LA CICATRICE
AURÉLIA
Octobre
2004
Disclaimer : Pas à moi, pas de sous…
Spoiler : la 8
Episode : Début saison 8 sans aucun épisode
en particulier et Pete n’intervient pas dans mon récit.
Rating : Accord parental souhaitable
Genre :
Romance, aventure, étrange.
Résumé : le colonel Carter rêve de son
général…et il lui arrive des choses étranges.
1
Cela
commençait toujours de la même façon.
Elle
roulait lentement dans les rues désertes de Colorado Springs. Il était tard,
près de deux heures du matin, elle était partie sur un coup de tête, après
avoir tout essayé, les tisanes, le lait chaud, la relaxation, rien n’y faisait,
elle n’avait pas réussi à dormir.
Alors dans les rues elle roulait lentement, au hasard, il faisait
toujours bon, c’était encore l’été et dans la nuit tiède et douce, elle
respirait l’air pur qui s’engouffrait par sa vitre ouverte.
Elle
se sentait bien. Elle se calmait.
Puis
inévitablement elle arrivait dans sa rue, alors elle ralentissait encore,
passait devant chez lui, un peu plus vite comme par peur d’être vue. Elle
jetait un regard par-dessus la haie
fleurie et voyait de la lumière allumée dans son séjour. Alors elle pensait que
lui aussi en était au verre de lait chaud et aux tisanes, cela la faisait
sourire. Elle s’imaginait sonnant à sa porte, il se tenait dans l’encadrement
et lui lançait un regard surpris, il avait une façon d’écarquiller légèrement
les yeux, il lançait alors un « Carter ? » avec trois points
d’interrogation.
La
plupart du temps, elle passait sans s’arrêter, puis elle faisait trois fois le
tour du pâté de maisons, finalement elle se garait un peu plus loin là où elle
voyait encore la lumière de son salon.
Elle
attendait un long moment, puis elle se décidait, elle sonnait.
Inévitablement
elle avait droit au « Carter ??? » Alors pleine d’une audace
qu’elle ne se connaissait pas, elle entrait d’un pas décidé dans la maison, en
balbutiant un timide « mon général »
Ils
restaient alors un long moment au milieu de la pièce à se regarder sans rien
dire. Elle se noyait dans ses yeux, dans ce regard brun qui était à cet instant si expressif.
Puis le charme se rompait.
« Vous voulez boire quelque
chose ? » demandait-il invariablement.
Alors
elle riait ;
« Ni tisane, ni lait chaud »
répondait-elle avec un sourire entendu
en voyant une tasse vide sur la table
avec encore dedans le petit sachet de plantes. Il souriait alors :
-Je vois Carter que nous avons les
mêmes problèmes.
Alors
elle hochait la tête en souriant, et lui pendant ce temps se dirigeait vers le
frigo et sortaient deux bières. Au moment où il lui tendait sa canette, presque
à chaque fois leurs doigts se frôlaient. Il maintenait le contact juste un
instant de trop, le temps que son cœur à elle se mette à battre comme un
tambour dans sa poitrine, pauvre petit oiseau affolé ! Petit cœur
douloureux qu’un simple contact de doigt mettait déjà tout en émoi !
La
soirée se déroulait toujours de la même façon, après la bière elle voulait
prendre congé, mais il ne l’entendait pas de cette oreille. Il se rapprochait à
la frôler, elle sentait la chaleur de son corps si près du sien. Puis ensemble
ils osaient ce qui leur était interdit depuis huit ans, ils se touchaient,
d’abord timidement, puis de manière plus pressante. Leurs mains commençaient
alors un ballet fantastique de mouvements désordonnés, ils perdaient le
contrôle et l’entendement. Elle sentait le contact de lèvres chaudes et douces
sur sa peau.
Puis
curieusement, cela devenait un peu flou, elle n’arrivait pas à se souvenir de
ce qu’ils avaient fait, ou de ce qu’ils n’avaient pas fait.
Beaucoup
plus loin dans la nuit, elle se voyait alors allongée près de lui, il dormait
sur le ventre, nu. Alors elle passait une main dans son dos, et sentait sous
ces doigts les cicatrices de blessures ou de tortures. Elle le connaissait très
bien, elle avait souvent été là, ses blessures et supplices ne lui étaient pas
inconnus. Elle descendait le long de son dos, elle reconnaissait les marques,
celle-ci, c’est le jour où Apophis… ou bien cette marque là c’est un coup de
lance qu’il a reçu sur P9V786, et puis ce profond sillon sur le côté c’est une
coup de dague sur P9X543, elle connaissait ce corps par cœur, ce n’était pas la
première fois qu’elle le touchait, mais jamais de cette façon, dans une telle
intimité.
Elle
descendait plus bas sur son dos et sentait une marque qu’elle ne connaissait
pas. C’était une crevasse profonde d’une quinzaine de centimètres de long, elle
était rouge et violacée sur une partie, moins profonde et plus rose vers le
bas, elle s’étalait sur ses reins et descendait loin sur la hanche droite. Quand
il se mettait torse nu elle était cachée par le pantalon. Elle passa son doigt
dessus comme pour bien s’assurer de sa présence. Non elle ne connaissait pas
cette marque. Avait-il été blessé alors qu’elle n’était pas là ? Ils
étaient pourtant toujours en mission ensemble ils avaient été rarement séparés.
Non, elle n’avait jamais vu cette cicatrice, elle en était sûre, maintenant.
Elle
se réveillait dans son lit un doux sourire aux lèvres. Ce rêve était tellement
fantastique, quelque chose qu’elle retrouvait souvent, pas chaque nuit mais
presque, il y avait des variantes, mais toujours cela se terminait par la
découverte et la caresse très sensuelle qu’elle passait sur la cicatrice.
2
Tout
avait commencé sur P9V123.
Le
général O’Neill les avait envoyés explorer cette planète. Une terre désertique,
vide d’habitants mais qui avait été autrefois occupée par un peuple pacifique,
par un Goa’uld tyrannique. Somme toute une histoire banale de destruction, de
naquadah et de génocide. Toute la population avait été exterminée en une
centaine d’années.
Baal
avait régné sur ce peuple pendant près de trois siècles, laissant une terre
exsangue, et un temple en ruines.
C’était
ce temple qu’ils étaient chargés d’étudier, le genre de mission que le général
O’Neill était vraiment ravi de ne plus faire. C’était avec un plaisir non
dissimulé qu’il les regarda franchir la flaque bleutée du vortex, en lançant un « Amusez-vous
bien Daniel ! »
-Comptez sur moi Jack avait répondu le
jeune archéologue avec un sourire radieux sur le visage.
Sam aussi était ravie de ce genre de mission,
elle aimait beaucoup aider Daniel, elle adorait la découverte et espérait
toujours que sur une mission elle trouve l’objet inattendu, l’artéfact que l’on
recherchait, ou bien une arme fatale pour détruire d’un coup tous les Goa’ulds
de la galaxie.
Ce
n’était pas une arme qu’ils trouvèrent mais un objet étrange qu’ils
rapportèrent au SGC, si étrange que personne ne pouvait dire à quoi il servait,
ni de quelle époque il datait.
Une
chose était sûre, Sam n’allait pas tarder à
regretter de l’avoir découvert.
3
Le
débriefing était vraiment détendu ce matin-là. Ils avaient fait le tour
obligatoire à l’infirmerie, et maintenant ils étaient assis à la table, autour
du général O’Neill.
Celui-ci
paraissait en forme, il souriait facilement, son optimisme naturel prenant
toujours le dessus, il savourait cette période de calme avec délectation. Il
faut dire que tout allait pour le mieux à la base. Les missions se déroulaient
sans anicroches, les explorateurs rapportaient des objets prometteurs tant au
point de vue scientifique que de
l’armement, les textes des tablettes ou
des temples étaient traduits à la vitesse grand V par Daniel et son
équipe, les jaffas semblaient être
occupés dans un autre coin de la galaxie, et les Goa’ulds se faisaient le plus
discrets possible, de plus le mess avait refait le plein de chocolat ce qui
était très prometteur pour les desserts à venir.
Oui
tout allait bien, le général était heureux.
Sur
la table s’étalaient les tablettes trouvées par Daniel, ainsi que l’objet
mystérieux découvert par Sam.
-Daniel pouvez-vous nous expliquer ce
que vous avez rapporté ? demanda le général en souriant.
Il
se renfonça dans son fauteuil et attendit que Daniel perdu dans ses pensées,
veuille bien lui répondre.
-Daniel ! cria t-il.
L’archéologue
sursauta :
-Heu… Jack, excusez –moi, je pensais au
temple où nous avons trouvé ces objets.
-Allez-y Daniel, nous sommes toute
ouie !
-Bien, commença Daniel, Sur P9V123 Baal
a laissé un temple en très mauvais état. Il y a plusieurs siècles qu’il a
quitté la planète, et le temple tombe en ruines. C’est pour cela que nous avons
fait assez vite…
O’Neill
le coupa :
-Daniel si vous en veniez au fait, on
sait déjà tout ça !
Daniel
soupira, Jack qu’il soit colonel ou général ne changerait jamais. Il y avait
des choses immuables au SGC, l’impatience du général, et sa rapidité à passer
sur des choses primordiales aux yeux de Daniel mais barbantes pour lui.
-Qu’est ce que vous avez rapporté dit
Jack en prenant l’étrange objet sur la table.
C’était
un objet de petite taille. Le centre
était une pierre de couleur bleue translucide et surmontée d’une petite boule
de cristal rouge. L’ensemble était retenu par des griffes de métal doré et à
chaque angle de la pierre carrée des volutes en
fer, conféraient à cet objet une étrange beauté.
O’Neill
retournait l’objet dans ses mains, interrogeant Daniel du regard :
-Ne me demandez pas ce que c’est dit
Daniel, je n’en ai aucune idée.
-Même pas une petite idée ? Cela pourrait être une arme ?
L’objet
fit le tour de la table. O’Neill le passa à Sam qui le prit dans ses mains et
ressentit un léger vertige, elle le reposa brusquement.
-Qu’y a-t-il colonel ? Vous avez
des doigts en coton ?
Sam
un peu troublée ne voulut rien dire de peur que l’on se moquât d’elle, elle se contenta de passer l’objet à
Teal’c avec un involontaire frisson. Teal’c le regarda d’un air neutre et le
redonna à Daniel, qui le garda dans sa main un instant.
-Redonnez-le moi Daniel s’il vous
plait, demanda Sam.
-C’est étrange mon général, elle avait
senti à nouveau la légère désorientation de tout à l’heure.
-Que se passe t-il Carter ? Dit
O’Neill
-Il me semble que je réagisse à cet
objet dit Sam en le posant sur la table, il m’est désagréable au toucher.
-Que ressentez-vous ? demanda
Daniel
-Je ne sais pas trop, comme un vague
malaise.
Sam
était devenue toute pâle.
-Je ne me sens pas bien, dit-elle d’une
voix blanche.
O’Neill
décrocha aussitôt le téléphone et dit d’un ton sec :
-Urgence médicale en salle de briefing.
Pendant
ce temps Sam avec l’aide de Teal’c s’était allongée sur le sol. Elle reprit
vite ses esprits.
Le
docteur Bright qui s’était approchée d’elle, tâta son pouls et prit sa tension.
-Il est un peu rapide et sa tension est
élevée, je préférerais faire un examen complet au colonel Carter, à
l’infirmerie, général.
-Colonel, obéissez à notre bon docteur
dit O’Neill avec un petit sourire.
-A vos ordres mon général
Ça te va bien de m’envoyer à
l’infirmerie sans sourciller ! Et toi tu y vas quand tu es
malade ? Maintenant qu’il n’y a
plus un général pour te commander ! pensa t-elle avec amertume.
Elle
lui fit le même sourire, leurs regards s’accrochèrent une fraction de seconde,
suffisamment pour s’apercevoir qu’ils pensaient la même chose. O’Neill fit une
petite grimace mais n’ajouta rien et laissa sortir Sam en compagnie du docteur
Bright.
-Teal’c
et Daniel, j’aimerais que vous étudiiez cet objet. Pourquoi seule Carter
a réagi ? Je veux tout savoir sur ce truc. Et puis ces tablettes, là, ça
doit être marqué dessus ? Non ?
-Il va nous falloir un certain temps
Jack !
-Combien ?
-Pourquoi demandez-vous toujours
combien de temps ? Ça peut être une heure comme un mois ou pas du
tout !
-Je préférerais une heure Daniel !
Ça va sans dire.
Daniel
hocha la tête, le cas de Jack était vraiment désespéré.
-Je vais faire le plus vite possible
dit-il en sortant.
4
A
l’infirmerie Sam subissait sans rien dire tous les nombreux examens que voulut
bien lui faire le docteur Bright. Cela ne la dérangeait pas outre mesure, sauf
qu’elle aurait préféré être dans son labo pour commencer à étudier cet étrange
appareil.
O’Neill
arriva à l’infirmerie au moment où Sam était en bute avec le docteur. Celle-ci
voulait lui faire passer la nuit à l’infirmerie.
-Je vous assure que je me sens beaucoup
mieux !
Mais
le médecin avait décrété qu’il valait mieux qu’elle passât la nuit en
observation.
-Obéissez colonel, c’est un ordre !
-Mon général ! J’ai un travail fou
au labo !
-Comment va-t-elle ? Demanda O’Neill au médecin sans tenir compte
des protestations de Sam.
-Ce n’est pas bien grave, mais le
colonel m’a paru fatiguée et un peu stressée.
-Mais je ne suis pas du tout stressée,
cria t-elle un peu trop fort !
Le
silence seul lui répondit et le regard légèrement ironique de Jack.
-C’est entendu docteur dit le général,
en conclusion, vous ne la relâchez pas avant demain matin.
Le
calmant que lui avait insidieusement donné le médecin commençait à faire son
effet et Sam se sentit tout à coup une très forte envie de dormir.
Le
visage de Jack devint flou devant elle, et elle s’endormit avec l’image du
général à ses côtés et c’est peut être pour cela que cette nuit là elle
fit le premier rêve.
5
Le
lendemain elle se sentait tout à fait bien, et après un solide petit déjeuner
elle se dirigea vers son labo. Le médecin lui avait permis de sortir après
avoir vérifié son pouls et sa tension.
-N’en faites pas trop colonel ! Et
couchez vous de bonne heure !
Si je fais un rêve aussi
agréable que cette nuit, c’est sûr que je vais avoir un sommeil reposant.
Elle
avait toujours en tête l’image très forte du dos de Jack et de ses cicatrices.
C’était vraiment étrange, elle avait encore la mémoire du toucher, et le bout
de ses doigts se souvenaient parfaitement de ce qu’elle avait ressenti.
Tout
à son rêve intérieur elle ne vit pas qu’il venait devant elle dans le couloir.
Cette
partie était assez étroite et elle avait failli le bousculer.
-Alors on rêve Carter ? La nuit a été bonne ?
Il
avait dit cela sur le ton de la plaisanterie, mais il ne s’attendait sûrement
pas à sa réaction. Elle avait rougi violemment, et bafouilla un
« excusez-moi mon général » si distrait qu’il s’en inquiétât.
-Hé ! Carter ! Vous allez
bien ?
-Oui mon général, dit-elle en se
reprenant, excusez-moi, je ne vous avais pas vu.
-Ce n’est rien Carter, ce n’est
rien !
Et
il s’éloigna en direction de son bureau.
Elle
ne put s’empêcher de se retourner et de le fixer. Il marchait nonchalamment les
mains dans les poches, comme il le faisait toujours.
Malgré
elle, elle fixait un certain endroit de son anatomie, en cherchant où la
fameuse cicatrice pouvait bien être. Etait-elle seulement là ? Elle avait
du l’inventer en rêvant. Les songes sont parfois si déroutants. D’ailleurs elle
se demandait pourquoi elle avait rêvé ainsi de son supérieur. Non en fait pour
être honnête avec elle-même, elle savait parfaitement que ce genre de rêve
était dans le domaine du possible.
Il ne faut pas que ça me
trouble, parce qu’il s’en aperçoit c’en est fini de ma carrière et je me
retrouve tout de suite à l’asile.
Mais
finalement à la réflexion elle était plutôt satisfaite d’avoir rêvé de lui.
Elle
croisa Daniel qui se rendait lui aussi au travail
-Alors Sam, ça va ce matin ? Vous nous avez fait peur hier !
-Il n’y avait aucun problème qu’une
bonne nuit de sommeil ne puisse arranger, dit –elle avec un petit sourire.
-Ça a l’air d’aller dit Daniel avec un
grand sourire. Vous pouvez venir dans mon labo, je crois que j’ai trouvé
quelque chose.
-Vous ne voulez pas qu’on en parle au
général ?
-Pas encore, si je vais le trouver et
que je n’ai pas fini, il va me renvoyer à mes chères études, vous le
connaissez !
-Oh oui ! Dit en riant la jeune
femme. Alors qu’avez-vous trouvé ? Dit elle en rentrant dans le labo de
Daniel.
-J’ai commencé la traduction des
inscriptions sur les tablettes. C’est du Goa’uld ancien mais Teal’c m’a aidé
pour certains mots plus délicats, et je pense avoir trouvé quelque chose
d’intéressant.
-Voyez ces symboles dit-il en montrant
quatre signes. Il y a le mot « combattre », « nuit » et un mot que je pourrais
traduire par « folie » ce qui
pourrait donner « combattre par la folie la nuit » le dernier mot
évoque la « prudence », ou la « méfiance.
-Et ça nous mène à quoi » ?
-Aucune idée pour le moment, mais cela
pourrait suggérer une arme contre les Goa’ulds.
-Comment être sûr qu’il s’agit d’arme
pour combattre les Goa’ulds ?
-On n’en a pas la certitude. Mais il y
a de fortes chances.
-Je pense qu’il faut tenir le général
informé de vos recherches Daniel.
-D’accord, mais vous êtes prête à
parier qu’il va me jeter !
-Vous faites des paris
maintenant ?
Daniel
rit :
-Avec Jack ? Depuis toujours.
-Et vous pariez sur quoi ?
-Sur tout et n’importe quoi !
-Ça vous est arrivé de parier sur
moi ? demanda t-elle malicieusement.
-Heu… Demandez le à Jack, justement le
voilà !
-Et qu’est ce qu’on doit demander à
« Jack » dit O’Neill en arrivant sur eux. Décidément ce matin ils
étaient destinés à se croiser !
-Rien mon général, dit Sam en essayant
de garder son sérieux.
Daniel
intervint pour sauver son amie car il n’aimait pas l’air moqueur que prenait
O’Neill, cela voulait dire qu’il y avait une « vacherie » en route.
-J’ai découvert des choses
intéressantes sur les tablettes ramenées hier, Jack, on peut en parler
maintenant ?
-Oui bien sûr.
Dans
la salle de briefing Daniel répéta ce qu’il avait dit à Sam.
O’Neill
écouta et conclut :
-Un petit gadget à la « Machello » !
-Sans doute Jack, mais il me reste à
affiner la traduction, et je ne suis pas sûr à cent pour cent que ce soit un
piège à Goa’uld !
