’une voix tremblante :
-La police est arrivée, le chauffard
s’était enfui. Ils ont appelé à leur
travail les O’Neill, qui sont venus très vite.
Tout le quartier était sous le choc, nous formions une grande famille,
avec les O’Neill, les Market et les autres voisins.
Jack
est resté longtemps immobile au bord du trottoir en état de choc. Il avait tout
vu, mais n’avait pas pu courir assez vite pour empêcher son frère de se jeter
sous la voiture.
Personne
ne s’occupait de lui, je me souviens l’avoir pris par le bras, et je l’ai
conduit chez moi. Il ne disait pas un mot. Je l’ai lavé, il était couvert de sang, je lui ai donné des
vêtements d’Adrian qui était un peu plus petit que lui. Je le reverrais toute
ma vie, cet enfant planté dans mon salon
avec un pantalon trop court. Figé, raidi, les yeux grands ouverts qui ne
cillaient pas, le regard dans le vide. Alors j’ai fait la seule chose que je
pouvais, le prendre contre moi et le serrer bien fort. Tous ses muscles étaient
tétanisés par la douleur, c’était comme un corps sans vie que je tenais dans
mes bras. Finalement il a passé ses bras autour de mon cou, s’est cramponné à
moi, comme à une bouée de sauvetage, et les larmes sont venues lui apportant un
bref soulagement.
Madame
Naymith parlait lentement, s’arrêtant souvent dans un récit hachuré l’émotion
la submergeant par instant.
-Quand il a recommencé à parler ce fut
simplement pour dire : « C’est ma faute, j’ai tué mon petit frère ». Puis il est sorti de chez moi et au lieu de
rentrer chez ses parents , il est parti. Il a erré dans toute la ville pendant
plusieurs jours. Quand on l’a ramené chez lui, j’ai cru que son père allait le tuer.
Il l’a violement frappé, personne ne pouvait le calmer. Monsieur O’Neill était
un homme très grand et très fort physiquement. L’enfant a supporté la raclée
sans rien dire, sans une plainte. Mais depuis ce jour le malheur s’est acharné
sur cette famille.
Son
père qui travaillait dans une usine automobile a été licencié. Le bruit a couru
que c’était pour faute et qu’il s’ était
présenté ivre sur son lieu de travail, et qu’il aurait agressé un des
contremaîtres, il est passé en jugement
et a écopé d’une très grosse amende qui a mis la famille sur la paille.
Monsieur O’Neill s’est mis à boire de plus en plus, il devenait violent avec sa
femme et ses enfants. Clara venait souvent s’abattre chez moi, en larmes et le
visage et le corps marqués de coups. Les enfants aussi en ont beaucoup souffert.
Ils ont grandi dans la peur. Que de fois je les ai recueillis chez moi car les
parents ne s’en occupaient plus. Clara pour faire bouillir la marmite avait
pris un deuxième emploi tandis que son mari continuait à sombrer dans l’alcool
et à violenter sa famille. Les résultats
scolaires des enfants sont tombés en chute libre. La petite Kathy a mieux
négocié sa scolarité que Jack qui s’est fait renvoyé de plusieurs collèges et
prenait la raclée à chaque fois. Son père le frappait violement avec un
ceinturon. A chaque fois j’appelai la police, les enfants me faisaient pitié.
Les services sociaux sont passés plusieurs fois, mais personne n’a jamais rien
fait pour retirer les enfants à ce père violent.
Madame
Naymith fit une pause dans son récit, elle se servit une autre tasse de thé et
en proposa à Sam qui refusa.
-En quelques mois monsieur O’Neill
était devenu une épave, poursuivit madame Naymith. Il a fait une cure de désintoxication et les
choses ont paru aller un peu mieux mais
malheureusement cela n’a pas duré.
Sam
bouleversée par le récit de la vieille dame en avait oublié son objectif
premier, enquêter sur la mort de Paul
Market.
Le
passé douloureux de Jack se dévoilait devant elle. Elle avait l’impression de
faire quelque chose de mal, de violer son intimité à son insu. Mais tout ce qui
touchait Jack l’atteignait profondément. Elle faisait cette plongée dans le
passé douloureux de son chef , les
larmes aux yeux, sans pouvoir se retenir.
Malgré
tout, elle revint à sa mission et aiguilla la conversation sur Paul.
-Et que faisait Paul, il voyait
toujours Jack ? demanda t-elle.
-Oui ils se voyaient toujours tous les
trois, mais Jack était devenu un garçon violent, il avait beaucoup changé et il
a commencé à faire des bêtises. Il devenait un mauvais exemple pour les autres
enfants. Il s’est fait arrêté plusieurs
fois et fut présenté devant le juge pour enfants. Mais vu son jeune âge il
était relâché à chaque fois.
-Qu’est devenu Paul Market, il a fait des études ?
-Oui il est rentré à l’armée comme Jack
et Adrian. En fait Jack a été obligé, c’était l’armée ou la prison. Le juge lui
avait laissé le choix lassé de le voir si souvent dans son tribunal. Il a
choisi l’Air Force. Je me souviens comme
si c’était hier du jour où il est venu me dire au revoir dit Madame Naymith
avec un sourire. C’était un si beau jeune homme ! Comme mon Adrian.
-Et votre fils ? il a fait carrière
dans l’armée ?
-Il n’en a pas eu le temps, il est
décédé d’un cancer le jour de ses vingt
huit ans sanglota Madame Naymith dans son mouchoir.
- Je suis désolée dit Sam, émue.
Elle
lui laissa le temps de reprendre ses
esprits et lui demanda si elle savait
quelque chose sur la mort de Paul Market.
-Non, j’ai su que son avion avait été
descendu au dessus de l’Irak. Il laissait une femme et un adolescent de
quatorze ans. C’est à ce moment là que ses parents ont vendu leur maison, ils
avaient trop de souvenirs dans ce quartier.
-Et qu’est devenue la famille O’Neill ?
-Kathy a fait comme son frère, elle est
partie le jour de ses dix huit ans.
Depuis j’ai su qu’elle s’était mariée et qu’elle avait eu deux enfants. Mais
elle n’ habite plus Chicago, et je ne l’ai pas revue. Les parents se sont
séparés et ont vendu la maison. Voilà tout ce que je peux vous dire, ce n’est pas
beaucoup, hélas ! ajouta t-elle.
-Détrompez vous madame Naymith , vous
m’ avez appris beaucoup de choses.
Les
yeux de la vieille femme se mirent à briller.
-Dites moi, Vous m’avez dit tout à
l’heure que vous êtes dans l’armée
? vous devez savoir ce qu’est devenu
Jack, j’aimerai tant le revoir, c’est un peu comme mon fils.
Le
cœur de Sam se serra en entendant ces paroles, Le général, était amnésique et
ne se souvenait plus d’elle certainement.
-Oui, je le sais dit-elle en souriant,
il est général !
-Général ! Oh ! Je suis si contente
pour lui ! Si vous pouviez le joindre,
vous lui direz que je pense toujours à lui ?
-Je vous le promets madame Naymith, dit Sam gravement.
Daniel
l’aperçut comme elle sortait de chez Madame Naymith. Elle marchait lentement et
venait vers eux, perdue dans ses pensées.
Elle
avait les yeux rouges de quelqu’un qui a pleuré, et était blanche comme un
linge.
-Sam ? dit Daniel, ça va ?
-Oui, je vais bien .
-Que s’est-il passé vous êtes toute
pâle ?
-Je vous dis que je vais bien dit-elle
en raffermissant sa voix.
Sam
ne voulait rien dire. Elle pensait qu’elle n’en avait pas le droit. L’enfance
torturée de jack n’appartenait qu’à lui. C’était son secret et avec elle, il
serait bien gardé.
Daniel
l’observait attentivement :
-Vous avez trouvé quelque chose ?
-Non pas vraiment. Madame Naymith ne
sait rien d’autre que la version officielle, et vous de votre côté enchaîna
t-elle rapidement.
-Nous avons fait chou blanc dit Daniel.
-En effet colonel Carter, il n’y a plus
personne dans ce quartier qui ait connu les Market.
Tout
en se dirigeant vers le métro Daniel observa :
-Vous êtes restée plus d’une heure chez
elle, que vous a-t-elle raconté ?
Sam
se sentait agacé de l’insistance de Daniel mais elle le cacha.
-Vous savez, c’est une vieille dame
très seule, elle m’a tout simplement raconté sa vie.
-Oh je vois ! et elle vous a parlé de Jack ? dit-il avec
curiosité.
-Non, pas du tout, mais beaucoup de son
fils. Figurez-vous qu’il était lui aussi dans l’Air Force et qu’il est mort
d’un cancer à vingt huit ans.
-Pauvre femme dit Daniel.
-Oui elle est très seule, son mari est
décédé il y plusieurs années.
Le
retour se fit en silence jusqu’à l’ aéroport. Sam se demandait ce qu’elle
allait dire au général Carrey. Elle ne lui avait fait part d’aucune de ses
découvertes, mais elle avait enfreint les règlements et les protocoles pour
accéder à ces données. Ce qu’avait fait Jack dans les Black Ops était
strictement confidentiel, et normalement n’existait même pas. Les quelques
lignes qu’elle avait décryptées n’auraient même jamais du être dans les
dossiers. A la réflexion c’était très étonnant qu’elle ait trouvé quelque
chose. Elle pensa qu’elle devait la vérité au général Carrey.
Elle
lui demanda un entretien dès son arrivée et joua franc jeu avec lui. Elle lui
dit tout, les dossiers secrets, le nom de code de Jack, ce qu’il avait fait, et
sa visite à la voisine des familles
Market et O’Neill.
-Une bien maigre moisson mon général
dit-elle.
–Je ne suis pas d’accord avec vous colonel,
nous savons maintenant que le fils du major Market est venu venger son père.
-Mais comment a-t-il pu apprendre que
c’était le général O’Neill qui avait tué son père ?
-Sans doute de la même façon que vous,
c’était peut être un mauvais militaire mais un excellent informaticien.
-Naturellement, je n’y avais pas pensé
mon général. Comment va le général
O’Neill ?
-Il retrouve peu à peu la mémoire, sauf
la période qui a précédé son agression.
-C’est une bonne nouvelle ! dit Sam en
souriant.
Rien
n’aurait pu lui faire plus plaisir de savoir que le général O’Neill allait mieux.
**********
Jack
s’allongea sur son canapé, il ferma les yeux et essaya de se concentrer. Il
pensait avoir retrouvé intégralement la mémoire, cependant le visage de
l’auteur de son agression lui échappait . Il plongea dans ses souvenirs
essayant de mettre de l’ordre dans sa
mémoire fragmentée.
Chicago… la maison de ses
parents…. Sa chambre… Les trois jardins qui se touchent. Sa maison est au
milieu. Adrian Naymith, Paul Market. Oui il se souvient de Paul. Un enfant un
peu timide qui ne parle pas beaucoup, obéit facilement. Il le prend
sous son aile, car l’enfant est craintif. C’est vrai qu’il le protège !
Paul a peur d’aller tirer les sonnettes, il court moins vite, rouge et
essoufflé, et c’est lui qui se fait piquer !
Cathy sa sœur, une chipie qui
cafte comme elle respire. Sa mère , son parfum, ses robes de coton fleuri, son
sourire, son beau visage de madone.
Jimmy, la petite boule toute
ronde qu’il aime prendre dans ses bras, il le fait tournoyer au dessus de sa
tête, l’enfant rit aux éclats.
La voix grave du père :
-Jonathan ! laisse ton frère tranquille.
Il file doux, les taloches
sont dispensées généreusement mais toujours avec justice.
Adrian , le petit voisin est
toujours avec eux. Jack l’aime bien, il invente toujours des nouveaux jeux
passionnants, ils font des bêtises
ensemble, des trucs de gosse qui ne font rire qu’eux-mêmes. Piquer les
vêtements de la voisine sur sa corde à linge, ou vider la bouteille de lait de
la vieille grincheuse d’en face et le remplacer par de la peinture blanche,
guetter les hurlements de la vieille et s’enfuir en riant comme une volée de
moineaux.
Jimmy, son sourire, son rire
cristallin, ses mots hésitants, sa petite voix douce, le bel enfant blond…
Un jour comme les autres, un
jeu stupide qui les accapare et voilà que l’enfant devenu tout à coup
silencieux, disparaît. Quatre ans et une envie folle de découvrir le monde,
innocent, inconscient du danger ! Il sort dans la rue, n’entend pas le
hurlement de Jack, le choc, un horrible bruit, un crissement de pneu, la
voiture redémarre à toute vitesse et disparaît. L’enfant est au sol. Jack
s’agenouille près de lui, le visage du petit est en sang, il voit tous les détails
de la blessure, la tête a heurté le sol avec une telle violence que le sang a
giclé. Jack le touche, il le prend dans
ses bras, il veut crier mais aucun son ne sort de ses lèvres. Après c’est le
trou, il a oublié. Il est dans les bras de
Marie Naymith, il pleure.
Chez lui, il ne veut pas y
retourner, son père le tuerait. Il s’enfuit, va en ville à pied, se cache dans
des trous, vole des fruits à l’étalage. Il erre dans toute la ville, atteint
des quartiers qu’il ne connaît pas, et échoue au bord du lac. Il reste ébloui,
il se croit au bord de la mer. Il perd la notion du temps, la nuit tombe, il a
peur , il a dix ans, il appelle sa mère, c’est un petit garçon perdu qui vient
de tuer son petit frère, il le sait, c’est lui, c’est comme s’il l’avait poussé
sous la voiture. Il ne veut pas rentrer.
C’est le 15 juin 1967, sa vie
vient de basculer, il ne sera plus jamais le même. Son enfance vient de se
terminer dans un bain de sang.
La police le ramène chez lui
quelques jours plus tard. La maison est dans le noir, les volets sont fermés,
les rideaux tirés.
Il atteint le salon, ses
parents sont sur le divan, assis bien droit, ils se tiennent la main, leurs
yeux sont grands ouverts et n’ont plus de larmes. Cathy est assise par terre la
tête sur les genoux de sa mère, elle le regarde par en dessous méchamment. Il
est figé, sale, les vêtements déchirés. Personne ne se lève pour le prendre
dans ses bras. Il fait un pas vers sa mère, mais le regard de Clara est fuyant,
il comprend qu’elle ne lui pardonnera jamais ce qui est arrivé. Le cœur de
l’enfant se déchire, mais lui non plus
ne pleure pas.
Alors son père se lève et
froidement il le frappe en silence, sans un mot, une claque , puis une autre.
Une colère froide le soulève . Puis c’est le ceinturon à la boucle de métal qui
l’atteint en pleine poitrine. Il se recroqueville, protège sa tête de ses deux
bras. Les coups pleuvent, il est au sol,
petit tas de vêtements sales, de sang, et de douleur. La boucle glacée
de son cœur enfle encore un peu plus.
Le plus terrifiant c’est le
silence de cette scène, personne ne dit un mot, personne ne crie, pas même
l’enfant battu. Il ne se plaint pas , il supporte la raclée, il la mérite.
C’est dans l’ordre des choses.
Puis les jours défilent gris
et identiques. Plus de rires d’enfants dans les maisons et les jardins. La
douleur de la famille O’Neill les a éloignés de leurs voisins. Seuls les
Naymith et les Market leur restent fidèles.
