TOUT AVAIT ETE
DIT
AURELIA
FIC
23
Avril
2004
Saison : au cours de la saison 6
Disclaimer : Les personnages de Stargate ne
m’appartiennent pas.
Genre ; drame
Résumé : Il n’y avait plus aucun espoir pour
SG1
Classification : Accord parental souhaitable
Le
15 mai
Tout
avait été dit. Bientôt les prisonniers disparaîtront pour toujours dans
l’oubli.
Ce
sera un grand jour pour les habitants du village. Les espions venus troubler la
paix de leur vie quotidienne seront exécutés. Il y aura une fête magnifique à
l’occasion de cet évènement. Les gens revêtiront leurs plus beaux habits et
comme dans les temps anciens sur la terre, ils se dirigeront vers la place publique des exécutions. Leur mort devra être exemplaire. Ils seront
torturés longuement avant d’être laissé agonisant sur le gibet. La mort sera
leur seule délivrance, mais elle pourra être longue à venir. Le gouvernement de
la ville voulait faire un exemple.
Jonas
leva la tête et la tourna vers ses compagnons de misère. Ils étaient là tous
les quatre dans une misérable cellule exiguë, attendant que la mort vienne les
délivrer de leurs souffrances.
Tout
avait été dit. Il n’y avait plus aucun recours, le général Hammond les avait
abandonnés.
Près
de lui Sam ne bougeait pas, son beau visage crispé dans un rictus de douleur,
son corps dénudé était couvert de plaies et de contusions. Ils avaient tout
subi. Depuis un mois qu’ils étaient prisonniers, pas un seul jour ne s’était
passé sans qu’ils ne soient emmenés sur cette place noire de monde pour y être
interrogés.
Sur
Telaria, tout était public pour servir d’exemple. Les
interrogatoires étaient faits devant tous, les tortures aussi.
Jonas
bougea difficilement, il n’avait pas été épargné, tout son corps était rompu,
brisé, des plaies ouvertes suintaient. Leurs instruments de torture étaient
variés, cela allait du simple bâton, en passant par le couteau, le fouet, les
lames rougies dans le feu. Il jeta un regard à ses autres compagnons, Teal’c
était peut être celui qui souffrait le moins. Mais était-ce vraiment une
chance ? Son symbiote le régénérait, et il pouvait à nouveau souffrir et
plus longtemps que les autres. Ce serait sûrement lui qui mourrait en dernier.
Le colonel était étendu à quelques pas de là, il était couché sur le ventre,
son dos et ses bras présentant des plaies profondes, des brûlures, des meurtrissures.
Jonas réussi à se lever, sa jeunesse et sa robuste constitution lui permettaient
peut-être de mieux supporter tout cela. Il s’approcha de Sam et lui versa
quelques gouttes d’eau sur les lèvres. Le contact de l’eau fraîche la réveilla
d’instinct.
-Buvez doucement Sam, dit Jonas.
-Merci dit –elle dans un souffle.
Tout
avait été dit, ce qui avait été écrit était en train de se réaliser. Il n’y
avait plus grand-chose à faire qu’à laisser s’accomplir le terrible destin.
Le
8 avril
- Mais qu’est ce que j’ai fait de cette
feuille ?
Jonas
soulevait des papiers, des piles de livres et de revues, en vain. Impossible de
trouver la traduction qu’il avait faite des symboles vus dans le temple sur P8C789.
Pourtant
je l’ai posée sur le coin du bureau, pas plus tard qu’hier murmura –il pour
lui-même.
O’Neill
à cet instant passa devant le labo, il s’arrêta :
-Jonas vous ne mangez pas ce
soir ?
-Si colonel j’arrive, mais j’ai perdu
un papier très important, j’y ai passé toute la semaine, c’est rageant !
O’Neill
jeta un regard circulaire autour de lui, il y avait un fouillis indescriptible
sur la table, les chaises, des piles de livres emplissaient la bibliothèque et
l’armoire n’arrivait plus à fermer.
-Ça vous arrive de ranger votre bureau
Jonas ? dit-il ironiquement.
-Vous avez raison colonel ! Il
faut que je range, ça fait déjà un moment que j’y pense, je m’y mets demain.
Promis.
Le
9 avril
Depuis
l’aube Jonas s’attaquait à une corvée indispensable mais ô combien pénible, le
rangement. Pour lui c’était une perte de temps, mais il lui fallait bien s’y
coller s’il voulait retrouver la traduction qu’il avait commencée avec l’aide
de Teal’c.
Il
y passa deux heures et la pièce commençait à retrouver un air civilisé quand il
tomba sur un carnet qu’il ne connaissait pas. C’était un gros carnet sans
spirale avec une reliure en cuir noir. Il était couvert d’une petite écriture serrée.
Il pensa que c’était sans doute un carnet de notes appartenant au Docteur
Jackson et il le mit de côté se promettant de le lire plus tard.
-Major que pouvez-vous nous dire de la
planète P8C789 ?
Le
briefing en ce matin du 9 avril réunissait SG1 et le général Hammond. Jonas
était encore essoufflé, il était arrivé en retard et heureusement pour lui la
réunion commençait à peine.
Sam
enchaîna aussitôt la projection qu’elle avait préparée, suite à la brève visite
qu’ils avaient faite sur cette planète il y avait une semaine.
-D’après les renseignements que nous
avons pu obtenir, C’est une planète qui
se nomme Telaria et dont la civilisation ressemble à
la terre du milieu du vingtième siècle. Comme
moyens de locomotion ils
utilisent les voitures, ils n’en sont qu’aux balbutiements de l’aviation. Leur
monde est divisé en quatre nations dominantes à peu près de forces égales et
qui se disputent la suprématie. Les autres pays appartiennent à l’une ou à
l’autre de ces nations. Ils n’ont pas tous le même degré de développement entre
les quatre grands états, Au niveau militaire les grandes puissances disposent à
peu près du même genre d’armement. L’équilibre des forces est donc précaire,
mais jusqu’à présent aucun pays n’a voulu prendre la responsabilité de
déclencher les hostilités.
-La guerre froide en somme dit O’Neill.
-C’est exactement ça mon colonel,
poursuivit Sam. Leurs villes sont industrialisées avec une pollution
importante. En ce moment il n’y a pas de guerre entre les quatre blocs qui
maintiennent une poigne de fer sur tous les pays. Nous
avons également relevé des traces de naquada, près de
la porte ce qui laisse supposer qu’il y a des mines dans une région plus ou
moins proche
-Ah ! Nous y voilà dit le général.
Il y a donc des goa’ulds sur cette planète.
Jonas ? Avez-vous terminé la traduction des symboles que vous aviez
trouvés près de la porte ?
-Mon général, je n’ai pas fini. Mais le
nom du continent d’Héliopolis me fait penser au dieu Thot. Mais je n’en suis
pas sûr encore.
-Pouvez-nous nous parler de ce dieu
Jonas.