-Il me semble que si, dit Teal’c. Colonel Carter, vous étiez la seule à
éprouver un malaise hier quand vous avez pris l’objet, et il vous reste des
protéines de Jolinar. Imaginez un Goa’uld devant cet
objet, il aurait sûrement été très malade.
O’Neill
intervint aussitôt.
-Je préférerais que vous n’approchiez
plus cet objet, colonel !
-Mais mon général, il n’y a que moi qui
peux l’étudier !
-On doit pouvoir s’arranger autrement.
-Mais…
-C’est un ordre colonel.
-Bien, monsieur, dit-elle déçue.
Daniel ? Vous aller y arriver ?
-Je ne crois pas Sam, je ne suis pas
assez qualifié.
Ils
regardèrent tous les deux dans la direction d’O’Neill.
-Bon, il est vrai que l’enjeu est
d’importance, dit celui-ci, il y a peut être un moyen, Carter pouvez-vous vous
faire aider de manière à ce que vous ne touchiez pas l’objet par vous
–même ?
-Absolument mon général dit-elle avec un sourire radieux.
Permission de me rendre au labo, monsieur ?
-Allez-y
Carter, mais soyez très prudente.
6
Le
soir même elle recommença à rêver. Toujours le même rêve, identique. La
cicatrice étrange et inconnue. La même question : pourquoi ?
Le
réveil en souriant, le bien être, le repos réparateur.
Elle
devait passer à l’infirmerie ce matin pour un contrôle de sa tension.
-Elle est encore trop élevée colonel,
dit le docteur Bright. Cela ne me plait pas.
-Pourtant je me sens reposée ce matin.
-Effectivement vous avez bonne mine et
votre cœur est normal. Pour le moment on ne fait rien, mais repassez le matin
et le soir pour un contrôle, je serais plus tranquille.
Sam
regarda le médecin s’éloigner. Malgré elle, elle s’attendait toujours à voir
Janet, sortir d’une salle ou de son labo. Parfois même elle croyait entendre sa
voix, comme si à force de vivre dans cet endroit, un petit quelque chose d’elle
y était resté. Une ombre, une présence. Elle lui manquait.
Elle
se secoua, elle avait du travail, beaucoup de travail. L’artéfact l’attendait
ainsi que le lieutenant Graham Simmons. Il lui fit un
grand sourire
-Je vous attendais colonel, j’ai reçu
des ordres pour vous aider dans votre travail, dit-il en rougissant.
-Merci lieutenant. Sam sourit, elle se
souvint que depuis des années il avait un petit faible pour elle. Et si on s’y
mettait tout de suite ?
-A vos ordres colonel.
-Que doit-on rechercher mon colonel ?
demanda le jeune homme.
-Je pencherais pour quelque chose qui puisse
interagir avec le naquadah. Vous devriez l’observer aux rayons X, puis faire
une IRM. Vous me ferez part des
résultats que vous aurez obtenus.
-Bien mon colonel, je m’y mets tout de
suite.
Les
analyses n’avaient rien donné. La pierre gardait son mystère. Apparemment il
n’y avait rien de vivant à l’intérieur, aucune forme d’énergie visible.
Sam
était fatiguée le soir en se mettant au lit. Pourtant elle n’avait rien fait
d’extraordinaire.
Cette
nuit là elle ne rêva pas. Elle en fut presque contrariée. Elle aimait ce rêve
étrange, et bien qu’elle n’en comprenne pas la signification, elle avait
l’impression que c’était important.
Quelques
jours plus tard, elle était dans son labo avec Graham quand celui-ci renversa
un peu d’acide et se brûla la main. Il poussa un petit cri.
Sam
se figea et resta immobile durant quelques secondes, puis elle se précipita
aussitôt vers le jeune homme.
-Vous devriez aller à l’infirmerie
lieutenant, c’est une belle brûlure que vous avez là !
-A vos ordres mon colonel.
Après
le départ de Graham, Sam dut s’asseoir. Que lui était-il arrivé ? Elle
avait eu comme un étourdissement, comme si le sol était devenu tout à coup
instable.
Elle
se secoua :
Tu travailles trop ma fille,
et si tu allais te reposer un peu.
Il
était en effet déjà 21 heures et Sam travaillait sans discontinuer depuis le
matin. Elle avait encore sauté le déjeuner. Elle éteignit et ferma son labo.
Elle laissa ses pensées dériver lentement vers ses doux rêves de la nuit, et un
léger sourire flottait sur son visage.
-Deux sous pour vos pensées !
Belle dame !
Elle
sursauta :
-Oh, Daniel ! Vous m’avez fait
peur !
-Pour être absorbée, vous étiez
absorbée, dit Daniel en souriant, et qu’est ce qui vous rends si
heureuse ?
-Rien du tout dit Sam d’un ton un peu
plus sec qu’elle ne l’aurait voulu.
Mais
Daniel la connaissait bien et ne se laissa pas prendre à ses protestations.
-Un rendez-vous peut être ?
-Oh oui ! dit-elle, un rendez-vous
avec mon lit, je suis épuisée !
Et la perspective d’une bonne nuit de sommeil
m’enchante !
-Et vous avez dîné, Sam ?
-Heu… non… Justement j’y allais, vous
m’accompagnez ?
-Avec plaisir, il se trouve que
justement j’ai un petit creux.
Et
nos deux amis s’éloignèrent en direction du mess, tout en riant et plaisantant.
7
La
nuit de Sam fut plus mouvementée que d’habitude. Le rêve revint mais il ne lui
apporta pas le repos habituel. Pourtant cela avait très bien commencé, elle
arrivait chez son supérieur, qui lui aussi ne dormait pas. Puis elle le
revoyait allongé sur le lit à plat ventre, et ses doigts commençaient leur
délicat ballet sur les cicatrices de son dos. La grande marque violacée
l’attirait irrésistiblement, elle ne comprenait pas pourquoi, justement peut
être en raison du mystère qui l’entourait.
C’est
à ce moment là que le rêve changea, il y avait d’autres personnes dans ce rêve.
Le jeune lieutenant Graham était dans son labo, et se brûlait la main avec de
l’acide. Elle l’aperçut en flash. Cela lui sembla infiniment familier. Puis elle fut de nouveau dans la chambre et
là un son strident la fit sursauter, c’était le portable de jack.
-O’Neill
- …
-J’arrive tout de suite.
Elle
était seule dans la chambre maintenant.
Quand
elle réveilla elle écrasait d’un poing rageur le réveil qui indiquait déjà six heures.
Elle
avait mal à la tête, était nauséeuse, le sommeil n’avait pas été réparateur
comme les autres nuits. Elle ressentait une sorte de malaise indéfinissable,
comme une angoisse.
Une
dure journée commençait. Il y aurait un briefing à 8 heures, puis un départ
pour une mission de deux jours. Mais avant il faudrait qu’elle repasse par le
labo, elle voulait étudier dans l’ordinateur les données prises par Graham hier
sur l’artéfact. Elle regarda sa montre, déjà
6 h 11, allez paresseuse, debout !
Petite
douche rapide, visite express au mess pour un petit déjeuner encore plus
rapide, puis direction le labo. Elle s’y glissa comme une voleuse, referma
soigneusement la porte derrière elle, et ayant oublié les ordres du général,
dans son désir de travailler au plus vite, elle prit l’objet dans ses mains
pour le regarder sous une puissante lampe. Elle trouvait que la pierre bleue
était plus foncée par endroit. Elle ressentit alors un frisson très désagréable
comme si elle avait une forte poussée de fièvre, elle lâcha l’objet qui tomba
sur le sol. Elle n’eut pas le temps de voir la fissure qui s’était faite sur la
pierre et qui commençait à s’élargir. C’est à ce moment là qu’un étourdissement
eut raison d’elle, et sans bruit elle glissa sur le sol, le visage à quelques
centimètres de la pierre.
Quelques
minutes plus tard elle revint à elle. Elle eut un instant de désorientation et
se leva. Son mal de tête avait empiré et elle dut s’asseoir un moment jusqu’à
ce que les murs du labo reprennent leur place habituelle. C’est alors qu’elle
vit l’objet tombé au sol. La pierre était sortie de son cadre de métal, elle
gisait sur le sol, fendue en une longue fissure qui avait pris une teinte
violacée en haut et plus rose vers le bas…
Elle
voulut aller à l’infirmerie car son malaise augmentait, mais elle ne put que se
lever faire deux ou trois pas et retomber sur le sol, évanouie.
A
8 heures en salle de briefing, Teal’c et Daniel étaient arrivés avant le
général. Celui-ci était dans son bureau au téléphone.
-Où est Sam ? demanda Daniel
-Je ne l’ai pas vue ce matin, dit
Teal’c d’une voix calme.
-C’est étonnant poursuivit Daniel, elle
est toujours à l’heure.
A
ce moment le général sortit de son bureau il était 8 h 10.
-Le colonel Carter n’est pas ? Là
dit-il seulement, en s’asseyant.
-Je vais voir si je la trouve dit
Daniel, elle est peut être au labo.
Elle
reprit conscience à l’infirmerie. Près de son lit le docteur Bright réglait le débit de la perfusion.
-Alors colonel ! Que vous est-il
arrivé ?
-Je ne sais pas, elle ne mentait pas,
elle ne se souvenait plus.
C’est
à ce moment que le général entra dans la chambre, il n’avait pas frappé, et
s’avança vers le lit d’un pas rapide. Il s’arrêta juste au pied et prit appui
sur le pied de lit.
-Colonel vous m’avez désobéi !
-Mon général…
-Vous avez touché la pierre !
Sam
rougit elle se souvenait maintenant.
-Oui, c’est vrai, je l’ai touché, mais
en fait ce fut instinctif, sur le moment j’avais complètement oublié.
-Oublié quoi ?
-Que je n’avais pas le droit de la toucher
Le
général eut un petit sourire ironique :
-Et il y a beaucoup d’ordres comme cela
que vous oubliez ? Carter.
Ouf, il a dit Carter, il
n’est pas fâché.
Elle
répondit sur le même ton
-C’est la première fois mon
général !
-Bien, mais ne recommencez pas dit-il
avec un grand sourire.
Il
se dirigea vers le docteur Bright qui s’était éloignée un moment.
-Comment va-t-elle docteur ?
-Je la trouve fatiguée, mon général.
J’ai l’impression que ses nuits sont agitées. Elle dort mal, et la fatigue
s’accumule.
-Est-ce que cela a un rapport avec
cette pierre ?
-Je ne peux pas vous le dire mon
général, tant que je ne sais pas ce qu’il y a dedans. C’est le colonel qui
faisait les tests de cette pierre n’est ce pas ?
-Oui, mais elle est aidée du lieutenant
Simmons.
-Je souhaiterais que le colonel se
tienne éloignée de cet artéfact, tant qu’on n’en connaît pas plus sur lui.
-Bien noté dit O’Neill.
Sam
avait fermé les yeux et se laissait dériver dans son rêve… Elle arrivait devant
chez son supérieur, quand elle l’entendit l’appeler
-Carter !
Elle
sourit, il avait prononcé son nom d’une façon si douce qui n’appartenait qu’à
lui.
-Carter !
Elle
sursauta, et sortit de son rêve, il était là devant lui.
-Carter, ne cherchez pas la pierre
quand vous retournerez dans votre labo, elle sera bien à l’abri dans une cage
de verre.
-Mais mon général ! …
-Il n’y a pas de mais… Colonel, cette
pierre vous rend malade, et tant qu’on n’en saura pas plus, vous n’y toucherez
plus.
-Mais…
-tt ! tt ! On ne discute pas
avec son général !
Il
s’assit sur le bord du lit et la regarda :
-Vous avez une toute petite mine
Carter, je crains que cet objet n’en soit la cause, ce n’est pas négociable.
-Vous pensez que c’est une arme contre
les goa’ulds ?
-J’en suis de plus en plus persuadé. Je
vais confier ce travail à d’autres personnes, mais vous serez consultée et mise
au courant de tous les travaux. Ça vous va comme ça ?
-Merci mon général !
-Rappelez vous Carter ce que je vous ai
dit un jour, vous faites partie de notre patrimoine, vous êtes précieuse. Je ne
veux pas vous perdre, ajouta t-il à voix basse. Reposez vous maintenant.
Il
s’éloigna et elle replongea dans son rêve avec un doux sourire sur le visage.
8
Quand
elle put retourner au labo elle apprit que le général, avait mis plusieurs
spécialistes scientifiques sur ce travail. Ils
la tenaient informée des progrès
de leurs travaux. Jusque là la pierre n’avait pas livré son secret. En tombant
elle s’était détachée du cadre métallique, la petite sphère rouge était restée
accrochée, mais la pierre, elle, maintenant était nue.
Sam
eut l’autorisation de la regarder à travers un caisson de verre protecteur.
Elle n’avait pas le droit de la toucher, ni personne d’autre d’ailleurs. Le
technicien la manipulait avec une pince et il avait passé ses mains dans des
gants de caoutchouc.
-Vous pouvez la retourner demanda
t-elle au lieutenant Graham Simmons. Je voudrais
observer la fissure.
-Quelle fissure colonel ? dit le
lieutenant en lui faisant voir la pierre sous différents angles.
-Quand elle est tombée l’autre soir
j’ai cru voir une fissure, dit-elle d’une voix mal assurée.
Et
comme le jeune homme la regardait surpris, elle ajouta rapidement :
-Cela devait être dû au mauvais
éclairage de la pièce.
-Sans doute mon colonel.
La
pierre était restée d’un bleu uniforme, sans changement de ton, ni de parties
plus claires ou plus foncées et naturellement sans aucune fissure.
Sam
était très troublée. Au fond d’elle-même elle sentait bien qu’il y avait
quelque chose qui n’allait pas. Ses réactions avec la pierre n’étaient pas
normales, elle avait vu une fissure
profonde et violacée puis plus claire vers le bas. Elle l’aurait
juré !
Au
briefing le lendemain elle fut distraite. Elle sentait sur elle le regard
inquiet du général. Il n’écoutait pas ce que disait Daniel sur la faune de
724. Il la regardait elle, penchée sur
son dossier, crayonnant d’une main nerveuse, le front penché.
-Carter ! Vous allez bien ?
-Oui mon général dit-elle.
-Vous paraissez fatiguée colonel, le
médecin ne vous a pas mise au repos ?
-Non mon général dit-elle sans le
regarder.
Après
un instant de silence il reprit.
-J’avais pensé vous envoyer sur P9B724,
mais vous disiez Daniel à propos
d’animaux …
-Jack, vous n’avez pas écouté un mot de
ce que j’ai dit !
-Si si, les animaux sont dangereux,
c’est bien ça ?
-Mon général dit Sam, je considère
cette planète comme dangereuse. Il y a en effet un nombre très élevé d’animaux
sauvages. Je pense qu’il vaut mieux ne pas y aller.
-Pourtant il y a un temple apparemment
Maya à quelques kilomètres de la porte commença Daniel, en faisant bien
attention… peut être qu’on….
-C’est hors de question le coupa
O’Neill ! Un temple ne vaut pas que vous preniez le risque de vous faire
dévorer par des lions. D’après l’UAV les territoires près de la porte sont infestés de fauves. Comme vous deviez
partir deux jours, je ne vois pas pourquoi vous n’auriez pas ces deux jours de
repos, conclut O’Neill.
-Colonel je voudrais vous parler une
minute, venez dans mon bureau dit-il en se levant.
Elle
le suivit en silence. Il lui fit signe de refermer la porte et de prendre un
siège.
-Vous n’avez rien à me dire
Carter ?
-Heu… non mon général
-Votre santé ? Tout va bien ?
-Oui.
-Parce que j’ai votre dossier médical sous
les yeux. Le docteur Bright me l’a fait parvenir à ma demande, vous n’avez pas
l’air si en forme que cela.
-Elle vous a donné mon dossier !
Je n’en reviens pas ! Et le secret médical !
-Désolé Carter, mais le secret médical
ne joue pas ici. Je dois savoir si mes équipes ont une santé suffisante pour
aller affronter des innombrables dangers sur des planètes.
-Quand même, elle aurait pu vous en
parler sans vous donner le dossier !
-Qu’est ce qui vous gêne Carter ?
-Il y a des choses très privées dans un
dossier médical, Monsieur ! dit-elle en rougissant.
Il
la regardait le visage impassible, et s’étonnait de son attitude.
-Vous savez Carter cela ne vient pas de
moi ! Le général Hammond en faisait autant ! Si vous saviez le nombre
de fois où il m’a convoqué dans son bureau pour des raisons identiques.
-Oh, elle sourit, mais vous avez une
santé de fer vous Monsieur !
-Oui c’est vrai, mais après mon retour
de chez Baal, vous ne pouvez pas imaginer
les questions du général Hammond. Et après tout c’est normal, on ne peut
pas envoyer en mission quelqu’un dont on est pas sûr.
Silence,
la mission de sauvetage revint à l’esprit de Sam. Elle avait bien cru ne jamais le revoir.
Comme il avait dû souffrir ! Il
n’en parlait jamais. Mais pour elle il avait fait une exception. Elle en fut
émue.
-Dites moi la vérité Carter, vous avez
changé depuis que vous avez touché l’objet de P9V123 ?
Elle
dut bien avouer que de toucher cet objet l’avait déstabilisée ; Elle
repensait aux rêves qui dataient de cette nuit là. Elle se sentit tout à coup
très embarrassée.
Elle
passait par toutes les couleurs, se sentait extrêmement gênée. Il s’en aperçut
-Carter,
si vous aviez un problème vous m’en parleriez ? lui demanda t-il avec
douceur.
-Bien sûr mon général.
-Bon, vous pouvez y aller, et restez
chez vous, défense de revenir travailler. Il avait pris un air faussement
sévère qui la fit sourire. Il en fut heureux.
-A vos ordres, mon général.
9
Etre chez elle à ne rien faire était
impensable pour Sam. Elle fit quelques courses puis entreprit de faire à fond
le ménage de sa maison. Elle ne fut contente que lorsque tout fut terminé. La
soirée était bien avancée et sa première
journée de congé était terminée.
Le
lendemain si elle s’ennuyait elle pourrait toujours aller se promener. Elle se
coucha et s’endormit rapidement.
Tout
de suite le rêve l’empoigna et l’emporta vers ce monde qu’elle connaissait bien
maintenant, la maison de son supérieur.
Tout
se déroulait selon un rite immuable, la voiture, la bière, leur conversation,
puis la chambre, le dos nu de Jack.
Mais
quelque chose avait changé, c’est comme lorsqu’on regarde un film que l’on
connaît par cœur, on passe un peu plus vite sur certaines scènes en déroulant
la k7. Elle avait l’impression de faire cela cette nuit là. Elle savait ce qui
allait se passer, et elle avait l’impression étonnante de pouvoir diriger son
rêve comme elle le voulait. Elle avait hâte de voir si la grande cicatrice
était toujours là. Oui, elle y était,
large, violacée en haut et plus rose en bas. Mais elle revit en
superposition la fissure de la pierre, qui présentait les mêmes
caractéristiques. Mais cette fissure n’existait que dans son imaginaire. Elle
l’avait rêvée, comme elle avait inventé cette cicatrice. Mais pourquoi cela avait
–il autant d’importance ?
