Aurélia
Genre :
drame
Saison :
la 7
Fic
écrite pour le concours du forum « imagine » dont le sujet
était : Il était une fois.
Alpha et Omega
Il
était une fois un cœur déchiré par une griffe glacée…
Assommée,
elle revenait à elle lentement, par vagues successives. La douleur remontait le
long de sa colonne et explosait comme des décharges électriques intenses et
insoutenables jusqu’à son cerveau. Il faisait sombre et sa vision encore floue
ne lui permettait de ne distinguer que des ombres. Elle fit quelques mouvements
désordonnés, essayant de se relever, mais elle était comme engluée, collée au
sol par le poids de son corps et par une force mystérieuse et paralysante.
Son
cœur battit plus sourdement, la terreur envahissant peu à peu tout son être.
Tout allait-il prendre fin ici, en terre étrangère, loin de chez elle, loin de
sa base ? Elle plongea…
Quelques
instants plus tard elle refit surface, et le vit près d’elle, à la fois si
proche et tellement loin. Un mètre ou deux pas plus, mais pour elle en cet
instant c’était l’infini.
S’appuyant
sur ses coudes elle se releva à demi et griffant le sol de ses doigts crispés.
Par un effort surhumain, elle grignota du terrain, millimètre par millimètre,
avançant à l’aveuglette. Epuisée, elle s’arrêtait en temps à autre, le souffle
court. Elle était tendue toute entière vers ce but ultime : l’atteindre.
Peut-être était-il encore en vie malgré son immobilité de gisant ? L’espoir lui donnait une force gigantesque.
Tout ce qui était encore vivant en elle ; ses bras, ses mains, ses doigts ;
se mouvait dans le seul espoir de le
toucher, de le rejoindre…
Sa
conscience était réduite à cette unique pensée, le sauver, LUI.
La
douleur avait reflué, elle ne sentait plus son corps qui semblait ne faire
qu’un avec la glaise, enfoncé à demi dans une terre meuble et gorgée de sang.
Elle n’avait pas assez de conscience pour se rendre compte de la gravité de son
état. Une blessure béante s’ouvrait dans son dos libérant dans un flot de sang
ses forces vitales.
La
nuit était maintenant totalement tombée, une nuit morte sur un champ de
bataille peuplé de corps épars dans des positions grotesques et dérisoires,
comme s’ils avaient voulu avant leur dernier souffle, tenter de sauver ce qui
pouvait l’être encore. Mais la grande faucheuse était passée, emportant tout
avec elle, les douleurs et les espoirs, les joies et les peines, tout ce qui
faisait qu’un être était encore vivant. Même les enfants n’avaient pas été
épargnés.
Un
silence épais et ouaté enveloppait le terrain situé près du shapaï, qui se
dressait telle une ombre gigantesque, son œil immense et vide, ouvert vers le
passé et l’avenir de mondes inconnus.
Un grattement si léger qu’il eut fallu tendre
l’oreille pour l’entendre, coupait par instant le silence de plomb. C’était
elle qui continuait sa lente reptation vers l’homme étendu devant elle. Ses
ongles grattaient le sol, s’emplissant de la terre humide. Sa conscience était
réduite à ce seul mouvement. Elle était couchée sur le ventre, sa tête se
relevant par instant, et dans son champ de vision réduit, elle voyait son
visage tourné vers elle. Ses traits étaient détendus, et il semblait apaisé.
D’où elle était, elle ne voyait aucune blessure. Elle pouvait avoir l’illusion
qu’il s’était endormi sereinement.
Ses
doigts s’agrippèrent au tissu de son treillis. Dans un dernier élan ils
montèrent jusqu’à son cou, où elle put sentir sa vie palpiter faiblement. Il
était vivant…Son cœur à elle bondit dans sa poitrine, et lui fit si mal qu’elle
resta immobile, le souffle court, proche de l’évanouissement.
Elle
voulut crier, hurler qu’on vienne à leur secours, mais seul un gémissement
presque inaudible jaillit de ses lèvres desséchées. Petit cri jeté dans la nuit
noire infinie de la solitude.
A
cet instant le ciel se déchira et deux lunes blafardes se levèrent à quelques
minutes d’intervalle, lui dévoilant dans toute son horreur, leur fin si proche.
Elle trouva la force de relever la tête et aperçut ses amis tout près d’eux.
Ensemble ils avaient lutté, ensemble ils avaient été vaincus. Découragée, elle
posa la tête sur l’épaule du mourant écoutant son souffle ténu, qui s’échappait
douloureusement de sa poitrine.
La
mission était, comme on avait l’habitude de le dire, une simple mission de
routine. Un peuple de cultivateurs, un traité à signer. C’était si facile. Tout
était prêt, la fête donnée en leur honneur venait de commencer. C’était le
crépuscule, des torches avaient été apportées éclairant les longues tables
garnies de victuailles. L’ambiance était à la fête. Des hommes jouaient du
violon tandis que les enfants couraient et riaient entre les tables. Elle lui
avait souri à ce moment là, plongeant son regard dans le sien pensant qu‘ils venaient
peut-être de toucher du doigt ce qui aurait pu être le bonheur.
Tout
avait basculé en quelques secondes. Le shapaï avait déversé son flot de jaffas,
qui avait apporté avec eux la mort, fauchant sans mot dire le peuple sans
défense. Ils avaient bien riposté, leur envoyant des rafales de P90, mais ils n’étaient
pas assez nombreux et bientôt des corps
avaient jonché le sol, la terre se nourrissant de leur sang, prémisse d’une
destruction imminente totale.
Elle
ferma les yeux et se laissa dériver, le revoyant à chaque instant de toutes les
années passées à travailler sous ses ordres. Leur première rencontre dans la
salle de briefing. Les missions difficiles parfois, violentes, cruelles, mais souvent
aussi enrichissantes, drôles, scientifiques.
Son
regard à lui, amusé, fâché, douloureux, tourmenté, posé sur elle.
Ses
lèvres qui pouvaient prononcer à la fois des mots durs, des sarcasmes, de
l’ironie, des ordres jetés mais de la tendresse aussi.
Son
visage, viril, doux, expressif.
Ses
colères, ses incompréhensions, ses énervements.
Ses
grandes mains si belles, puissantes et
si mobiles.
Son
intelligence, son sens de la stratégie, l’honneur qui régissait toute sa vie,
les promesses tenues aussi cruelles soient-elles et son inégalable sens du
devoir.
Toutes
ses qualités et défauts qui faisaient de lui un être unique et irremplaçable.
Un
doux sourire entrouvrit ses lèvres, c’est à peine si elle sentit que sous ses
doigts le cœur de l’homme s’était arrêté de battre.
Elle
entra dans la mort comme on entre dans la vie, par un long cri, une souffrance
réveillée au moment de franchir le passage, un corps qui résiste et ne veut pas
lâcher. Toute une vie à lutter contre divers ennemis toujours vaincus. Mais ce
combat, ce dernier, dont elle ne sortirait pas victorieuse, elle y mit toute sa
force comme si elle y croyait encore. Elle
résista de longues minutes, avant finalement de lâcher prise…dans un dernier
souffle.
Il
était une fois l’amour et la mort, il était une fois Sam et Jack qui ne
devaient être réunis qu’à l’ultime instant.
Il
était une fois le début de la vie quand les deux âmes s’envolèrent, réunies
pour l’éternité.
L’alpha
et l’oméga.
Il
était une fois….