AURELIA
Avril 2004
POURRAS-TU ME
PARDONNER ?
1ère
partie :
Jack,
La voix lui semblait venir du fond de sa
conscience. Il dormait profondément et il avait l’impression que c’était la
suite d’un rêve, un rêve un peu flou, dont il ne saisissait que quelques
bribes. La voix était douce comme un murmure.
Jack
Il se réveilla tout à fait et alluma la lumière. Il
lui parut sentir une présence, et pourtant il était seul. C’est alors qu’il
entendit pour la troisième fois « Jack », et il la vit.
Elle semblait si réelle qu’il se demanda une
seconde comment elle avait pu rentrer dans la base.
-C’est
moi Jack, tu me reconnais ?
Il devait avoir un air particulièrement ahuri, car
un rire cristallin se fit entendre et elle se rapprocha de lui, et il se rendit
compte qu’elle était réellement là.
-Carolina ?
C’est toi ? Ou je suis en train de rêver ?
-Non
tu ne rêves pas Jack, c’est bien moi. Je suis vraiment là.
-Je
suppose que tu t’es élevée sur un autre plan, comme Daniel ? Dit-il un peu
ironiquement.
-En effet, d’ailleurs Daniel ne
viendra plus.
-Pourquoi ?
Elle lui expliqua que suite à son implication trop
directe dans la lutte contre Anubis, il avait été en quelque sorte mis sur la
touche. Elle n’en savait pas plus, et ne pouvait rien lui dire d’autre.
Il se sentait frustré :
-Je
vois que c’est toujours la même chose, on vient me voir, mais on ne peut rien
dire. Ce que Daniel a pu m’agacer avec ça !
Elle le regardait en silence. C’est lui qui reprit
la parole.
-Et
pour toi ça va ?
-Oui,
je vais bien, mais je vois que toi tu n’as pas compris mon dernier message.
Pourtant le jour de mon départ sur la rampe d’embarquement je t’ai vu te
rapprocher de Sam.
Il rougit gêné :
-Je
ne pense pas que tu sois venue pour me parler de ça. Ma vie privée ne te regarde
pas.
-Comme
tu veux. Mais j’aurais aimé que tu sois heureux.
-Je
vais bien, Carolina. Au fait pourquoi es-tu venue ?
Elle répondit par une autre question :
-Ma
visite n’a pas l’air de te faire plaisir ?
Il fit la grimace :
-Disons
qu’elle m’inquiète. A chaque fois que Daniel est venu me voir c’est jamais pour
dire bonjour en passant. Remarque ça m’aurait bien plu un petit coucou, juste
pour prendre des nouvelles.
Sa voix devenait plus dure. Il se sentait un peu
agacé, les visites des êtres supérieurs ne lui apportaient en général que des
ennuis, et là il avait peur qu’il n’en soit pas autrement.
Ses relations personnelles avec Carolina avaient
été parfois difficiles. Le docteur Carolina French était venue à la base pour
une évaluation du SGC, ils avaient fait ensemble des missions, ils avaient
connu des épreuves. Puis Carolina était rentrée à la base comme médecin et
pendant quelques temps elle avait soigné SG1, elle avait été le médecin
personnel d’O’Neill pendant quelques mois. Puis elle était tombée amoureuse de
lui, amoureuse jusqu’à en mourir. Sa vie avait été difficile, sa relation avec
O’Neill dans une impasse. Elle avait vécu en quelques mois toute une vie de
tourments et de bonheur réunis. Quand elle avait dû partir elle l’avait fait
sans regret. Elle avait connu le plus beau. Elle était partie sur une
apothéose !
C’est la première fois qu’elle revenait sur un
autre plan de conscience. Oma était son guide, comme elle avait été celui de
Daniel. Elle ne savait pas si elle reviendrait, on lui avait donné la chance de
venir lui rendre visite une fois. Ce serait peut être la seule.
-Je
suis venue t’avertir d’un danger.