Après
elle bascula sur la base, elle était dans le labo de Daniel celui-ci était
grimpé sur une échelle dont un barreau était mal fixé. Il tombait.
Puis
de nouveau la chambre, Jack immobile, puis la brûlure de la main de Graham Simmons.
Et
son doigt traçait un chemin dans le
sillon profond. Elle la touchait, elle la regardait, puis elle sentit son doigt
humide.
Elle
hurla, il y avait du sang sur sa main.
La marque suintait légèrement.
Elle
se réveilla en sursaut, elle avait un mal de tête à peine supportable. Elle se
leva et se passa de l’eau fraîche sur le visage. Elle aperçut son reflet dans
la glace du lavabo, elle se trouva une mine épouvantable.
Elle
ne voulut pas se recoucher, elle avait
maintenant très peur de rêver, elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait.
Elle
s’habilla prit ses clés sur la table de l’entrée et monta dans sa voiture.
Inconsciemment elle prit la direction de la maison de son supérieur. Quand elle
s’en rendit compte elle avait déjà le doigt sur la sonnette. Il y avait de la
lumière dans le séjour malgré l’heure tardive.
La
porte s’ouvrit, O’Neill fut surpris de la voir, mais il la fit entrer.
-Que vous arrive t-il
Carter ? On dirait que vous avez vu
un fantôme. Elle chancelait, il la guida jusqu’à un fauteuil et la fit
asseoir. Elle se tenait la tête dans
les mains.
-Je crois que je deviens folle dit-elle
d’une pauvre petite voix.
-Oh cela m’étonnerait dit-il en
souriant. Et si vous me racontiez…
-Je fais des rêves épouvantables, mais
je ne peux pas vous en dire plus, c’est trop personnel monsieur, excusez moi.
-Vous voulez boire quelque chose ?
demanda t-il depuis la cuisine.
-Oui je veux bien.
Il
revint avec deux canettes de bière.
Elle
frissonna, de la bière comme dans son rêve. Ils se mirent à parler de choses et
d’autres. Puis vint le moment où elle
voulut prendre congé, mais il la retint. Et c’est quand elle se retrouva à
caresser sa grande cicatrice qu’elle comprit qu’elle rêvait encore et qu’elle
n’en était jamais sortie.
Elle
hurla encore et encore, à la place de la cicatrice il y avait une plaie
profonde et béante qui avait saigné
abondamment.
10
Elle
se leva, le cerveau embrumé comme si elle avait trop bu. Dès qu’elle arriva à
la base, elle courut se réfugier dans son labo, et là, à l’abri des regards
elle se laissa aller à la terreur qui l’habitait. Se laissant glisser contre le
mur elle resta immobile un long moment, tremblant de tous ses membres.
Quand
elle se releva elle chancela et mais trouva quand même la force d’appeler
l’infirmerie, avant de s’écrouler au sol, inanimée.
Le
docteur Bright lui trouva de la fièvre, une déshydratation importante due au
fait qu’elle ne s’alimentait pas assez depuis quelques jours, et un épuisement
général.
Sam
était très agitée durant tout l’examen, son cœur battait la chamade et sa
tension était très élevée.
Le
médecin lui donna un sédatif, mais Sam faisait des cauchemars et criait dans
son sommeil.
Elle
demanda immédiatement un entretien avec le général O’Neill. Celui-ci bien que
très occupé, la reçut tout de suite quand il sut qu’il s’agissait de Carter.
-Asseyez-vous docteur.
-Je venais vous parler du colonel
Carter, son état de santé est inquiétant.
J’ai
l’impression qu’elle souffre d’une sorte de paranoïa. Je n’arrive pas à faire
un diagnostic, elle est très agitée malgré les sédatifs.
-Vous a t-elle dit quelque chose ?
-Simplement qu’elle fait d’horribles
cauchemars et qu’elle se réveille avec des maux de têtes violents et des
nausées.
-On peut aller la voir ?
-Oui mais quelques minutes seulement,
elle doit absolument se reposer.
-Bon allons-y dit O’Neill.
Quelques
minutes plus tard il était au chevet de Sam. Le docteur Bright l’avait placée
dans une chambre seule afin de lui donner un peu d’intimité.
Jack
était effaré du teint plombé de la jeune femme. Elle dormait mais était très
agitée dans son sommeil.
-Vous lui avez donné des calmants, ça
n’a pas l’air de faire effet, dit-il au médecin à voix basse.
-Je crois qu’il faut envisager une
psychothérapie très rapidement, et un traitement médicamenteux lourd, je ne
vois pas d’autre solution.
-Vous êtes obligée de l’attacher ?
demanda O’Neill en voyant les sangles qui retenaient les bras de la jeune
femme.
-Oui malheureusement, j’ai peur qu’elle
ne se fasse du mal. Je lui ai donné un sédatif qui devrait faire son effet. Je
propose de la faire dormir pendant deux ou trois jours.
-D’accord Docteur, mais enlevez lui ces
attaches, dès qu’elle sera bien endormie.
-C’était mon intention, général.
-Merci Docteur, tenez moi au courant de
tout changement.
-Comptez sur moi général 0’Neill.
Jack
quitta l’infirmerie l’air sombre. Il passa une main lasse dans ses cheveux.
Mais qu’arrivait-il à Carter ? Il se décida à aller demander des
explications au lieutenant Graham Simmons qui avait
travaillé avec Sam sur l’artéfact.
Il
le trouva dans le laboratoire de la jeune femme. Il frappa d’un coup sec et
entra. Le lieutenant se mit tout de
suite au garde à vous et balbutia un « Mon général ».
-Repos lieutenant, repos dit O’Neill.
Il vint jusqu’à la paillasse où se trouvait l’artefact dans sa cage de verre.
-Ainsi c’est ce petit objet qui fait
tant de dégâts ?
-Oui mon général. Le colonel ne va pas
mieux mon général ? dit le jeune homme très raide et très intimidé par la
présence de son supérieur.
-Je vous ai dit repos lieutenant, dit
O’Neill avec un sourire las.
-A vos ordres mon général.
-En fait, je voudrais que vous
m’expliquiez ce que vous avez trouvé, mais avec des mots simples si possible
lieutenant, je ne suis pas scientifique.
-Je sais mon général dit le jeune en rougissant sous le regard
inquisiteur d’O’Neill.
-Je vous écoute lieutenant.
-Bien mon général, pour faire bref,
j’ai remarqué que l’objet réagit en présence de naquadah. Il y a interaction
dans les deux sens.
-Expliquez vous !
-Lorsque l’objet est en présence même
d’une infime quantité de naquadah il change de couleur. Et le naquadah lui
aussi. A l’état brut c’est un minerai gris, tout à fait inoffensif. Mais en
présence de la pierre il se charge d’énergie.
-C'est-à-dire ?
-En fait il devient légèrement
radioactif, mais sans danger pour un
corps humain. Mais pour un goa’uld qui possède
beaucoup de naquadah dans le sang, cela peut entraîner la mort par destruction
des cellules.
-Mais ce n’est pas le cas du colonel
Carter ? N’est-ce pas ?
-Non, mon général, le colonel d’après
les relevés que j’ai ici ne possède qu’une infime quantité de naquadah, mais si
ce naquadah devient radio actif cela peut être dangereux. Et j’ai appris par le
docteur et en voyant les radios du colonel qu’elle a aussi du naquadah dans le
cerveau.
-Quoi ? Du naquadah dans le
cerveau !
-le docteur ne vous l’a pas dit mon
général ?
-Elle va m’entendre celle-là !
Maugréa O’Neill. Dites-moi lieutenant reprit
–il comment se fait-il que ce soit vous qui vous occupiez de ça ? Ce n’est
pas du domaine médical ?
-Oui et non mon général, c’est parce
que j’ai commencé les travaux avec le colonel! Cela m’a paru normal de
continuer.
-J’aurai quand même aimé en être
prévenu dit O’Neill, un peu fâché.
-Je croyais que le colonel où le
docteur Bright l’avait fait balbutia Simmons d’un air
confus.
-Et que pense le docteur Bright de votre théorie ?
- E n’est pas d’accord avec moi.
-Comment cela ? Pas d’accord ?
-Elle dit que c’est un problème
uniquement psychiatrique.
-Et vous qu’en pensez-vous ?
-Je ne suis pas médecin, monsieur, mais
scientifique, et ce que je sais du naquadah me porte à croire qu’il y a
interaction avec l’artefact et que c’est ce qui provoque les troubles du
colonel.
-Je vais convoquer un briefing
d’urgence avec SG1, le staff médical, et je voudrais que vous veniez aussi, en
tant que spécialiste du naquadah.
-A vos ordres mon général. Le temps de
préparer les documents, dans une heure je serais prêt, mon général.
-Dans une heure ce sera parfait, dit
O’Neill.
Il
sortit sans même remarquer que le jeune lieutenant s’était encore mis au garde
à vous.
11
Le
lieutenant Simmons avait maintenant terminé ses
explications. Le docteur Bright ne paraissait pas convaincue, et voulait
emmener immédiatement le colonel Carter dans un centre psychiatrique.
-Pourquoi une telle précipitation
docteur ? demanda O’Neill avec hauteur. Elle ne représente aucun danger
pour la base.
Bright
eut un sourire un peu méprisant
-Ce n’est pour la base que je crains,
c’est pour elle, général O’Neill.
-Expliquez vous lui répondit-il d’un
ton sec.
-Il faut commencer immédiatement un
lourd traitement psychiatrique.
-Autrement dit, vous allez l’abrutir de
calmants.
-Je ne crois pas que ce soit une très
bonne méthode, dit Daniel doucement. J’ai de très mauvais souvenirs de
l‘hôpital psychiatrique.
-C’est différent Daniel, vous aviez
perdu la boule, dit O’Neill, vous pensiez
voir constamment des têtes de morts dans votre armoire ! Ce n’est pas du
tout le cas de Carter.
Daniel
fit la moue, mais ne voulut pas polémiquer avec O’Neill, ce n’était pas le
moment.
-le colonel Carter fait d’affreux
cauchemars, elle me l’a dit. J’estime que son cas est sérieux, continua le
médecin.
-Ecoutez Docteur, je ne mets pas vos
compétences en cause, mais je crois que vous souhaitiez faire dormir le colonel
Carter pendant deux jours, les deux jours ne sont pas écoulés. Attendez son
réveil !
-Comme vous voulez, général, mais en
tant que chef de service de l’infirmerie du SGC, je proteste vigoureusement
contre ce que j’appelle un abus de pouvoir.
-Et bien protestez, protestez ma p’tite
dame, dit O’ Neill méprisant ! Faites le en plusieurs exemplaires, et
n’oubliez pas O’Neill, c’est avec deux L.
Le
docteur Bright se leva, furieuse, elle ramassa ses affaires et quitta la pièce
sans autorisation.
-Qu’en pensez vous mes amis demanda
t-il à Teal’c et à Daniel une fois que le lieutenant Simmons fut retourné au laboratoire.
-Je crois que vous avez raison O’Neill,
mais je pense que dès que le colonel se réveillera il faudrait qu’elle parle de
ses cauchemars. Elle doit être en confiance, et je doute des capacités de ce
médecin, dit Teal’c tranquillement.
-Moi aussi je doute, mais il faut peut
être lui laisser le temps de s’habituer dit Daniel. Elle vient d’arriver, elle
ne connaît pas encore toutes les choses étranges qui peuvent arriver quand on
va sur d’autres planètes et qu’on rapporte des objets.
-Au fait Daniel votre traduction des
tablettes, vous avez terminé ? Demanda Jack.
-Rien de plus, mais à la lueur des
évènements et maintenant que nous savons que Sam fait des cauchemars, les mots
« combattre » « folie » et « nuit » pourraient se
traduire par attaquer par des cauchemars, ou rendre fou par des cauchemars.
L’arme contenue dans la pierre si arme il y a, provoquerait des désordres
psychiques conduisant à la folie et à la mort. Mais comme Sam a peu de naquadah
dans le sang, elle présente peut être que des symptômes atténués.
-Atténués ! Répéta O’Neill, vous y
allez un peu fort Daniel, elle parait bien malade.
-Si elle était goa’uld
ou tok’ra, elle serait sans doute déjà morte à
l’heure actuelle, dit Teal’c d’une voix tranquille.
Jack
le regarda d’un air interloqué :
-Heureusement que vous le dites,
Teal’c, j’avais pensé faire venir le père du colonel, si son état s’aggravait.
12
Le
troisième jour Sam s’éveilla. Elle se sentait mieux. La première chose qu’elle
vit fut un regard brun inquiet. Quand il s’aperçut qu’elle était réveillée il s’éloigna
un peu du lit et se composa un visage.
-Alors Carter, on revient parmi
nous ?
-Oui mon général, je me sens mieux.
-Vous savez ce qui vous est
arrivée ?
-Oui mon général, j’ai compris que le
naquadah de mon sang interagit avec l’artefact.
-Ah je vois que vous en savez plus que
le docteur ! Mais cela recoupe ce
que dit le lieutenant Graham Simmons. Très brillant
ce petit jeune ! Le docteur Bright
vous a donné beaucoup de
médicaments ? ajouta t-il.
-Pas depuis mon réveil, mon général.
-Oh la voilà qui arrive, je vous laisse Carter, faites bien attention à vous.
Le
docteur entra et alla directement vers le lit de Sam après juste un bref salut
au général, juste le minimum pour ne
pas être impolie.
Sam
resta encore deux jours à l’infirmerie, et put ensuite rentrer chez elle. Elle
avait des somnifères à prendre, mais cela la rendait somnolente toute la journée et elle n’aimait
pas cela.
Elle
n’avait pas le droit d’aller à la base mais ses amis venaient la voir
régulièrement. Pas une journée ne se passait sans que l’un ou l’autre ne passe,
avec un bouquet de fleurs, un plat cuisiné, une pizza, un sourire, une histoire
drôle, un ragot de la base. Ils
passaient un long moment avec elle.
Entourée de l’affection de ses
amis, elle se sentait beaucoup mieux.
Seul,
le général ne venait pas. Cela lui était impossible, il ne quittait pas souvent
la base, et quand il le faisait il allait dans son chalet se ressourcer. Elle
n’était pas surprise de ne pas le voir, heureusement elle avait Daniel et
Teal’c qui étaient aux petits soins pour elle.
Cela
faisait deux jours qu’elle n’avait pas vue Daniel, elle s’en inquiéta à
Teal’c :
-Daniel est en mission ?
-Oh non ! Figurez-vous colonel
qu’il est monté sur une échelle pour prendre un livre, je ne sais pas comment
il a fait, mais il est tombé et s’est cassé la cheville. Il doit sortir demain
de l’infirmerie…. Colonel Carter, ça va ? demanda Teal’c inquiet tandis
qu’elle glissait sur le sol, évanouie.
Elle
se réveilla sur son lit, Teal’c l’avait portée dans ses bras et l’avait
allongée délicatement. Il avait même mis une couverture sur elle pour qu’elle
ne prenne pas froid.
Frisson, mal à la tête, du
mal à ouvrir les yeux. Daniel tombant de son escabeau, je l’ai vu, mais
où ? Quand ?
-Colonel
Carter, appela la voix inquiète de Teal’c. Réveillez vous !
-Teal’c ! balbutia t-elle.
Je l’ai vu dans un
rêve ! Oui dans un rêve !
Me reprendre ! Ne pas
laisser la panique revenir ! Respirer à fond !
-Teal’c !
Appela –telle à nouveau
-Oui, je suis là colonel Carter. La
voix grave et calme du jaffa, l’apaisait. Les battements de son cœur
ralentissaient.
-Il faut que je lui parle !
-Je ne comprends pas ce que vous dites
colonel Carter ! A qui voulez vous parler ?
-A Jack.
Elle se mordit les lèvres, et se reprit
aussitôt
-Au général.
-Et que voulez vous dire au général
O’Neill ?
Elle
soupira puis reprit d’une voix plus assurée :
-Je crois que je fais des rêves
prémonitoires.
Teal’c
ne répondit pas attendant patiemment qu’elle continue. Ils étaient restés dans
sa chambre. Elle, assise sur son lit bien calée par des coussins et Teal’c dans
un fauteuil près de la fenêtre.
Comme
elle semblait plongée dans ses pensées il lui demanda d’une voix douce :
-Vous avez rêvé à quoi ?
-A une foule de choses qui sont
arrivées, des choses insignifiantes comme un verre cassé, ou comment va être
habillée ma boulangère, et la nouvelle couleur de cheveux de ma voisine.
Et
devant l’air impassible de Teal’c :
-Vous ne comprenez pas ce que je veux dire ?
-Excusez-moi colonel, mais non.
-Je dis simplement que je rêve, que je
vois des choses ou des évènements dans mes rêves ou dans mes cauchemars et que
ces choses arrivent.
-Ce n’est peut être qu’une
coïncidence ?
-Je ne crois pas. Depuis quinze jours
que je fais ces cauchemars je pourrais citer des dizaines d’exemples. Le plus
important a été la chute de Daniel de son escabeau et que j’ai vue. Cela s’est
réalisé. C’est pour cela que j’ai eu un choc tout à l’heure.
-Vous pensez que vous lisez dans
l’avenir colonel ?
La
voix calme de Teal’c et sa présence faisait un bien fou à Sam. Elle sentait
qu’elle pouvait lui faire confiance.
-Je ne sais pas, je ne peux pas
l’expliquer, c’est totalement irrationnel, quelque chose que je suis incapable
de contrôler. Et puis j’ai rêvé aussi
d’autre chose, des choses beaucoup plus personnelles dit-elle en baissant la
voix.
-Est-ce que cela concerne la base et
les missions ?
-Oui en quelque sorte.
-Alors dit-il, peut être en effet
devriez vous en parler au général.
Elle
hocha la tête
-Oui, Teal’c je dois le faire mais cela
ne va pas être facile.
-Il est concerné ?
Ne pas rougir, il ne doit pas
se douter de quelque chose, c’est trop personnel.
Sam
ne répondit pas et se leva. Elle souhaitait rester un peu seule. Tout à l’heure
il faudrait bien qu’elle prenne son courage à deux mains et qu’elle l’appelle.
-Ça va aller Colonel ? je
peux vous laisser ?
-Oui Teal’c et puis merci pour votre
amitié, je ne sais pas ce que je ferais sans vous et Daniel.
Il
s’inclina en guise de réponse et la laissa seule.
Elle
s’assit sur le canapé et réfléchit un moment. Puis la fatigue, l’émotion et les
médicaments eurent raison d’elle. Elle s’endormit.
13
Le
rêve prit tout de suite une tournure dramatique. Il était couché près d’elle et
la blessure saignait. Il n’avait l’air de s’en rendre compte et continuait à
dormir, respirant profondément. Puis le téléphone sonna. C’était son portable à
lui. Cela le réveilla
-O’Neill
-……
-J’arrive tout de suite.
-Que se passe t-il lui demanda
t-elle ?
-C’est SG 7.