Jonas
se lança dans une longue explication sur Thot. Ce dieu semblait s’être occupé de tout ce qui pouvait
être intellectuel, l’écriture, les langues, les lois et tout ce qui touchait à
la division du temps. Il était le secrétaire avisé des dieux et consignait tout
par écrit. Il était aussi le patron des scribes. Sa maîtrise du langage et des
écritures en fit un personnage très puissant près des dieux. Il était aussi un
puissant magicien, pouvant faire exister à volonté ses désirs. Il devint le
dieu du verbe divin. Il était vénéré en plusieurs lieux de l’Egypte, mais c’est
à Héliopolis qu’il reçut le plus d’hommages.
Le
général ordonna le départ vers Héliopolis. Mais avant de partir il revint
accompagnée d’une jeune femme très brune et de taille moyenne.
-Je vous adjoins Maureen David
historienne et spécialiste des civilisations pré et post industrielle.
-Ah dit O’Neill en levant les yeux ciel
encore une scientifique. Vous êtes sûr mon général, Jonas et Carter ne suffisent
pas ?
-Absolument colonel, ce n’est pas
négociable.
Jonas
repassa par son laboratoire et prit le carnet qu’il avait trouvé et il le mit
dans une poche de sa veste. Il pensait que s’il avait un moment il serait peut
–être intéressant de le déchiffrer.
Ils
passèrent la porte sans encombre, et ils furent reçus par une jeune femme
qu’ils n’avaient pas vue lors de leur premier passage.
-Bonjour, je m’appelle Stella, et je
serai votre guide pendant toute votre visite sur notre planète.
Elle
les conduisit à une voiture sans vitres qui les emmena vers la ville la plus
proche.
-Bienvenue à Héliopolis. Dit-elle avec
un sourire.
La
voiture entra dans une cour dont la grille se referma automatiquement derrière
eux. Le colonel se retourna et jeta un œil sur le portail qui se refermait
-Je n’aime pas ça du tout murmura t-il
pour ses compagnons. La jeune femme ne paraissait pas avoir entendu.
-Venez par ici, je vais vous conduire
au ministre délégué. Mais tout d’ abord vous allez nous remettre vos armes et
passer une tenue plus appropriée.
O’Neill
fut totalement réticent :
-Nous enlever nos armes, c’est hors de
question !
-Vous ne pouvez pas faire autrement
répondit leur guide. Les armes sont prohibées dans tout le pays. Seuls les
militaires ont le droit d’en porter, pour les civils c’est totalement interdit,
et pour les étrangers encore plus.
-Si vous me permettez, colonel dit
Jonas, le général Hammond tient beaucoup à ce traité …
-Carter ? dit O’Neill en se
tournant vers la jeune femme.
-Malheureusement nous devons en passer
par là mon colonel, dit-elle en le regardant droit les yeux. La méfiance qu’elle
y lut ne la surprit pas. Elle savait que le colonel se sentait un peu nu sans
ses armes sur une planète étrangère.
-Si nous n’avons pas le choix, dit –il
en faisant glisser de son épaule la bretelle de son P90.
Stella
les regarda en souriant :
-Toutes vos armes !
O’Neill
poussa un soupir, ils enlevèrent leur ceinture et leur veste.
-Bien dit Stella, c’est beaucoup mieux.
Maintenant si vous voulez bien me suivre, je vais vous faire donner des
vêtements. C’est inconvenant ce que vous portez.
-Vous êtes pourtant habillée comme nous
ou presque dit Maureen en montrant la tenue classique de la jeune femme, un
pantalon droit de couleur blanche, une veste marron fermée avec un haut col qui
lui remontait jusqu’à l’arrière du crâne.
Ses
cheveux sombres étaient coupés très courts.
-Oui, vous êtes très correcte mesdemoiselles,
dit-elle, ce sont vos compagnons qui ne le sont pas.
Jonas,
Teal’c et O’Neill jetèrent un coup d’œil sur leur tenue respective et dirent
d’une même voix
-On est très bien !
La
jeune femme eut un sourire dédaigneux. Mais ne répondit pas.
O’Neill
se rapprocha des deux jeunes femmes
-Maureen, c’était prévu au programme
tout cela, je croyais que c’était une civilisation proche de la notre il y a
soixante ans ?
-Colonel O’Neill je ne comprends pas du
tout ce qui se passe ici.
Alors pourquoi le général Hammond était-il si
élogieux à votre égard ? Répondit-il d’un ton sec.
Maureen
rougit mais ne répondit pas. La phrase du colonel l’avait vexée. Mais elle
savait qu’il avait raison, il y avait quelque chose qui clochait sur cette
planète.
-Si vous voulez bien me suivre dit
Stella.
Elle
les conduisit dans une pièce réservée à l’accueil des étrangers. On leur
proposa des rafraîchissements, qu’ils refusèrent sur un signe du colonel.
-Vous ne voulez rien prendre ?
S’étonna Stella.
-Non merci
Maintenant
je vais vous demander de passer ces vêtements dit-elle en montrant deux
costumes masculins et trois longues tuniques blanches.
Il
se regardèrent perplexes.
-je crois qu’il y a erreur dit O’Neill,
en montrant les tuniques, il me semble que ce n’est pas le bon nombre.
-Il n’y a pas d’erreur, les tuniques
sont pour vous messieurs, et les pantalon et veste pour ces demoiselles. Ne
gardez que vos sous vêtements. Après un
petit sourire non dénué d’ironie elle les laissa. Mais avant de s’en aller,
-Et n’oubliez pas les chaussures !
O’Neill
était furieux.
-Non mais on est tombé où là !
Maureen, vous êtes renvoyée !
Maureen
et Sam avaient déjà enfilé leur nouveau costume, le pantalon blanc et la veste
marron. A leurs pieds elles mirent des chaussures plates blanches également et
sans lacet.
Teal’c avait enfilé la tunique, cela ne
le gênait nullement, sur Chulac il en portait souvent
une semblable. Jonas et O’Neill durent se résigner à en faire autant. La
tunique était très longue, elle s’arrêtait à la cheville, et elle était munie
d’une ceinture.
Quelques
minutes plus tard, ils furent conduits devant le ministre délégué.
C’était
un homme de haute taille aux cheveux noirs coupés en brosse. Il était vêtu
comme tous les hommes présents dans la salle d’une longue tunique. La sienne
était bleue. Signe sans doute de son pouvoir.
Il
jeta un regard approbateur à la tenue des étrangers.
-Soyez les bienvenus je me nomme Astor et je suis le ministre délégué de cette nation. Si
vous voulez prendre place. Il leur fit signe de s’installer autour d’une grande
table en chêne noir qui occupait le centre de l’immense pièce.
-Nous sommes très heureux de recevoir
les délégués d’un autre pays. Comment dois-je vous appeler ?
O’Neill
fit de sommaires présentations et ce fut Maureen qui parla la première.
-Monsieur le ministre, nous sommes très
honorés de l’accueil que vous nous faites, nous aimerions en savoir un peu plus
sur votre civilisation, nous sommes avant tout des explorateurs…
-Nous verrons plus tard ce que l’on
pourra vous dire. Je crois que vous êtes venus pour conclure un traité n’est ce
pas ?
Le
ton du ministre déplut profondément à O’Neill, on leur cachait délibérément
quelque chose.