Le père n’a plus de travail,
il ne pense qu’à remplir son verre et y faire disparaître son chagrin. Il se
met à haïr son fils et se déteste pour
cela. Il en veut à la terre entière. Plus il le frappe, plus sa colère
enfle, plus il boit.
Un jour Jack voit sa mère
avec des meurtrissures, elle lui dit qu’elle est tombée. Il la croit, il est encore
très jeune. Puis c’est Cathy qui a un gros bleu sur la tempe. Cathy qui le
déteste et épie derrière la porte quand elle voit son père défaire sa ceinture. Elle accuse Jack de tous
les maux, c’est sa faute, il a gâché sa vie à elle aussi.
Jack commence à faire des
bêtises, il fugue, il vole, il fait l’école buissonnière, il fume, il boit, il
se durcit, il fait du sport. Il sait se battre maintenant, il fait tomber des
plus grands et des plus forts que lui. Le maniement du couteau n’a plus de
secrets pour lui, il grandit, il se muscle, il devient rebelle à toute
autorité.
Sa scolarité est épisodique,
mais sa vive intelligence lui permet de combler quelques lacunes. Il passe des
nuits entières dans son repère, un toit plat d’une maison. Là, il s’allonge sur
le dos et regarde les étoiles. « Un jour j’irai, pense t-il plein d’espoir ».
Le lendemain il oublie son
rêve, confronté à la dure réalité de la rue.
Il devient chef d’une bande
de vauriens, il a quinze ans et en parait beaucoup plus, sa voix devient grave,
c’est déjà un homme.
La bière, les filles, les
bagarres, la défense de son territoire, le petit monde de Jack est restreint,
il en oublierait presque son rêve d’étoiles.
Depuis qu’il est devenu aussi
grand que son père, il le contre, il se battent sous les yeux horrifiés de
Clara. Quelquefois Jack a le dessus,
c’est son père alors qui quitte la maison pour oublier au fond d’un verre,
toute la misère de sa vie, et qu’un jour il a eu un enfant blond au rire plein
de joie. Jack s’ occupe de sa mère, il la pousse au divorce. Elle refuse. Il
hausse les épaules « si ça te plait de te faire battre…., en tout cas moi, il
ne me touchera plus jamais ! »
Son couteau, il l’a toujours
dans sa poche, c’est un cran d’arrêt avec un manche en ivoire sculpté. Il l’a
volé dans une armurerie, il ne le quitte plus.
Les armes à feu, il connaît
bien aussi. Il sait très bien viser, et tirer, et ne rate jamais sa cible. Les
autres le savent. Ils lui obéissent.
Il se fait arrêter, vraie tête de pioche, il regarde le juge sans
ciller. Celui-ci l’envoie en prison pour quinze jours. Deux mois plus tard
rebelote. A la cinq ou sixième fois le juge tape du poing sur la table. Il
cherche à comprendre pourquoi ce gamin de bientôt dix huit ans gâche sa vie de cette façon. Il n’a même pas l’excuse
d’être un fils d’immigré. Le gosse est intelligent, un peu inculte mais
intelligent. Il le prend entre quatre yeux.
-Mon garçon, avec ce que tu viens de faire
c’est trois ans de prison minimum ! Si tu continues comme ça tu seras plus
souvent derrière les barreaux que dehors.
Jack a l’habitude du discours
du juge, il l’engueule à chaque fois. Il écoute distraitement, de toute façon,
il ira en prison. Alors à quoi bon ?
Silence. Le juge a fini sa
phrase, Jack relève la tête et attend qu’on lui remette les menottes. Le regard
du juge se fait insistant, Jack se redresse de toute sa taille, machinalement
il tâte sa poche, le couteau n’est plus là bien sûr, on le lui a pris. Le
silence et le regard du juge lui pèsent. Il se trouble. C’est pire que des
mots, cela le touche, il s’agite, commence à marcher.
-Qu’est ce que tu veux faire dans la vie ?
-J’sais pas.
-Tu aimes la prison ?
-Non. Il répond sèchement. Il a beau crâner, la prison, il
déteste.
-Je te propose une chose, un choix !
Jack est surpris, c’est bien
la première fois qu’on lui donne le choix.
-Mais réfléchis bien, c’est ta dernière chance.
Jack ouvre de grand yeux,
mais que voulait ce juge ?
-Le choix est le suivant : l’armée ou la prison.
Au mot « armée », Jack tressaille, l’
armée, c’est la discipline, marcher au pas, obéir, faire tout un tas de chose
qu’on pas forcément envie de faire. C’est perdre sa liberté !
-Je peux réfléchir… ? monsieur le juge ajoute t-il.
-Tu as une minute.
-Une minute, c’est pas assez !
-Tu perds du temps, il te reste trente secondes.
-Je peux poser une question ?
-Bien sûr !
-Je peux choisir dans quelle arme ?
Le juge a un fin sourire, le
garçon est ferré.
-Naturellement
-L’Air Force dit Jack d’un ton décidé. Je veux voler !
Voilà c’est fait, il a signé.
Il quitte sa maison, sans un
adieu, sans même embrasser sa mère. Il s’arrête chez Mary Naimyth lui dire au
revoir. Il tourne le coin de la rue, il ne se retourne pas.
Sa vie vient de changer une
nouvelle fois.
Des pas derrière lui !
-Jack attend moi.
C’est Paul.
-Je pars avec toi.
Jack le regarde durement
-J’ai pas besoin de toi, je pars à l’armée.
-Alors moi aussi !
-T’es trop jeune !
L’ascendance de Jack est
telle sur le jeune homme qu’il ne
discute même pas. Jack voit la déception sur le visage de son ami.
-Dans deux ou trois ans !
-Oui ! je viendrai dit le jeune Paul les yeux brillants.
Paul rejoint l’ armée, il
rentre à l’académie trois ans après Jack. Ils sont de nouveau amis. Ils se
voient tout le temps.
Jack a changé. Il s’est
calmé. La vie militaire lui va bien. Au début il fait quelques séjours au
mitard, mais comprend vite qu’il ne doit pas laisser passer sa chance.
Il fait tout pour ça,
travaille comme jamais il ne l’a fait avant
**********************
Les
analyses de la lettre anonyme étaient revenues. Il n’y avait aucune empreinte.
Sam était un peu déçue, mais elle s’y attendait. L’enquête piétinait.
La
culpabilité du fils de Paul Market n’était que supposition. Il était en ville
certes, mais cela n’en faisait pas un coupable.
Sam recevait régulièrement les comptes-rendus des
soldats chargés de surveiller le jeune homme. Il habitait une petite chambre,
était en permission pour plusieurs semaines. Sam, Daniel et Teal’c décidèrent
de lui rendre une petite visite. Ils profitèrent de ce que le jeune homme était
sorti.
La
chambre était presque vide. Un lit, une table avec du matériel informatique
performant, des manuels. En somme de quoi pirater le pentagone en toute
tranquillité.
Sam
s’installa à la table et fit quelques recherches. En une demi heure elle
retrouva ce que Julian avait voulu dissimulé.
-Pas très malin dit Daniel penché pour
voir ce que faisait Sam.
-Nous emportons le disque dur. Il aura
une petite surprise en rentrant. S’il vous plait dit-elle au lieutenant Silers,
emportez ça à la base et déposez le directement dans mon labo.
-A vos ordres mon colonel.
-Et nous Sam on fait quoi ?
-Nous attendons ce monsieur
tranquillement dans la voiture. Dès
qu’il s’approche de la maison, on le coffre. Teal’c, vous vous en
occuperez ?
-Avec plaisir colonel Carter.
Teal’c
n’avait pas du apprécié que O’Neill se fasse attaquer chez lui lâchement par
quelqu’un qu’il connaissait.
-En douceur ! dit Sam en
souriant !
-Absolument.
Le
jeune homme était en cellule depuis plus d’une heure maintenant, et il
commençait à avoir chaud. Les personnes qui l’avaient arrêté n’avaient pas
donné de raisons. La jeune femme s’était présentée comme le colonel Carter. Les deux autres
n’avaient rien dit. Le grand avec un bonnet sur la tête l’avait pris par le
bras avec une telle force qu’il n’avait pas pu bouger. On l’avait conduit dans
la base souterraine de Colorado Springs. Il n’y était jamais allé mais savait
par sa mère que c’était là que travaillait O’Neill.
A
l’évocation de ce nom une bouffée de haine l’envahit. L’assassin de son père.
Il en avait eu la preuve en ayant accès à des fichiers codés qu’il avait réussi
à décrypter sans difficulté. Il espérait avoir effacé correctement les traces
de son passage. Il faudrait un rudement bon informaticien pour arriver à les
trouver. Il était inquiet car il n’ était pas le meilleur hacker de la planète.
Il se savait loin dans les entrailles de la
montagne. La peur le rendait nerveux. Il ne savait pas s’il avait tué O’Neill
ou pas. La mise en scène qu’il avait faite était excellente, mais ils n’avaient
pas dû être dupes, sinon, il ne serait pas là à se morfondre dans cette
cellule. Etre aux mains des militaires était la pire chose qui pouvait lui arriver.
Avec son dossier chargé, c’était la cour martiale assurée.
Il
en était sûr qu’ils lui feraient porter le chapeau ! Il essuya la sueur qui coulait de son
front ! qu’est ce qu’il faisait chaud ici !
Une
heure plus tard la porte s’ouvrit et
Carter entra.
-Alors jeune homme rien à dire ?
-Je sais pas pourquoi je suis là !
dit-il d’un ton rogue.
-Je vais vous le dire dit Sam
froidement, vous êtes accusé de l’assassinat du général O’Neill.
Julian
se troubla :
-Ce n’est pas moi !
-Nous avons des preuves.
-Quelles preuves ? dit Julian le
regard fuyant.
-Nous vous suivons depuis quelques
temps, et nous avons vu votre mère.
Julien
devint tout rouge :
-laissez ma mère en dehors de tout
ça !
-C’est pourtant à cause d’elle que vous
avez tué le général ! Elle a bassiné votre enfance de regrets et de haine
vis-à-vis du général O’Neill !
-C’est normal ! C’est lui qui l’a
tué !
-Comment vous savez ça ?
-je ne dirais plus rien dit Julien en
colère, je veux un avocat !
-C’est entendu dit Sam froidement.
Elle
posa ses deux mains sur la table et se pencha comme pour l’intimider :
-Vous avez intérêt à en choisir un
bon !
-A propos dans votre message vous
parlez de la petite copine du général,
vous n’avez pas intérêt à lui avoir fait du mal !
Le
jeune homme la regarda en ricanant :
-Ya pas de danger, c’est toi la
pouffiasse !
-Qu’est ce que vous avez dit !
Il
avait fallu à Sam toute sa force de
retenue pour ne pas sauter à la gorge du déplaisant jeune homme.
Il
avait vu qu’elle était décontenancée et voulut s’engouffrer dans la brèche.
-Si tu crois que je n’ai pas remarqué
ton petit manège, ça fait des semaines que je vous observe, et de très près
même ! Un petit télescope bien placé et voilà la maison de ton général
sous surveillance ! Tu avais l’air de bien t’amuser !
Sam
était outrée, comment osait-il les salir, elle et O’Neill !
-Je vous défends de me
tutoyer !
-Alors là ma belle ! je fais ce
que je veux !
Sam
le prit par le col de sa veste et le plaqua contre le mur, elle posa sa main
sur sa gorge et commença à appuyer. Il devint tout rouge.
-Tu t’excuses et je lâche !
Il
bredouilla quelques mots se terminant en « use » Sam accepta cela comme des excuses et le
laissa. Il toussa mais eut le bon goût de se taire.
-Un excellent avocat ! redit Sam
les dents serrées, vraiment excellent !
Ton cas s’aggrave !
Elle
sortit de la cellule le cœur
battant, elle détestait les interrogatoires, les mensonges, les
insultes. Ce jeune homme était méprisable, fuyant comme une anguille, menteur
et affabulateur. Qu’avait-il bien vu ? puisqu’il ne s’était jamais rien
passé entre elle et le général ! Jamais rien !
Elle
se souvint il y a trois semaines ils étaient chez lui, leur petite soirée
hebdomadaire. Daniel avait failli mourir en mission ce jour là, c’était moins
une, elle avait eu très peur. Le soir elle n’arrivait pas à se détendre et Jack
l’avait prise dans ses bras pour la consoler, juste la consoler, elle avait
posé sa tête sur son épaule une seconde ou deux ! pas plus.
Etait-ce
cela qu’il avait vu , et mal interprété ? Sans doute ! Elle avait beau chercher elle ne voyait rien
de plus et cela s’était produit une fois, une seule petite fois. Ils ne
s’étaient même pas embrassés !
**********
Les souvenirs affluaient comme des
vagues qui se chevauchaient. Des bribes, des impressions, des mots, des
visages. Tout se mettait en place, se structurait. Le passé recomposé.
A l’armée Jack travaille. Il
apprend à piloter, son rêve ! Les étoiles se rapprochent ! Son
instructeur le modère, il doit d’abord apprendre correctement avant de se
lancer seul dans un chasseur !
L’hélicoptère aussi, et les
armes. Toutes sortes d’armes. Pour la première fois depuis sa petite enfance
Jack est bien, il oublie…un peu.
Il,travaille sa musculature,
sa poitrine s’élargit, il épuise sa force dans de longues courses haletantes.
Quand le soir il s’écroule après une journée bien remplie, il se sent le cœur
en paix.
Quatre ans plus tard il sort
de l’académie avec les honneurs, diplôme en poche. Brevet de pilotage,
chasseurs, hélico . Il est expert en maniement des armes, P90,
HK 91, Beretta… C’est un tireur d’élite.
Sa carrière débute, bien , il
monte en grade rapidement. Mais il ne choisit pas la voie facile, classique.
Les Blacks Ops lui tendent les bras. Il a le profil : de l’intelligence,
une violence contenue et un parfait sang froid, un sens aigu des
responsabilités, une force de caractère peu commune. C’est le candidat idéal,
il aime le danger. Il accepte.
L’entraînement est terrible,
violent. Il va jusqu’au bout de lui-même. On lui demande toujours plus, des
efforts sans cesse renouvelés.
On l’entraîne à résister au
froid, à la chaleur, à la faim à la soif,au manque de sommeil, aux lavages de cerveau, à la torture !
Tout cela il le fait et même très bien.
Puis ce sont les premières
missions, seul ou en groupe de trois ou quatre. C’est dangereux, ils sont
seuls, ne sont couverts par aucune loi, aucun gouvernement.
Il fait de tout, de
l’enlèvement, démantèlement de réseau, maniement d’explosifs, assassinat.
Il réussit toutes ses
missions et se croit invincible. Une fois il a relâché sa garde, il ne le fera
plus, il l’a payé très cher et a failli mourir.
Sept ans de cette vie de
violence et de dissimulation le transforme, il n’est plus le même homme, il se
durcit encore.
Il rencontre Sarah au cours
d’une permission, elle lui demande d’arrêter les missions spéciales, c’est trop
dangereux. Il accepte, de toute façon, il est grillé sur le terrain, obligé de
rentrer.
Il se marie en octobre, et
passe une année entière en psychothérapie. Il faut le déprogrammer, et il doit
réapprendre la vie normale. Mais il n’y arrivera jamais complètement, c’est
trop ancré en lui.