Puis
elle se retrouva sur la passerelle, le vortex ouvert, le général était là, il
ne semblait plus blessé, mais un par un les hommes de SG7 passèrent l’anneau de
lumière et s’écroulèrent, morts, le corps transpercés par des lances.
Elle
hurla, la salle d’embarquement semblait flotter devant ses yeux, et elle se réveilla en sursaut.
Oh mon dieu cela ne va jamais
s’arrêter. Sg7, morts. Faut que j’en parle à Jack !
Et lui ! Que va-t-il lui
arriver ! Je dois les avertir tout de suite ! Qu’ils ne partent
pas ! Pourvu qu’ils ne soient pas
partis, Elizabeth Danver, mon amie ! Le colonel Summers, le major Brinks, le
docteur Castillo, oh mon Dieu !
Elle
téléphona aussitôt à la base.
Puis
elle hésita, qu’allait –elle dire ? Simplement demander si SG7 était
parti ? Ce qu’elle fit. On lui dit simplement que SG7 était parti depuis
une heure et que leur retour était prévu pour le lendemain.
Ouf il me reste peut être un
peu de temps, je ne sais pas ! J’ai rêvé de la chute de Daniel plusieurs
heures avant que cela n’arrive.
Puis
elle demanda à parler au général O’Neill.
On
la mit en attente, le général était un homme très occupé. Puis la communication
fut coupée.
Elle
rappela et là, elle eut le général au bout de quelques minutes.
-Carter ? Le ton était surpris, et un peu sec.
Mauvais
début.
-Mon général je dois absolument vous
parler.
-Je vous écoute Carter.
Silence.
-Pas au téléphone mon général.
Il
semblait impatient et parlait vite :
-Demain à la base ?
-C’est très urgent et …. Personnel.
Le
mot était lâché.
-Personnel ? Je ne suis peut être
pas la bonne personne….
-Si, vous l’êtes mon général. Peut-on se voir ce soir mon général ?
Mais pas à la base. Pouvez-vous venir chez moi ?
Hésitation…
-Oui, mais ce ne sera pas de bonne
heure, je vais faire mon possible.
-Merci mon général.
Elle
était maintenant au pied du mur et elle savait que ce ne serait pas facile.
Comment lui dire « mon général, avez-vous une cicatrice sur la fesse
droite ? » sans tomber dans le ridicule, et risquer la cour martiale pour manque de respect envers
son supérieur.
Et
pourtant il faudrait bien y venir. Il la pousserait dans ses derniers
retranchements. Il ne croyait pas beaucoup à ce genre de choses. Heureusement
il avait tout de même une certaine habitude des phénomènes étranges !
Une
voiture s’arrêta. Le cœur qui commençait à battre fort, si fort… il sonna, il
était 23 heures.
Elle
alla ouvrir. Il était là, encore en tenue militaire, mais comme il faisait
chaud il avait sa veste sur son bras. Sur son tee shirt
noir, ses plaques. Il avait l’air fatigué, il aurait sûrement préféré se
reposer.
Elle
le fit entrer, il ne dit rien. Il ne
connaissait pas sa maison, il regardait. Elle le fit asseoir sur le canapé, et
prit le fauteuil en face de lui. Elle était troublée tellement troublée qu’elle
ne pensa même pas à lui offrir à boire. Il la regarda, la dévisagea, essayant
de lire à travers ses traits ce qu’elle ne disait pas.
Lui
aussi la trouva fatiguée, avec un petit quelque chose d’indéfinissable, une
douleur qu’elle portait en elle.
Ils
se regardèrent, elle devait dire quelque chose maintenant, le silence traînait
lourd, pesant…
Elle
commença :
-Mon général, depuis que j’ai touché
l’artéfact, tout va mal.
Il
l’écoutait, un regard attentif posé sur elle.
Elle
poursuivit :
-Je fais des rêves, des cauchemars, ce
qui se passe dans mes rêves arrive réellement.
-Des rêves prémonitoires ?
-Oui !
-Mais Carter ça n’existe pas !
Elle
soupira, le dialogue s’engageait mal. Il lui faudrait le convaincre. La vie de
SG7 était en cause, la sienne aussi peut être ?
-Mon général, je suis une scientifique,
je m’appuie toujours sur des preuves pour avancer, pour étayer mes théories,
mais je sais aussi de par mes missions sur les autres planètes que l’on ne peut
pas expliquer tout. Vous êtes bien d’accord avec moi, les phénomènes étranges,
on en a rencontrés plus d’une fois en mission ? N’est ce pas ?
-Oui, bien sûr. Mais des rêves !
-Mon général, vous avez confiance en
moi ?
-Bien sûr Carter, mais le docteur …
Elle
ricana :
-Oui, le docteur Bright ! qui me
croit folle ! Mais vous savez, les
armes contre les Goa’ulds sont parfois étranges.
-Oui, les armes, mais là vous me parlez
de rêves ! Et de rêves prémonitoires ? Quel rapport ?
-Je ne sais pas monsieur. Nous sommes
dans le domaine de l’irrationnel.
-Je pense surtout que vous avez grand
besoin de vous reposer Carter !
Il
se leva prêt à partir.
-S’il vous plait, restez !
Surpris
du ton autoritaire de la jeune femme, un sourire moqueur effleura ses lèvres.
-Carter !
-Je ne voulais pas vous manquer de
respect mon général, mais c’est très important ! Ecoutez moi, et asseyez
vous !
Le
ton de la jeune femme dut être convaincant car il se rassit aussitôt.
Maintenant tu es obligée de
te jeter à l’eau et ça ne va pas être facile, plus rétif que lui, tu meurs
-Mon général, je peux vous raconter mon
dernier rêve ?
-Je vous en prie Carter !
Elle
n’aimait pas son sourire et ce petit ton condescendant qu’il prenait.
Elle
se lança dans le récit du dernier rêve, celui où SG7 trouvait la mort. Elle
passa sous silence pour le moment l’autre rêve, l’insomnie, la cicatrice… elle
commença son récit au coup de téléphone.
-Et vous étiez là quand j’ai eu ce coup
de fil…. Dans votre rêve ?
-Oui, mais je ne sais pas où cela se
passait c’est assez flou, mentit-elle Vous m’avez simplement dit « c’est
SG7 » et juste après nous avons vu SG7 mourir sous nos yeux dans la salle
d’embarquement.
Il
ne dit rien quelques secondes se contentant de la regarder comme pour la
jauger. Elle lui parut tout à fait normale en cet instant, pas du tout
illuminée.
-Et que voulez vous que je fasse
Carter ?
-Parce que vous voulez bien faire quelque
chose ?
-Disons que s’il arrive vraiment un
accident ou une attaque, je m’en voudrais toute ma vie de n’avoir rien fait.
Même si je ne suis pas convaincu que cela risque d’arriver.
-Merci Monsieur, Si vous me le permettez je vous suggérais de
contacter SG7 pour savoir ce qui se
passe, et peut être leur envoyer du renfort.
-D’accord Carter, j’espère pour vous que
vous avez raison.
Voix dure, visage qui ne
sourit pas, lèvres serrées, il a l’air fâché, il doit me prendre pour une
folle !
-Je retourne à la base, dit-il, vous venez avec moi ?
-Oui, je viens. Mais nous n’avons pas fini
cette conversation mon général, il me reste beaucoup de choses à vous dire.
-D’autres rêves ? dit-il en souriant.
-En effet.
-Ça peut attendre demain, Carter ?
-Je le pense mon général. Mais c’est très
important ! …Parce que… vous êtes… dans mes rêves.
Voilà,
tu l’as dit, tu ne peux plus revenir en arrière, parce que maintenant il voudra
savoir ce que tu as rêvé de lui.
« Mon général, avez-vous une cicatrice à la fesse droite ? »Je
ne me vois pas lui dire une telle chose. Et pourtant !
Il ne répondit pas à sa dernière phrase,
mais lui jeta un regard éloquent qui la fit rougir. Voyant sa gêne il n’insista
pas.
Ils
se rendirent à la base en silence, dans
la voiture du général.
Il
était vingt trois heures quarante cinq.
14
La
base était calme à cette heure avancée de la nuit.
Le
sergent Siler était de garde cette nuit là. Il se mit au garde à vous quand le
général et le colonel entrèrent dans la salle de contrôle. Il vit tout de suite
aux visages fermés de ses supérieurs qu’il se passait quelque chose de grave.
-Sergent, faites les coordonnées de P8V765
-Tout de suite mon général.
Carter
et O’Neill restèrent en silence pendant l’ouverture de la porte. Le cœur de Sam
battait à grands coups, pourvu qu’ils arrivent à temps !
O’Neill
murmura :
-J’espère que ce n’est pas le milieu de
la nuit !
Il
avait dit ça d’un ton mi sérieux mi comique, qui fit glousser Sam.
-Excusez-moi, mon général dit Sam en
étouffant un petit rire. L’atmosphère venait brusquement de s’alléger. O’Neill
la regarda et un sourire étira ses lèvres. Son regard s’était considérablement
adouci en se posant sur elle.
Chevron
7 enclenché.
Le
vortex s’ouvrit.
-Etablissez une communication audio
sergent.
-A vos ordres.
-Colonel Summers !
Vous m’entendez !
-Je vous reçois cinq sur cinq mon
général.
-Retour immédiat à la base.
-Mais mon général ? Que se passe
t-il, nous avons à peine commencé la mission et….
-C’est un ordre colonel. Nous allons
fermer la porte de notre côté, vous avez cinq minutes pour rentrer.
Il
fit un geste sec au sergent Siler, qui referma aussitôt le vortex, et l’iris se
repositionna dans un lourd bruit métallique.
Moins
de cinq minutes plus tard la porte s’ouvrait.
-C’est le code de SG7 mon général.
-Ouvrez l’iris.
Quelques
secondes plus tard le colonel Summers et ses hommes
débarquaient.
-Vous allez tous bien ? demanda O’Neill.
-Oui mon général, Mais comment
avez-vous… ?
-Pas ce soir Summers,
pour le moment allez donc faire un tour à l’infirmerie. Pour nous la journée a
été longue. Briefing à 8 heures demain matin.
Rompez.
O’Neill
s’éloigna, et fit un signe à Sam.
-Dans mon bureau, colonel !
Elle
était debout devant lui. Il ne l’avait pas fait asseoir. Elle attendait.
-Et maintenant colonel ? Que
fait-on ?
Sa
voix était dure, basse, en colère !
Il avait l’impression de s’être fait manipuler, et cela ne lui plaisait
pas du tout
Il
continua :
-J’ai reculé le briefing jusqu’à demain ! Mais comment justifier
un retour de mission sans raison ! Je vous écoute colonel !
Elle
ne savait pas quoi dire. Sa conduite était injustifiable, c’était une faute
professionnelle grave.
Elle
se raidit :
-Je suis prête à assumer les
conséquences de mes actes mon général !
-Ah oui, vous êtes prête ? A quoi ? A la cour
martiale ! Je peux vous y envoyer direct.
-On ira ensemble alors dit-elle les
dents serrées.
Au
moment où elle s’y attendait le moins,
il rit.
Mais il se fiche de moi,
là !
Elle
le regarda attentivement et vit une petite lueur dans ses yeux, une petite
flamme qui n’appartenait qu’à lui. Il
plaisantait ? Elle était méfiante, elle ne voulait pas s’attirer sa
colère, il pouvait être redoutable quand il était en colère.
-Mon général, pourrais-je assister au
briefing demain matin ?
-Certainement pas colonel, pour me voir
me ridiculiser !
-Mais c’est de ma faute….
Il
la coupa d’un ton sec :
-C’est ce qui vous trompe Colonel,
c’est moi qui prends les décisions, c’est donc à moi d’en assumer les
conséquences. Et puisqu’on parle de
commandement, j’ai justement un ordre à vous donner, prenez donc vos quartiers à l’infirmerie.
Elle
eut un sursaut :
-Vous me croyez folle mon
général ?
Il
tiqua un peu :
-Disons que je crois que l’artefact
vous a atteinte beaucoup plus que vous ne le pensiez.
Elle
baissa la tête, les larmes n’étaient pas loin.
-Je voudrais vous demander une faveur
mon général.
-Une faveur, voyez-vous ça ! Vous croyez que c’est le moment ?
-Je vous en prie, c’est important pour
moi. Malgré elle son regard se faisait suppliant.
-Je vous écoute céda t-il.
-Permettez-moi de rentrer chez moi ce soir.
Demain matin je me présenterai à l’infirmerie dès mon arrivée.
Il
la fixa un moment sans rien dire comme s’il voulait la jauger. Il était
perplexe à cet instant mais ne voulait pas le lui montrer. Elle avait les
traits tirés, semblait au bord de l’épuisement, et il ne voulut pas l’accabler
davantage. Il savait qu’elle se présenterait à l’heure le lendemain, elle
n’avait jamais fui ses responsabilités
ou désobéi à un ordre direct.
-Vous pouvez disposer Colonel dit-il
d’une voix lente.
Elle
remercia d’un signe de tête, et le quitta.
Il
regarda sa montre, il était grand temps d’aller dormir, s’il voulait avoir les
idées à peu près claires le lendemain matin.
15
O’Neill
n’avait pas beaucoup dormi. Malgré lui il se sentait en colère contre Sam. Mais
pourquoi l’avait-il écoutée ! C’était insensé et contraire à toutes ses
idées sur le normal et le paranormal. Il n’accordait qu’un très léger crédit à
ce genre de choses et là pour les beaux yeux de Sam, il s’était fait avoir
comme un bleu. Mais quels yeux ! Magnifiques, bon
ce n’est pas le moment de penser à ça, tu as autre chose à faire !
Toute
la nuit il avait cherché une cause valable à un retour prématuré, et n’en avait
pas trouvée. Maintenant il voyait l’heure tourner et ne trouvait pas de
solution. Il décida de se passer de déjeuner et d’aller directement dans la
salle de briefing, il était 8 h 5 quand il arriva. SG7 était là au grand
complet.
Il
attaqua immédiatement la réunion, sans les quelques formules d’usage qu’il
employait habituellement, comme bonjour tout simplement.
-Votre rapport de mission colonel Summers.
-Nous vous devons une fière chandelle
mon général !
Il
sursauta :
-Summers ?
-Nous venions à peine d’ouvrir la porte
qu’un vaisseau Goa’uld est arrivé près de la porte déversant des dizaines de
jaffas par ses anneaux de transfert. Quand j’ai passé le vortex, j’ai vu qu’ils
étaient très près et ils commençaient déjà à tirer. Mais comment avez-vous su
que l’on était en danger ? Si vous ne
nous aviez pas appelés, nous n’aurions pas eu le temps de gagner la porte…
La
mission ayant été écourtée il n’y avait rien de plus à dire. Le colonel Summers attendait.
-Mon général ?
-Oui Summers
autre chose à dire ?
-Non mon général, sinon, merci !
-Alors rompez.
O’Neill
avait du mal à digérer l’information. Le rêve de Carter était vraiment
prémonitoire.
Heureusement que je l’ai écoutée, pensa t-il
avec effarement. Il n’en revenait pas. Il avait des sueurs froides
rétrospectives. Il resta un long moment assis seul dans son bureau la tête dans
ses mains. Il avait du mal à se reprendre.
Il
fit quelques pas pour se calmer, et pensa aussitôt à Sam.
L’infirmerie, elle doit y
être maintenant. Vite ! Avant que ce maudit docteur ne la bourre de
calmants.
16
La
veille en quittant le bureau de O’Neill, Sam ne comprenait plus rien, elle
rentra chez elle en taxi, car elle était bien incapable de conduire.
Une
demie heure plus tard le taxi la déposa
devant sa maison. Elle s’écroula dans son canapé en pleurant. C’est alors qu’elle vit la veste qu’il avait laissée.
C’était sa veste d’uniforme, la bleue marine, celle qui avait sur le col
l’étoile de général. Délicatement, elle passa le doigt dessus, son général !
Une
photo glissa de la poche poitrine, c’était un cliché de SG1, lors d’une soirée
chez Janet, c’était elle qui avait pris la photo. Ils souriaient, O’Neill était
encore colonel à cette époque, et il
s’était mis tout près d’elle et on avait même l’impression qu’il la touchait.
Il avait l’air heureux, beaucoup plus que maintenant. Peut être regrettait-il
le temps où il était le chef de SG1, une époque révolue. Elle le voyait moins
maintenant. Sur le terrain il lui manquait. Il était beaucoup plus dur, la
charge qui pesait sur ses épaules était écrasante.
Elle
remit la photo dans la poche et enfouit son visage dans la veste. Celle-ci
gardait son odeur, le parfum de son eau de toilette. Malgré elle des larmes
coulaient, elle se sentait au bord du gouffre, tout lui échappait. Elle savait
que demain pour elle c’était retour à l’infirmerie, avec tout son cortège de
drogues. Sans doute allait-on l’enfermer, elle devenait dangereuse. Lui-même
ordonnerait son internement, sans doute la mort dans l’âme, mais il le ferait,
il n’avait jamais reculé devant son devoir, aussi difficile soit –il. Sa carrière était terminée.
Elle
pleura longtemps, s’enveloppa dans la veste, et le sommeil finit par la
prendre.
Cette
nuit là elle ne fit pas de rêves.
17
Il
courut dans les couloirs et la rattrapa avant qu’elle ne franchisse le seuil de
l’infirmerie.
-Carter ! Attendez !
Elle
s’arrêta surprise :
-Je ne fais qu’obéir à vos ordres mon
général.
Il
lui sourit, elle eut l’espace d’une seconde l’impression de le retrouver.
-Je sais colonel. Vous avez
prévenue le docteur Bright de votre
arrivée ?
-Non, je viens juste d’arriver à la base.
-Alors venez, nous avons à parler.
Ils
montèrent à la surface et le général fit monter Sam dans sa voiture.
-Où allons nous mon général ?
-Chez moi, c’est le plus près. J’avais
bien pensé vous reconduire chez vous, mais
vous habitez à l’autre bout de la ville.
Elle
le regardait, il était crispé, conduisait vite. Ils ne se parlèrent pas de tout
le trajet.
Elle
n’était pas venue souvent chez lui. La dernière fois c’est juste avant sa
dernière mission en tant que colonel, quand il s’était sacrifié, risquant la
mort pour trouver l’arme des anciens.
Elle
fut émue à ce souvenir, et ce fut dur d’empêcher les larmes de couler. Elle se
sentait si mal qu’elle pleurait pour un rien en ce moment.
-Ne restez pas debout Carter, asseyez
vous.
Ils
prirent place sur le canapé.
-Bon je suppose que vous avez envie de
savoir ce qui s’est passé ?
Elle
hocha la tête incapable de parler. Il avait repris son air sévère, celui
qu’elle n’aimait pas avec ce pli entre les yeux, qui durcissait son visage.
-Vous aviez raison Carter !
-Quoi ?
-Si je n’avais pas fait rentrer SG7,
ils seraient morts à l’heure qu’il est. Un vaisseau Goa’uld est arrivé juste comme ils passaient la
porte. C’était moins une !
Elle
resta sans voix.