-Monsieur le ministre dit-il en
pesant ses mots, nous venons en paix, mais si nous devons traiter avec vous, ce
que nous souhaitons vivement, il faut nous en dire un peu plus. Notre
gouvernement souhaite que nous fassions des échanges disons, commerciaux, je
pense que le vôtre le souhaite également, mais si vous ne nous faites pas
confiance, les négociations seront difficiles.
Le
ministre délégué hocha la tête comme s’il approuvait :
-Je comprends très bien vos réticences,
mais la situation sur notre planète repose sur un équilibre très précaire entre
les quatre grandes puissances. Mais ça vous le savez déjà. Ce que je veux dire,
c’est que nous ne pouvons vous divulguer aucune information sur notre mode de
vie. Tout cela fait l’objet d’un espionnage extrêmement développé. Nous ne
pouvons prendre aucun risque. Vous comprenez bien que si des informations
sortaient de ce bureau vous serez tout de suite accusé d’espionnage et
condamné.
-Nous ne sommes pas des espions, vous
savez très bien que nous venons d’une autre planète. La porte des étoiles est
sur votre territoire. Vous nous attendiez, Stella nous a conduits elle-même
jusqu’à vous, nous n’avons aucun contact avec votre population.
O’Neill
avait un peu de mal à garder son sang froid. Il s’était levé et marchait en
longs pas nerveux dans la salle, dans l’espoir de se calmer. La tunique lui
allait très bien, et lui conférait même une prestance que ne donnait pas
toujours le treillis militaire. Il reprit sa place au bout d’un moment :
-Monsieur le ministre, je vais devoir
reprendre contact avec les autorités de ma planète, avec votre permission.
-Non, nous ne pouvons pas vous
permettre de ressortir du bâtiment, nous sommes absolument désolés, mais vous
devrez négocier seuls, et sans contact avec votre gouvernement.
-Alors il n’y aura pas de traité, dit
O’Neill d’un ton sans appel. Il ajouta d’un ton dédaigneux :
-Sommes nous vos prisonniers
monsieur ?
-Disons plutôt nos invités !
Stella conduisez-les dans l’appartement qui leur a été attribué.
Ils
ressortirent dans la cour qui était au centre de plusieurs bâtiments disposés
en carré. C’étaient de grandes maisons, sans aucun style architectural, du
béton comme on en construisait sur terre.
Ils
furent conduits dans un appartement de petite dimension. Constitué d’un séjour,
d’une chambre, d’une cuisine. La salle de bain était dans le prolongement de la
chambre. C’était un peu vieillot, le confort étant tout à fait relatif. La
salle de séjour était très peu meublée, un canapé, quelques chaises. Dans la
chambre il n’y avait guère plus de meubles ; un grand lit et un placard
dans lequel étaient déposés des vêtements de rechange.
Le
frigo de la cuisine était plein, visiblement on avait prévu un long séjour pour
les négociateurs venus de la terre.
O’Neill
ne décolérait pas :
-Je vois qu’ils ont tout prévu.
-Venez voir mon colonel ! Cria Sam
de la pièce voisine.
Dans
le fond du placard à vêtements, tous leurs objets personnels étaient regroupés
dans un sac. Tous leurs objets mais pas les armes.
-Il n’ont peut être pas de mauvaise
intention. Dit Jonas.
-Hum fit O’Neill en vidant le sac sur
la table, leurs papiers personnels, les notes de Maureen, celles de Jonas, des
crayons, et le carnet qu’avait trouvé Jonas dans l’ancien bureau du Docteur
Jackson qu’il occupait à la base.
Le
carnet était étrange entre les mains de Jonas. La chaleur du cuir était douce à sa peau. On aurait dit
qu’il était vivant. Les pages en étaient jaunies comme un vieux parchemin qui
aurait été oublié depuis la nuit des temps. Pourtant dès que Jonas lut les
premières lignes le livre tout entier sembla éclairé de l’intérieur. Il faisait
sombre dans la pièce et pourtant il lisait comme un plein jour. Les premiers
mots l’atteignirent et le firent douter. C’était son journal et pourtant il ne
l’avait jamais écrit. Ce n’était pas dans les habitudes de Jonas d’écrire un
journal, c’était plutôt dans le style du docteur Jackson. Non Jonas n’avait pas
perdu la tête il avait écrit un journal et pourtant il était absolument sur de
n‘en avoir rien fait.
Le
journal s’ouvrait la veille, il y relatait la feuille qu’il avait perdue, le
rangement de son bureau avec une précision de détails tout à fait inutile et superflue
pour un évènement d’aussi peu d’importance.
Pour
la journée d’aujourd’hui était relatés les évènements qu’ils venaient de vivre.
Le journal s’arrêtait à l’instant même, au moment où Jonas ouvrit le livre. Le
journal était écrit à la plume et s’il reconnaissait son écriture il y avait de
petites variantes dans la calligraphie de certaines lettres. Les jambages
étaient faits de façon un peu différente.
Le
16 mai
Un
à un ils se réveillaient. Il y avait longtemps qu’ils avaient perdu toute
pudeur. Leur souffrance était telle que le fait d’être à moitié nus ne les
gênait plus.
O’Neill
reprit conscience lentement et jeta un coup d’œil à Jonas :
-Qu’y a-t il de prévu pour demain ? Lui demanda t-il d’une voix fatiguée.
-Rien colonel, il n’y a rien.
-Alors c’est la fin du voyage mon jeune
ami !
Le
10 avril,
Ils
avaient eu du mal à s’endormir. Maureen et Sam avaient pris le grand lit de la
chambre. Jonas et Teal’c le canapé du salon, O’Neill avait préféré dormir à
même le sol.
Quand
ils voulurent sortir, le lendemain matin ils se rendirent compte que la porte
était verrouillée.
-Invités ! Mon œil dit O’Neill,
nous sommes bel et bien prisonniers.
Jonas
tenait toujours dans sa main le carnet et l’ouvrit machinalement à la page
d’hier. Il sursauta
-Qu’y a-t-il Jonas ? demanda Sam
inquiète, vous avez entendu quelque chose ?
-Non major regardez et il lui rendit le
carnet.
-Votre journal ? dit-elle en le
prenant dans ses mains. Elle le retourna, étrange ce cuir, on dirait qu’il est
…
-Vivant n’est ce pas ?
-Oui, c’est ça, c’est tout à fait surprenant.
Mon colonel ?
-Major ? Dit O’Neill en se
relevant et sans explications Sam lui tendit le livre. Il le prit machinalement
et sursauta :
-Qu’est ce que c’est, c’est
bizarre !
-Ouvrez-le colonel dit Jonas.
Il
y avait maintenant plusieurs pages d’écrites. Les évènements relatés
s’arrêtaient à l’instant même où on l’avait ouvert. On y parlait de la nuit
passée dans l’appartement, du petit déjeuner qu’ils venaient de prendre et des
quelques banalités qui avaient été dites.
-C’est votre écriture demanda O’Neill à
Jonas ?
-Oui colonel, mais ce n’est pas moi qui
l’ait écrit.
-Comment ça pas vous ? S’étonna
Jack.