Un jour c’est le miracle,
émotion, mains qui se tendent, mains qui tremblent, les même qui ont tué tiennent une petite chose rougissante et
criarde, qui vient de naître, un amour
de petit garçon.
Non, ce n’est pas Jimmy,
c’est Charlie.
Pour l’enfant blond ou grâce
à l’enfant blond, il change, il s’adoucit, c’est son rayon de soleil !
Paul trahit ! Jack ne se
doute de rien. Un jour il a eu un
contact comme il avait quand il était dans les Black Ops. On lui apporte des
preuves, Paul trahit pour de l’argent. Il joue et perd beaucoup. Il n’a pas le
droit de lui en parler.
On l’oblige à une dernière mission.
Oui ce sera la dernière : Paul doit disparaître.
Jack refuse. Il ne peut pas
tuer son ami. Il n’a pas le choix, on le menace, lui sa femme et son fils. Jack
est en colère, il est devenu vulnérable. Il sait qu’il ne peut pas refuser
cette dernière mission.
Un soir de 1991 au début de
la guerre ils sont basés à Dubaï. La nuit tombe sur le désert, entre les
maisons blanches Jack se cache. Paul est au milieu d’un groupe de soldats. Il le voit dans son
viseur, il faut faire vite.
Le cœur qui cogne, la main
qui tremble… Profonde respiration, il faut le faire avant que d’autres soldats
meurent par sa faute. Comment en est-il arrivé là ? Jack culpabilise, il n’a rien vu ! Ce
n’est pas le moment de se poser ces questions.
La silhouette là bas à deux
cents mètres bouge. Maintenant !
Jack, maintenant !
Le doigt se crispe sur la
détente, respiration profonde, les poumons se remplissent d’air, il fait le
vide dans sa tête. La cible juste la cible. Il appuie, il tire. La rafale a
jailli dans la nuit. C’est la panique dans le petit groupe, Paul est à terre.
Personne ne parle. Il est mort. Jack cache son arme, il a l’habitude, il sait
ce qu’il faut faire.
Il va vers le groupe. Paul gît dans une marre de sang de
l’étonnement sur son visage. Jack s’agenouille et lui ferme les yeux.
Jack est vidé, son ami est
mort, son ami d’enfance.
Sa dernière mission. Mais pas
sa dernière douleur !
Quelques années plus tard, un
coup de feu dans la chambre du premier étage et c’est l’horreur ! Charlie,
son beau petit garçon ! Il s’est tué avec SON arme !
Plus rien, le vide, Jack est
mort, définitivement mort !
Sa vie va se terminer dans
quelques secondes. Il a survécu à Jimmy, il ne survira pas à Charlie.
Trop dur, trop de
souffrances…
Il est assis dans la chambre
de l’enfant, sur son lit, il pose l’arme sur sa tempe, son doigt se crispe, il
entend à peine Sarah qui l’appelle : Jack
La porte s’ouvre, il cache
l’arme, et tourne vers elle un visage aux yeux vides.
C’est le début d’une autre
vie.
Tout est revenu maintenant, tout est à sa place. Les gens qui
l’entourent, son travail, la base, les missions, les Goa’ulds. Carter, son
regard bleu sur lui, ce regard qui le fait vivre, qui le rend plus jeune, moins
idiot, moins désabusé, plus humain !
Un jeune homme pâle est venu
frapper à sa porte l’autre jour. Il le fait entrer, il se présente c’est le
fils de Paul ! L’autre l’accuse ouvertement, il a tué son père, il l’a vu
dans les fichiers, sa mère en est sûre !
Le cœur de Jack fait un
bond ! il nie, les Blacks Ops, jamais entendu parler !
Le ton monte, le jeune homme
se fâche. Jack veut le mettre à la porte, il résiste, crie des insultes, le
menace de chantage. Après c’est le vide, c’est à ce moment là qu’il a du le
frapper.
Il entame à ce moment là une
longue décente au fond du gouffre de l’amnésie, là où se sont réfugié tous ses
souvenirs.
Il
avait fini par s’endormir et il se leva de son canapé les idées plus claires.
Il prit une douche changea de vêtements et partit à la base sans même prendre
un café.
Il
lui faudrait aller voir le docteur Mac Kenzie avant de reprendre du service
passage obligatoire !
En
arrivant à la base, c’est tout juste si on ne lui fit pas un triomphe. Il
n’aimait pas les débordements et répondit juste le minimum pour rester poli.
Les marques d’amitié le gênait, les
compliments aussi, il avait toujours l’impression que ce n’était pas mérité.
La
visite médicale fut rapide, il coupa court et dit à Mac Kenzie qu’il
reviendrait, il avait hâte de reprendre son poste.
-Salut Chris dit –il en entrant dans
son bureau.
-Ah Jack ! Je suis enchanté que tu
reprennes le travail. C’est une drôle de base que tu diriges !
-Je ne te le fais pas dire dit O’Neill
en riant.
-Tu vas bien ? demanda Chris.
-Tout est OK , je sors de l’infirmerie,
je peux commencer quand je veux , mais je ne te chasse pas, ça peut attendre à
demain.
-Non dit Chris, je préfère partir
maintenant, j’ai des rendez-vous très
tôt demain à Washington. Si je pouvais partir aujourd’hui ça m’arrangerait.
-C’est entendu dit Jack. Et pour
l’enquête sur mon agression, vous en êtes où ?
-On a arrêté Julian Market, il est dans nos murs, il passera en
cour martiale. Il devrait être transféré demain.
-Bien, parfait !
-C’est bien lui, n’est ce pas ?
-Tout à fait dit Jack sèchement.
-Je suppose que tu ne veux pas m’en
dire plus dit Carrey avec un sourire en coin.
-En effet, je n’en ai pas envie, Chris,
excuse moi, mais ce n’est pas contre toi , c’est confidentiel. D’ailleurs il
sera accusé de quoi ?
-D’avoir agressé un haut gradé.
-Il ne pourra rien dire sur les
circonstances de cette agression ?
-Non, son avocat lui a fait la leçon.
Il devra dire simplement qu’il avait
trop bu et qu’il est allé te voir sous prétexte d’avoir une affectation à
Colorado Springs et que tu l’a envoyé balader, et qu’il t’a agressé à ce moment
là. Il n’a pas intérêt à dire autre chose sinon son affaire est faite. Je crois
qu’il l’a compris. De toute façon il faut que tu saches que ton ancienne équipe
est au courant.
-Je sais répondit Jack, mais je n’ai
aucun souci avec eux.
-Le colonel Carter est vraiment très
efficace, elle a fait un travail
d’enquête remarquable.
-Je n’en ai jamais douté dit jack avec
un petit sourire.
-Tu sais qu’elle a même été jusqu’à
Chicago pour parler aux voisins de la famille
Market , elle a même poussé le zèle jusqu’à interroger une vieille
dame qui habite dans la rue où tu vivais.
Le
regard de jack se fit plus dur. Qu’avait-elle fait, jusqu’où était elle allée
dans son enquête. ? Il lui avait
pourtant bien dit de ne pas le faire. Elle avait fouillé dans son passé. Cela
ne lui plaisait pas du tout.
Il
ne dit rien hocha la tête aux paroles de son ami mais ne releva pas. Quelques
secondes plus tard il détourna la conversation.
-Tu pars quand ?
-Je te laisse ton bureau, le temps que
je rassemble mes affaires dans mes quartiers et je suis dehors !
-Merci de m’avoir remplacé comme ça au
pied levé.
-Mais de rien.
Les
deux hommes se sourirent et se donnèrent une franche poignée de mains.
Chris
quitta le bureau et Jack reprit sa place dans son fauteuil.
Voilà !
il était revenu. La pile de dossiers sur le coin du bureau le fit soupirer.
Harriman
passa la tête dans l’embrasure de la porte en hésitant.
-Entrez sergent dit Jack en souriant.
-Je voulais vous souhaiter un bon
retour mon général.
-Merci Harriman. Pour le moment je n’ai
besoin de rien. Ah ! si, est ce que le colonel Carter est dans la
base ?
-Oui, mon général, elle est dans son
labo.
Resté
seul O’Neill parcourut rapidement quelques dossiers : quatre équipe
dehors, des rapports de mission, des problèmes d’intendance. Il se plongea dans
les dossiers concernant les missions, de simples explorations , missions de
reconnaissance ; personne ne devait rentrer aujourd’hui. Un bon début, tranquille pour une reprise.
Non,
il y avait un problème à résoudre tout de suite : Carter.
Il
décrocha son téléphone et la fit venir.
Quelques
minutes plus tard, elle débarquait tout sourire :
-Mon général, je suis heureuse de vous
revoir en bonne santé.
-Merci, asseyez-vous colonel.
Il
m’a appelée colonel pensa t-elle, ce sera donc un entretien officiel.
-Votre enquête ? Où en êtes
vous ?
-Julian Market n’a pas avoué, mais les
charges qui pèsent sur lui sont accablantes.
-Bien , très bien, dit-il en appuyant
sur les mots.
Regard
surpris de Sam :
-Il y a un problème mon général ?
-A vous de me le dire colonel !
dit-il en la fixant d’un regard
suffisamment neutre pour qu’elle s’en inquiète.
-Non, mon général, je ne vois pas .
-Vous m’avez désobéi, colonel !
Un
instant elle resta décontenancée « désobéi » ? Puis elle se
souvint de son insistance auprès de Carrey
pour poursuivre l’enquête.
-Excusez-moi, monsieur, mais j’était
sous les ordres du général Carrey.
-Naturellement, c’est lui qui vous a
envoyée à Chicago ?
-Heu… non monsieur,
-L’idée vient de vous ?
-Oui mon général !
-Je vous avais cependant bien dit de ne
pas poursuivre l’enquête, il me semble.
-En effet monsieur, mais j’ai pris la
décision d’en parler au général Carrey, dit-elle en rougissant.
-Mauvaise initiative colonel. Et
pourquoi ?
-Parce que je pensais que vous ne
faisiez pas assez attention à votre sécurité, dit-elle en pesant ses mots. Et
je croyais obtenir des informations sur la famille Market.
-Et ce fut le cas ?
-Non mon général, dit-elle en soutenant
son regard.
-Qui avez-vous vu là-bas ?
-Madame Naymith dit-elle.
Pendant
tout cette conversation la voix de Jack était dure , son regard perçant. Il
gardait les yeux fixés sur elle étudiant ses réactions.
Sa
voix à elle était semblait-il moins assurée. Elle se reprit.
-Je n’ai agi qu’avec la permission du
général Carrey redit-elle d’une voix blanche.
-Qu’avez-vous appris ? demanda
t-il en se levant.
Il
alla contre la vitre qui surplombait la salle de la porte. Elle le voyait
maintenant de dos, les épaules droites, le corps raidi. Rarement elle l’avait
vu sous le coup de l’émotion, mais là elle aurait juré qu’il était inquiet.
-Madame Naymith m’a surtout parlé de
vous, dit-elle, des trois enfants. Elle
vous aimait beaucoup mon général, elle
aimerait vous revoir.
Il
se retourna lentement :
Elle vous a tout raconté n’est ce
pas ?
-Oui.
-Je vous écoute.
En
hésitant un peu et sous le regard inquisiteur de son supérieur, Sam commença
son récit. Elle le fit bref et concis, mais il ne lui fit grâce d’aucun détail.
Elle dut tout dire, même ce qu’elle avait ressenti. Elle était furieuse, après
tout elle n’avait fait cela que pour l’aider, pas par une pure curiosité
morbide. Elle détesta le ton ironique et mordant qu’il employa.
-Madame Naymith est une femme seule,
dit-elle d’une voix douce. . Visiblement elle vous aimait beaucoup mon général,
et elle souffre encore de tout cela.
Une
ombre passa dans le regard de Jack, Sam vit qu’il était troublé, mais cela ne dura
qu’une fraction de seconde.
-Naturellement dit-il, et j’espère que vous saurez garder votre
langue.
Elle
suffoqua, pâlit,
-Mon général !...Je… jamais je ne
ferais une chose pareille ! Je n’en ai même pas parlé à Daniel et à
Teal’c.
-Encore heureux. Rompez colonel !
-Mon général il me reste une chose….
Mais
Jack n’en pouvait plus de se contenir, il la renvoya pour ne pas avoir à perdre
son sang froid devant elle.
-J’ai dit : sortez !
-A vos ordres dit-elle en se
raidissant.
Elle
était en pleine confusion, ce qui aurait du être un jour de joie : le
retour de Jack était devenu une journée gâchée par une sombre histoire de récit
d’enfance qu’elle n’aurait jamais du entendre.
Elle
alla dans son labo et s’assit à sa table pour réfléchir. Etait-elle dans son
tort ? Oui, elle avait réellement désobéi à O’Neill en allant fouiller
plus loin dans son passé, mais elle l’avait fait avec les meilleures intentions
du monde. Cela il aurait du le comprendre. Elle avait convaincu le général
Carrey qu’il était nécessaire de poursuivre l’enquête, à ce moment là, ils
n’avaient que des soupçons sur Julian Market. Aucune preuve.
Le
reste était un malheureux concours de circonstances, au lieu de lui parler de
Paul, la pauvre madame Naymith avait parlé de Jack, parce que ce qui lui était arrivé l’avait profondément choquée
et qu’elle en avait souffert et surtout qu’elle n’avait rien pu faire. Alors
elle s’était confiée à la jeune femme
trop heureuse de trouver une oreille attentive. Curieusement elle n’avait pas
parlé de son fils, ou très peu. Juste de Jack. Qu’aurait dû t-elle faire ?
Lui dire de se taire ? Impossible, elle n’en aurait pas eu le courage et
cela ne lui était même pas venu à l’idée.
Il l’avait interrompu avant qu’elle ait pu lui
parler du télescope de Julian Market ; il faudra qu’elle lui en parle le
plus vite possible.
Elle
releva la tête comme Daniel entrait dans le labo.
-Ça va Sam ?
-Oui dit-elle brièvement.
-Vous avez vu Jack ?
-Oui, je sors de son bureau.
-Il a déjà repris le travail ?
-Oui.
-Vous êtes sûre que vous allez bien
Sam ?
-Parfaitement Daniel, mais j’ai du
travail.
-Bon,
je vous laisse. C’est toujours d’accord pour faire notre petite soirée
chez vous vendredi ?
-Tout à fait.
-Bien je vais prévenir Jack.
Sam
ne lui dit pas qu’il risquait de se faire jeter car le général était d’une
humeur massacrante.
Daniel
grimpa les escaliers quatre à quatre. Jack était seul dans son bureau.
-Daniel ? vous avez besoin de
quelque chose ?
-Oui, je voulais vous parler du briefing
de demain. Sur P9N765 d’après les résultats
de la sonde il n’y a pas de naquadah, cela va à l’encontre des rapport de SG16, et …
-Venez en au fait Daniel !
-Je me demandais si on ne devrait pas
envoyer un UAV avant le briefing de demain afin d’en savoir plus.
-C’est fait Daniel.
-Pourquoi n’en ai-je pas été
averti ? s’étonna le jeune homme.
-C’est le général Carrey qui l’a envoyé
ce matin. Et si vous n’avez pas eu le temps de lire le rapport je n’y peux
rien.
-Quel rapport ? s’étonna Daniel, de toute façon j’aurai dû
être là.
-Ecoutez, envoyez une protestation en
trois exemplaire, je ferais suivre dit Jack ironiquement.