Il rit :
-Quel
danger, et ne me dis pas que tu ne peux rien dire !
-Et
pourtant c’est vrai, je ne peux rien dire. Seulement que c’est un grand danger
qui te concerne.
-Moi
tout seul ?
-Toi
principalement et à travers toi, la Terre.
-Oh
que je n’aime pas ça. Et comment je pourrais reconnaître ce danger ?
Elle hésita longtemps et le regarda avec une grande
douceur et presque de la pitié :
-J’ai
très peur pour toi Jack.
Il se sentait nerveux d’un coup :
-Il
faut m’en dire plus Carolina !
-Non
-Carolina
ne pars pas comme ça ! Mais déjà
son image était floue et juste avant de disparaître, il entendit ses
mots :
-Une
jeune femme blonde aux yeux bleus.
Elle avait disparu, la vive lumière s’éteignit
après son départ et la pièce retomba dans l’ombre.
Le lendemain durant le briefing, Jack se demandait
s’il n’avait pas rêvé, et décida de garder pour lui la vision qu’il avait eue.
Il redoutait un peu les regards interrogatifs et peut-être moqueurs de ses
amis.
-Major
dit Hammond que pouvez-vous nous dire de P3F655
Sam se lança dans de longues explications
qu’O’Neill n’écouta pas. Il était encore plongé dans son rêve de la nuit, et
regardant Sam, il se dit qu’elle était blonde aux yeux bleus. Il se gronda
intérieurement, puis réfléchit que Sam avait une fois constitué un danger pour
le SGC quand elle avait été possédée par Jolinar. Il se promit de la
surveiller.
-Départ
dans une heure conclut le général.
Quelques mois plus tôt
Elle marchait parmi les corps des jaffas et des
gardes. Du sang ruisselait sur le carrelage, tout était renversé, souillé. Les
tapis détrempés, les meubles éventrés, les tentures criblées de balles. L’atmosphère
était irrespirable du feu des coups échangés. Les gardes s’étaient bien
défendus, mais ils avaient été les plus forts.
Ils avaient tout détruit. Ils n’étaient pourtant
que trois, mais ils les avaient pris par surprise. Il restait peu de jaffas et
les seuls gardes qui étaient là pour garder le palais de la reine étaient morts
très vite. L’effet de surprise avait été total.
Elle s’était cachée, terrée dans un coin de la
salle du trône, loin du centre des combats. Mais elle avait tout vu. Ils étaient
entrés, leurs armes jetaient des flammes et faisaient un bruit d’enfer dont
elle entendait encore le son résonner dans ses oreilles. La jeune femme était
la plus acharnée. Il n’était pas avec sa reine, mais il les avait rejoints. Ses
yeux lançaient des éclairs, ce fut lui qui la tua après qu’elle l’eut menacé
une dernière fois. Elle mourut dans ses bras. Elle s’était rapprochée et avait
cru voir une larme glisser sur sa joue.
Il s’était relevé et avait rejoint ses amis. Après
il était parti.
La nuit était tombée sur le palais, et seuls
quelques flambeaux jetaient une lueur trouble dans la grande salle du trône.
Parmi les cadavres des soldats, elle la trouva,
rose noire semée de pourpre.
-Oh ma reine ! Son cœur se serra, des larmes
coulaient sur ses joues, elle ne les sentait pas, toute à sa douleur.
Dans
ses bras souples et forts elle prit délicatement le corps sans vie de sa déesse
et la fit reposer dans le long sarcophage.
Léna
avait toujours vécu dans le palais, elle y avait vu le jour née d’une esclave,
elle-même née d’une esclave. A l’origine sa planète avait été dévastée par la
déesse qui avait pris le naquada et tué ou déporté une partie de la population.
C’était une planète froide, éclairée par un pâle petit soleil jaune. Ses
habitants étaient grands à la peau claire avec de longs cheveux épais couleur
de lin, et des yeux clairs très doux.