-Non, d’ailleurs si vous regardez bien
c’est écrit avec une plume et de l’encre, dans ma poche j’ai un stylo bille
c’est tout.
-Comment est-ce possible ? Il ne s’est
pas écrit tout seul ce journal !
-Major ?
-Jamais rien vu de tel mon
colonel ! répondit Sam perplexe.
La
porte s’ouvrit à cet instant et Stella leur fit signe de sortir.
-Le ministre délégué vous attend dans
la salle de conférence dit-elle. Et sans attendre de réponse elle leur fit
signe de les suivre.
La
journée se passa en une longue et inutile négociation. Le ministre délégué
refusant toujours que les terriens prennent contact avec leur gouvernement.
-Je crains que nous soyons dans une impasse,
monsieur le ministre dit O’Neill en essayant de garder tout son calme. Ce qui
était très difficile, car en face de lui les habitants de Telaria
faisaient visiblement du mauvais esprit.
Le
soir ils furent reconduits dans l’appartement qu’ils avaient occupé la veille.
-Colonel, venez voir dit Jonas
Il
lui montra la porte qui n’était pas fermée à clé. Oubli ou piège ?
-Soyons très prudents, répondit
O’Neill.
Ils
purent sortir sans encombre de l’appartement. Il n’y avait personne dans la
cour à cette heure de la nuit. Le grand portail était fermé, mais le portillon
ouvert les laissa facilement passer. Ils se retrouvèrent dans une rue calme.
-Comment rejoindre la porte des étoiles,
on ne sait même pas où elle est ? Dit Maureen.
-On avisera plus tard dit O’Neill, il
faut s’éloigner d’ici au plus vite. Ils se mirent à courir dans les rues
désertes. La ville était très petite, et ils arrivèrent très vite en campagne.
-Que fait-on maintenant ?
-Je crois qu’il faut attendre le jour,
dit Sam.
-Et pourquoi major ?
-Nous ne connaissons pas les
constellations, dit-elle en montrant le magnifique ciel étoilé, par contre de
jour je pourrais me guider sur le soleil. Quand nous avons quitté la porte,
nous avons roulé face au soleil. Il nous suffit de prendre la direction inverse
pour la trouver.
-Bien joué major ! Approuva
O’Neill.
Ils
trouvèrent une grange pour passer la nuit, mais au petit matin une mauvaise
surprise les attendait, La grange était encerclée d’hommes vêtus de longues
tuniques blanches et qui pointaient sur eux des armes.
Ils
furent aussitôt reconduits devant le ministre délégué.
Celui-ci
attaqua d’emblée :
-Vous êtes en état d’arrestation pour
espionnage. En conséquence vous serez immédiatement conduits en prison, vous
serez interrogés et condamnés.
Ils
n’eurent pas le temps d’émettre la moindre protestation. Un rayon téléporteur les propulsa directement dans un cachot.
Dans
la prison on les attendait, ils furent bâillonnés, enchaînés, et jetés sans
ménagement sur le sol.
Ils
y restèrent deux jours sans pouvoir parler, ni boire ni manger. Chacun était
plongé au plus profond de lui-même y cherchant force et courage. Maureen
sentait la panique l’envahir. Elle se retenait de pleurer car elle savait
qu’elle risquait de s’étouffer, elle respirait profondément. C’était O’Neill
qui était le plus près d’elle. Il l’encourageait du regard à surmonter sa
faiblesse. Elle finit par se calmer.
Le
jour suivant, on leur enleva leur bâillon et on les conduisit sur une place
noire de monde, une foule vêtue tous de la même tunique pour les hommes et du même
costume pour les femmes. Seuls les enfants étaient habillés de vêtements
colorés, et variés.
Sur
une estrade gigantesque un trône en or était dressé. Au pied des marches des
enfants attendaient. Ils étaient debout tenant dans leur main une branche de
lilas.
Les
prisonniers furent portés le long des marches et là on leur défit les liens qui
retenaient leurs jambes et on les jeta à genoux au pied du trône.
Au
même instant un rayon blanc jaillit de
nulle part, et un homme richement vêtu apparut. Aussitôt la foule se prosterna
en murmurant des prières que les prisonniers ne comprirent pas.
Une
voix rauque s’éleva et les gardes appuyèrent sur la nuque des prisonniers pour
les obliger à adorer le dieu.
-Qui êtes-vous ?
Et sans attendre la moindre réponse il
poursuivit :
-Vous avez osé fouler le sol de notre
ville sans autorisation, vous avez espionné les habitants pour le compte de nos
ennemis, vous serez torturés et vous
mourrez.
-Commencez à torturer les prisonniers
dit-il à ses gardes.
Ils
avaient toujours les mains attachées, on leur arracha le haut de leur vêtement,
dénudant leur dos. La foule hurla et se rapprocha de l’estrade pour mieux voir.
Ils
se regardèrent, sans un mot, leurs regards accrochés les uns aux autres pour s’insuffler le courage qu’ils n’avaient
peut-être pas. Ce n’était pas la première fois qu’ils subissaient un tel
châtiment, mais pour Maureen c’était trop. Dès le premier coup elle hurla sans
discontinuer tandis que les autres supportaient plus stoïquement leur sort.
Les
prisonniers furent ensuite conduits dans le palais du dieu, qui se dressait sur
la colline au dessus de la ville. On les obligea à rester à genoux.
-Maintenant si vous me disiez qui vous
êtes. Quel est votre chef ?
-C’est moi, dit O’Neill en se
présentant. Il nomma aussi les autres membres de son équipe. Et vous vous êtes
qui ? Dit-il avec insolence.
-Je suis Thot. Relevez-vous dit-il
sèchement. Et venez vous asseoir. S’ils furent surpris de ce brusque
adoucissement de leur condition, ils n’en manifestaient rien.
Thot
feuilletait maintenant le carnet qu’il avait subtilisé à Jonas.
-Intéressant ce petit cahier dit-il.
Cela vous a-t-il appris quelque chose ? Regardez. Il ouvrit le livre à la
dernière page et là s’étalait sur plusieurs colonnes le récit très détaillé de
ce qu’ils venaient de vivre.
-C’est toi le chef dit –il à O’Neill,
alors lis tout haut la dernière page.
O’Neill
commença la lecture
13 avril Après
une nuit très pénible, nos blessures nous faisant continuellement souffrir…
Il
s’interrompit brusquement,
-Continue dit Thot
Des gardes sont venus nous
apporter à boire et une assiette qui n’avait de soupe que le nom. Nous avions
si faim que nous nous sommes jetés dessus sans pouvoir nous retenir. Après ce modeste repas nous avons été
reconduits sur la place pour y être encore torturés. J’ai si mal aux doigts que
j’ai du mal à écrire les mots. Je crois qu’ils m’ont brisé les os.
O’Neill
lisait de plus en plus lentement, il marquait des pauses comme pour bien
s’assurer qu’il n’inventait rien et que les mots étaient bien écrits. Ses
compagnons écoutaient effarés, sans pouvoir dire un seul mot. Thot avait sur
les lèvres un sourire méprisant.