-Vous vous foutez de moi !
-Excusez moi Daniel, mais j’ai beaucoup
de travail.
Daniel
s’apprêtait à sortir quand il se rappela la petite fête chez Sam.
-Au fait Jack, notre soirée de samedi,
ce sera chez Sam cette semaine.
-Ce sera sans moi.
-Pourquoi ? Vous allez dans votre
chalet ?
-Absolument.
-Pour deux jours !
Jack
poussa un soupir. Daniel comprit qu’il ne valait mieux pas insister.
-Bon je vous laisse, à demain matin. A
quelle heure déjà ?
-Huit heures.
-Bonsoir Jack.
Il
sortit sans même attendre la réponse.
**********
Le
lendemain le briefing était tendu. Le général O’Neill avait quelques minutes de
retard quand il vint s’asseoir à sa place en haut de la table. Chacun avait le
nez plongé dans les documents sur la planète P9N765. Naquadah ou pas ? les
relevés des sondes n’étaient pas nets. En tout cas la planète n’était pas
habitée, et s’il y avait eu un Goa’uld, il était parti depuis longtemps.
-SG1 je vous envoie en mission de
reconnaissance sur cette planète dit le général. Essayez de trouver du
naquadah, notre stock est épuisé, n’est ce pas colonel ?
Sam
frissonna, la voix du général était dure et son regard aussi.
-En effet, monsieur dit-elle fermement,
il est urgent de trouver de nouveaux gisements accessibles. Le peu que nous
ayons a été utilisé.
-Vous partez dans une heure. Des
questions ?
-Oui dit Daniel. J’ai remarqué sur les
photos prises par l’UAV des ruines à deux kilomètres environ de la porte.
J’aimerais aller y jeter un coup d’œil.
Jack
soupira. Ah ! Daniel et ses vieilles
ruines ! Cela avait quelque chose d’immuable et de rassurant.
-Il vous faut combien de temps ?
-Disons une heure pour l’aller et le
retour, et une heure ou deux là-bas.
-Je prolonge votre mission de deux
heures, cela sera amplement suffisant dit Jack.
-Mais…
-Daniel ! N’insistez pas, je ne
changerais pas d’avis. Vous avez une autre mission demain et beaucoup de choses
à faire. Et puis il est impératif de se reposer entre deux missions.
-On sort d’une semaine de
vacances !
-A voir vos têtes on ne le dirait
pas ! ironisa Jack. Allez tout le monde dehors ajouta t-il. Au
boulot !
Daniel
et Teal’c sortirent tandis que Sam
prenait son temps pour ranger ses affaires.
-Mon général ? Je peux vous
parler ?
-Pas maintenant. Nous n’avons pas le
temps.
-C’est très urgent monsieur dit-elle en
le regardant au fond des yeux.
Jack
dut sentir qu’elle avait quelque chose de très important à dire, car il lui fit
signe d’aller dans son bureau.
-Refermez la porte colonel.
Sam
ne revint pas sur l’incident de la veille, de son côté elle considérait que
c’était terminé. Elle lui parla de l’interrogatoire de Julian Market et de son
télescope braqué sur la maison du général.
-Il bluffe dit O’Neill contrarié. Soit
il a bien regardé ma maison au télescope ce dont je doute, soit c’est un
affabulateur qui veut se rendre intéressant.
-Alors pourquoi, vous et moi ? Pour le plaisir de nous salir !
-Possible dit Jack avec un soupir. Ne
vous en faites pas Carter, ce genre de personnage est inintéressant au
possible, et s’occuper des ses dires c’est lui donner de la valeur.
-Mon général, puis-je vous faire une suggestion ?
-Je vous écoute, Carter.
-J’ai toujours le disque dur de Julian
Market, je peux le fouiller, et voir ce qu’il a dans le ventre si vous me le
permettez. Je peux chercher du côté de
sa correspondance électronique, et j’ai aussi récupéré son portable. Il est
possible de faire les remontées d’appels.
-Faites-le si vous voulez, mais je ne
pense pas que vous trouverez quelque chose là-dedans. Il n’est pas si bête, il
a pu écrire ou téléphoner d’une cabine.
-Ça ne coûte rien d’essayer mon général,
-Allez-y Carter, après vous détruirez
ce disque dur et tout ce que vous avez.
-Entendu mon général.
Elle
hésitait, car tout en réfléchissant elle venait de penser que le jeune homme
aurait pu s’appuyer sur un fait réel pour étayer sa calomnie.
-Et s’il avait inventé ou déformé
quelque chose qu’il aurait mal interprétée. Vous vous souvenez le mois dernier,
le jour où Daniel a failli être tué ? Vous m’avez prise dans vos bras.
O’Neill
pâlit et son visage se figea.
-Alors là, Carter, on a un problème.
Vous, vous ne risquez rien. Je prendrais tout sur moi , je suis votre supérieur
hiérarchique.
-Mais mon général !
-Carter, vous partez dans un quart d’heure . Nous
reprendrons cette conversation à votre retour.
-A vos ordres.
Quand
la porte se fut refermée sur les voyageurs,
O’Neill regagna son bureau.
-Qu’on ne me dérange Harriman dit-il au
sergent.
-Bien monsieur.
Resté
seul O’Neill s’assit à son bureau et réfléchit un long moment.
Il revoyaitt parfaitement la scène. Les trois amis
n’étaient pas arrivés ensemble à leur
soirée hebdomadaire. Daniel et Teal’c d’abord, puis Sam quelques minutes plus
tard. Ils sortaient tous les quatre d’un débriefing difficile.
Il leur a fallu raconter l’attaque des Goa’ulds. A peine
arrivés sur la planète , ils ont faits deux cents mètres pour atteindre le
village où ils devaient rencontrer le chef de la région. Tout se déroulait parfaitement jusqu’à ce qu’un
bruit violent les fasse sortir en courant des maisons. Un vaisseau Goa’uld au
dessus de la place principale déversait des flots de jaffas qui armes au poing
commençaient à tirer sur la population. SG1 poussèrent les habitants vers la
porte des étoiles. Daniel fit dans l’urgence les symboles d’une planète amie et
poussèrent les habitants dans le vortex. Comme toujours il y avait des
réfractaires qui leur fit perdre un temps précieux. De nombreux habitants
furent tués. Les jaffas se lançaient à leur poursuite en tirant sur eux.
Un tir de lance passa à
quelques centimètres de la tête de Daniel, il en sentit la chaleur sur son
front. Il se jeta à plat ventre. Il avait vu la mort de près. Teal’c aussitôt
tua le jaffa et avec l’aide de Sam ils passèrent la porte à leur tour mais
c’était moins une.
Sam avait pris une bière, et l’avait bu très vite, elle en avait pris une deuxième puis une autre encore. Les
couleurs revinrent sur son visage, elle
ne dit pas un mot, le regard dans le vague.
Jack la regardait, il
s’inquiétait pour elle. C’était une vie
difficile, il le savait , le commandement était
sur ses épaules, c était une
lourde responsabilité. Il savait que si
Daniel était mort elle s’en serait voulue toute sa vie. Il l’appela doucement :
-Carter !
Ils étaient assis l’un près de l’autre sur le canapé,
elle se rapprocha et s’appuya sur lui, et ils passa un bras sur son épaule et la serra bien fort en murmurant :
-Ça va aller Carter, ça va aller.
Il la sentait se détendre . Ils se faisait face, maintenant, elle souriait :
-Excusez-moi mon général,
-C’est normal d’avoir eu peur !
-C’était moi le chef,
je ne me le serais jamais pardonnée s’il avait été tué !
-Eh ! Je suis là, moi, dit Daniel ! et je suis pas
encore mort !
L’ai un peu ahuri de Daniel
détendit aussitôt l’atmosphère.
Les parts de pizza
circulèrent , la bière aussi. Ils évoquèrent
leurs souvenirs, leurs missions, leurs bons moment, les moins bons
aussi. Jack fit quelques blagues, Sam rit. Elle riait toujours de ses blagues,
même quand elles étaient très mauvaises. Alors quand il l’entendit rire, il redoubla de plaisanterie. L’ambiance était gaie, ils se détendirent, cette soirée leur
fit un bien fou !
C’est
donc cela qu’il a vu dans son télescope pensa Jack Le salaud ! Il était
furieux !
Il
ouvrit son ordinateur et tenta de se remettre au travail. Mais il n’était pas
assez concentré. Cette histoire le tracassait beaucoup plus que les
indiscrétions de Carter, qui étaient passées au second plan.
Avoir
toujours refusé, ne jamais s’être laissé aller malgré tout ce qu’il éprouvait
pour elle, toujours se contenir et peut être s’être fait avoir parce qu’il
l’avait pris dans ses bras, juste comme ça ; sans arrière pensée, aucune.
Jack
passa la main dans ses cheveux. Il avait sa conscience pour lui, mais s’il y
avait une enquête ? il leur faudrait se mettre à nu comme dans l’horrible
test zatarc, dont le souvenir lui était pénible. Comment prouver qu’il ne s’était jamais rien
passé entre eux ? C’était impossible , et cela rejaillirait sur leur
carrière respective. Sa carrière à lui, il s’en fichait , mais elle, déjà lieutenant
colonel à 38 ans ! Quel gâchis ! Tout cela à cause de ce
Market ! Jack se sentait mauvaise conscience. Il avait été obligé de tuer
Paul, mais il s’était toujours fait le reproche de n’avoir pas vu les
difficultés de son ami.
Jack
prit son téléphone et appela Hammond avec qui il était resté en excellents
contacts. Le vieux général était toujours prêt à l’aider dans ses nouvelles
fonctions.
-Georges ! Je vous dérange ?
-Non Jack pas du tout ? Un
problème ?
-Oui, et un gros !
-Je vous écoute dit Hammond le cœur
serré. Avec Jack les problèmes étaient toujours importants. Les petits, il les
réglait lui même.
Jack
lui raconta succinctement toute l’histoire du chantage du jeune Market.
-Je suis désolé Jack, vous vous
tracassez peut être pour rien, mais vous avez bien fait quand même de m’en
parler. Je me renseigne et vous rappelle dès j’ai du nouveau.
Cela
ne tarda pas. Hammond rappela le lendemain.
3ème partie
-Je
suis bien ennuyé Jack dit le vieux général, il y a une lettre sur le bureau du
général Green, et dans l’enveloppe une photo de vous avec le colonel Carter,
vous êtes chez vous, dans une attitude peu équivoque.
Jack
réagit violemment
-Quoi ? Peu équivoque !
Hammond
hésita :
-Soyez honnête Jack, La colonel Carter
a la tête sur votre épaule, vous avez passé un bras autour de son cou, et vous
la tenez contre vous. Ça vous dit quelque chose ?
-Oui bien sûr.
-Quand même, vous auriez pu faire
attention !
-Ecoutez Georges, cela s’est passé lors
d’une soirée chez moi, Carter n’avait pas le moral, c’est tout. Il n’y a pas de
quoi en faire un plat.
-Vous êtes inconscient ou quoi !
Jack !
-Il n’y avait aucun sous entendu !
dit Jack vivement et qui trouvait qu’on en faisait un peu trop sur un geste
d’amitié qu’il avait eu pour Sam.
-Ah oui ! à part le fait que vous
étiez nus tous les deux !
-Quoi ! rugit jack. C’est faux,
archi faux !
-Une photo truquée ? dit Hammond.
-Quoi d’autre ? dit Jack en colère
et soudain angoissé, on peut faire dire n’importe quoi à une photo !
-En tout cas elle est tout à fait
réussie dit Hammond d’une voix blanche.
Dans quel pétrin était encore aller se fourrer
ce général indiscipliné qui n’en faisait
qu’à sa tête pensa t-il.
-Je suppose qu’il y aura une enquête et
que je serais relevé dit Jack froidement.
-Il
faut s’y attendre.
-Georges, si je vous jure que c’est un
coup monté , vous me croiriez ?
Hammond
n’hésita pas un instant.
-Vous avez toute ma confiance Jack.
Il
était soulagé, si O’Neill jurait que c’était faux, il pouvait le croire.
-Et moi qui viens juste de reprendre
mon poste ! vous savez Georges j’ai bien envie de démissionner.
-N’en faites surtout rien.
-Pourquoi ?
-Vous donneriez raison à vos
détracteurs !
-Parce que j’en ai ? au sein de
l’état major ?
-Vous savez Jack, vous avez un statut
spécial du fait de votre appartenance au SGC et cela fait des envieux, d’autant
plus que les gens ne comprennent pas pourquoi.
-OK j’ai compris, je reste donc, mais
c’est fort probable que je démissionne à la fin de l’enquête, si je suis
blanchi, parce que si je ne le suis pas, dit-il amèrement, on me démissionnera
et je serais bon pour la prison.
-Nous n’en sommes pas encore là, mais
promettez moi de ne pas contrecarrer l’enquête.
-Je serais doux comme un agneau dit
Jack.
-Hum ! fit Hammond. Jack ajouta t-il , je vous fais
parvenir un exemplaire de la photo. Normalement ça arrivera demain, je ne pense
pas que la machine se mette en route avant quelques jours.
-Merci beaucoup mon général.
Le
lendemain Jack était en possession de la photo. On reconnaissait parfaitement
leur visage, Sam était appuyée contre une épaule nue qui semblait appartenir à
O’Neill. On ne voyait que le haut de leur corps
dénudé jusqu’à la taille. Un
observateur non attentif aurait pu
vite conclure qu’ils étaient
amants.
***************
Ils
avaient briefing à 8 h 30, à 8 h 25 Daniel était encore dans son bureau à
rassembler des notes et un objet qu’il voulait montrer à Jack. Une sorte de
tablette sans symbole mais qui avait changé de couleur. Il l’avait rapportée de
leur dernière mission et ne s’était aperçu du changement de couleur que ce
matin. A l’origine elle était orange et maintenant d’un rouge plus soutenu.
Il
se dépêcha et arriva dans la salle de briefing un peu essoufflé il y avait du
monde autour de la table et il
lança sans faire attention :
-Excusez-moi Jack je suis un peu en
retard.
C’est
alors qu’en levant les yeux il croisa le regard du général Carrey qui était à
la place de Jack.
-Que se passe t-il mon général ?
Jack a fait une rechute ? Et
Sam ? ajouta t-il en voyant le
colonel Reynolds assis à la place de la jeune femme.
Carrey
n’avait plus le visage avenant qu’il présentait quand il avait remplacé Jack,
son regard était plus dur, et il avait l’air embarrassé.
-Non docteur Jackson, tout ce que je
peux vous dire c’est qu’ils sont partis … en mission.
Cela
ne surprit ne surprit nullement Daniel que Jack soit absent. On avait très bien
pu lui confier une mission secrète, ce ne serait pas la première fois. Par
contre pour Sam c’était plus rare, car elle était sous les ordres directs
d’O’Neill et c’est lui seulement qui pouvait l’envoyer en mission.
Carrey
reprit la parole :
-J’ai demandé au colonel Reynolds de
remplacer le colonel Carter dit-il.
Et
avant que Daniel ait pu ajouter quoique ce soit, il poursuivit.
-Aujourd’hui vous allez sur P9V123.
Docteur Jackson je crois que vous avez préparé quelque chose ?
-Oui dit Daniel.