Elle habitait avec sa mère une petite pièce
située non loin des quartiers de la déesse. Toute sa vie elle avait été bercée
par le son des légendes que lui racontait sa mère. Récits entrecoupés de longs
silences, de douleurs, de larmes. Si
Léna était toute dévouée à la déesse, sa mère ne l’était pas. En tremblant elle
avait bien des fois assisté à la punition que lui infligeait la reine, quand
son esclave ne répondait pas à ses attentes. Léna, elle, plus souple savait
éviter la douleur.
Léna
attendait devant le sarcophage, en espérant pouvoir redonner vie à sa déesse.
Elle prépara le palais pour son retour, fit enlever les corps, laver le sol,
décorer la pièce. Avec amour elle mit des fleurs dans un vase, des roses
pourpres, la fleur préférée de sa déesse.
Elle
prépara elle-même le lit de sa reine, dépliant les draps de soie noire qu’elle
affectionnait tant.
Dans
ses rêves elle revoyait son esclave, cet homme si beau que la reine avait gardé
près de lui, l’aimant et le torturant à loisirs. Son cœur battait plus fort
dans sa poitrine. Elle aurait tant voulu le secourir. Que de fois elle l’avait
vu gisant immobile sur le sol, si pâle, si faible et à la fois si fort. Mais
elle n’avait pas le droit d’intervenir, elle le lui avait défendu. Il était le
seul à lui tenir tête, elle en riait quelques fois mais se fâchait le plus
souvent ne se privant pas de le punir pour ses insolences.
Léna aurait tant voulu qu’il soit heureux.
Elle aurait tant aimé que sa reine soit heureuse avec lui. Mais cela semblait
impossible, c’était un esclave, et elle le traitait comme tel.
Elle
avait éprouvé de la douleur quand il l’avait tuée, mais sa douleur avait été
encore plus grande encore, quand elle avait compris qu’elle ne le reverrait
plus jamais.
Elle
restait près du sarcophage souhaitant que son visage fût le premier que verrait
la reine en se réveillant.
La
déesse ouvrit les yeux et sortit doucement de son long sommeil. Elle se sentait
faible mais vivante. Elle se leva lentement et aperçut Léna qui l’attendait. La
jeune fille lui sourit et la reine la regarda avec étonnement.
Avec
lenteur elle sortit du sarcophage et vit la salle du trône telle qu’elle était
dans ses souvenirs. Elle crut avoir rêvé le carnage, et la douleur ressentie au
moment de sa mort et la douceur des bras dans lesquels elle avait poussé son
dernier soupir.
« Tu
es vraiment quelqu’un » lui avait –elle dit.
Elle
s’appuya au bras de Léna, et fit quelques pas dans la salle. Tout était en
ordre.
-Où est –il ? Dit–elle d’une
voix impérieuse.
Léna
tomba à genoux et se prosterna devant elle :
-Il est parti ma reine.
Elle
entra alors dans une fureur noire :
- Jaffas ! Appela t-elle en
hurlant. Jaffas
Personne
ne répondit. Elle vit que la situation était grave, elle fit relever Léna qui
était toujours prostrée devant elle.
-Relève-toi et raconte-moi ce qui
s’est passé ici. Où est mon esclave ?
Léna
lui fit le récit des dernières heures. Cette journée si bien commencée pour
elle s’achevait dans la honte et le
déshonneur. Elle voulut punir la jeune esclave, mais celle-ci courageusement
lui fit comprendre qu’il ne restait plus au palais que les femmes, tous les
jaffas avaient été tués.
Elle
s’inclina devant elle :
-Commande ma reine, je ferais tout
ce qui est en mon pouvoir pour retrouver ton esclave.
Elle
la regarda avec suspicion :
-Il est quoi pour toi cet
esclave ?
-Mais rien du tout ma reine je ne
l’ai vu que de loin et lui ne me connaît pas.
Léna
se tenait tête et yeux baissés. La déesse lui prit rudement le menton entre les
mains :
- Regarde-moi !