Ses
rêves étaient réellement prémonitoires, tout un tas de petits évènements sans
importance, puis la chute de Daniel dans son labo, puis SG7 et …
-Vous m’avez entendu Carter ?
-Oui mon général, dit-elle
faiblement. Et que leur avez-vous
dit ?
-Justement le problème est là, je ne
suis pas obligé de leur donner d’explications. Par contre à ma hiérarchie,
c’est autre chose. Comment justifier un retour de mission précipité ?
-Dites leur la vérité !
-Que vous avez…eu… une intuition ?
Peut-être ?
Elle
ne supportait pas ce ton ironique et se sentit tout à coup pleine de colère.
-Et pourquoi pas ? On dirait que
vous regrettez Monsieur de leur avoir sauvé la vie ?
-C’est ça que vous pensez ? émit-il
d’une voix sourde.
-Non bien sûr ! Mais qu’importe
votre hiérarchie ! Vous n’en faisiez pas tant de cas avant !
-Justement c’était avant. Si je ne
donne pas d’explications je risque la cour martiale. Vous n’avez pas idée comme
ils sont tatillons en haut lieu, surtout quand il s’agit d’argent, et vous
n’imaginez pas ce que ça coûte pour ouvrir et fermer une porte !
Un
silence s’installa, un peu lourd, Sam regardait ses pieds, elle avait la tête
penchée comme si une douleur insupportable lui serrait les tempes, et elle
avait une façon bien à elle de bouger sa tête, comme pour apaiser une
souffrance.
Cela
lui fit mal.
Il
se rapprocha d’elle et l’appela à voix douce :
-Carter ? Ça va ?
-Oui mon général, mais il me reste peut
être le plus dur à faire.
-Un autre rêve, celui que vous évoquiez
l’autre jour ?
-En effet celui-là et vous êtes dedans,
monsieur.
-Que va-t-il m’arriver ? Son ton
était détaché, mais elle voyait bien qu’il se forçait, comme pour alléger
l’atmosphère.
Elle
le regarda, il parlait comme s’il la croyait, comme s’il était sûr que ce
qu’elle voyait était le futur. Son regard était attentif, fixé sur elle. Elle
en fut émue. Elle qui croyait avoir perdu la confiance de son général !
C’était si important la confiance de cet homme qui représentait tout pour elle.
Un sourire de lui, elle était heureuse, un regard noir ou une remarque comme il
en avait le secret et elle était perdue.
Elle
lui sourit timidement :
-C’est que c’est assez gênant monsieur.
Elle se rembrunit mais pour faire court vous êtes gravement blessé, et… vous…
mourez.
Il
sursauta, il avait pâli.
-Il faut m’en dire plus Carter !
-Je ne sais pas comment vous le dire,
monsieur !
-C’est si terrible que ça ? Je
meurs dans d’atroces souffrances ?
-Non, enfin je ne crois pas, mais c’est
très intime.
-Oh ! Et si vous racontiez tout le rêve depuis le début, dit-il d’une
voix douce.
Et
Voilà, elle était au pied du mur. Il était là devant elle, il attendait son
récit, il ne lui ferait grâce d’aucun détail.
-Vous ne vous moquerez pas
monsieur ? Elle était anxieuse et il le sentit.
-Non, je vous le promets Carter.
Elle
se sentait si lâche ! Elle sortit de sa poche plusieurs feuilles où elle
avait fait le récit détaillé de son rêve. Elle lui tendit la première page.
-Qu’est
ce que c’est ?
-Mon rêve. Lisez le Monsieur.
-Pourquoi avoir écrit ?
-Parce que c’est plus facile pour moi,
monsieur, comme cela je dis tout, et je ne suis pas tentée d’en escamoter la
moitié.
Il
acquiesça et commença sa lecture. La lettre commençait très simplement par son
prénom.
« Jack »
-Jack ?
-Oui mon général, pour moi, vous êtes
« Jack » surtout dans mes rêves.
-Faut-il vous rappeler certains points
du règlement colonel ?
Elle
le détesta pour cette phrase, pour le ton dur qu’il avait employé, ce visage
intransigeant, ce regard insoutenable. Comme si elle pouvait oublier ce qui la
tuait depuis plus de sept ans !
-C’est inutile mon général, je le
connais parfaitement.
Elle le regarda dans les yeux sans faiblir. Il
put y lire toute la détresse du monde. Ce fut lui qui détourna les yeux. Pauvre
petite victoire !
Ce rêve n’est pas facile à
vous raconter. C’est un moment très intime et je suis obligée de me dévoiler.
Je conçois ce que cela peut avoir de gênant pour vous. Mais si vous lisez ces
feuilles, c’est que mes cauchemars sont devenus rêves prémonitoires, preuves à
l’appui et que vous me croyez. Je sais que pour vous c’est une démarche
difficile à faire. Mais pour moi qui suis scientifique ça l’est plus encore. Je
vous remercie de prendre le temps de lire tout ceci. C’est votre vie qui est en
jeu, et la mienne aussi par la même occasion, tout ce qui vous touche, me
touche.
Le rêve commence chez moi, je
n’arrive pas à dormir et après avoir essayer le lait chaud et la tisane, je
continue à me retourner dans mon lit sans trouver le sommeil. C’est alors que j’ai
l’idée de prendre ma voiture et de sortir.
J’erre un peu sans but et je me retrouve devant votre maison. J’hésite à
sonner, je tourne autour de chez vous, puis je me décide. Naturellement dans ce
rêve je revois la visite que je vous ai fait avant de partir pour
l’antarctique. Ce hasard qui n’en était pas un.
Là vous êtes surpris et vous me lancez un « Carter » à la fois
étonné, et content de me voir. Seulement il est 2 heures du matin ! Et
cela vous surprend.
Vous aussi vous ne dormez pas
et je vois que vous avez pris une tisane, la tasse est restée sur la table.
Finalement vous me proposez une bière. Je l’accepte volontiers parce que je me
dis que de toute façon ma nuit est fichue. Ensuite nous parlons, comme nous le
faisions avant, quand vous étiez colonel, et que nous étions amis. Excusez moi
Monsieur de ma franchise, mais j’ai l’impression que nous ne le sommes plus, ou
beaucoup moins qu’avant.
Elle
le voyait, si près d’elle lire sa prose.
Il était concentré et lisait lentement, prenant tout son temps. A certains
passages la ride sur son front se formait. A d’autres un léger sourire
éclairait son beau visage. Comme elle aimait
le regarder ! Il ne levait pas les yeux, tout à sa lecture et elle en profitait, elle le dévisageait, elle
ne s’en lassait pas, elle savait qu’elle
ne s’en lasserait jamais.
Nous continuons à parler une
partie de la nuit. Puis je me lève pour partir, et là contre toute attente vous
me retenez. On se rapproche, on se respire, on se touche, nos mains ne se
contrôlent plus, on s’embrasse, doucement, puis avec fougue.
Après je dois reconnaître que
mon rêve est un peu flou…
-Qu’entendez vous par flou
Carter ? Lui demanda t-il à ce
moment là. Il me semble que vous en avez déjà beaucoup dit !
Elle
sursauta et bafouilla, ne pas se troubler, répondre de manière la plus
naturelle possible, comme si c’était tout à fait normal de se retrouver seuls,
elle et lui ! Oh mon Dieu ! ELLE et LUI dans une chambre !
-Mon
général,
Oui
elle préférait lui donner son titre auquel il avait l’air de tenir tant
-Mon
général, si je dis que c’est un peu flou, c’est que ça l’est réellement. Sans
doute même dans mes rêves je ne conçois pas, et ne peux pas concevoir qu’on
puisse avoir des relations… disons … interdites par notre règlement militaire.
-C’est encore heureux colonel !
Elle
le haïssait ! Mais comment peut-on haïr et aimer tout à la fois et en même
temps la même personne ! Oui elle le haïssait, elle avait une envie folle
de le frapper. Il était à battre. Elle
sentait la colère qui grondait en elle ! Elle se leva au bord de la
rupture, au bord du désespoir. Elle s’approchait de la porte, et avait déjà la
main sur la poignée. Comment osait-il ?
-COLONEL ! Restez, je ne vous ai pas donné votre
congé !
Sa
voix la crucifia, elle était puissante et chargée de colère, mais pourquoi était –il en colère, c’est elle qui
souffrait à cet instant, pourquoi réagissait-il ainsi en lui lançant le
règlement à la tête ? Il ne
supportait peut –être pas qu’elle en
fasse autant ! Oui elle le haïssait, car il ne la croyait pas ! Que
s’imaginait-il ?
-Vous ne me croyez pas
Monsieur ?
-Si Carter je vous crois, répliqua –il
d’une voix fatiguée.
Après, ce qui va suivre j’ai
beaucoup de mal à l’écrire, j’étais incapable de le dire, de vous le dire en
face, Monsieur, je sais, je suis lâche…
-Vous êtes tout sauf lâche, Carter !
Avait-elle
bien entendu ? Il ne la trouvait donc pas lâche !
Cela lui faisait du bien qu’il lui dise ça, un
peu de baume sur son cœur meurtri.
Nous étions dans votre chambre,
oui c’est votre chambre, bien que je ne l’aie jamais vue, je peux la décrire.
Elle est grande, il y a une fenêtre qui donne sur le jardin, mais il faisait
nuit, vous aviez tiré les rideaux, ils sont beiges avec de fines rayures. Le
lit occupe un angle de la pièce, le couvre pied est bleu. Sur votre table de
nuit, une lampe, une photo de votre
fils, un livre, un réveil. Le reste de
la pièce était dans l’ombre, seule la lampe de chevet était allumée. La décoration m’a paru très
sobre, pas de bibelots. Une commode, une armoire de bois clair.
Si je vous fais cette
description détaillée c’est pour vous prouver si besoin en est que tout ceci,
même si ce n’est qu’un rêve confine à la réalité d’une façon que je ne peux
absolument pas expliquer.
Il
la regardait maintenant et murmura :
-C’est exactement ça. C’est incroyable
Carter !
Elle
se sentait mieux, il la croyait, mais elle sentait que la
suite allait le faire réagir… Voilà, il y arrivait maintenant au fameux
passage.
Vous êtes nu, à plat ventre
et vous dormez. Je suis à côté de vous, et je vous regarde. Votre visage est
tourné vers moi, je le dévore des yeux, et suis du regard votre profil si pur. Vos traits sont détendus dans le
sommeil, un léger sourire étire vos lèvres.
Il
tressaillit ! Il la regardait ! Elle ne lui avait jamais vu
auparavant un regard aussi dévorant ! Elle trembla, son pouls s’accéléra,
son cœur allait exploser !
J’aime vous regarder, je vous
touche, vous ne bougez pas, les cicatrices de votre dos m’attirent, me
fascinent ! Je les touche, il y en a beaucoup, je suis émue de voir toutes
ces traces sur votre corps. Je les suis du doigt. Ces marques vous les avez eu
au combat, sous la torture, vous avez si souvent supporté la douleur pour nous
l’éviter à nous, et je pleure en vous voyant. J’ai assisté à beaucoup de vos
supplices, je connais vos souffrances, mais je vois autre chose, une terrible
marque que je ne connais pas.
Quand vous arrivez à ce passage, mon général,
je vous en prie répondez à ma question,
mais pour l’amour du ciel ne vous moquez pas !
Avez-vous une cicatrice sur
la fesse droite ?
Voilà
ça y était, il l’avait lue sa phrase, sa question, elle n’osait plus lever les yeux sur lui, elle tremblait
toute. Comment pouvait-on en arriver à
parler de ces choses, avec lui ? Il
la regardait maintenant, il avait l’air bouleversé, non il ne se moquait pas.
-Carter, j’ai beaucoup de cicatrices,
comment est –elle celle-ci ? Sa voix se faisait un peu hésitante, il ne
savait pas comment aborder le sujet, c’était totalement nouveau pour lui. Cette
lettre était bouleversante, elle l’obligeait à regarder en face ce qu’il fuyait
depuis si longtemps.
-Elle est longue, profonde, rectiligne,
elle part du centre de vos reins et descend bas sur votre hanche, elle est
violacée en haut et plus rose en bas, elle traverse toute votre fesse droite,
expliqua t-elle d’une voix neutre, son regard rivé dans le sien.
-Je n’ai pas de marques comme vous le
décrivez Carter répondit-il à voix basse.
C’est
à ce moment là que le téléphone a sonné. C’était son portable. Il eut un geste
rageur, et laissa sonner.
Il
se replongea dans la deuxième feuille qu’elle lui tendit à ce moment là.
Le plus dur est fait dans mon
récit, mon général. C’est la fin du
premier rêve.
Par la suite j’en ai fait
beaucoup d’autres, presque toutes les nuits.
Ils commençaient tous de la même façon. La même scène encore et encore.
Puis il y a eu des variantes de plus en plus dramatiques. Une fois que je
caressais cette cicatrice, j’avais du sang sur les doigts. Une autre fois, ce n’était plus une cicatrice mais une
blessure profonde, vous saigniez
abondamment. Et comme les rêves sont souvent
bizarres, vous dormiez toujours. Je m’en étais assurée en écoutant votre
respiration.
Puis vint le moment le plus
tragique de tous mes cauchemars, le dernier rêve que j’ai fait , votre blessure
saignait, et vous vous vidiez de votre sang, puis le sang s’est arrêté de
couler, vous ne respiriez plus… la vie vous avait quitté. C’est à ce moment là
que j’ai ressenti la douleur la plus forte de toute mon existence. Tout ce que
j’avais pu souffrir dans ma vie, avant, n’était rien comparé à ce vide, ce
désert, une douleur atroce, un gouffre sans fin, dans lequel je tombais,
tombais encore et encore.
Voilà ce que j’ai rêvé, je
vous en supplie mon général, faites attention à vous, assurez vos arrières,
retournez-vous de temps à autre pour voir si l’ennemi ne vient pas dans votre
dos. Car c’est ce qui s’est produit, on vous a poignardé dans le dos.
Je ne voudrais pas que ce
rêve devienne réalité, et pourtant si j’en crois tous les évènements passés,
c’est ce qui va arriver.
Sam
Il
avait fini de lire, il retournait la
feuille dans ses doigts, il n’y avait plus rien, elle avait tout dit. Elle le regardait à travers ses larmes. Il ne
parlait pas, ne la regardait pas. Il s’approcha d’elle simplement et d’un geste
tout à fait naturel, il la prit dans ses bras, elle vint s’y blottir, elle
tremblait de tous ses membres. Cette scène si riche en émotion, c’en était trop
pour elle. Elle pouvait supporter beaucoup de choses terribles et douloureuse,
mais parler et de manière si intime avec lui, c’était au dessus de ses forces.
Ils se ressemblaient beaucoup en fait. Elle se sentait partir, c’était trop fort pour elle. Il s’en aperçut et
l’allongea sur le canapé, il se mit à
genoux, près d’elle et lui caressa doucement son visage. La première
chose qu’elle vit en revenant à elle fut son regard, plein de tout ce qu’il ne
disait pas et qu’il ne dirait sans doute jamais.
Puis
le charme se rompit quand il se releva. Elle se tenait debout devant lui
maintenant, leurs regards étaient devenus fuyants, la tension était devenue
palpable.
-Je vais rentrer mon général, avez-vous
besoin de moi à la base ce matin ?
-Non colonel, vous pouvez rentrer chez
vous, revenez demain.
Voix
sourde de part et d’autre, trop de tension, de douleur, de doutes, de
souffrances refoulées. Il fallait donner du temps au temps… laisser décanter…
Il
la laissa partir sans un geste de plus, sans un mot, il ne le pouvait pas, il
n’avait pas le droit.
-Faites bien attention à vous
Jack ! Elle avait murmuré ces mots, comme si elle se parlait à elle-même.
Elle referma doucement la porte, et partit comme on s’enfuit, des larmes plein
les yeux.
Elle
s’éloigna, fit quelques pas, et s’assit sur un banc à quelques maisons de chez
lui. Elle était partie sans réfléchir,
elle était loin de chez elle, loin de la base, et n’avait pas d’argent sur
elle. Ils étaient venus dans sa voiture. Elle ne pouvait aller plus loin, elle
était sans forces.
Il
était rentré, s’était assis sur son canapé, beaucoup plus ému par ce récit qu’il
ne le souhaitait. En fait ses remparts qu’il avait réussi à ériger à force de
volonté et de caractère étaient en train de s’écrouler. Elle ne lui avait pas
fait de déclaration, ne lui avait pas dit qu’elle l’aimait mais l’amour
transparaissait à chaque mot de sa lettre. Rien ne l’avait préparé à cela, et
pour la première fois de sa vie, il ne contrôlait plus rien.
Il
sortit comme elle revenait lentement sur ses pas. Ils se retrouvaient de
nouveau face à face. Elle avait le visage ravagé de trop de larmes, mais elle
était magnifique levant sur lui un tel regard, comme jamais il n’en avait vu.
Il
ne la toucha pas mais lui dit doucement :
-Venez, je vais vous ramener chez vous.
Il
roula lentement dans les rues de Colorado Springs, la circulation se faisait
plus rare, elle habitait un quartier assez excentré.
-Vous n’avez pas besoin de moi
aujourd’hui à la base, mon général ?
-Non, Carter, reposez vous.
Elle
descendit de la voiture, il la rappela
-Carter ! Présentez vous demain
matin. J’ai fait envoyer l’artéfact en zone 51. J’espère que loin de lui vous
irez mieux.
-Merci, mon général. A demain.
Il
attendit qu’elle referme la porte de sa maison pour prendre la direction de la
base.
Il
appela la base pour annoncer de son
retour dans une demie heure environ. Il était attendu avec impatience, il y
avait toujours des problèmes à régler.
Il
était 11 heures 10, ce matin là à Colorado Springs. Un petit vent frais
soufflait, rafraîchissant la température encore très chaude de ses derniers
jours de l’été. A 13 heures le général
O’Neill n’était toujours pas arrivé.
18
Il
n’avait pas vu la voiture noire qui le suivait depuis chez Sam. Encore sous le
choc de ce qu’il venait de vivre, il roulait lentement. Comme il atteignait un
quartier désert de la zone industrielle, il sentit un choc à l’arrière de sa
voiture, on venait de l’emboutir.
Bon sang ! Il peut pas faire
attention cet idiot !
Il
descendit de voiture et reçut un douloureux coup d’une puissante arme
paralysante. Il tomba mais ne perdit pas conscience, et se sentit transporté et
déposé sans ménagement à l’arrière d’une voiture.
L’effet
du rayon paralysant dura quelques minutes le temps qu’ils arrivent à un entrepôt
situé à une courte distance du lieu de l’accrochage.
On
le sortit de la voiture, il tenait debout mais se sentait très faible et dut
être soutenu par deux hommes, qui le conduisirent à l’intérieur de la bâtisse.
On
le poussa sans ménagement et il retomba, son cerveau était encore embrumé par
la décharge et il n’arrivait pas à penser correctement sauf qu’il réalisait
qu’il était dans une très mauvaise posture.
-Qu’est ce que vous voulez grogna t-
il ?
-Silence dit l’homme, c’est moi qui
pose les questions ici.