Et
il se lança dans un long exposé d’une vingtaine de minutes. Jack n’étant pas là
pour l’interrompre, il put aller jusqu’au bout et il conclut par ces
mots :
-Il serait très important de visiter ce
temple.
-Bien dit Carrey, vous partez dans deux
heures.
-Heu… dit Daniel
-Autre chose docteur Jackson ?
-Oui général, l’artéfact que nous avons
rapporté de P5H369, a changé de couleur.
J’aimerais faire des recherches
complémentaires à ce sujet car…
-A votre retour docteur Jackson, vous
aurez du temps, le coupa Carrey. Est-ce
que cet objet présente un danger quelconque ?
-A vrai dire je ne sais pas, si Sam
était là elle pourrait nous le dire, ce n’est pas ma spécialité. Mais je
recommande la prudence.
-Placez –le dans un container
étanche avant votre départ.
-Entendu dit Daniel en sortant.
Trois
jours plus tard Daniel et Teal’c demandèrent une entrevue au général Carrey.
Celui-ci les reçut aussitôt.
Daniel
attaqua bille en tête.
-Avez vu des nouvelles de Jack demanda
t-il.
Carrey
parut embarrassé
-Non, aucune.
-Et pour Sam c’est pareil je
suppose ?
-Ne m’en veuillez pas docteur Jackson
je n’y suis pour rien dans leur départ, et je ne sais même pas où ils sont.
-Si vous aviez des nouvelles vous nous
le diriez ?
-Je suis désolé, dit Carrey en hochant
la tête.
-Moins que nous monsieur, ce sont nos
amis et nous sommes très inquiets.
-Je le comprends, soyez en sûrs dit
Carrey d’un air entendu.
La
disparition brutale de Jack et de Sam semblait avoir désorganisé le SGC. Il
régnait un étrange climat et tout le monde chuchotait. Au mess la conversation
roulait uniquement sur l’absence des deux personnes les plus importantes de la
base. Ce qui était étrange c’est que personne ne savait où ils étaient, et
surtout qu’ils soient absents en même temps, et les langues allaient bon train.
Il était question de missions secrètes, de maladie, d’accident de voiture,
d’enlèvement. On racontait même qu’ils étaient prisonniers sur une autre
planète.
La
vérité était toute autre…
-Il
ne faut pas trop faire attention aux rumeurs Daniel Jackson dit Teal’c avec son
bon sens habituel.
-Vous avez raison Teal’c, mais ils sont
bien quelque part, et on nous cache quelque chose. L’attitude de Carrey est
ambiguë, il ne dit rien mais je suis sûr qu’il sait.
-C’est possible, mais il a peut être
pas le droit de le dire.
-Je vois ça d’ici, dit Daniel amèrement
l’armée, et ses secrets.
-Tout à fait.
-Je déteste l’armée et tous les militaires par moment ! Dit
Daniel avec du ressentiment dans la voix. Que pouvons nous faire ? je suis
sûr qu’ils ont besoin de nous.
-Ils ne sont pas chez eux dit Teal’c.
Daniel
sourit :
-Vous êtes allé voir ? moi aussi,
dit-il. Ils ne répondent pas non plus aux messages et leur portable est sur
messagerie.
-A mon avis, ils ne sont pas sur terre
dit Tea’lc.
-Et si on regardait les journaux de
bord ?
-Si c’est une mission secrète ce ne
sera pas noté Daniel Jackson.
-Non, mais on ne peut pas cacher une
ouverture de porte. Quel est le dernier jour où on les a vus ? mardi
soir ?
-Oui, c’est exact. Quand je me suis
dirigé vers mes quartiers j’ai vu O’Neill parler avec Harriman.
-Allons voir ça tout de suite dit
Daniel.
-Nous n’en avons pas le droit !
dit Teal’c.
-Et si on demandait à Harriman ?
-Allons-y il pourra chercher pour nous.
Ils
trouvèrent Harriman dans la salle de briefing, il travaillait sur un ordinateur
portable. Il se troubla quand il vit Daniel et Teal’c. Il referma vivement le
couvercle de son portable.
-Sergent dit Daniel est-ce que l’on
peut voir les ouvertures de la porte de mardi soir.
-Je n’ ai pas le droit de vous les
montrer. Seul le général commandant de la base peut m’y autoriser.
-Je comprends dit Daniel. Mais vous
étiez là mardi soir ?
-Oui dit le sergent.
-la porte a-t-elle été activée ?
-Non, pas mardi, aucune équipe n’est
rentrée mardi.
-Non, sergent je vous parle d’un départ
depuis la base.
-Pourquoi voulez-vous savoir ça ?
-Est-ce que le général O’Neill et le
colonel Carter sont partis sur une autre planète ? En fait on voudrait
savoir s’ils ont utilisé la porte des étoiles.
-Non, il n’y a eu aucune activité de la
porte ce soir là. Excusez moi, docteur
Jackson dit Harriman , mais j’ai du travail.
Harriman
semblait bien pressé de partir, son crâne chauve luisait, bien qu’il ne fasse
pas plus chaud que d’habitude, et il était agité comme si quelque chose le
tracassait.
-Harriman sait quelque chose et ne veut
rien dire dit Daniel.
-Je le pense aussi dit Teal’c.
**********
Quelques
jours plus tôt.
La
foudre s’était abattue sur le SGC
beaucoup plus vite que ne le pensait Hammond. Jack entendit des éclats de voix,
puis des pas monter vivement l’escalier
menant à la salle de contrôle. Il n’eut pas le temps de détruire la photo, et
la cacha simplement sous son sous-main.
-Général O’Neill dit le général Carrey
en entrant, j’ai des ordres , je suis désolé, mais je dois vous mettre aux
arrêts, dit –il cérémonieusement.
Jack
s’était levé, très raide, le visage immobile sans expression. Il tendit
simplement ses poignets au soldat qui lui passa les menottes. Il n’y avait
heureusement personne dans les couloirs, pour voir leur général ainsi attaché, il était tard pas loin de 21
heures et la plupart du personnel était dans ses quartiers.
O’Neill
allait passer un sale quart d’heure, il s’y attendait. Cette loi de non
fraternisation était obsolète, elle aurait du être abolie depuis longtemps, du
moins au SGC. Il l’avait toujours scrupuleusement respectée, et il se faisait
rattraper par elle !
Un
comble !
On
le laissa enfermé toute la nuit. Le lendemain deux gardes lui mirent des
menottes aux poignets et des chaînes aux pieds. Il se laissa faire sans un seul
mot, cela n’aurait servi à rien. On le fit sortir de sa cellule, il était cinq
heures du matin et toute la base était encore en sommeil. Il n’avait aucune
nouvelle de Sam depuis son retour de mission, et il n’avait pas eu le temps de
la prévenir. Elle était sur PJ5 785 quand le général Hammond avait téléphoné.
Un
fourgon l’attendait en surface, et il fut poussé sans ménagement à l’intérieur.
Il ne connaissait pas les hommes venus le chercher, ils étaient extérieurs à la
base.
Ils
étaient attendus sur un aéroport inconnu
de Jack. On le fit monter dans un petit avion qui prit aussitôt son envol pour
Washington.
Son
arrivée au Pentagone se fit discrètement. On le conduisit dans un endroit où il
n’avait pas l’habitude d’aller, les salles d’interrogatoire. Il ne vit personne
de connu, il était un prisonnier comme un autre.
La
pièce était banale et grise avec une table et deux chaises. Sur un mur, un miroir sans tain.
On
le laissa mijoter un moment. Il se tenait face à la vitre et savait que de
l’autre côté on l’observait. Il se contraignit à rester assis, très calme
extérieurement, ne laissant passer aucune émotion sur son visage. Ils en
seraient pour leurs frais.
Une
sourde angoisse l’étreignait pourtant, La violation de l’article 134 du code pénal de l’armée ne justifiait
pas une arrestation aussi discrète qu’inquiétante. Une simple enquête aurait
suffi. Et où était Carter ? avait-elle été arrêtée ? Il espérait que
non.
Dans
la salle voisine il y avait trois hommes spécialistes des interrogatoires.
Travis, un mètre quatre vingt quinze et
cent vingt kilos de muscles, une véritable armoire à glace. Barclay, un
homme petit et nerveux ne lâchant jamais sa proie, et Dubrok, nonchalant au
sourire affable. Un trio de choc pour interrogatoires spéciaux, opérations
clandestines, recevant des ordres uniquement de certains membres de l’état major, en ligne directe et sans
intermédiaire. Une sorte de police secrète dans l’armée officielle !
-Il a l’air coriace dit Dubrok en
jetant un coup d’œil à travers la vitre.
-C’est un général qui dirige la base de
Cheyenne à Colorado Springs, un ancien des forces spéciales.
-Je n’aime pas ces types qui se croient
tout permis parce qu’ils savent tenir un Uzi ou une Kalachnikov, cracha Travis.
Les
trois hommes avaient devant eux la photo de Jack et Sam, l’objet du délit.
-Ben ! Il s’embête pas le général,
c’est un joli petit lot qu’on a là ! dit Travis en jetant un coup d’œil
vers l’autre vitre.
Il
voyait Sam de profil, elle était assise très calme elle aussi en apparence,
sachant qu’on la regardait. Elle se demandait bien ce qu’elle faisait là. On
était venu l’arracher du lit au beau milieu de la nuit, lui laissant à peine le
temps de s’habiller. Elle avait voulu avertir le général O’Neill, on l’en avait
empêchée. Maintenant elle était là depuis plusieurs heures à attendre.
-Qu’est ce qu’on leur reproche au
juste ? demanda Dubrok.
-Ils ont enfreint l’article 134 du code
militaire, répondit Travis.
-La loi de non fraternisation !
dit Dubrok en riant ! C’est pour ça
qu’ils sont là ! J’en crois pas un mot !
-Oui, mais la jolie colonel est sous
les ordres directs d’O’Neill et ils
fricotent ensemble ! Mais c’est pas
moi qui vais les en blâmer !
-Quels sont les ordres ? demanda
Dubrok en se tournant vers le troisième
homme qui n’avait encore rien dit et semblait leur chef.
-J’ai reçu des instructions très
précises. Il faut déstabiliser O’Neill, le faire parler sur la base et surtout
le mettre hors circuit, dit Barclay.
-Ça va pas être simple. C’est un ancien des forces spéciales, ils sont
entraînés à résister aux interrogatoires.
-Vous inquiétez pas les gars, j’ai ma
petite idée là dessus.
-Et pour la colonel on fait
quoi ?
-On se la joue mollo pour l’instant,
mais tout dépendra de l’interrogatoire du général.
-Bien chef dirent-ils. On commence
quand ?
-On attend, on va se relayer jusqu’à
demain matin pour les observer !
-Ils vont trouver le temps nos
tourtereaux ! Sans boire, ni
manger,
-Ça s’appelle les faire mûrir dit
Barclay en riant.
Le
lendemain la porte s’ouvrit et O’Neill
les regarda entrer d’un œil morne. Il avait passé une mauvaise nuit,
s’était un peu allongé sur le sol, mais avait eu du mal à se reposer. Il s’était armé et préparé à tout, même au
pire. Il en avait eu le temps depuis 15 heures qu’il était enfermé.
Dubrok
et son franc sourire ouvrit les débats.
-Alors on s’amuse un peu dit-il en
posant la photo sur la table.
Travis
s’approcha à le toucher, puis se recula et vint s’asseoir sur le coin de la
table. Pendant ce temps Barclay se plaça derrière Jack.
-Remarque je te comprends dit Barclay,
C’est une belle poulette.
O’Neill
serra les poings et se retint de sauter à la gorge de cet homme dont le regard
salace salissait Sam.
Barclay
avait remarqué le frémissement imperceptible de Jack pour se dominer. Il ricana
et fit signe à ses collègues. Travis attacha les poignets de Jack à la chaise.
Il pâlit car il se doutait bien de ce qui allait se passer. L’article 134 tout
le monde s’en foutait. Ils cherchaient autre chose, mais quoi ? Cela
devait avoir un rapport avec la base.
-Maintenant passons aux choses
sérieuses dit Barclay. Sais-tu pourquoi tu es là ?
O’Neill
leva un sourcil interrogateur, et dit ses premiers mots depuis son arrestation.
-J’allais justement vous le
demander !
-C’est moi qui pose les questions ici
dit-il en envoyant un violent coup de
poing dans la mâchoire de Jack. Il serra les dents, la douleur résonnait dans
toute sa tête, mais il ne dit rien se contentant de regarder Barclay au fond
des yeux.
-Qu’est ce tu fais dans ta base de Cheyenne, ? c’est
quoi ton boulot ?
Un
petit sourire dédaigneux lui répondit.
La
suite fut pénible pour Jack qui dut subir un flot de questions, aboyées plutôt
que posées, et une grêlée de coups au visage, à la poitrine et au ventre. Au bout d’une heure ses tortionnaires se
lassèrent et le laissèrent seul.
Ils
l’observaient à nouveau à travers la vitre. Il se tenait très droit sur sa
chaise, un œil a demi fermé commençait à enfler et ses lèvres saignaient mais il n’avait
nullement l’air vaincu.
-Il ne parlera pas dit Travis. On perd
notre temps.
-Que fait-on ? dit Dubrok.
-On attend les ordres, je vais en référer à ma hiérarchie, dit Barclay.
Les
deux autres se turent, ils ne savaient pas trop d’où venaient les ordres de
Barclay, et ils savaient qu’ils devaient
agir uniquement sous ses ordres.
-En attendant rien ne nous empêche
d’interroger la jolie colonel.
Même
technique d’intimidation dans l’autre salle, la photo jetée sur la table sous
le nez de la jeune femme. Elle ouvrit de
grands yeux, ne s’attendant pas absolument pas à ça.
-C’est un faux dit-elle d’une voix
ferme.
- Prouve-le
La
jeune femme remarqua le tutoiement mais ne dit rien.
-Ce n’est pas bien difficile, il faut
la soumettre à des experts en photographies informatiques.
-C’est déjà fait dit Travis froidement.
Elle a été authentifiée, ce n’est pas un montage.
La
photo rendait Sam très mal à l’aise. Elle imaginait aisément les pensées
lubriques des hommes en face d’elle.
-Et comment peux-tu être sûr que c’est
un faux ? dit Travis ironique.
-Tout simplement parce que ça n’est
jamais arrivé !
-Et tu le regrettes je parie ?
ironisa Dubrok, il est bel homme ton général ! un petit moins
maintenant ! ajouta t-il d’une voix lente.
Le
sang de Sam se glaça dans ses veines, ses pires craintes se confirmaient, ils
détenaient Jack et il l’avait déjà torturé !
Elle
lui jeta un regard si glacial qu’il détourna les yeux, gêné.
On
la laissa seule à nouveau. Elle se leva et fit quelques pas dans la pièce, on
lui avait permis d’aller aux toilettes, de se laver, maintenant on lui
apportait un sandwich et une bouteille d’eau. Elle n’avait pas faim , mais but
volontiers un peu d’eau . Elle se força au calme se sachant observée.
Qu’avait-on fait au général ? et pourquoi étaient-ils enfermés ? Elle
aussi en vint à penser que cette histoire de loi, n’était qu’un prétexte. Le
président les aurait-il abandonnés ?
Le général était –il en mission secrète, comme le président aimait à
l’envoyer quelque fois ? mais que
faisait-elle dans cette histoire ? Une peur soudaine lui tordit les
entrailles, et si on voulait faire pression sur le général à travers
elle ? Et si le président n’était pas au courant de leur
arrestation ? C’était impossible !