Sur l’estrade le supplice de
Maureen commença. On lui passa sur les bras des lames rougies au feu…
O’Neill s’arrêta :
-Non je n’irai pas plus loin, c’est
horrible.
-Je pense que vous avez compris
maintenant dit Thot.
Et
comme ils le regardaient tous avec de l’étonnement mêlé d’horreur dans les
yeux, il partit d’un éclat de rire qui remplit tout le palais et fit
disparaître tous les esclaves.
-Vous êtes le dieu de l’écriture et du
temps articula difficilement Jonas.
-En effet et de beaucoup d’autres
choses encore, c’est moi qui écris dans ce cahier, au fur et à mesure que les
évènements arriveront vous pourrez constater que je ne me trompe pas. Je vous
le laisse. Amusez-vous bien.
Reconduisez-les
dans leur cellule.
Maureen
tremblait, elle ne pouvait s’en empêcher, la terreur l’habitait toute entière.
Sam la prit dans ses bras. Elle la berça comme une enfant sans dire un seul
mot. La jeune femme se calma et finit par s’endormir.
Ils
cherchaient à s’échapper, ils sondèrent les murs, la porte était épaisse, en
bois très dur. Une lucarne dispensait un faible éclairage. La nuit était
maintenant tombée et il faisait très sombre dans le cachot.
O’Neill
avait gardé le carnet dans la main. Il l’ouvrit et il put lire les pages comme
en plein jour.
Il
garda pour lui ce qu’il découvrit mais il pensait que s’ils connaissaient les
évènements peut être pourraient-ils les changer.
Ils ont frappé le major
carter car elle ne voulait pas parler. Ils lui ont cassé plusieurs côtes, elle
suffoquait, étouffait mais elle ne leur a rien dit. Alors ils s’en sont pris à
Teal’c, qui lui s’est contenté de les regarder avec un air méprisant. Ils l’ont
brûlé avec des braises sur le dos et les épaules. Puis ce fut mon tour, ils
m’ont frappé les mains avec un bâton pour que je parle. Mais qu’aurai-je pu
leur dire ? Nous n’avons rien fait, strictement rien fait, ils nous ont
piégés depuis le début. Nous laissant nous enfuir pour mieux nous arrêter.
Toute cette histoire de négociation n’est qu’un énorme piège. En fait tout a
commencé quand j’ai commencé à ranger mon bureau, et que j’ai trouvé ce carnet.
Après moi, ce fut le tour du
colonel, il avait assisté à nos souffrances avant de subir les siennes. On lui
a enlevé sa tunique, il était à genoux, le front touchant le sol, les mains
attachées dans le dos. Il a eu droit comme Maureen aux lames rougies dans le
feu.
O’Neill
avait du mal à lire, les lettres se brouillaient devant ses yeux. Il s’était
retiré dans un coin du cachot pour que les autres ne voient pas ce qu’il faisait.
Il avait maintenant fermé les yeux, la page blanche du jour suivant luisait
doucement dans l’ombre. Il ne voulait plus rien savoir, déjà demain serait une
journée terrible à supporter.
Le
lendemain on leur apporta à chacun une gamelle contenant une soupe si claire
qu’on eut dit de l’eau. Ils se jetèrent dessus avec avidité car ils n’avaient
rien pris depuis trois jours. La première prédiction se réalisait.
Maintenant
il savait.
On
les jeta dans le cachot à la fin du jour. Le soleil était couché, le supplice
reprendrait demain.
Le
cahier était tombé, il gisait sur la paille humide de la prison. Mais personne
ne s’en souciait. La page se noircissait sans doute des horreurs prévues pour
le lendemain. Mais ce soir là O’Neill gisant face contre terre n’eut pas la
morbide curiosité de voir ce qui était écrit. Jonas se tenait les deux mains,
il avait des doigts fracturés, l’œdème commençait à apparaître. Sam était
allongée à demi assise pour mieux respirer. Elle haletait à petits coups pour
moins ressentir la douleur. Teal’c s’était assis en tailleur et essayait de
rentrer en Kel’no’rim , pour lui le seul moyen de
survivre à ses brûlures.
Le
lendemain on ne vint pas les chercher.
Sam
se réveilla la première d’un lourd sommeil, elle vit le carnet gisant sur le
sol
-N’y touchez pas major dit O’Neill
-Pourquoi mon colonel
-C’est alors qu’elle vit la date
14 avril : c’était demain.
-Carter, ne lisez pas c’est un ordre
cria O’Neill.
Le
regard du colonel était suppliant, elle obéit et lui donna le carnet qu’il
cacha dans un coin.
-Le premier qui touche à ça, il aura à
faire à moi.
Personne
ne broncha. Il avait un tel ascendant sur son équipe, qu’il fut obéi aussitôt.
O’Neill
ne put trouver le sommeil. Il ouvrit malgré lui le livre, à la page du lendemain
était retracée l’entrevue qu’ils auraient avec Thot. Pas de tortures au
programme. Il respira un peu mieux et malgré la douleur des brûlures, il
s’endormit.
Le
15 avril
Ils
furent conduits devant Thot, qui fit un sourire en voyant la mine de ses prisonniers.
-Vous pourriez vous éviter tout cela si
vous parliez.
Maureen
tenait à peine debout, elle était soutenue par Teal’c. Thot s’arrêta devant
elle.
-Viens ici toi, il la fit asseoir,
parle-moi de toi.
Maureen
regarda dans la direction d’O’Neill pour savoir si elle pouvait s’exprimer ou
non, celui-ci lui fit signe que oui.
Elle
parla de sa vie, de son enfance dans les plaines du Kansas, de sa passion pour
l’histoire, surtout celle du vingtième siècle. Elle était souvent envoyée en
mission pour étudier des civilisations semblables à celles de la terre. C’est
pour cela qu’ils étaient venus ici. Il n’y avait rien d’autre que le désir de
conclure un traité. Elle parlait lentement, la souffrance la faisait parfois
divaguer. Thot était très attentif à ce qu’elle disait, il sentait qu’elle
parlait vrai, sans artifice. Les supplices de la veille l’avait dépouillée de
ce qui aurait pu être mensonge. Elle n’avait aucune utilité à mentir. Le maître
des mots et de l’écriture y fut malgré tout sensible.
Puis
ce fut le tour de Sam. Elle avait beaucoup de mal à parler, ses côtes la
faisaient terriblement souffrir et les mots venaient difficilement. Elle fit le
même récit que Maureen à propos de leur venue sur cette planète.
Cette
confrontation entre les cinq prisonniers et Thot avait quelque chose
d’hallucinant. Il était quelquefois obligé de se pencher avec un faux air de
bienveillance pour pouvoir entendre les mots sortant de leurs corps affaiblis.
A
Teal’c il demanda pourquoi il avait trahi. Il entra dans une grande colère à
l’idée que l’on pouvait tromper un dieu comme Apophis. Teal’c parla longuement
de son combat à côté des Tauris, mais tout cela Thot
le savait déjà.
A
O’Neill il demanda s’il croyait au destin. Ce qui est écrit sera-t-il ?