C’était
un homme grand tout à fait ordinaire, il portait un costume gris et des petites
lunettes. Derrière lui, trois gardes du corps assuraient sa sécurité. Ils
avaient aussi le prisonnier à l’œil, et l’un des deux pointait une arme sur lui.
Mais c’était une arme classique, un revolver. Le deuxième portait un long poignard à sa ceinture. Le
troisième n’avait pas d’arme apparente.
-Je m’appelle Bronson dit l’homme aux lunettes.
-Charles Bronson ?
Vous ne lui ressemblez pas beaucoup !
Sa
plaisanterie tomba à plat, les gardes se rapprochèrent insensiblement de lui.
-Je veux que vous quittiez le
SGC .
Il
ouvrit de grands yeux étonnés :
-Et en quel honneur ?
L’homme
ne répondit pas tout de suite. Il fit signe aux gorilles qui le poussèrent sans
ménagement dans une petite pièce pourvue de tout un matériel sophistiqué.
Il
appuya sur une petite touche et on entendit la voix de Carter et la
sienne :
-Qu’est ce que c’est ?
-Mon rêve. Lisez le Monsieur.
-Pourquoi avoir écrit ?
-Parce que c’est plus facile pour moi, monsieur, comme cela
je dis tout, et je ne suis pas tentée d’en escamoter la moitié.
Il
frémit de rage et d’impuissance, il voulut se jeter sur le fameux Bronson mais les gorilles l’en empêchèrent.
La
voix de la jeune femme s’éleva à nouveau :
-Oui
mon général, pour moi, vous êtes « Jack » surtout dans mes rêves.
Maintenant
c’était sa voix à lui
-Carter, j’ai beaucoup de cicatrices, comment est –elle
celle-ci ?
-Pas la peine d’aller plus loin n’est
ce pas ? dit l’homme d’une voix douce.
-Vous avez mis des micros dans ma
maison ?
Il n’en revenait pas, lui qui était d’une
prudence même, là il avait baissé sa garde. Jamais il n’aurait du l’emmener
chez lui. Il y avait toujours un risque d’espionnage.
-Pas seulement des micros, vous voulez
voir des images ?
Sur
un écran on le vit avec Sam dans ses bras, il la consolait, il caressait ses
cheveux, puis plus loin quand elle était allongée sur le canapé, et qu’il lui
caressait le visage.
Il
rageait intérieurement. Mais c’était trop tard.
-Naturellement je n’ai pas besoin de
vous dire que ces documents iront immédiatement aux hautes autorités
militaires, et vous serez destitué de votre poste au SGC, pour avoir enfreint
une loi militaire, je n’ai pas besoin de vous rappeler laquelle.
-Non en effet.
-Mais si vous quittez de vous-même le SGC, il n’arrivera rien. Il y a déjà quelqu’un
prêt à prendre votre place. Vous pouvez
partir monsieur, je ne vous retiens pas.
Il
rageait, une colère monstrueuse s’empara de lui, alors sans réfléchir, et
surtout sans tenir compte des avertissements de Sam qui lui demandait de se
protéger, il bondit vers l’homme à
lunettes, et à l’instant même, il sentit une douleur atroce dans son dos. La
lame s’était enfoncée dans ses reins, ripant sur l’os du bassin, l’accrochant
au passage, et ouvrant profondément la
chair traçant dans sa fesse droite un
large et profond sillon qui descendait bas sur la hanche. Le sang se mit à
couler abondamment tandis qu’il tombait sur les genoux d’abord et sur le
ventre, ensuite.
Il
dut s’évanouir sous le choc, car quand il se réveilla il était toujours étendu
sur le sol dur de l’entrepôt, il pouvait sentir des grains de sable qui
s’enfonçait dans sa joue. Ce n’était pas le moelleux de son lit, il n’était pas
dans sa chambre avec Carter près de lui, mais il était entrain de vivre le
cauchemar de Sam. Sa blessure saignait beaucoup. Il essaya de bouger mais sa
jambe était comme paralysée, et il saignait encore plus. Alors il se résigna,
il resta allongé, voyant défiler toute sa vie, il se jura que s’il s’en sortait
il ferait quelque chose pour être avec elle, il n’en pouvait plus de la voir
toujours et de ne pouvoir l’avoir. Mais pourquoi s’était-il jeté sur ce sale
type ? Il lui apportait peut être
le coup du destin qui lui manquait. Il s’était encore conduit comme un imbécile
et maintenant il se vidait de son sang dans ce hangar fermé et déserté.
Alors
il se plongea dans le rêve de Carter, fit comme s’il était dans sa chambre, nu,
sur son lit avec sa douce présence à ses côtés, sa vie s’écoulant par cette
large blessure.
Peut être pas une si mauvaise
façon de mourir ?
19
Pendant
ce temps là, c’était le branle bas de combat au SGC. Daniel appela d’abord chez
Jack, puis chez Sam.
-Sam, savez vous où est Jack ?
-Non… pourquoi ? Demanda t-elle
méfiante.
-Sam, on vous a vu quitter la base
ensemble ce matin et cela n’avait pas l’air d’aller.
Elle
ne répondit pas à sa remarque.
-J’arrive dit-elle simplement.
Ensuite,
Daniel essaya d’appeler partout où pouvait se trouver Jack. Le colonel Summers le plus haut gradé sur place avait pris la
direction des recherches.
Sam
était là aussi, elle ne voulait rien dire de précis mais dit seulement que le
colonel l’avait ramenée chez elle vers
11 heures.
-En effet il devait se trouver assez
loin de la base car il a dit qu’il lui faudrait une demi-heure pour rentrer.
-Nous avons retrouvé sa voiture dans la
zone industrielle. Elle a été percutée, dit le sergent Davis au téléphone.
-Un accident ?
-Non juste un accrochage.
-Oui, mais il peut être n’importe
où ! Dit Daniel.
-les Asgards peut être ? proposa
Sam avec espoir.
-Non je ne crois pas répondit Summers, ils n’auraient pas pris le risque de faire ça en
plein jour. Un rayon Asgard est visible de loin.
-Il a été enlevé, c’est sûrement ça !
dit Sam en devenant toute blanche. Où est Teal’c ? demanda t-elle ?
-Je suis là colonel Carter dit l’ancien
jaffa.
Elle
le prit par le bras, et l’entraîna dans un petit bureau désert.
-Teal’c j’ai très peur pour lui. Vous vous souvenez de mes rêves ? Vous m’avez demandé si cela concernait les
gens du SGC, je vous avais dit oui.
-Et vous sembliez très inquiète pour le
général O’Neill.
-En effet il était dans un de mes
rêves, blessé, et il perdait tout son sang…
-Je vais partir sur le champ pour cette
zone industrielle. On la fera fouiller de fond en comble mais on le retrouvera.
-Je vais avec vous Teal’c.
D’importantes
forces militaires étaient maintenant déployées. Il était 20 heures. Les usines
et les bureaux étaient fermés.
Les
bâtiments furent fouillés simultanément par de nombreuses équipes.
-Colonel Carter ? dit une voix
dans le talkie.
-Je vous écoute.
-On l’a trouvé 267 rue West. Il est
vivant.
-Merci Teal’c. J’arrive.
Il avait réussi à bouger et par un effort
surhumain, il s’était couché sur le dos, et avait placé sa veste roulée en
boule sous sa fesse, comprimant ainsi l’atroce blessure et ralentissant du même
coup le saignement. Cela lui avait sauvé la vie. Puis il avait attendu
immobile, des heures durant, essayant de ne pas s’évanouir de peur de bouger et
de faire saigner à nouveau la blessure.
Il gardait les yeux ouverts, fixant le
lointain plafond de l’entrepôt. Il ravivait sa colère pour rester éveillé. Il
avait soif, et froid. Une mauvaise sueur
couvrait son front, il se mit à trembler.
Cela lui rappelait les nombreuses fois où
il avait été blessé attendant d’hypothétiques secours. Sa formation militaire
dans les commandos lui était d’un très grand secours. Il s’appliqua à respirer
calmement pour enrayer une éventuelle panique naissante. Il se calma.
Il chercha à occuper son esprit, il se
rappela les missions de SG1, les Goa’ulds. Il alimentait son courroux par tous
les moyens pour garder en lui une étincelle de vie. Par la force de sa volonté
il resta éveillé tout ce temps.
Un bruit le fit sursauter, la porte
s’ouvrit à la volée, Elle tomba à genoux près de lui.
-Mon général ! Vous m’entendez,
répondez moi ! Les secours arrivent ! Tenez bon !
Elle
lui essuyait le visage. Elle l’inonda de ses larmes.
-Pardon Carter… murmura t-il
-Pourquoi pardon ?
-J’ai encore… tout gâché…je vais mourir…
Elle
dut se pencher tout près de sa bouche pour l’entendre.
-Non vous n’allez pas mourir monsieur, on va vous soigner, lui
souffla t-elle à l’oreille.
On
le déposa doucement sur un brancard, et il fut ramené à la base toutes sirènes
hurlantes.
Elle
arpentait les couloirs de la base, n’arrivant pas à se calmer.
Il
était dans la salle d’opération depuis si longtemps ! Daniel et Teal’c
l’entraînèrent au mess, elle n’avait rien pris depuis le matin, et elle était
épuisée.
-Tout va bien se passer, il est
résistant, il en a vu d’autres.
Ils essayaient de la consoler, mais ils étaient
d’une discrétion absolue avec elle. Elle ne disait plus le général, mais
« Jack ». Ils attribuèrent cela au dramatique de la situation, car
ils n’étaient pas au courant que la situation ait pu évoluer ainsi entre eux.
Ils l’espéraient seulement. Voir leurs deux meilleurs amis pouvoir enfin
s’aimer était leur rêve le plus cher.
-Sam lui dit doucement Daniel, vous
parlez de lui en disant « Jack », je ne voudrais pas des oreilles
indiscrètes vous entendent.
Elle
rougit :
-Merci Daniel, c’est venu spontanément.
Je suis tellement inquiète.
-Cela fait combien de temps qu’il est
sur la table d’opération ?
-Deux heures, mais le docteur a dit
qu’elle pourrait en avoir pour plus longtemps.
-Je retourne à l’infirmerie, dit Sam.
Il
y avait une petite salle d’attente. Elle s’y assit et plongea la tête dans ses
mains.
Il
fallu encore attendre une heure pour que le docteur Bright sorte épuisée du
bloc opératoire. Sam ne voulut pas se précipiter, elle se força à marcher
normalement et rejoignit ses amis qui venaient aux nouvelles.
-L’opération s’est bien passée,
dit-elle simplement. Et elle tourna les talons. Daniel courut derrière
elle :
-Et c’est tout ? Vous ne trouvez
rien d’autre à dire que l’opération s’est bien passée !
-L’état de santé du général est
confidentielle. Je ne peux rien dire de plus, désolée.
-Mais nous sommes ses amis ! poursuivit
Daniel avec véhémence.
-Ecoutez docteur Jackson, vu la
position du général, commandant de cette base, j’ai reçu des ordres de ne rien
divulguer pouvant laisser entendre que le général O’Neill n’est plus apte à
commander. Je regrette, ces ordres viennent de très haut.
Sam
tira Daniel par la manche :
-Venez Daniel, elle a raison.
-Ne me dites pas que vous
l’approuvez !
-Non, je ne l’approuve pas, mais je
peux comprendre. Vous savez Daniel, l’armée et ses règles ! L’armée et ses lois ! Son ton était amer et désabusé.
-Est-ce qu’on peut au moins aller le
voir ? demanda Daniel au docteur Bright qui était restée auprès d’eux.
-Pas ce soir, il ne s’est pas encore
réveillé.
-Quel chameau ce docteur ! ajouta Daniel, quand elle fut sortie, Janet
nous aurait tout dit, elle !
Janet !
Comme elle leur manquait à cet instant. Sam serait déjà au chevet de Jack si
elle était encore là…
Sam
voulut se retirer dans ses quartiers, elle voulait être seule. Mais ses amis ne
l’entendaient pas de cette oreille.
-Venez avec nous Sam, on va aller au
mess, on ne sera pas loin de l’infirmerie. Et puis on essaiera de soudoyer
l’infirmière de nuit.
Elle
rit, un rire qui se transforma en sanglot. Mais elle savait que quoiqu’ il
arrive ces deux là seraient toujours là pour elle.
La
nuit s’écoula lentement, Sam s’endormit un moment la tête posée sur ses bras
repliés.
Pendant
ce temps là Daniel alla parler à l’infirmière de nuit. Il lui débita un bobard
comme quoi ils avaient l’autorisation d’aller voir le général. Il lui fit un de
ses merveilleux sourires charmeurs et elle goba tout.
Il
alla chercher Sam. Le général avait déjà
ouvert les yeux. Elle s’approcha doucement :
-Comment allez-vous mon général ?
Il
ne répondit pas, mais la regardait d’un air surpris.
-Vous êtes à la base mon général, vous
avez été blessé.
-Votre rêve… Carter, s’est réalisé…
-Oui, mais vous êtes vivant ! dit-elle
avec un grand sourire. Et ça fait toute la différence. Comment vous sentez vous
monsieur ?
-Mal.
-Vous souffrez ?
-Oui.
-Vous savez qu’elle a refusé de me
donner de vos nouvelles.
-Qui ?
-le docteur Bright.
Il
tourna péniblement la tête sur le côté :
-Elle a laissé le dossier sur la table.
Prenez-le.
-Merci mon général, dit Sam souriant.
Je vais en faire une photocopie et je reviens ni vu ni connu.
-Attention Carter, c’est confidentiel,
rien que pour vous, Daniel et Teal’c.
-Je sais mon général. Elle se pencha
vers lui et lui déposa un léger baiser sur la joue tandis qu’il replongeait
dans le sommeil.
Rapidement
elle photocopia la mince feuille du dossier et le remit à sa place sur la table
de la chambre. La lumière était baissée, il dormait profondément, elle le
regarda un instant et sortit sur la pointe des pieds.
Elle
rentra dans ses quartiers suivie de Daniel et Teal’c. Elle parcourut le papier
mais sa vue se brouillait elle n’arrivait rien à lire.
Daniel
lui prit la feuille des mains, et lui fit un résumé.
-Bon, il a perdu beaucoup de sang et la
blessure est très profonde, l’arme a effleuré le nerf sciatique, et elle note
pronostic réservé, possible paralysie de la jambe. Attendre 48 heures pour se prononcer.
-Oh mon Dieu, Sam mit une main devant
sa bouche ! Paralysé !
-Eh Sam ! Vous n’auriez pas du
regarder ce dossier, C’est Jack qui vous l’a donné ?
-Oui.
-Alors il ne devait pas savoir ce qu’il y avait dedans.
Daniel
essayait de trouver les mots pour la réconforter, mais il avait du mal. Il lui
posa une main apaisante sur l’épaule.
-Et si on dormait un peu maintenant ? demain
sera un autre jour. Sam vous êtes épuisée.
-Vous avez raison Daniel, je suis morte de
fatigue.
20
Le
médecin l’examinait, il supportait vaillamment l’examen. Cela faisait deux
jours qu’il était dans ce lit et commençait à trouver le temps long. Ce qui
l’inquiétait c’était l’engourdissement de sa jambe. Mais le docteur Bright
était confiante, le nerf avait juste été effleuré, l’IRM l’avait confirmé. Tout
rentrerait bientôt dans l’ordre.
Ce
qui lui manquait c’était la patience !
Pendant
son absence, le général Hammond avait pris l’intérim. On l’avait une fois de
plus tiré de sa retraite. Mais il avait accepté volontiers, pour aider Jack il
aurait fait n’importe quoi.
-Vous savez qu’ils sont contents de
vous en haut lieu, Jack, il parait que vous faites un excellent travail.
-Vous savez, mon général, la flatterie ne donne rien sur
moi ! dit-il en souriant.
Il
se rembrunit, et repensa à l’ultimatum qu’on lui avait laissé, quitter le SGC
de lui-même, pour mettre à sa tête un homme du NID, ou bien le quitter dans le
déshonneur et entraîner avec lui dans sa chute, le colonel Carter. Le général
Hammond qui le connaissait bien vit que quelque chose n’allait pas.
-Qu’est ce que je peux faire pour vous
Jack ?
O’Neill
le regarda et décida de tout lui raconter, ce qu’il fit. Les murs de
l’infirmerie étaient sécurisés, aucun risque d’être entendu.
Hammond
l’écouta sans l’interrompre.
-Quelques coups de fils à donner. Vous
permettez Jack ?
-Je vous en prie mon général.
Le
général Hammond tout frais retraité depuis quelques mois avait encore le bras
long.
Quand
il revint dans la chambre il arborait un grand sourire.
-C’est en bonne voie, Jack.
-Vraiment mon général ? Il me reste alors à guérir très vite.
-Oui Jack, c’est ce que vous avez de
mieux à faire. Mais comment pensez-vous régler votre petit problème
personnel ?
-Ma jambe ? Oh ! Elle va
bien.
-Je ne parlais pas de votre jambe Jack,
je…
-Ne dites rien mon général.
-Songez-y sérieusement Jack !
-J’y pense très sérieusement. Mais je
ne peux rien dire pour le moment, mais vous serez le premier au courant. Je
suis un peu superstitieux vous savez mon général.
Quelques
jours plus tard Jack marchait avec des béquilles. Sa blessure se cicatrisait
bien, il fallait seulement du temps pour
que la guérison soit totale. Quelques
semaines tout au plus. Mais dès que Jack fut debout, il n’attendit pas et il
reprit le chemin de son bureau, et se remit au travail.
Les
missions avaient continué sous l’égide d’Hammond. Le colonel Carter n’était pas
souvent là. L’équipe phare du SGC était souvent sur le terrain.
Sam
évitait de se retrouver seule avec O’ Neill, c’était un peu comme si tout ce
qu’ils avaient vécu d’intense et de dramatique
n’avait pas existé. C’étaient des « colonel », des « mon
général » Pourtant ils s’étaient pratiquement avoués leur amour. Elle
attendait, elle ne savait pas trop quoi d’ailleurs, et sentait en O’Neill un
recul, comme s’il regrettait ce qui s’était passé.
C’en
était trop pour elle. Elle demanda à partir en mission le plus souvent possible,
si ce n’était pas avec SG1 c’était avec d’autres équipes. Il ne la retenait pas comme s’il était
soulagé, de ne plus la voir. Quand elle était au SGC elle s’enfermait dans son
labo, travaillant presque nuit et jour. Elle s’abrutissait de travail pour ne pas penser, pour oublier.
Daniel
et Teal’c étaient inquiets, mais elle refusait le dialogue, sa porte
restait close. Elle allait au mess à des heures différentes, quand il n’y avait
personne. Elle voyait O’Neill une fois par jour pour de très courtes entrevues,
où il n’était question que de travail, les phrases étaient brèves, ils se
regardaient à peine. Elle ne lui demandait pas de nouvelles de sa santé, même
quand elle voyait qu’il souffrait à marcher. Elle voulait se sentir détachée,
mais c’était dur, trop dur. Le soir elle s’effondrait en pleurant dans son lit.