Le général dépendait et recevait ses ordres directement de lui.
Sam
se torturait l’esprit, mais plus elle se posait de questions moins elle avait
de réponses.
Le
jour de son arrestation, Jack se croyait seul quand Carrey était venu le voir.
Mais il se trompait. Le sergent Harriman se trouvait dans la salle de briefing
à travailler et personne n’avait fait attention à lui.
Quand
il avait compris ce qui se passait, il s’était fait le plus petit possible. Le
général O’Neill n’aurait pas aimé savoir qu’il y avait eu un témoin à la scène.
Le
bureau était vide quand il était venu mettre de l’ordre. O’Neill n’ était pas
un bureaucrate et il se déchargeait sur lui de toutes les tâches de rangement.
Il prit les dossiers confidentiels et les
mit dans le coffre, puis il rangea le bureau en classant les lettres, et les documents. Ce travail, il le faisait tous
les jours, trop heureux de décharger de ces fonctions subalternes le général
O’Neill. C’est en soulevant le sous main, qu’il découvrit la photo.
Il
la regarda machinalement, puis se troubla en reconnaissant ses supérieurs. D’un
geste instinctif il la mit dans sa poche. Personne ne devait voir cette photo.
Que le général et le colonel aient fait un faux pas, il le comprenait très
bien, ayant souvent assisté à des scènes muettes mais très éloquentes.
Il
pensa que le général avait été arrêté pour non respect de l’article 134.
Quelques
jours plus tard quand Daniel et Teal’c vinrent le voir, il se sentit ligoté par
le secret, et il dût paraître affreusement gêné. Pas une seconde il n’aurait
voulu faire du tort au général pour qui il avait une grande admiration. Il se
rendit bien compte que Daniel et Teal’c n’étaient pas convaincus par ses
arguments. Heureusement ils n’avaient pas insisté.
Il
passa des heures terribles avec sa conscience, se posant sans cesse la même
question, devait-il se taire ? ou bien se confier à Daniel et à
Teal’c ? Il avait l’horrible
pressentiment que tout ceci n’était pas normal. Il se décida et dans la
soirée monta au niveau 19 et alla
frapper à la porte du bureau de Daniel.
-Professeur Jackson, puis-je vous
parler un instant dit-il d’un air embarrassé.
-Entrez sergent, qu’est ce que je peux
faire pour vous ? dit-il impatiemment.
Daniel
était plongé dans une traduction, il était sur le point de découvrir quelque
chose d’important quand Harriman avait frappé au plus mauvais moment.
Harriman
regardait autour de lui, sans pouvoir fixer son regard.
Daniel
s’aperçut du malaise de l’officier et ne voulut pas le brusquer. Il lui fit
signe de s’asseoir.
Harriman
commença avec hésitation.
-Il s’agit du général.
Pas
la peine de le nommer, Daniel avait parfaitement compris. Harriman reprit :
-Vous êtes très amis n’est ce pas, et
avec le colonel Carter aussi ?
-Bien sûr dit Daniel, ce sont mes
meilleurs amis, avec Teal’c. Il est arrivé quelque chose au général ?
-Oui, il a été arrêté mardi tard dans
la soirée.
-Et c’est simplement maintenant que
vous le dites ! répliqua Daniel furieux.
-Le général Carrey n’a rien dit, n’en a
jamais parlé. Vous savez dans l’armée, ce dont on ne parle pas, n’existe pas.
Je risque gros à venir vous voir. Mais je suis très inquiet. Ce silence est
anormal. Et j’ai peur que le colonel Carter ait été arrêtée aussi.
-Pourquoi aurait-il été faits
prisonniers ? demanda Daniel surpris.
-C’est assez embarrassant dit Harriman en rougissant. Vous n’en
parlerez à personne ?
-Ça dépend, si je peux faire quelque
chose pour les aider, je serais obligé.
-Je veux dire aux personnes de la base ?
-Bien sûr que non, sauf à Teal’c,
naturellement.
Harriman
sortit la photo de sa poche et la tendit à Daniel sans aucun commentaire. Daniel fronça les sourcils. Cette photo
paraissait étrange. Cela ne ressemblait pas à ses deux amis de se faire photographier
ainsi. A moins que ce cliché ait été pris à leur insu ! Il repensa au télescope de Julian Market ! Quoi de
plus facile de trafiquer une photo !
-C’est pour ça qu’ils ont été
arrêtés ?
-Je ne pense pas, cette… infraction dit
Harriman en hésitant sur le mot, ne justifie pas une arrestation.
-Expliquez moi cela dit Daniel, les
procédures militaires, ce n’est pas mon fort.
-Dans un cas comme celui là, il y a une
suspension des deux officiers et une enquête. Mais en aucun cas une arrestation,
surtout avec des officiers supérieurs. C’est pour cela que je suis venu vous en
parler.
-Vous avez très bien fait, sergent. Je
garde la photo, avec Teal’c on s’occupe de tout. Naturellement vous ne m’avez
rien dit.
-Merci docteur Jackson dit Harriman en
souriant.
Daniel
donna rendez-vous à Teal’c à l’extérieur. La base étant truffée de cameras et
de micros, il préférait ne pas prendre de risques.
Ils
se promenaient tranquillement dans un jardin public de Colorado Springs tout en
discutant de la stratégie à suivre.
-Je pense qu’il faut contacter le
général Hammond dit Teal’c.
-Jack est resté en relation avec lui et
il l’a souvent au téléphone, dit Daniel.
-Comment le contacter ? dit Teal’c depuis la base, ça me parait
difficile, toutes les communications sont surveillées.
-Je pourrais l’appeler de mon portable,
et lui donnez rendez-vous dans un coin tranquille dit Daniel
-C’est une bonne idée Daniel Jackson.
Vous connaissez son numéro.
-Non… mais Harriman le connaît
sûrement.
Harriman
leur donna les coordonnées de Hammond. Daniel appela aussitôt.
-Allo ! entendit –il. Hammond ne
s’était pas présenté.
Daniel
hésita un instant, la ligne n’était pas sécurisée et il avançait prudemment.
-Je voulais vous parler d’un lac sans
poisson dit-il.
Il
y eut un blanc au bout de la ligne :
-Où êtes-vous ? entendit-il au
bout de quelques secondes.
-Ici, près de chez moi dit-il.
-Pouvez-vous vous déplacer ?
-Non, je ne suis pas en congé.
-Vous n’appelez pas de votre lieu de
travail ?
-Bien sûr que non, dit-il avec un
frisson rétrospectif, sans Teal’c, il aurait fait une grosse bêtise.
-C’est moi qui vais venir vous voir,
chez vous, ce soir.
-Entendu monsieur, je vous attends.
-Bon j’espère qu’on ne va pas partir en
mission, car Hammond débarque ce soir chez moi dit-il.
-Non je ne pense pas, répondit Teal’c
on le saurait déjà. Et le prochain briefing est demain.
****************
Daniel et Teal’c attendait Hammond. Il ne
savait pas l’heure mais pensaient que ce serait assez tard.
A
22 heures coup de sonnette.
-J’espère que vous ne me dérangez pas
pour rien, j’ai annulé plusieurs rendez-vous importants pour venir. Il s’agit
de O’Neill n’est ce pas.
-Oui, il a été arrêté, ainsi que Sam et
depuis trois jours on a pas de nouvelles. C’est le général Carrey qui le
remplace.
Hammond
avait le regard fixe et ne disait mot.
-Vous le saviez, général Hammond ?
dit Teal’c.
-Non, mais je savais qu’O’Neill allait
avoir de gros ennuis. Je l’avais prévenu, mais je ne pensais pas qu’ils iraient
jusque là.
-Vous pensez que c’est sur ordre du
président ?
-Ça m’étonnerait beaucoup !
-C’est vous qui lui aviez envoyé la
photo ? Je vous la rend dit Daniel
c’est Harriman qui l’a trouvée.
-Bien dit Hammond, dès mon retour à
Washington j’appelle immédiatement le président.
*************
Ils
avaient conduit O’Neill dans la pièce centrale d’où il pouvait voir la salle d’interrogatoire où était Sam. Elle
était ligotée sur une chaise, se tenait très droite, la tête haute et regardait
sans peur celui qui l’interrogeait. C’était Dubrok et son sourire perpétuel.
Travis
mit le son.
-Je ne vous dirais rien du tout cracha
t-elle.
-Je ne te demande pas grand-chose,
simplement ce que l’on fait dans cette base.
-Des radars spatiaux temporels dit-elle
les dents serrées, pour la énième fois.
-Et bien tu vois, je ne te crois
absolument pas.
O’Neill,
la regardait le cœur battant. Il savait qu’elle ne dirait rien, il avait toute
confiance en elle, mais elle allait
passer un sale moment comme lui.
Le
premier coup l’atteignit à l’estomac et le second la cueillit sur le menton.
Elle se crispa de douleur, et Jack ressentit le choc comme si c’était lui qui
avait pris les coups. C’est à ce moment là qu’ il comprit. Ils savaient qu’il
avait subi des entraînements très rigoureux en cas d’interrogatoire, et comme
il n’obtenait rien avec lui, ils allaient frapper Sam et le forcer à regarder
pour le faire parler.
C’était
bien mal le connaître. Ils lui feraient souffrir le martyre en le forçant à
assister au répugnant spectacle, mais il ne parlerait pas, et elle non plus.
-Vous perdez votre temps avec elle, elle n’est au courant de rien du
tout.
Dubrok
le regarda d’un air dédaigneux :
-Parce que toi tu es au courant de
quelque chose ?
Sourire
dédaigneux de Jack autant que le lui permettait sa lèvre enflée . Il
grimaça.
Dubrok
revint à ce moment dans la salle du milieu. Si Jack n’avait pas été menotté, il
lui aurait sauté à la gorge.
C’est à ce moment que le téléphone de Barclay
sonna. Il décrocha rageusement :
-J’avais dit qu’on ne me dérange
pas ! aboya t-il.
-…
Il
écouta un long moment le visage figé et pâlissant au fur et à mesure.
-OK dit-il laconiquement.
Il
raccrocha, et se tournant vers ses seconds.
-Reconduisez-les en cellule, tous les
deux. Il leur fit un regard impérieux
leur intimant de ne poser aucune question.
Ils
se réunirent tous les trois quelques instants plus tard.
-Qu’est ce qui se passe ?
demanda Travis devant l’air
furieux et passablement inquiet de son
supérieur.
-On arrête tout. Il va falloir les
libérer.
-Je ne comprends pas.
-Ordre du président !
-le président de quoi ?
-Des USA.
-Le big boss ? dit Dubrok ironique.
-Lui-même, dit Barclay froidement
-Mais depuis quand se mêle t-il de
notre travail ?
-Depuis que nous touchons à ses petits
protégés !
-Merde ! dit Travis. On a fait une
boulette ?
-J’espère que non. Nous avons obéi à
nos chefs, c’est tout.
********************
Pendant
que les trois hommes se morfondaient Jack et Sam étaient libérés.
Ils
attendaient dans des pièces séparées qu’on vienne les chercher. Hammond alla
d’abord voir Sam.
-Général Hammond, je suis si contente
de vous voir ! dit-elle en embrassant le vieux général.
-Colonel, j’ai fait aussi vite que j’ai
pu.
-Et je vous en remercie, mais je ne
comprends pas, le général O’Neill…
-Il n’a rien pu faire dit-il il était
emprisonné également.
A
ce moment O’Neill arriva. Sam poussa un petit cri, il avait l’air vraiment mal
en point, mais surtout soucieux du sort de Sam.
-Carter ça va ? demanda t-il
inquiet.
-Oui, merci mon général, mais
vous ?
-Oh ! j’ai connu des jours
meilleurs, dit-il avec ironie.
Dehors
les attendait une voiture conduite par un soldat en uniforme. Ils montèrent
sans parler.
-Où nous conduisez-vous Georges ?
dit O’Neill.
-Chez moi, nous serons tranquille pour
parler.
Le
reste du trajet se fit en silence. La circulation dans Washington était intense
en ce milieu de journée, et ils mirent presque
une heure pour arriver dans un quartier résidentiel où le général
Hammond avait un petit appartement.
-J’habite au 3è sans ascenseur dit
Hammond. C’est très petit chez moi, mais je peux vous héberger tout de même un
jour ou deux.
-Merci Georges.
L’appartement
était constitué de deux pièces, une chambre et un salon à droite en entrant. Le
quartier était calme et la lumière entrait par deux grandes fenêtre ouvrant sur
un square.
-la salle de bain est par là, dit le
général à Sam en lui montrant une pièce
au bout du couloir. Faites comme chez vous colonel.
-Merci mon général, c’est pas de refus.
Sam
se dirigea vers la salle de bain et plongea sous la douche avec ravissement.
Elle regarda sa poitrine un hématome commençait à se voir, à l’endroit où on
l’avait frappé, et son menton était bleui. Elle portait également des marques
rouges aux poignets.
Au
salon Jack s’était assis avec une grimace.
-Vous voulez que j’aille chercher un
médecin ? demanda Hammond avec inquiétude. Jack avait l’air mal en point,
le visage tuméfié et il semblait avoir du mal à respirer.
-Non,
répondit Jack je voudrais surtout savoir ce qui se passe !
- Comme vous voudrez dit Hammond. Vous
connaissez le secrétaire d’Etat David
Brown ?
-De nom simplement. Pourquoi ?
-Il semblerait que ce soit
un second Kinsey ! dit Hammond.
-C’est pas vrai ! vous plaisantez
mon général !
-Hélas ! il semble que le
président Hayes apprécie beaucoup le SGC, mais quand il a nommé Brown, celui-ci
ignorait tout du projet Porte des Etoiles. Comme son rôle est de contrôler les
finances de l’état, il devait inévitablement mettre le nez dans ce budget
pharaonique.
-Naturellement dit O’Neill désabusé.
Alors on s’attaque à la tête du SGC en pensant que ça tout foutre en l’air,
c’est ça ?
-Pratiquement, en fait Brown pensait
une fois que vous seriez hors course, mettre un homme à sa botte. Il profite du
fait que le président est très occupé pour faire son travail de sape derrière
son dos. Il agit exactement comme
Kinsey, il y a quelques années.
- Il devait guetter le premier faux pas
que je ferais. Cette histoire de chantage est vraiment bien tombée pour
lui ! dit O’Neill amèrement.
-Vous avez tout compris, Jack.
-Mais pourquoi s’en prendre à
Carter ?
-Il fallait que ce soit
vraisemblable ! Et puis sur cette photo elle y était aussi.
-Naturellement.
Jack
voulut se lever, mais il grimaça et retomba sur le canapé. Sam qui sortait de
la salle de bain le vit également.
-Mon général dit-elle en s’approchant
de Jack. Laissez-moi regarder vos blessures.
-Non, non, ça ira dit Jack en respirant avec difficulté.
-Vous êtes tout pâle, Jack, je pense
que vous devriez laisser le colonel vous examiner dit Hammond.
-D’accord, soupira O’Neill. Contre vous
deux je n’ai pas droit à la parole !
Le
visage de Jack avait déjà été soigné, c’est sa poitrine qui l’inquiétait. Elle
craignait que ses côtes ne soient atteintes.
-Carter, je voudrais prendre une douche
avant, et retrouver figure humaine.