Il
avait senti en O’Neill quelqu’un de pragmatique. Un homme aimant le concret et
ne se laissant pas facilement abuser. A la question O’Neill resta évasif. Il
commençait à avoir des doutes. Si on lui avait posé la question quelques jours
auparavant il aurait dit non, maintenant il n’en était plus aussi sûr. La
lecture du carnet l’avait déstabilisé. Pourtant il avait toujours pensé que
l’on peut influer sur le destin par ses propres actes d’homme libre. Oui, mais
justement là ils n’avaient plus aucun libre arbitre, et la donne avait changé.
C’était Thot qui tirait les ficelles. Ils n’étaient que des marionnettes entre
ses mains, des poupées de chiffons que l’on peut massacrer à loisir, ce dont il
ne se privait pas.
A
Jonas, Thot lui parla de la mort de Daniel Jackson. Aurait-il pu
l’éviter ? Quel acte aurait-il pu poser pour éviter ce
désastre ? Et même s’il avait agi,
Daniel Jackson aurait-il pu être sauvé ? Jonas lui répondit que Daniel
avait choisi l’ascension de son plein gré. Que rien n’était prédestiné dans le
destin de cet homme et il jura à Thot que leur avenir n’était pas écrit non
plus.
Thot
se contenta de ricaner et il les renvoya dans la cellule.
Le
cahier était tombé. Il gisait sur la paille humide de la prison. Mais personne
ne s’en souciait.
Ils
se parlaient peu, juste pour parler de la base et des éventuels secours
qu’Hammond ne manquerait pas de déployer. Cela leur permettait de tenir, de
mieux supporter l’insupportable.
Aujourd’hui
on avait laissé leur corps en paix. Mais qu’en serait-il demain ?
Le
25 avril
Les
jours se succédaient et se ressemblaient. Des jours unis et gris comme la
douleur, la peur et l’angoisse. Ils essayaient de se soulager dans la mesure de
leurs possibilités. De temps en temps on leur laissait des compresses, du
désinfectant, de la pommade. Mais c’était encore un moyen de prolonger leurs
souffrances. Ils se soignaient quand même. Certaines plaies se refermaient
d’autres pas. Il y en avait tous les jours de nouvelles.
Maureen
s’affaiblissait très vite. Il vint un jour où elle ne put pas se lever.
Un
soir elle mourut doucement comme s’éteint une flamme, sans bruit. Ils ne le
virent pas tout de suite, seulement le matin.
Le
départ de Maureen fut un choc pour eux. Ils savaient qu’inéluctablement ce
serait bientôt leur tour. Qui partirait ensuite ? Sam, Jonas, puis ce serait O’Neill et Teal’c
resterait probablement le dernier.
Le
cahier était tombée et gisait sur la paille humide de la prison. O’Neill le
prit et commença à feuilleter les pages.
26
avril
Nous pleurons Maureen, ils
lui ont fait un enterrement en grande pompe, étrange peuple qui nous tue et
nous honore.
La foule était toujours aussi
nombreuse, ils avaient revêtu des habits rouges couleur de deuil, et ceux là
même qui applaudissaient à nos supplices, pleurent notre malheureuse compagne.
27 avril : Ils nous ont
ramenés sur l’estrade, Sam est à la fin de sa vie, on la sent près, si près de
rendre l’âme. Nous autres supportons encore toujours les mêmes actes barbares,
jusqu’à ce que la vie nous quitte.
O’Neill
ne sentait même pas les larmes qui coulaient de ses yeux. Le journal
continuait, sur plusieurs jours, il pouvait voir encore tout ce qu’on allait
leur faire. La mort de Carter était programmée, celle de Jonas aussi. Il ne
voyait pas encore la sienne ni celle de Teal’c.
Il
poussa un cri de rage et de désespoir et jeta le carnet contre le mur. Celui-ci
rebondit et vint tomber sur le sol au milieu d’eux. Alors il le déchira et
dispersa tous les petits morceaux dans l’air, mais chaque élément vint se
recoller à son voisin pour reconstituer en une fraction de seconde ce maudit
carnet qui vint échouer au milieu d’eux sur la paille humide du cachot.
O’Neill
pleura.
Le
4 mai
Ils
étaient toujours vivants mais si peu. Thot vint les voir. Il apparut au milieu
d’eux d’un coup, dans un éclair blanc. Un instant un espoir fou les souleva,
ils avaient cru à un rayon Asguard. Mais les Asguards ne viendraient pas, trop occupés à leur guerre
contre les réplicateurs. D’ailleurs personne ne viendrait.
Le
5 mai,
Carter
doit mourir aujourd’hui, se dit O’Neill en les voyant arriver pour leur énième
séance de torture. Il se mit près d’elle et lui prit la main. Elle avait un
pauvre visage défait, les yeux rougis de larmes. Elle ne tenait plus debout. Il
dut la soutenir, il la prit dans ses bras. Elle en sentait la chaleur. Cela lui
fit du bien. Jack était près d’elle, elle se sentait moins seule.
Sam
ne mourut pas ce jour là.
Alors
le colonel leur fit lire le carnet le soir même, il y avait un changement. Ce
qui était écrit ne s’était pas réalisé. Ils se remirent à espérer. Peut –être y
avait-il un moyen de fléchir le destin.
Le
jour programmé de la mort de Jonas, il ne mourut pas non plus. Ce fut le
colonel qui faillit y passer.
Ils
ne les interrogeaient même plus. C’était une condamnation à mort sans autre
forme de procès. Ils ne savaient même pas pourquoi ils allaient mourir. Peut
être juste pour satisfaire la curiosité d’un dieu aux pouvoirs malsains. Thot
était cependant étonné de leurs capacités de résistance. C’était tous des
guerriers endurcis. Peut être que la compassion du dieu serait l’élément
déterminant, le grain de sable qui ferait se gripper la machine si bien huilée
de la mise à mort. Thot attendait curieux de voir ce qui allait se passer.
Combien de temps pourraient-ils tenir encore ? Est-ce que ce temps leur
serait favorable ou non ?
Le
carnet continuait ses sinistres prédictions, mais il y avait des changements, des différences, les récits
n’étaient plus tout à fait exacts.
Thot
s’ennuyait, il se relâchait, écrivant un peu n’importe quoi dans le carnet. Il
se lassait un peu de ces ennemis qui s’accrochaient tellement à la vie. Il
décida de porter un grand coup. Dans la journée du 14 mai, il les martyrisa si
fort que leur vie en ce soir là ne tenait plus qu’à un fil.
Tout
avait été dit. Bientôt les prisonniers disparaîtront pour toujours dans
l’oubli.
Ce
sera un grand jour pour les habitants du village. Les espions venus troubler la
paix de leur vie quotidienne seront exécutés. Il y aura une fête magnifique à l’occasion
de cet évènement. Les gens revêtiront leurs plus beaux habits et comme dans les
temps anciens sur la terre, ils se dirigeront vers la place publique des
exécutions. Leur mort devra être
exemplaire. Ils seront torturés longuement avant d’être laissé agonisant sur le
gibet. La mort sera leur seule délivrance, mais elle pourra être longue à
venir. Le gouvernement de la ville voulait faire un exemple.