Elle se posait de réelles questions sur son avenir.
O’Neill
avait très peur en fait de lui parler, car il ne savait pas encore s’il
pourrait un jour contourner ce fichu règlement, le faire abolir, ou démissionner.
Il avait eu un entretien téléphonique avec le président qui avait été mis au
courant de ce qui s’était passé chez lui, les bandes étaient miraculeusement
apparues un jour sous ses yeux. Ils les avaient regardées, écoutées, et avait
découvert un autre homme, une autre femme que les deux militaires purs et durs
qu’il connaissait. Il avait dit à O’Neill d’être patient. Il fallait que la
rumeur concernant cette affaire s’apaise, cela pouvait demander plusieurs mois.
D’autres personnes comme le chef d’état major avait reçu aussi les documents.
L’affaire risquerait de faire grand bruit si elle éclatait au grand jour. Il
voyait déjà les gros titres dans la presse et la carrière du colonel Carter
foulée au pied.
La
prudence était donc de rigueur et c’est la mort dans l’âme qu’O’Neill avait
accepté de jouer le jeu. Naturellement il ne pouvait en dire un mot à Carter et
c’était cela le plus dur pour lui. La voir dépérir, s’étioler et ne pouvoir
rien faire.
Il
l’envoyait en mission le plus souvent possible. Il choisissait les missions
plus scientifiques, c’était un peu le calme plat sur le front des Goa’ulds. La Tok’ra depuis la rupture de l’alliance ne les envoyait plus
sur des missions suicides, et c’était toujours ça de gagné.
Le
soir il s’effondrait sur son lit à la fois épuisé et malheureux. Il dépliait
alors les deux feuilles qu’avait écrites Carter sur ses rêves. Il relisaient
les lignes si belles et se demandait si ce n’était pas trop tard.
tout ce qui vous touche, me
touche.
On se rapproche, on se
respire, on se touche, nos mains ne se contrôlent plus, on s’embrasse,
doucement, puis avec fougue.
Après je dois reconnaître que
mon rêve est un peu flou…
J’aime vous regarder, je vous
touche, vous ne bougez pas, les cicatrices de votre dos m’attirent, me
fascinent ! Je les touche, il y en a beaucoup, je suis émue de voir toutes
ces traces sur votre corps. Je les suis du doigt. Ces marques vous les avez eu
au combat, sous la torture, vous avez si souvent supporté la douleur pour nous
l’éviter à nous, et je pleure en vous voyant. J’ai assisté à beaucoup de vos
supplices, je connais vos souffrances, mais je vois autre chose, une terrible
marque que je ne connais pas.
Comme
il l’aimait en cet instant. Il se torturait
à relire ces phrases. Ce mot « toucher », qu’elle employait de toutes les façons possibles, au propre
comme au figuré. Lui aussi il était touché en plein cœur, et s’il en doutait avant,
maintenant il le savait.
Il
rangeait alors le papier au fond de sa poche, ces deux feuillets il ne les
quittait jamais, il les portait tout contre son cœur. De temps à autre dans la
journée il tâtait sa poitrine pour voir si elles étaient toujours là.
A
la fin d’une journée particulièrement difficile il reçut un coup de fil du
général Hammond.
-Jack comment allez-vous ?
S’il
fut étonné du ton enjoué du vieux général, il ne le montra pas.
-Bien mon général.
Mais
le général ne se trompa pas sur la voix lasse du chef du SGC. Il savait combien
ce poste était difficile et les responsabilités écrasantes.
Il
poursuivit sur le même ton.
-J’ai de bonnes nouvelles pour vous
Jack ! Vous connaissez un certain Bronson du
NID.
-Oh oui je le connais dit O’Neill avec
de la colère dans la voix.
-Et bien figurez vous qu’il a été
arrêté pour haute trahison envers l’état. Il est en prison et pour longtemps.
Un complot a été mis à jour et porté à l’attention du président, ce complot
dont vous aviez été la victime, était destiné à traîner dans la boue certaines
personnes bien placées, vous, le colonel Carter, et moi-même, dans le but de prendre la tête du SGC et diriger ce service
sous les ordres de qui ? Je vous le donne en mille.
-Kinsey bien
sûr ! Mais je le croyais sur la touche celui-là.
-En apparence seulement continua
Hammond, il était déchu par le président, mais comme il contrôlait depuis
longtemps déjà une branche pourrie du NID, il y avait encore des intérêts et
entendait bien les faire valoir. Ses hommes à lui agissaient dans l’ombre, et Bronson était son bras droit.
-Si j’ai bien compris Général Hammond,
plus rien ne s’oppose à …
-Attendez le feu vert du président.
Mais je recommande la plus grande prudence. Tant que les remous de cette
affaire ne sont pas retombés il faut se méfier.
-Attendre encore longtemps
d’après vous mon général ? Cela
devient intenable, et j’ai très peur pour Carter, qu’il lui arrive quelque
chose, qu’elle déprime ou pire encore.
-Je sais Jack, mais pas un mot de tout
ceci, elle ne doit se douter de rien, c’est une question de sécurité pour elle.
-Je comprends. Merci général de vous
occuper de moi comme ça.
-Vous le méritez bien Jack. De toutes
les personnes que j’ai eues sous mes ordres, vous étiez la plus impossible,
mais aussi la plus exceptionnelle ! Je suis sincère Jack.
-Je vous en ai fait baver quand même
mon général !
-Oui Jack, vous étiez infernal certains
jours, il faut bien l’avouer dit Hammond en riant. Allez mon ami ne perdez pas
courage.
-Merci.
21
Trois
mois plus tard, la situation était totalement dégradée au SGC. Oh tout allait
bien en apparence, mais cette longue attente avait fait des ravages dans les
cœurs. Daniel n’en pouvait plus de voir son amie Sam dépérir. Elle était
épuisée par un travail incessant dans lequel elle se noyait pour oublier.
Un
jour elle demanda à voir le général.
Celui-ci
la reçut dans son bureau, debout, il ne la fit pas asseoir, pour lui montrer qu’il souhaitait que
l’entretien fût bref.
-Faites vite colonel dit-il d’un ton
sec, je dois partir.
-Oh mon général ça ne va pas être
long ! Et elle posa une enveloppe sur son bureau.
-Qu’est ce que c’est ?
-Ma démission.
-Requête rejetée.
-Mon général, elle parlait lentement en
accentuant les mots : je ne vous demande pas l’autorisation, je pars.
Coups
d’œil noir de part et d’autre.
-Si vous partez maintenant, vous quittez aussi l’armée, en
êtes vous consciente ?
Comment
pouvait-il lui parler avec cet air froid, un tel détachement ! Comme elle
s’était fait des illusions sur son compte ! Pauvre sotte, il a du bien rire de tes histoires de rêves prémonitoires.
Et pourtant l’ingrat, cela lui a sauvé la vie. Je t’ai sauvé la vie Jack
O’Neill ! Ne l’oublie pas !
Elle
reprit d’une voix lasse :
-Mon général, j’en ai assez de l’armée
qui broie les cœurs et les âmes, sous sa férule !
-Carter, reprit –il avec une étrange
douceur dans la voix. Je n’accepte pas votre démission, mais je peux vous
donner un congé, si vous me le demandez. Car si je fais suivre cette lettre, je
ne pourrais plus rien. Ce ne sera plus de mon ressort. Que décidez-vous ?
Elle
hocha la tête.
-Mon général, je suis fatiguée en ce
moment, je souhaiterais quitter le SGC et prendre un peu de repos.
Elle
ne savait pas pourquoi elle lui faisait encore confiance, peut être à cause de
cette lueur triste qu’il avait eue dans le regard tout à l’heure.
Il
lui sourit :
-Permission accordée Carter.
Revenez-nous en meilleure forme, disons dans un mois ?
-Merci mon général.
-Et que fait-on de ceci ? dit-il
en montrant l’enveloppe.
Elle
la reprit de ses mains, leurs doigts se frôlèrent et ils furent pris tous les
deux d’un frisson. Ils détournèrent le regard.
Elle
passa la lettre dans la machine à broyer, et sortit rapidement pour ne pas
montrer ses larmes.
Sam
avait dit à Daniel et à Teal’c que le général O’Neill lui avait accordé un mois
de repos à sa demande. Elle n’avait pas mentionné son désir de démission.
-Vous comptez aller où Sam ? Avait
demandé Daniel.
-J’ai quelques amies que je n’ai pas
vues depuis longtemps à Washington.
-Vous donnerez de vos nouvelles ?
-Naturellement dès que j’arriverais là
bas je vous appellerais, avait-elle répondu un peu vite.
Daniel
lui trouvait très mauvaise mine, il
avait essayé maladroitement de lui remonter le moral.
-Ça va s’arranger Sam !
Elle
avait été furieuse :
-Comment le savez vous ? Et puis de quoi vous parlez ? Je suis épuisée par trop de boulot c’est
tout.
Elle
s’était à moitié vendue dans le début de sa phrase, cela avait fait sourire
Daniel :
-Vous savez, Jack a de gros problèmes
en ce moment.
-Si vous saviez ce que je m’en fous des
problèmes du général ! avait –elle crié. Et puis arrêtez de me parler de
lui, je ne veux plus entendre son nom ! Jamais ! Maintenant
laissez-moi partir. Je vous en prie.
Daniel
l’avait alors prise dans ses bras :
-Prenez bien soin de vous Sam.
Puis
elle avait passé ses deux bras autour du cou de Teal’c et lui avait murmuré à
l’oreille : « gardez un œil sur lui Teal’c », puis elle l’avait
embrassé sur la joue.
Elle
avait alors quitté la base sans se retourner.
Puis
Sam était rentrée chez elle. Elle avait appelé ses amies Hélène et Claire et
elles avaient convenu de se voir le lendemain.
Le
temps de faire rapidement un sac elle avait pu prendre le dernier vol de la
journée pour Washington.
Les
deux jours qu’elle passa avec ses amies lui firent un bien fou. Elles louèrent des films d’horreur, se bourrèrent
de pizzas de bière et de whisky. Petit mélange anesthésiant qui apporta à Sam
un peu d’accalmie dans sa douleur.
Malheureusement
ses amies n’avaient que deux jours de congé, et dans l’avion qui la ramenait à
Colorado Springs, elle fut bientôt reprise par ses tourments, et c’était avec
une affreuse migraine et le cœur en charpie qu’elle s’enferma chez elle. Elle avait
eu le réflexe d’appeler Daniel depuis chez Hélène.
Elle
l’avait totalement bluffé avec musique hurlante en fond sonore, rires et
plaisanteries.
Daniel
avait été rassuré.
Puis
elle rentra sa voiture dans son garage, n’ouvrit pas les volets et se coucha.
Il
était 2 heures de l’après midi.
Elle
plongea tout de suite dans le rêve. Le tout premier, celui qu’elle avait adoré
et qui lui avait fait tant de bien.
Quand
elle se réveilla dans la soirée, elle se sentait plus calme et se demandait
bien ce qu’elle allait faire de ses trois semaines et demi de congé qui lui
restait. Une éternité pour elle. Une crainte aussi de n’avoir rien à faire pour
s’occuper l’esprit et s’empêcher de penser.
Sa
maison était en ordre, comme une maison
que l’on habite peu, presque un endroit impersonnel, un lieu de passage.
Dans son séjour il n’y avait même pas de journaux sur la table basse, aussitôt
lus aussitôt jetés, avec cette manie militaire de tout ranger, de tout classer
de tout trier. Sa chambre était une pièce claire, aérée, avec peu d’objets
personnels, quelques livres de sciences. Dans sa salle de bain impeccable,
juste le minimum sur le lavabo. Des placards à peu près vides, à part ses
tenues militaires, elles aussi impeccables. Elle chercha une tenue plus
appropriée, ne trouva que quelques tenues de sport. Pour sortir, des vêtements
de ville, deux ou trois jupes, des pulls et chemisiers, une petite robe un peu
plus habillée. Au niveau des chaussures elle n’était pas plus riche.
Avec
un soupir elle se rallongea, sa vie lui semblait tout à coup finalement très
semblable à sa maison, vide, peu d’amis, peu de connaissances en dehors de son
travail, une famille inexistante. Une vie, entièrement tournée vers son
travail. L’armée lui donnait tout, mais lui reprenait tout, et l’étranglait
sous ses règlements obsolètes. Huit longues années à se morfondre, à lutter
contre un sentiment naissant, qu’elle avait cru pouvoir oublier, mais qui avait
pris des proportions gigantesques, qui avait bouleversé sa vie, au point
qu’elle avait perdu tous ses repères.
Elle
sortit au supermarché. Le quartier où elle vivait était loin de la base,
personne de l’armée n’habitait dans ce secteur. Elle aurait détesté être vue
avec un caddy rempli de provisions pour plusieurs jours, avec cachés dans le
fond, bien soigneusement sous les boites de conserve, des packs de bière et des bouteilles de
whisky.
Elle
fit un tour par le rayon pharmacie et s’acheta de l’aspirine et une boite de
somnifères. Elle termina son parcours en louant des cassettes vidéo, quelques
films sentimentaux où elle pourrait pleurer sur les héros et sur elle-même avec
bonne conscience.
Elle
ouvrit sa première canette de bière, puis une deuxième, et une troisième. Comme
elle pleurait toujours devant sa télé en regardant ces inepties sentimentales,
elle passa au whisky. Cela fit des ravages dans son corps qu’elle n’avait pas
nourri depuis la veille. Elle s’écroula, sa bouteille à moitié vide roula sur
la moquette, elle ne s’en aperçut même pas, elle avait sombré, enfin, dans le
sommeil anesthésiant qu’elle recherchait depuis longtemps.
Son
réveil fut pénible et douloureux, elle vomit longuement toute cette boisson
ingurgitée. Elle tituba au sortir de la salle de bain, et ne jeta même pas un
regard vers son salon en désordre. Elle
se fit un café pour s’éclaircir les idées. Quelques minutes plus tard le découragement la prit de nouveau. Elle
s’enfonçait dans une sorte de marasme dont elle ne pouvait pas sortir seule.
Son
portable se mit à sonner. Machinalement elle répondit.
-Carter.
-Sam ! C’est Daniel ! Je viens aux nouvelles, alors Washington est
comment ?
-…
-Sam, vous êtes là ?
-Oui, Daniel, vous m’avez réveillée.
-Oh excusez moi, mais il est dix
heures, et je ne pensais pas…
-C’est pas grave Daniel, nous avons
fait une petite soirée un peu arrosée et
j’ai mal aux cheveux, dit-elle en regardant d’un air dégoûté autour d’elle.
-Excusez moi, je vous laisse.
-Daniel ! Est-ce que Teal’c est à
côté de vous ?
-Oui je vous le passe.
-Merci.
-Colonel Carter !
La
voix calme de Teal’c était apaisante, c’était quelque chose d’immuable, le
monde pouvait s’écrouler, lui serait toujours là.
-Vous êtes seul Teal’c ?
-Oui colonel Carter, Daniel Jackson
vient de quitter la pièce.
-Comment va-t-il ?
-Je suppose que vous parlez du général
O’Neill ?
Et
voilà c’était reparti, elle entendait son nom et aussitôt son cœur se mettait à
cogner comme un sourd dans sa poitrine.
-Oui, dit-elle d’une voix qu’elle
aurait souhaité plus ferme.
-Et bien disons, colonel Carter, qu’il
n’est pas dans une bonne période.
-Il terrorise toute la base ?
-C’est à peu près ça !
Elle
rit en l’imaginant sans arrêt en colère, déversant des mots durs et des
remarques désobligeantes à un personnel obligé de se soumettre sous peine de
sanctions. Sanction qu’il donnait rarement, il avait le sens de la justice,
mais son caractère impétueux prenait parfois le dessus et dans ces cas là, il
était particulièrement invivable.
-Et sa blessure, Teal’c ?
-Je crois qu’il en souffre. Mais je
n’en suis pas sûr. Il n’en parle jamais, naturellement.
-Naturellement, répéta t-elle.
-Et vous Samantha Carter, comment
allez-vous ?
-Je vais bien Teal’c, j’ai besoin de
repos, c’est tout.
Elle
ne voulut rien dire de plus. Ce n’était pas la peine, l’ancien jaffa avait
parfaitement compris.
-Alors reposez vous bien Samantha
Carter, et revenez nous bientôt.
-Merci Teal’c.
Ce
coup de téléphone lui avait fait du bien, et beaucoup de mal à la fois. C’était
comme mettre de l’huile sur le feu. On lui reparlait de « son général » aussitôt elle redressait la
tête hors de l’eau pour la plonger encore plus profond quelques instants plus
tard. C’était un cercle vicieux. Il n’y avait pas d’issue, elle le savait,
autre que la rupture totale.
Elle
se sentait si fatiguée, elle voulait dormir, simplement dormir. Seulement elle avait perdu tout bon
sens et elle fit cet affreux mélange de somnifère et d’alcool.
Elle
ne voulait rien d’autre que dormir.
Elle
ne se réveilla que le lendemain, les idées obscurcies, et elle recommença, se
plongea dans l’alcool et la dépression. Son portable sonnait elle ne s’en
rendait même pas compte.
Sa
réserve d’alcool était épuisée, mais elle n’eut pas le courage de sortir, elle
n’était pas en état.
22
Le
général était vraiment de très mauvaise humeur, il ne contrôlait plus
grand-chose, et faisait son travail par la force de l’habitude. Il était tout le temps en colère
et avait du mal à se contenir. Il se forçait devant ses subordonnés mais n’y
arrivait pas toujours.
Le
téléphone n’avait pas cessé depuis le matin, des problèmes d’intendance, de
réunions, d’inspection, de sa hiérarchie qui le harcelait pour des broutilles.
Il
ferma la porte de son bureau et demanda qu’on ne le dérange sous aucun
prétexte.
Sa
blessure était toujours très
douloureuse, sa jambe s’engourdissait de temps à autre et il avait du mal à
marcher. Le docteur Bright disait que tout était normal, que tout rentrerait
dans l’ordre, rapidement, que c’était plus psychologique qu’autre chose.
Il
avait bondit à ces mots :
-Psychologique ! Mais c’est une
réelle douleur docteur ! avait –il dit avec un grondement de colère dans
la voix.
Le
médecin lui avait alors répondu très calmement sans se laisser démonter par
l’oeil furieux du général.
-Naturellement que c’est réel, vous
souffrez, mais vous ne devriez plus. Votre blessure est guérie. Quand vous
aurez réglé vos problèmes personnels, mon général, peut être que cette douleur partira ?
Elle
le regardait avec un petit sourire qui en disait long. Il ne savait pas trop
comment réagir, elle l’avait désarçonné.
Il
tourna les talons sans rien dire et rentra encore plus furieux dans son bureau.
C’était à ce moment là que Daniel s’était présenté.
Il
avait été très mal accueilli.
-Ce n’est pas le moment Daniel,
sortez !
Alors
contre toute attente Daniel s’était fâché.
-Non Jack, vous allez m’écouter, j’en
ai marre de voir mes deux meilleurs amis se détruire de cette façon. Sam n’est
pas bien en en ce moment.