-Vous voulez de l’aide Jack ? proposa Hammond
Celui-ci
refusa de la tête.
-Merci Georges, ça va aller.
Pendant
ce temps Sam et le général Hammond parlaient de tout sauf de leur arrestation.
Sam était militaire jusqu’aux bout des ongles et comprenait parfaitement le
silence du vieux général. Elle savait que pendant qu’elle se rafraîchissait, il
avait parlé avec le général O’Neill.
-Mon général, quand allons-nous pouvoir
rentrer à la base ? Ce n’est pas
une information confidentielle n’est ce pas ? dit-elle en souriant.
Cela
amusa Hammond :
-En effet ce n’est pas confidentiel
dit-il mais vous verrez cela avec le
général O’Neill.
La
porte de la salle d’eau s’ouvrit et Jack apparut sur le seuil du séjour. Le
cœur de Sam fit un bond dans sa poitrine.
Il se tenait debout, dans l’encadrement de la porte, uniquement vêtu de
son jean, et des gouttes d’eau luisaient encore sur son torse humide.
-Excusez ma tenue dit-il, avec
amusement en voyant le regard de Sam posé sur lui. Elle avait la bouche ouverte
comme si brutalement elle avait manqué d’air. Je n’ai pas voulu remettre mon
tee-shirt sale et déchiré poursuivit-il.
-Ça tombe bien, d’ailleurs je crois que
le colonel Carter souhaiterait vous
examiner ! dit Hammond, d’un ton neutre. Je vais voir si je peux vous
trouver quelque chose d’assez grand pour vous.
Il
se dirigea vers sa chambre les laissant seuls tous les deux.
Sam
avala difficilement sa salive, et se reprit.
-Mon général, si vous permettez.
Elle
s’approcha de lui mais évita son regard moqueur. Elle n’en avait vraiment pas
besoin. C’est fou l’effet que lui faisait cet homme. Elle se traita d’adolescente
attardé, puis prenant sur elle, elle posa délicatement ses mains sur le torse
musclé de son supérieur. Il eut un bref recul.
-Vous avez mal ici, dit-elle en
appuyant très légèrement sur les côtes droites.
-Eh dit-il ! doucement !
-Mais je vous ai à peine touché mon
général ! Mais je pense que vous avez au moins deux côtes cassées. Vous
avez mal en respirant ?
-Oui.
-Cela confirme ce que je viens de dire.
-Et on peut faire quoi ?
-Pas grand chose, il vous faudrait un
bandage très serré et une visite d’urgence
à l’infirmerie du SGC.
-On ne rentrera que demain dit O’Neill,
impossible de partir tout de suite.
-Alors cela attendra. Mais il faudrait
que vous dormiez bien à plat .
-Ah ! dit-il en regardant le
canapé inconfortable du général. Vous avez une idée ?
-Vous pourriez aller à l’hôtel, vous
seriez mieux. Mais je ne voudrais pas vous laisser seul.
-C’est une proposition
Carter ? vous venez avec
moi ? dit-il avec une lueur
dangereuse dans le regard.
Sam
rougit violemment, et tenta une explication un peu embrouillée, en hésitant sur
les mots.
-En fait… il ne faudrait pas que vous
restiez seul… si jamais vous aviez des problèmes respiratoires au cours de la
nuit…
Elle
avait l’impression de s’enfoncer irrémédiablement, mais c’était peine perdue.
Il avait décidé de se moquer d’elle, gentiment bien sûr, mais après la tension
des derniers jours, cela leur fit un bien fou à tous les deux. Sam éclata de
rire, Jack aussi, mais une violente douleur aux côtes, le fit s’arrêter
aussitôt.
-Ne me faites pas rire, Carter !
Pitié dit-il en grimaçant.
-Tenez Jack dit Hammond en rentrant
dans la pièce, je vous ai trouvé une chemise qui devrait vous aller.
-Merci mon général, dit Jack en passant
la chemise.
Sam se voulant discrète alla vers la fenêtre et
regarda dans la rue. La nuit était pratiquement tombée sur Washington, et
les fenêtres des immeubles s’allumaient
au fur et à mesure que les gens rentraient chez eux.
-On devrait vous laisser Georges dit
Jack, Carter suggère un bon lit pour moi à l’hôtel.
-Elle a raison, chez moi ce n’est
vraiment pas confortable.
-Oh en temps normal cela aurait été
très bien, répondit Jack.
Avant
de partir Sam confia à Hammond son intention d’accompagner le général O’Neill
pour ne pas le laisser seul.
-Nous prendrons deux chambres mon
général ! dit-elle en souriant.
Elle
repassa par la salle de bain et prise d’une impulsion soudaine elle ramassa le
tee-shirt noir de Jack qu’il avait laissé par terre. Elle le roula en boule
très serrée et le mit dans sa poche.
A
l’hôtel il ne restait qu’une seule chambre avec un grand lit. Jack ne se
démonta pas, il l’accepta sans faire aucune remarque.
Ils
n’avaient pas de bagages, et furent vite installés.
-Vous prenez le lit mon général, dit
Sam, je vais dormir par terre.
-Normalement j’aurais dit non, mais là
j’avoue que j’accepte bien volontiers, merci Carter, dit O’Neill en
s’allongeant avec un soupir.
-Je vais voir si je peux vous trouver
des bandes. Il y a un drugstore dans la rue un peu plus loin, dit Sam. Je
reviens tout de suite dit-elle.
Elle
était sortie précipitamment pour cacher un certain malaise.
Son
cœur battait à coups redoublés dans sa poitrine. La perspective de passer une
nuit seule avec lui dans la même chambre d’hôtel la ravissait et la terrifiait
en même temps. Elle devait bien s’avouer que cet homme la troublait
profondément, beaucoup plus profondément qu’elle n’aurait dû. La fameuse petite
phrase de Jack « je tiens à elle beaucoup plus que je ne suis censé le
faire » revenait dans sa tête comme un leitmotiv, une phrase qui lui
collait à la peau et qui avait tendance à resurgir dans certaines
occasions quand les évènements ou les
paroles la rendait tout à coup beaucoup plus proche. C’était le cas en ce
moment. Toutes ses dernières semaines à enquêter sur le passé de son supérieur,
l’avaient beaucoup rapproché de lui. Elle avait découvert qu’il avait été un enfant sensible qui avait terriblement
souffert, un homme révolté qui avait tout de même fait son chemin dans la vie
en canalisant cette violence par une vie militaire rigoureuse. Il n’y était
parvenu pas tout à fait totalement, puisque
l’épisode des Blaks-Ops était survenu le plongeant encore plus dans le
chaos.
Le
décès de son fils avait achevé cette œuvre de démolition intérieure commencée
avec la mort du petit Jimmy.
Puis le projet Porte des Etoiles avait mis un
terme à cette spirale de douleurs. C’était un homme différent d’ il y a huit
ans. Plus accessible, plus ouvert, mais cependant toujours aussi secret, et
n’exprimant jamais ce qu’il ressentait. Il pratiquait avec un art consommé la dissimulation et présentait un visage
lisse à ses interlocuteurs ou glissait
avec une pirouette sarcastique ou une plaisanterie sur ce qui le gênait.
Sam
se trouvait maintenant au pied du mur. Elle allait devoir se jeter à l’eau,
tenter quelque chose avec lui, car toutes
ces années passées à ses côtés n’avaient fait qu’amplifier les
sentiments qu’elle éprouvait. Mais elle n’était sûre de rien, de son côté à
lui, qu’en était-il ? Peut être préférait-il ce statu quo fait de non dits
et de sentiments dissimulés derrière un règlement que curieusement il
respectait. Le seul qu’il n’ait pas
violé. Un rebelle à toute autorité respectait scrupuleusement la loi de non
fraternisation ! Pourquoi ? se
demandait Sam avec angoisse. La seule
réponse possible qui lui vint à l’esprit était qu’il ne l’aimait pas, si tant
est qu’un jour il l’ait jamais aimé, ou
qu’il se refusait à être heureux par un obscur sentiment de culpabilité.
Elle
était arrivée au drugstore dans un état de confusion tel qu’elle avait du mal à
ne pas se laisser envahir par le désespoir. Elle circula dans les rayons au
hasard, oubliant presque pourquoi elle était là. La foule de la fin de journée se pressait, remplissant hâtivement
les caddies, se bousculant aux caisses, pressée de rentrer chez elle. Elle ravala les larmes qui commençaient à pointer,
et se concentra sur sa tâche. Trouver de quoi soigner Jack. Elle-même avait mal
à la poitrine, là où elle avait pris un coup et son menton était douloureux au
toucher. Elle prit de la pommade anticoup, des bandes, un antalgique, et un peu
de nourriture, des chips, des sandwichs,
des gâteaux secs, de la bière et du jus d’orange.
En
revenant vers l’hôtel elle repensa à l’épreuve qu’ils venaient de traverser.
Une de plus ! quand ils n’étaient pas en mission sur d’autres monde,
c’était sur terre qu’ils avaient des problèmes. Elle se sentait lasse, et
arrivée à presque 38 ans elle souhait autre chose, que sa vie prenne un nouveau
virage. Elle aspirait à une vie plus calme, une vie de famille, un mari, des
enfants, un travail intéressant, mais moins dangereux.
Sam
soupira en rentrant dans l’hôtel. Arrivée à la chambre, elle referma doucement
la porte et s’arrêta un sourire aux lèvres. Il dormait, couché en travers du
lit. S’approchant sur la pointe des pieds, elle s’assit et le regarda, en
silence.
Elle
aimait le regarder dormir. Cela lui arrivait parfois en mission,mais elle le
faisait toujours discrètement, car il était constamment sur le qui vive et elle
ne voulait pas se laisser surprendre. Là c’était différent ! ils devaient
tous les deux passer la nuit dans cette chambre, elle devait le soigner, le
toucher. Sa présence était normale, elle était à sa place là, même pour une
seule nuit, elle voulait profiter pleinement de toutes les secondes que le
destin lui accordait. Pour cette nuit, il était tout à elle, personne ne
viendrait les déranger, il n’y aurait pas d’attaque surprise, pas de Goa’ulds.
Il
était tellement différent quand il dormait, les traits plus reposés, plus
lisses, il ne se dissimulait pas et offrait son visage à son regard. Un souffle
léger s’échappait de sa bouche entr’ouverte. Elle avait une envie folle de
poser ses lèvres sur les siennes, de goûter enfin la douceur de leur soie, de
sentir son souffle se mélanger au sien.
Elle
se contenta de l’appeler doucement :
-Mon général, réveillez-vous !
Il
se dressa en sursaut , l’esprit tout de suite en éveil, le regard dur,
cherchant machinalement son arme.
-Mon général, c’est moi, dit-elle
doucement.
-Excusez-moi, murmura t-il seulement en se rallongeant avec une grimace.
Sam
n’insista pas, mais son cœur se serra, cet homme était toujours sur la
défensive, et ne devait jamais connaître un sommeil profond et réparateur.
-J’ai apporté de quoi vous soigner mon
général.
-Merci Carter, vous avez trouvé des
bandes ?
-Oui, et puis des antalgiques, je vais
vous donner tout de suite un comprimé.
Elle
alla chercher un verre d’eau dans la salle de bain et le lui tendit, leurs
doigts se frôlèrent et la tension augmenta d’un cran. Ils évitèrent de se
regarder, et Jack avala son médicament. Elle sortit du sac
une bande et lui demanda d’ ôter
sa chemise. Elle se rapprocha de lui et
commença à enrouler le bandage autour de son torse en évitant de toucher sa
peau. Elle gardait la tête consciencieusement baissée et s’efforçait de se
concentrer sur son travail en ôtant de son esprit toutes les pensées parasites
qui pouvaient l’assaillir. Les muscles de Jack jouant sous sa peau, son cœur
qui battait très fort et qu’elle sentait à travers le bandage, ou la
respiration un peu courte et saccadée de l’homme qu’elle voulait obstinément
attribuer à la douleur.
-Vous serrez trop là ! vous allez m’étouffer ! dit-il
-Je suis désolée murmura t-elle mais il faut que ce soit serré sinon,
ça ne servirait à rien mon général.
-Allez-y doucement quand même,
Carter !
Elle
sourit sans répondre et continua à poser le bandage et ce faisant, son doigt
s’égara et effleura le haut du torse de Jack d’une très légère caresse, et son
regard se perdit dans la contemplation de ses pectoraux, regard que Jack
intercepta.
-Carter, vous croyez qu’on a pas eu assez
de problème avec l’article 134 ? murmura t-il
Elle
sentit d’un coup la colère l’envahir :
-Oui, et je me demande bien
pourquoi ? On n’a jamais rien fait,
pas le plus petit dérapage, pas le moins geste équivoque, alors que vient faire
cet article ici ?
Il
la regarda interloqué :
-Calmez vous Carter !
Elle
avait terminé les soins et maintenant ils se faisaient face et se regardaient
comme deux chats en colère
-Vous êtes vous demandé une seule
seconde ce que je pouvais
ressentir ?
-Mais de quoi parlez vous ? dit-il
en reculant.
Elle
n’hésita pas un instant, c’était l’occasion qu’elle attendait depuis tellement
longtemps !
-Je parle de nous ! dit-elle avec
force.
Il
haussa les épaules
-Il n’y a pas de
nous Carter ! et il n’y en aura jamais ! Vous le savez bien.
-On se connaît depuis combien de
temps ? Huit ans ! dit-elle d’une voix étouffée, pas une seule fois
on a parlé de ce que nous éprouvons l’un pour l’autre.
-Encore heureux ! s’exclama t-il.
Nous sommes des officiers !
Elle
le haïssait pour ces mots là, mais ne releva pas.
-Rien depuis le test zatarc dit-elle
avec tristesse.
-Je crois que vous avez mal interprété
ce test, dit-il froidement et puis c’est vieux ! Vous vous faites du
cinéma Carter.
-Ah oui, je me fais du cinéma dit-elle en perdant toute raison. Dites-moi
que vous n’éprouvez rien pour moi et je me tais.
Elle faisait les cents pas dans la chambre
pour essayer de reprendre son calme, son cœur battait à grands coups, ses mains
étaient moites et agitées. Lui pendant
ce temps restait immobile, toujours debout au milieu de la pièce. Il avait
remis sa chemise, et la fixait avec dans le regard quelque chose qu’elle
n’arrivait pas à déterminer.
-Vous ne répondez pas ? dit-elle
en tournant vers lui.
Et
sans attendre de réponse elle continua, elle ne pouvait plus s’arrêter, sa vie
en dépendait.
-Il serait temps peut être de déposer votre
fardeau, monsieur,
Il
ne répondit pas, mais le regard qu’il lui jeta était dur, impérieux, comme s’il
lui ordonnait silencieusement de se taire,mais il lui en fallait beaucoup plus
pour l’arrêter. Elle continua sur sa lancée.
-Vous ne trouvez pas que vous avez assez souffert ? Accordez-vous le droit d’être
heureux !
Il
se détourna brusquement, elle avait touché la corde sensible ! Elle le
voyait maintenant de dos, toujours debout, mais il lui semblait que ses épaules
étaient moins raide, sa tête était légèrement penchée, elle ne voyait pas son
visage mais pouvait deviner qu’il cherchait à se dominer. Elle sut avec
certitude que c’était maintenant qu’il fallait agir, tout de suite, là sans
réfléchir.