Jonas
leva la tête et la tourna vers ses compagnons de misère. Ils étaient là tous
les quatre dans une misérable cellule exiguë, attendant que la mort vienne les
délivrer de leurs souffrances.
Tout
avait été dit. Il n’y avait plus aucun recours, le général Hammond les avait
abandonnés.
Le
16 mai
Ce
jour là était différent, les habitants avaient mis leurs habits de deuil, la
longue tunique rouge que portaient aussi les femmes. Rouge comme le sang.
Le
glas résonnait sans fin dans l’air frais du matin, battant au rythme de leurs
cœurs. Il ne s’arrêterait qu’à la fin de la journée.
Ils
s’en aperçurent à peine. C’était fini. On leur lut la sentence de mort. Les
tortures étaient terminées, aujourd’hui ils seraient enchaînés au gibet. On les
laisserait là jusqu’à leur dernier souffle. On leur permit de se dire adieu.
Ils tombèrent dans les bras les uns des autres, ceux qui avaient la foi, firent
une dernière prière, puis la longue attente commença.
Sam
s’éteignit, elle fut la première à partir. Puis Jonas. La prédiction se
réalisait mais pas à la bonne date, O’Neill par habitude lutta et souffrit
jusqu’à son dernier souffle. Puis ce fut Teal’c, comme le carnet l’avait
prédit. Le soir même ils étaient partis.
Ce
fut la lueur blanche qu’ils virent en premier. Ils étaient là tous les cinq
Maureen les avait rejoint.
-Où sommes-nous ? dit Jonas. C’est étonnant je n’ai plus mal.
-Moi non plus dit Sam. Pourtant nous
sommes toujours blessés, dit-elle en montrant les terribles marques sur leurs
corps.
Ils
n’étaient pas loin de Telaria, ils entendaient encore
le glas qui résonnait lourdement. La nuit était maintenant tombée sur la ville
et la foule en pleurs se retirait lentement.
Ils
virent Thot sur son estrade regardant leur corps sans vie. Le dieu tenait à la
main le carnet, sur lequel étaient écrits les derniers mots, « Avant que le soleil ne se couche ils seront
morts : Sam, Jonas, Jack, Teal’c.
Le
journal de leur existence était fini comme leur vie, plus jamais personne
n’écrirait dedans, ni le lirait.
Thot
leva la main et le carnet s’enflamma dans la brise du soir. Des cendres grises
retombaient sur le visage des morts, signe de leur condition d’humain.
« Tu es poussière et tu redeviendras poussière. »
-Ne craignez rien dit une voix près
d’eux. Ils se retournèrent et dirent en chœur :
-Daniel !
-On est mort ou pas ? Dit O’Neill
-Vous êtes sur un autre plan de conscience
dit Daniel.
O’Neill
le regarda étonné :
-Et vous êtes notre « Oma »
c’est ça ?
Daniel
sourit avec indulgence :
-Si on veut, en fait ce n’est pas tout
à fait ça. Mais votre voyage n’est pas fini, il ne fait que commencer.
-J’espère qu’il sera moins douloureux
que celui que nous venons de faire dit Jonas.
-Oui, mes amis vous avez terriblement
souffert, maintenant c’est fini. Si vous savez reconnaître les signes, c’est
fini.
O’Neill
soupira :
-Il parle toujours par énigme, il ne
changera jamais.
Sam
n’avait encore rien dit. Elle avait de la peine.
-Daniel, je suis contente de vous voir,
je n’avais pas encore eu cette chance, mais je ne suis pas prête à mourir. Je
sens que je n’ai pas fini ma mission sur la terre. Je suis trop jeune.
-Nous sommes tous trop jeunes, dit
Jonas.
-Oui, c’est vrai, mais vous êtes morts,
leur répondit Daniel, enfin votre existence telle que vous la conceviez n’est
plus. Il faut vous faire une raison.
Ils
n’arrivaient pas à quitter la terre, et leurs pensées les conduisirent à la
base. Ils circulaient dans les couloirs mais personne ne les voyait. Sam alla
au bureau du général Hammond et ne fut pas surprise de le voir assis sans rien
faire. Dans la salle de briefing ils reconnurent les hommes de SG2. Ils
préparaient une mission. Un bruit caractéristique les entraîna vers la salle
d’embarquement où les sirènes hurlaient. La flaque bleutée laissa passer Jacob.
Il avait la tristesse d’un homme en grand deuil. Il n’était pas seul,
accompagné d’une femme. Ils l’entendirent parler de la Tokr’a.
Ils
se retrouvèrent au mess où ils allaient souvent autrefois pour discuter, manger
un morceau, ou tout simplement boire un verre. Il y avait du monde, mais
personne ne riait. L’ambiance était différente. Le labo de Sam était ouvert,
elle entra suivie du colonel. Ils étaient là seuls tous les deux comme ils
l’avaient fait si souvent quand ils étaient SG1. Sam se promena dans la pièce,
vit les expériences qu’elle avait commencées, et qui resteraient inachevées.
O’Neill ne disait rien, il se contentait de la regarder. Au bout d’un moment il
vit des larmes couler de ses yeux. Il voulut la toucher, par instinct, mais son
corps ne le pouvait pas. Ils étaient l’un en face de l’autre, libérés de toute
contrainte, et pourtant encore plus prisonniers qu’avant. Il eut un geste de
colère.
-Partons d’ici, nous n’avons plus rien
à y faire.
Mais
Sam n’était pas encore prête. Elle voulut aller à l’infirmerie, il la suivit.
Elle
vit Janet qui pleurait toutes les larmes de son corps. C’en fut trop pour elle
-Vous avez raison mon colonel, il vaut
mieux partir.
Teal’c
lui, était entraîné vers Chulac. Il revit son fils et Brata’c.
Mais eux non plus ne pouvaient pas le voir. Il essaya de leur parler mais ils
ne purent pas lui répondre. Alors désespéré il revint à la base retrouver ses
amis, Sam et Jack en contemplation de la porte des étoiles qui venait de
s’ouvrir. Leur pèlerinage était terminé il fallait s’en aller.
Maureen
quitta la base où elle n’était pas chez elle, et retourna dans sa maison. Ses
deux enfants étaient couchés, son mari s’occupait d’eux depuis qu’elle avait
disparu. Elle monta l’escalier et d’un souffle elle les embrassa. Elle ne sut
jamais s’ils avaient senti sa présence, mais elle les vit bouger dans leur
sommeil. Elle repassa par la salle de séjour et vit Alan effondré devant une photo
d’elle. Son cœur se serra :
-Adieu mon amour.
Elle
rejoignit ses compagnons de misère à la base. Il était temps de partir. Le shapaï était ouvert. Il ne manquait plus que Jonas.
Jonas
était repassé par son bureau. Il vit les derniers rangements qu’il avait fait.
Il ne réalisait pas ce qui lui arrivait. Machinalement il voulut ramasser un
papier mais ses doigts passèrent au travers.
Il
fit le tour de son bureau des yeux, et sursauta, sur le bois nu de la table le
carnet noir était là. Son cuir brillait doucement, d’une lueur maléfique. Le livre était ouvert à la date du 17 mai, la
date de demain.