La
colère d’ O’ Neill se dégonfla comme un ballon de baudruche. Il passa une main
lasse sur son front.
-Je ne peux rien faire Daniel, pour le
moment, rien du tout.
-Mais faites comme vous l’avez toujours
fait depuis huit ans. Mais pourquoi la rejeter ?
-Cela ne dépend pas de moi.
-Il s’est passé quelque chose de
grave ?
-Oui
-En rapport avec votre blessure ?
-En effet, mais le colonel Carter doit
être totalement mise à l’écart de tout ça pour le moment.
-Mais pourquoi ?
-C’est pour sa sécurité.
-Sa sécurité ?
-Je ne peux rien dire de plus, Daniel,
ne me posez pas de questions.
-Mais qu’est ce qui vous empêche
d’avoir des rapports cordiaux avec Sam ?
Il s’est passé quelque chose ?
-Daniel, je vous en prie n’en demandez
pas plus.
Daniel
ne comprenait pas, pourquoi O’Neill avait l’air si malheureux.
Il
pointa un doigt vers son ami.
-Vous savez jack, vous êtes entrain de
la tuer là. Je ne suis pas dupe de ses soirées avec ses copines, elle
s’étourdit pour oublier, pour vous oublier.
-C’est peut être le mieux finalement,
qu’elle oublie murmura Jack. Il ne parlait plus à Daniel mais à lui-même. Oui
qu’elle m’oublie…
-Jack ! Réveillez-vous ! Elle
ne répond plus au téléphone ! Depuis trois jours, son portable est coupé.
Jack
releva la tête, sortant soudain de sa torpeur :
-Et c’est seulement maintenant que vous
me le dites ! Vous avez le
téléphone de ses amies à Washington ?
-Non, mais je pense qu’on peut le trouver.
Je ne connais que leurs prénoms, Hélène et Claire, mais elles travaillent au
Pentagone.
-Ok Daniel je lance une recherche.
Walter, vous pouvez venir dans mon bureau ? appela t-il à l’interphone
-Tout de suite mon général.
Il
donna à Walter Davis ses instructions.
Un
quart d’heure plus tard celui-ci
revenait avec les noms et les téléphones des amies de Sam.
-Allez-y Daniel dit O’Neill en montrant
le téléphone de son bureau. Il vaut mieux que ce soit vous qui appeliez.
-Quelle heure est-il à Washington ?
-17 heures dit O’Neill, en consultant
sa montre.
-Vous avez l’heure de Washington ?
dit Daniel en souriant.
-Il faut bien, si vous saviez comme ces
messieurs les bureaucrates ont une pendule dans le crâne !
Daniel
rit heureux de retrouver un semblant de sourire sur le visage de son ami.
Il
n’y avait personne ni chez Claire ni chez Hélène, elles devaient être encore au
travail.
Téléphoner
au Pentagone ressemblait un peu au parcours du combattant. Daniel fut envoyé de
services en services.
-Je crois Jack que vous devriez appeler
vous-même.
Il
prit le combiné.
-Ici le général O’Neill du SGC, je
voudrais parler au major Claire Allias ou au major Hélène Houtomi.
Curieusement
on trouva immédiatement Claire Allias et on lui passa le général O’Neill.
Celui-ci
se présenta et demanda à la jeune femme si elle savait où l’on pouvait trouver
Sam, car cela ne répondait pas à l’appartement.
-Non, mon général. Je n’en ai aucune
idée.
-Elle revient ce soir chez vous ?
-Non, mon général elle a quitté
Washington.
Silence
au bout de la ligne. Puis reprise d’une voix un peu plus étouffée.
-Quand vous a-t-elle quitté et pour
aller où ?
-Elle n’est restée que deux jours. Mais
elle ne nous a pas dit où elle allait. Seulement qu’il lui restait encore trois
semaines de repos. Elle a vaguement parlé des Seychelles. Tenez Hélène arrive
je vous la passe mon général, c’est elle qui l’a raccompagnée à l’aéroport.
-Mon général, oui c’est vrai j’ai
raccompagné Sam, elle m’a dit qu’elle repasserait par chez elle avant de
s’envoler pour les Seychelles. Mais nous
n’avons plus de nouvelles, depuis une semaine.
Après les avoir remerciées, O’Neill raccrocha.
-Vous croyez qu’elle est chez elle
Jack ? Dit Daniel
-Il faut aller voir.
Le
coup de fil du général avait beaucoup inquiété les deux amies de Sam.
-J’ai encore des congés à prendre dit
Hélène, et toi ?
-Je n’ai que ce week-end, mais je peux
t’accompagner.
-Ce général O’Neill, c’est son
supérieur ?
-Je le pense répondit Claire.
-Tu en as entendu parler ?
-Pas beaucoup, je ne sais même pas ce
que fait Sam, en fait j’ai cru comprendre qu’elle était souvent sur des
missions secrètes.
-C’est vrai qu’elle ne parle jamais de
son travail. Et puis on ne la voit pas souvent, elle est très prise, conclut Hélène.
-C’est dommage, qu’on se soit un peu
perdue de vue.
Elles
laissèrent un message sur le répondeur de Sam.
La
maison de Sam était fermée, les journaux s’étaient accumulés dans le jardin, la
pluie les avait détrempés. La boite aux lettres regorgeait de publicités.
O’Neill avait sonné, attendu un long moment, visiblement il n’y avait personne.
Il
fit le tour de la maison, c’était le silence. La porte était fermée à clé, mais
ce n’était pas un problème pour le général.
Il
fit quelques pas dans l’entrée, c’était un vrai capharnaüm, comme il en avait
rarement vu. De la vaisselle sale, une bouteille de whisky renversée, des
vêtements.
Oh mon Dieu que s’est-il
passé ici ?
-Carter ! Carter !
Cria-t il
Pas
un bruit, il fit le tour des pièces, la cuisine, le salon, la salle de bain, la
chambre d’ami, et tout au bout du couloir une porte était fermée.
Il
appela à nouveau.
-Carter, mais d’une voix beaucoup plus
douce. Quand il ouvrit la porte il eut un mouvement de recul puis
se précipita vers le lit. Elle
n’était même pas déshabillée, couchée en travers du lit, toute pâle, les bras
en croix. Elle était sale, ses vêtements
tâchés, une odeur de d’alcool et de médicaments flottait dans la pièce.
Il
prit peur, son pouls était faible et elle respirait à peine.
Prenant
son portable il appela une équipe médicale de la base.
-De toute urgence chez le colonel
Carter dit –il.
Puis
il revint dans le séjour, Daniel commençait à ranger. Jack écouta les messages
de Sam. Il n’y en avait qu’un celui de ses deux amies qui prévenaient de leur
arrivée.
-Restez près d’elle Daniel. Je rentre à
la base.
-Vous n’attendez pas l’ambulance ?
-Non, désolé.
Daniel
se sentait pris de colère mais devant le visage fermé de son ami il se contint. Ce n’était pas le moment car
il lisait sur le visage de Jack toute une souffrance que celui-ci ne montrait
pas souvent, tellement sa maîtrise de caractère était grande. Mais là il était
au bord de l’effondrement, et Daniel ne voulut pas l’accabler davantage.
Il
se contenta de hocher la tête et d’attendre l’ambulance près du lit de Sam.
Une
heure plus tard Sam était à l’infirmerie, dans une chambre isolée. Elle dormait
toujours, mais elle avait meilleure mine.
Le
docteur Bright donnait au général des nouvelles toutes les heures.
Il
était 23 heures quand Claire et Hélène arrivèrent à l’aéroport de Colorado
Springs. Elles furent surprises de voir qu’elles étaient attendues. Une voiture
de l’armée les conduisit à la base de Cheyenne Mountain.
Elle
suivirent le garde et descendirent dans les profondeurs de la base. On leur fit
signer plusieurs documents engageant leur responsabilité si elles avaient accès
à des informations secrètes.
-C’est vraiment secret le boulot de Sam ! dit Claire. Tu sais ce qu’ils font dans cette
montagne ? souffla t-elle à son amei.
-Je crois qu’elle travaille dans
les radars, répondit Hélène
-Les radars ? Etonnant !
Après
avoir traversé plusieurs couloirs gris et tristes, elles furent conduites dans
le bureau du général, commandant de la base.
Elles
se mirent aussitôt au garde à vous.
-Repos, dit-il. Je suis le général O’Neill, je suppose que
vous êtes les amies du colonel Carter ?
-Oui mon général.
O’Neill
les mit au courant de la situation, Sam était malade et avait besoin de rester
chez elle, mais surtout pas seule. Il avait pensé qu’elles pourraient peut être
l’aider.
-Mais nous n’avons pas de congé ?
dit Hélène.
-Ce n’est pas un problème avait-il
répondu. La question est déjà réglée, vous êtes en service ici sur Colorado
Springs, détachées à la base de Cheyenne Mountain.
Elles
avaient accepté, un peu surprise de la rapidité avec laquelle tout cela avait
été organisé.
La
conversation avait été très brève. O’Neill
leur avait paru tendu et fatigué. Mais elles furent impressionnées par
sa prestance, sa haute taille, ses traits sévères. Sa façon de parler à la fois
sèche mais chaleureuse dès qu’il prononçait le nom du colonel. Oui, Le général
O’Neill pouvait être très intimidant.
Sur
le chemin de l’infirmerie les deux jeunes femmes échangeaient leurs impressions
à voix basse.
-Séduisant le général ! dit
Claire.
-Et tu as remarqué son visage quand il parle de Sam ?
-Oh oui, je dirais qu’il apprécie
beaucoup notre amie le colonel !
D’ailleurs pour nous demander d’être ses baby-sitters !
Sam
resta deux jours à l’infirmerie et put rentrer chez elle. Ses amies étaient là,
et à tout moment il y avait quelqu’un auprès d’elle, qui veillait à ce qu’elle
s’alimente correctement, se repose et se détende.
Claire
et Hélène essayèrent bien de la cuisiner au sujet du général, mais Sam ne
voulut rien leur dire. D’ailleurs qu’ y avait-il à dire ? A part un désert
affectif, une souffrance sans nom et parfois une terrible envie de se laisser
aller.
Elle
leur parla tout de même de leurs relations, à tous les quatre. Naturellement
elle parlait de vagues missions sur terre, parfois dangereuses, où ils avaient
crées des liens de respect mutuel et de profonde amitié.
Durant
les quinze jours de leur séjour, elles rencontrèrent Teal’c et Daniel avec qui
elles sympathisèrent.
O’Neill
ne vint jamais la voir.
23
Quand
Sam revint à la base après son congé, rien n’était résolu. Elle avait pris la
décision de ne rien espérer, d’attendre, mais elle savait qu’à la première
occasion elle partirait. Pour le moment elle ne pouvait pas. Rien que de le
voir, ou de l’apercevoir la mettait dans tous ses états, c’était comme une
drogue, elle ne pouvait plus s’en passer.
O’Neill
était seul dans son bureau quand il reçut un coup de fil de la maison Blanche.
Il était attendu à Washington pour le lendemain et serait reçu par le
président.
Il
ne put fermer l’œil de la nuit, tellement l’anxiété lui serrait la gorge. Il
imagina tous les scénarios possibles au cours de cette nuit blanche. Même celui
le plus terrible où il lui faudrait renoncer définitivement à Sam. Il n’était
pas maître de sa carrière, ni des règlements. Il avait un haut sens des
responsabilités et savait qu’il ne pourrait quitter le SGC avant longtemps. Et
puis le président le faisait peut être venir pour tout autre raison. Ce ne
serait pas à lui de demander, mais d’écouter et d’obéir.
Sam
s’était levée un peu moins fatiguée ce matin là. Elle avait repris son travail
à la base depuis quelques semaines, mais restait pour l’instant cantonnée dans
son labo. Le médecin ne l’avait pas encore autorisée à reprendre les missions.
Mais cela ne la dérangeait pas, elle aimait la paix de son labo et pouvoir s’y
retirer et y travailler seule lui apportait aussi de grandes satisfactions.
Elle était souvent avec Daniel et Teal’c, prenait ses repas avec eux, ils la
raccompagnaient souvent chez elle, et de temps à autre ils se faisaient une
petite soirée. Un moment de détente pour Sam qui pouvait entendre parler
d’O’Neill sans en avoir à en parler elle-même. Elle redoutait les questions de
Daniel, mais celui-ci avait compris qu’on pouvait en parler mais pas
directement. Alors il lui racontait ce qui se disait sur lui, lui parlait de sa
santé. Jamais à la base elle ne voyait le général en privé, et c’était beaucoup
mieux. Ils s’évitaient, mais elle, elle aimait l’observer de loin. Elle le
regardait parler, donner des ordres. Mais jamais plus il ne riait ou ne
plaisantait. Elle s’en était rendue compte et cela lui faisait mal.
Elle
était seule ce matin là quand on sonna.
C’était
lui, le cœur battant elle voulut refermer la porte mais il avait déjà glissé
son pied dans l’embrasure.
-Il faut qu’on se parle Carter.
-C’est pour le travail Monsieur ?
demanda t-elle hautaine en le regardant droit dans les yeux.
-Si cela avait été pour le travail je
ne serais pas venue chez vous un dimanche matin, Carter dit-il doucement.
Laissez moi entrer.
Elle
ouvrit grand sa porte et s’effaça pour le laisser passer. Elle ne le fit même
pas asseoir.
-Je vous écoute mon général.
Il
sourit :
-Qu’est ce que j’ai dit de drôle ?
-Rien Carter, mais ne m’appelez plus
« mon général »
Elle
réagit à peine :
-Je ne comprends pas.
-Je ne suis plus général Carter, mais
civil.
-Vous avez démissionné, mais
pourquoi ?
-Vous me demandez pourquoi ? dit-il,
étonné et avec une nuance de déception dans la voix.
Elle
ne répondit pas, elle ne le pouvait pas. Cela impliquait tellement de choses.
-Est-ce qu’on peut s’asseoir, dit-il
seulement, ça risque d’être long.
Elle
lui montra d’un geste le canapé et prit le fauteuil en face de lui. Une petite
table basse les séparait.
Alors
il lui raconta tous les évènements depuis le jour où il avait été enlevé et
blessé, et le chantage qu’on exerçait
sur lui. L’implication du NID et de Kingsey.
L’obligation de nier farouchement toute relation personnelle avec elle, de la
mettre sur la touche.
Elle
blanchissait au fur et à mesure de son récit. Des larmes se mirent à couler
elle ne les essuya même pas.
Il
conclut en disant que cela avait duré très longtemps car il fallait du temps
pour que les hommes du NID soient arrêtés, que Kingsey
soit définitivement rayé de la carte. Et il attendait le feu vert du président.
Il
raconta succinctement son entrevue avec le président qui avait accepté sa
démission de l’armée, suite à une demande favorable de l’état major. Mais il avait refusé qu’il quitte le SGC. Il
deviendrait donc commandant civil de la base de Cheyenne Mountain.
Sam
le voyait arriver la bouche en cœur. Il lui avait débité toute son histoire.
Elle était parfaite ! Mais elle continuait à lui en vouloir car il lui
avait fait trop mal et elle avait du mal
à croire qu’il ait pu montrer si longtemps une telle indifférence. Elle ne
devait pas peser bien lourd dans la
balance.
-Pourquoi avoir démissionné ? demanda
t-elle. Elle avait dit cela d’un ton négligent comme si c’était un détail sans
importance. Quelque chose de banal, une question que l’on poserait comme ça.
Mais il était très fort à ce petit jeu, elle aurait du se rendre compte qu’elle
ne gagnerait pas. Car sa réponse ne fut pas forcément celle qu’elle attendait.
-Pour être plus libre de mes mouvements
comme je l’entends. Il lui avait répondu sur le même ton totalement
dépassionné.
Elle
continuait de le fixer comme si elle ne comprenait pas, comme frappée de
stupeur.
-Bon, il va falloir passer à autre chose, dit-il seulement.
Le
mouvement qu’il fit fut si rapide qu’elle n’eut pas le temps de réagir, que
déjà elle se trouvait dans ses bras, à sangloter contre sa poitrine sans
pouvoir s’arrêter.
-J’ai tellement peur dit-elle entre
deux sanglots. Je ne veux plus souffrir, je ne veux plus rien, de peur de me
réveiller encore seule et abandonnée.
Il
la berçait dans ses bras, mais elle souffrait tellement qu’elle n’arrivait pas
à se dominer. Il lui passa la main sur le visage pour essuyer ses larmes et il
commença à l’embrasser, sur les joues, le front, les lèvres. Elle pleura
longtemps, il ne la pressait pas et comprenait qu’il lui faudrait du temps pour
évacuer huit ans de frustration et quelques mois d’une dérive morale pire que
la mort. Il était lui aussi dans le même état et avait grand besoin de ses bras
à elle. Quand elle commença à se calmer
il prit sa bouche et l’enflamma par un long baiser.
Il
lui murmura à l’oreille
-Vous vous souvenez de votre rêve
Sam ? Vous m’avez dit un moment que
vous ne saviez plus très bien ce qu’on avait fait. Et si on allait clarifier ce que vous trouviez « un peu flou » dans ce rêve ?
Elle
le serra un peu plus fort contre elle, elle nichait la tête au creux de son
épaule.
-Et que doit-on faire ? Murmura
t-elle, en levant les yeux sur lui.
-C’est ton rêve, Sam.
Il
l’avait tutoyée, elle le regarda au fond des yeux en réalisant que c’était LUI
et que c’était ELLE.
Elle
lui sourit.
Un
peu plus tard, elle replongea dans son rêve
La
soirée se déroulait toujours de la même façon, après la bière elle voulait
prendre congé, mais il ne l’entendait pas de cette oreille. Il se rapprochait à
la frôler, elle sentait la chaleur de son corps si près du sien. Puis ensemble
ils osaient ce qui leur était interdit depuis huit ans, ils se touchaient,
d’abord timidement, puis de manière plus pressante. Leurs mains commençaient
alors un ballet fantastique de mouvements désordonnés, ils perdaient le
contrôle et l’entendement. Elle sentait le contact de lèvres chaudes et douces
sur sa peau.
Beaucoup
plus loin dans la nuit, elle se voyait alors allongée près de lui, il dormait
sur le ventre, nu. Alors elle passait une main dans son dos, et sentait sous
ces doigts les cicatrices de blessures ou de tortures.
Elle
descendait plus bas sur sa peau et sentait une marque qu’elle connaissait bien.
Elle l’avait rêvée et maintenant elle était là. C’était une crevasse profonde
d’une quinzaine de centimètres de long, elle était rouge et violacée sur une
partie, moins profonde et plus rose vers le bas, elle s’étalait sur ses reins
et descendait loin sur la hanche droite. Elle passa son doigt dessus comme pour
bien s’assurer de sa présence.
Il
reposait le visage tourné vers elle, elle le regardait et ne s’en lassait pas. Elle passait sa main dans
ses cheveux, dormait-il ? Pas sûr, car de temps à autre un léger sourire
étirait ses lèvres.
Irrésistiblement
elle était attirée par la grande cicatrice et la caressait encore, et encore,
et cette fois-ci ce n’était pas en rêve.
FIN