Elle
posa sa main sur son épaule, le forçant à se retourner. Ce qu’elle vit dans son
regard la bouleversa, de la douleur, du doute, du désarroi. Il avait besoin
d’elle c’était une évidence. Alors elle le prit dans ses bras, nicha sa tête
dans le creux de son épaule et redit doucement :
-Il est temps de déposer votre fardeau.
Il
la serra contre lui de toutes ses forces. Elle se sentait faiblir, ses jambes
la portaient à peine. Elle comprit que ce n’était pas une étreinte banale,
comme deux amis qui se prendraient dans leurs bras pour se consoler, non, c’était
beaucoup plus. Il s’investissait totalement, et quand il posa ses lèvres sur
les siennes elle sut que leur vie avait pris un nouveau virage.
-Venez dit-il.
Il
la poussa vers le lit et ils s’assirent l’un près de l’autre, leurs mains
entrelacées.
-Et maintenant ? dit-il d’une voix
lasse.
Elle
exultait ! il ne lui avait pas dit des « je t’aime » ce n’était
pas son genre, mais cela n’avait aucune importance. Tout avait été dit entre
eux par de simple gestes, un baiser. Mais restait toujours l’article 134, celui
leur interdisait toute relation.
-Je pourrais démissionner ?
dit-elle.
-Je vous l’interdis Carter, vous avez
une carrière prometteuse dans l’armée ce serait vraiment dommage de la gâcher
pour…
Il
s’interrompit.
-Pour vivre notre amour dit-elle en
accentuant les mots ! Rassurez vous monsieur, ma carrière je m’en fiche.
-Et bien pas moi ! dit-il avec
fermeté, c’est moi qui vais quitter l’armée. A mon âge il est temps, et je n’ai
plus rien à prouver dit –il sans fausse modestie.
Ils
restèrent ainsi longtemps à peser le pour et le contre.
La
nuit était bien avancée, et la fatigue commençait à se faire sentir. Ils avaient faim. Les deux journées qu’ils venaient de vivre
avaient été éprouvantes, très éprouvantes.
-Et si on mangeait ? dit Jack,
qu’est ce que vous avez rapporté dit-il en plongeant le nez dans le sac de
provisions.
Ils
firent une petite dînette. L’ambiance était beaucoup plus détendue.
Jack
réfléchit encore puis il lui dit :
-Je vais faire une demande de
démission, mais cela peut prendre un certain temps, Carter, il faudra encore
patienter. Vous patienterez n’est ce pas ?
Il
la regardait avec une grande douceur et
une lueur nouvelle, qu’elle ne lui connaissait pas.
-Oui, dit-elle dans un souffle, le temps qu’il faudra.
-Il ne faudra commettre aucun faux pas
pendant ce temps, c’est très important Carter.
-Je vous le promets monsieur,
-Alors surveillez votre regard.
-Pourquoi dit-elle en fronçant les
sourcils.
-Parce qu’on peut y lire comme dans un
livre ouvert, dit-il malicieusement.
Leur
dînette achevée Jack se leva et se dirigea vers la salle de bain :
-On devrait se reposer maintenant
dit-il.
-Vous avez raison. Je vais me préparer
un couchage par terre, dit-elle en prenant le dessus de lit et un oreiller.
Il
hocha la tête :
-Oui, c’est plus prudent !
Ils
s’endormirent presque tout de suite et le lendemain ils rentrèrent chez eux.
**********
Sam
retrouva ses quartiers le cœur léger.
Elle avait l’impression d’être partie depuis très longtemps, alors que cela ne
faisait que deux jours. Mais quelles journées, un emprisonnement dont elle ne
comprenait pas le sens, des coups, et puis ce changement de situation entre
elle et Jack. Il allait démissionner pour elle. POUR ELLE ! Sam n’arrivait
pas à y croire vraiment. Il y avait déjà eu tellement de choses entre eux, et
ce revirement soudain semblait si fragile qu’un rien pouvait peut être le
réduire à néant. Elle décida de rester neutre, de ne pas y penser, de se
consacrer à son travail. Mais elle savait déjà que ces quelques semaines ou
quelques mois seraient très longs.
Sam
se rendit à l’infirmerie, elle souffrait des coups qu’elle avait reçus et ne
s’était pas beaucoup soignée. Le médecin la trouva en forme malgré tout, et lui
prescrivit tout de même deux jours de repos, le temps de reprendre quelques
forces.
Jack
aussi se reposait. Il avait été pris en charge par le staff médical dès son
arrivée. Une radiographie du thorax avait bien confirmé deux côtes cassées. Il lui fallait du repos, mais il ne
tenait déjà plus au lit et voulait se lever.
-Mon général ! Vous n’êtes pas
raisonnable dit le docteur Brigth
-Franchement docteur, que je sois ici,
ou dans mon bureau, quelle différence ? Je ne pars pas sur le
terrain !
-Si vous me promettez de revenir au
moindre problème…
-C’est entendu docteur, dit O’Neill en
se levant.
Sam
et Jack ne se rencontrèrent pas pendant les deux jours de repos de la jeune
femme. Ils n’allèrent pas au mess en même temps, Jack était souvent dans son
bureau et la jeune femme se reposait
dans ses quartiers. Elle travailla sur son portable à rédiger des
comptes-rendus scientifiques, chose qu’elle n’avait jamais le temps de faire.
Elle ne dormit pas très bien pendant ces deux journées et avait hâte de
reprendre le travail. Le lendemain briefing à 8 heures. Sam était prête.
Le
général était dans son bureau quand SG1 arrivèrent pour le briefing. Il
téléphonait et leur fit signe à travers la vitre.
Quand
il revint il s’assit à sa place en haut de la table, Sam et Daniel à sa droite et Teal’c à sa gauche.
Il
démarra immédiatement le briefing
-Daniel vous avez préparé quelque chose
sur P9J654 ?
-Oui, Jack mais avant, est-ce qu’on
peut avoir une petite explication sur votre absence ? à vous et à Sam. On
a parlé d’arrestation ?
Sam
jeta un coup d’œil à Jack. Il avait pris son air le plus indifférent et
répondit simplement.
-Non, Daniel.
Etonnement
du jeune archéologue.
-Non ? Pourquoi ?
-Je n’ai pas d’explications à vous
donner, c’est secret défense.
-Ah ! fit Daniel
-Et si vous commenciez Daniel ?
-D’accord Jack.
Daniel
se lança dans ses explications habituelles, climat, géologie, population…
éventuels Goa’ulds. Tout ce qu’il fallait savoir avant d’aller pour la première
fois sur une planète.
-Bien conclut Jack, vous partez dans une
heure. Votre mission ne doit pas excéder trois heures. Cela vous laisse
suffisamment de temps Daniel, pour les ruines du petit temple près de la porte.
Le
visage du jeune homme s’éclaira d’un grand sourie.
-Merci Jack.
Sam
traîna un peu pour ranger ses affaires dans l’espoir que le général O’Neill la
retienne, mais en vain. Il était déjà
dans son bureau en grande discussion avec Harriman.
Elle
sortit d’un pas lourd de la salle de briefing et partit se préparer. Le départ
était pour bientôt et elle n’avait pas fini son sac.
Quand
elle se présenta à la porte d’embarquement Daniel et Teal’c étaient déjà là
prêts au départ. Ce serait sans doute une mission simple, la découverte d’une
nouvelle planète. Quelque chose qui aurait exalté Sam il y encore quelque
temps. Depuis que c’était elle qui dirigeait, les responsabilités endossées
l’empêchaient parfois d’apprécier ce qu’elle faisait. Les dangers étaient
innombrables et requerrait toute son attention. Malgré tout leur groupe à trois fonctionnait parfaitement,
ils étaient rôdés depuis le temps ! mais O’Neill était une force sur
laquelle elle aimait s’appuyer, maintenant c’était elle la force et c’était
beaucoup moins amusant.
Le
général était là prêt à donner le départ.
Les
chevrons s’enclenchaient rythmés par la voix du militaire de la salle de
contrôle.
Comme
le vortex s’ouvrait, Sam se retourna vers O’Neill et le regarda, attendant un
signe, un regard, un petit geste comme il faisait souvent à l’heure du départ.
Il
ne fit rien cette fois-ci se contenant de leur souhaiter bonne chance. Sam le
cœur serré se détourna et commença à monter la rampe. Arrivée en haut elle
laissa passer Daniel et Teal’c et se retournant une dernière fois elle fit un
signe de la main, comme un au revoir, il ne répondit pas, mais son regard se
fixa sur elle et s’adoucit. Elle se permit un sourire et c’est le cœur plus
léger qu’elle franchit à son tour le shapaï.
Durant
trois mois, ils enchaînèrent les missions, le travail, les rapports, les
congés, les sorties à trois, car Jack ne venait plus. Sam ne savait plus trop
quoi penser. Il s’était isolé des autres sous prétexte d’un travail intense.
C’est vrai qu’il ne quittait guère son bureau, était souvent au téléphone,
venait en salle de briefing juste ce qu’il fallait. Autrement dit il l’évitait.
Cela
ne surprenait pas Sam, elle s’y attendait, mais c’était dur à supporter. Il se
comportait avec elle comme avec une étrangère. Plus de sourires, de regards
appuyés, de petite phrases à double sens, pleines de douceur ou d’ironie. Ce
flirt léger qu’elle affectionnait et qui lui manquait. Mais elle savait que ce
n’était qu’une question de patience, du moins elle l’espérait.
Le
soir dans la solitude de ses quartiers, elle sortait de dessous son oreiller le
vieux tee-shirt de Jack. C’était la seule chose à lui qu’elle possédait, mais elle aimait le toucher, enfouir son
visage dans le tissu, retrouvant la légère odeur de l’after-shave qu’il
utilisait. Pour rien au monde elle ne l‘aurait avoué, mais ce morceau de tissu
l’aidait à patienter.
Un
matin du mois d’avril, ils avaient été convoqués pour un briefing d’urgence.
Sam était dans son labo, Teal’c et Daniel encore au mess, quand la voix du haut
parleur avait interrompu leurs activités.
-SG1 est demandé en salle de briefing
immédiatement. SG1 est demandé….
Dans
la salle Jack les attendait. Il était en civil, vêtu d’un jean foncé, et d’un
tee-shirt noir. Sam remarqua tout de suite le changement de tenue, son cœur
s’emballa, et elle s’assit à sa place tout en s’efforçant de faire le vide dans
son esprit. Ne pas se réjouir trop vite. Il pouvait y avoir tout un tas de
raison à ce changement de vêtements.
-J’ai pris une décision importante
concernant ma carrière dit Jack ,j’ai démissionné.
Les
mots mirent un certain temps à arriver jusqu’à Sam. Il avait démissionné !
Cependant
Jack ne la regardait pas particulièrement, il fixait un point devant lui.
-Démissionné ! dit Daniel qui
réagit le premier.
-Nous allons avoir un autre chef au
SGC ? demanda Teal’c.
Sam
dévorait Jack des yeux mais ne disait toujours rien.
-En fait je n’en sais rien, ma
démission de l’armée a été acceptée. Je pense qu’ils préfèreront un militaire
comme commandant. Mais en attendant je reste, car je n’ai reçu aucune
instruction.
-J’espère que vous allez rester O’Neill,
vous nous manqueriez dit Teal’c.
-Moi aussi j’espère dit Daniel, en se
retournant vers Sam comme pour avoir son approbation à elle aussi.
Elle
se contenta d’incliner la tête. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Tout
ne se déroulait pas comme prévu. Jack allait sûrement quitter le SGC, il était
en train de les préparer à son départ. S’il part, je pars aussi pensa t-elle.
Il
lui fit signe de venir dans son bureau. Les jambes tremblantes et le cœur
battant d’excitation elle le suivit.
-Asseyez-vous Carter dit-il. Lui-même
se mit derrière son bureau et posant les mains sur la table il la regarda droit
dans les yeux.
- Carter, je suis désolé de vous avoir
fait attendre si longtemps, mais ce ne fut pas simple.
-Ils ne voulaient pas vous lâcher
dit-elle en souriant
-Il y a un peu de ça répliqua t-il. En
fait l’Etat Major voulait me faire quitter le SGC et ma démission a chamboulé tous leurs plans.
-Il vous proposait un autre
poste ?
-Oui et c’était une promotion, mais du
fait de ma démission cela a tout remis en cause . On m’a donné trois mois
pour réfléchir. C’est pour cela que je ne pouvais rien faire. Il fallait que ma
conduite et la votre soient irréprochables. Vous savez que la fameuse photo a
fait plus de dégâts qu’on ne pouvait le penser au départ.
-Je suis vraiment désolée, tout est de
ma faute dit Sam.
-Ne dites pas n’importe quoi !
-Si je ne m’étais pas effondrée ce soir
là chez vous…
Elle
ne finit pas sa phrase le regard
d’O’Neill l’en empêcha.
-Vous avez fini là ? Si ce n’avait
pas été ce soir là, cela aurait été une autre fois. De toute façon, il aurait
cherché à me faire chanter, d’une manière ou d’une autre.
-Il voulait de l’argent ?
-Non pas d’argent, juste se
venger. me démolir. Maintenant Carter,
je suis beaucoup plus libre de mes mouvements, mais je ne sais pas si ça va
mener quelque part.
Le
cœur de Sam menaça de s’arrêter, il reculait ! Elle n’en croyait pas ses
oreilles.
-Mais… vous avez démissionné !
-Oui, mais franchement Carter,
maintenant que vous connaissez mon passé, on a pas grand-chose en commun. Je
suis un vieux bonhomme aigri, vous méritez beaucoup mieux que cela.
-C’est à mon tour de vous dire
d’arrêter vos bêtises. Excusez moi, monsieur, mais je sais parfaitement ce que
je veux, cela fait huit ans que je vous veux ! huit ans qu’un règlement
nous entrave, et maintenant que nous sommes libérés, vous reculez !
Elle
s’était levée et rapprochée de lui. Elle le touchait presque et pouvait sentir
les effluves de son eau de toilette. Elle le prit par la main et le força à se
mettre debout.
-Qu’est ce que vous faites
Carter ? dit-il avec un sourire.
-Ce que je fais ? mais ce dont
j’ai toujours rêvé, dit-elle en approchant son visage du sien.
Elle leva les yeux sur lui, leurs lèvres se
touchaient presque et une force mystérieuse les fit se rapprocher. Ce fut elle
qui fit le premier pas, elle posa sa bouche sur ses lèvres et lui fit perdre la
tête par ce doux contact. Il s’enflamma aussitôt et oublia tous ses doutes.
Elle passa ses bras autour de son cou et leur baiser se fit plus fort, plus
sensuel, plus intense. Ils y mirent tout leur amour. Les derniers doutes
tombèrent, et ils se laissèrent aller à leur passion qui les consumait depuis
de longues années.
Enfin !
-Et maintenant quel est le programme,
Jack ? dit Sam en savourant le fait de prononcer pour la première fois le
prénom interdit.
-Que dirais-tu d’un petit séjour dans
le Minnesota ? et auparavant on pourrait passer par Chicago, j’aimerais
bien embrasser Madame Naymith et la
remercier.
-C’est un excellent programme Jack,
mais nous avons autre chose à faire, pour le moment ? non ?
-Quoi ?
-Ça dit-elle en l’embrassant de
nouveau….
FIN