La
page était blanche, Jonas se rapprocha et essaya de lire les caractères au fur
et à mesure qu’ils s’inscrivaient. Il ne voyait pas très bien, on aurait dit
que les pages étaient moins éclairées. Il prit le livre et s’étonna de pouvoir
le tenir. Ses doigts se refermèrent sur la chaleur du cuir.
Il
cria et courut rejoindre ses amis.
-Colonel cria –t-il du bout du couloir
regardez, le livre, je peux le tenir.
O’
Neill l’entendit :
-Mais qu’est ce qu’il y a encore
Jonas ?
Jonas
arrivait le livre à la main.
-Mais j’ai vu le livre brûler dans les
mains de Thot dit Teal’c.
-Moi aussi dit Sam.
Ils
se penchèrent tous sur la page qui n’était plus blanche et ces mots
s’inscrivirent en lettre de feu. Ce qui est écrit n’est pas inéluctable, sachez
reconnaître les signes quand vous les verrez, le maître des mots peut se
tromper.
Le
livre à la main ils passèrent le shapaï et
retrouvèrent Daniel qui les attendait de l’ autre côté.
O’Neill
lui mit le livre sous le nez :
-C’est quoi ça, c’est votre
prose ? Bravo, je vois que vous ne vous arrangez pas ! Côtoyer Oma ne
vous a pas éclairci l’esprit !
Daniel
ne se démonta pas, il se contenta de sourire.
-Maintenant c’est à vous de voir. Et
sur ces mots étranges il disparut.
Jonas
regarda attentivement le livre :
-Colonel, pourquoi Daniel nous parle
t-il de Thot ? C’est fini pour nous maintenant, c’est trop tard ; il
aurait fallu nous le dire avant. C’est du passé.
-Peut être pas ? C’est peut être
de l’avenir ? Dit Sam.
-Regardez mon colonel, ajouta Sam, il y
a un verbe au futur.
O’Neill
commençait à s’énerver :
-Vous savez Carter moi la conjugaison !
Et puis on est mort !
Il
essaya de la toucher mais sa main passa à travers son corps.
-Vous voyez bien, dit-il tristement.
-Et si on retournait à la base ?
Qu’est ce qu’on risque ? Supplia Jonas, s’il y a la moindre petite chance
que ce soit notre futur qu’on ait vu, je crois qu’il faut la tenter.
O’Neill
n’était pas d’accord.
-Tant que mon corps sera si éthéré, je
serais mort. Rien ne pourra changer ça.
-Mon colonel, on ne risque rien à
essayer, le supplia Sam, mais il faut qu’on y aille tous, je sens que l’on doit
rester réunis.
Ils
se retrouvèrent à la base.
Ils
allèrent au mess, l’endroit le plus agréable pour eux, et à cette heure de la
nuit il n’y avait personne.
Le
carnet était posé sur la table au milieu d’eux.
Ils
continuèrent à discuter.
-Et si on admet que c’est un
avertissement pour un évènement qui ne s’est pas encore passé, comment
expliquer ceci, dit O’Neill en passant à travers la table.
-Je ne me l’explique pas mon colonel,
mais je sens qu’il ne faut pas quitter la base.
Le
matin du 8 avril le général Hammond se rendit au mess prendre son petit
déjeuner. Il y avait peu de monde à cette heure matinale, et cela lui permit de
réfléchir encore un instant à la prochaine mission qu’il prévoyait sur P8C789. Les
résultats du premier passage de SG1 sur cette planète étaient très prometteurs.
Il y aurait peut être la possibilité de conclure un traité.
Le
regard du général Hammond fut attiré par un objet oublié au centre de la table.
C’était un carnet sans spirale avec une couverture de cuir noir. Il prit le
livre et ressentit une impression curieuse, le livre pesait dans sa paume, et
dégageait une chaleur anormale. Il l’ouvrit et resta en contemplation de la
seule et unique phrase
Ce qui est écrit n’est pas
inéluctable, sachez reconnaître les signes quand vous les verrez, le maître des
mots peut se tromper.
Ils
émergèrent, ils se sentaient groggy comme s’ils avaient passé une soirée bien
arrosée.
Le
général Hammond les attendait de pied ferme, ils étaient tous en retard.
-Asseyez vous SG1 dit Hammond
sévèrement, que vous arrive t-il ?
Ils
prirent leurs places habituelles mais restèrent debout et attendirent en
silence qu’Hammond veuille bien parler.
-Colonel ?
-Oui mon général,
-Vous allez bien ?
-Je ne sais pas mon général. Et en
disant ces mots ses yeux furent attirés vers le carnet posé devant Hammond.
-Vous permettez mon général ?
Il
put prendre le carnet et l’ouvrit, il lut la phrase qui était inscrite sur la
dernière page : Ce qui est écrit…
Il
sourit et montra la page à ses amis.
-Où avez-vous trouvé ce carnet mon
général ?
-Sur la table que vous occupez au mess
habituellement. Il y avait cette phrase étrange et le carnet lui-même m’a paru
bizarre.
O’Neill
feuilleta le carnet il était plein d’un long récit effroyable de tortures et de
mort.
-Lisez-le mon général dit O’Neill. Et
il lui tendit le carnet.
-Mais je ne comprends pas colonel, Sam,
Jonas, Teal’c, Maureen que se passe –t
il ?
Le
général lut le récit, il s’interrompait
de temps à autre pour les regarder.
Il
reposa le livre et s’enferma dans un long silence.
-C’est ce qui risque de vous arriver,
SG1 c’est bien ça ?
-Non, mon général, vous ne comprenez
pas, c’est déjà arrivé, nous sommes comme Daniel, sur un autre plan. Tout ce
qui a dans le livre s’est vraiment passé.
Le
général les regarda comme s’ils étaient devenus tous fous :
-C’est impossible nous sommes le 8
avril ! Le journal va jusqu’au 16
mai ! Vous êtes revenus hier de
mission sur P4X456 et avant-hier vous étiez sur P5C234, je peux continuer
ainsi, si vous voulez.
Ils
se regardèrent étonnés,
-Nous avons vécu ces moments là,
regardez nous en portons encore les marques, et relevant sa manche Sam montra
au bras la cicatrice d’une profonde brûlure.
-Major, dit O’Neill, vous venez de
remonter votre manche !
Au
même instant une lueur blanche envahit la pièce et Daniel se montra à tous.
-Docteur Jackson dit Hammond surpris,
je suis heureux de vous voir.
-Moi aussi général Hammond. Avec Oma on a décidé que leur place était
encore sur terre. Le combat contre les goa’ulds est
loin d’être terminé, la place de SG1 est avec vous général pour mener la lutte.
Ils sont trop importants pour la Tauri.
Il
partit comme il était venu.
Sur
leurs corps les cicatrices étaient en train de s’effacer. Ils retrouvèrent
progressivement le toucher, purent s’asseoir à la table, prendre des objets,
les gens commençaient à les percevoir, à les entendre, ils récupéraient peu à peu leur corps physique et quand ils
eurent faim et soif ils surent que tout était rentré dans l’ordre dans leur
vie.
Sur la table le carnet maléfique avait
disparu.
FIN