Timidement
Léna leva les yeux et mais n’osa pas aller jusqu’au regard fulminant de sa
déesse.
-Es-tu prête à m’aider à le
retrouver ?
-Oh oui ma reine dit-elle avec
empressement.
-Tu me jures qu’il ne t’a jamais
vue ?
-Oui, ma reine, je suis toujours
dans les cuisines et les communs du palais. Je ne suis jamais venue dans une
pièce où vous étiez tous les deux.
Ce
qu’elle ne lui dit pas, c’est qu’elle les avait beaucoup espionnés. Le palais
était plein de tentures et de recoins où l’on pouvait se dissimuler. Elle avait
assisté à bien des choses, car la déesse ne se cachait pas. Ses scènes avec son
esclave étaient publiques. Elle ne dissimulait rien, estimant qu’elle n’avait
de compte à rendre à personne. S’il lui plaisait de le torturer en public, elle
ne se gênait pas. Elle avait usé et abusé des drogues avec lui. Si elle avait envie de lui elle le prenait
sans se soucier de qui pouvait se cacher derrière une tenture. D’ailleurs il ne
lui serait jamais venu à l’esprit que quelqu’un put oser l’espionner. Mais elle
disait vrai, le prisonnier ne l’avait jamais vue. Il était dans une bulle de
souffrance, il ne parlait à personne, ne voyait personne d’autre qu’elle. Pour
lui les esclaves étaient des ombres. Il lui arrivait de sortir, de se promener
dans le palais, mais personne n’aurait jamais osé lui adresser la parole. Il
était la propriété exclusive de la reine, et tout le monde le savait.
Son
esclavage avait duré sept mois. Léna avait assisté au changement qui s’était
passé en lui, il s’était résigné à son sort. Après une séance de tortures
particulièrement violentes, il avait failli mourir, elle s’était alors rendu
compte qu’elle tenait à lui beaucoup plus qu’il n’aurait fallu. Elle
s’était mise à le soigner, il était plus calme, moins rebelle, elle, plus
douce. Ils avaient l’air de mieux s’entendre, et Léna sentait qu’il allait
mieux. Il y avait moins de cris et de fureur dans le palais. Les choses étaient
entrain de changer.
Jusqu’à
ce jour funeste où ses amis terriens étaient venus le chercher.
La
voix de la reine la tira de ses réflexions.
-Sers-moi mon repas, puis je me
coucherais. Demain je te parlerai de ce que j’aurai décidé. Je te confierai une
mission. Te sens–tu capable de mourir pour moi ?
-Oui ma reine dit la silhouette
prostrée de Léna.
-Ce sera une mission difficile, tu
devras réussir ou tu mourras.
-Oui ma reine, je réussirai dit
Léna.
Léna
ne put dormir cette nuit là. Petite ombre légère elle parcourut le palais. Elle
avait toute liberté de sa souveraine pour se déplacer à sa guise. Elle ne dit
rien à sa mère. Celle-ci toute à sa haine aurait fait tout fait échouer, par
maladresse et empressement à vouloir nuire. Tandis qu’elle Léna, elle aimait sa
déesse, même si elle savait qu’elle était parfois mauvaise, sa toute puissance
ayant posé sur son front une main de fer. Il ne lui serait jamais venu à l’idée
de ne pas la suivre.
Pourtant là, la donne était différente, le
petit cœur de Léna battait pour le bel esclave. Pauvre rêve, qui n’avait aucune
chance d’aboutir, mais qui ferait d’elle un instrument redoutable dans les
mains de la reine. Car Léna était prête à tout pour la satisfaire. Même lui livrer pieds et
poings liés celui qui avait enflammé son cœur.
De
nos jours
Sur
la planète O’Neill s’ennuyait ferme. C’était toujours la même histoire, un
temple, de jolies pierres, des hiéroglyphes, même pas un jaffa à se mettre sous
la dent. Cela faisait le bonheur de Jonas et celui de Sam qui ne perdait pas
l’occasion de faire des relevés, atmosphériques, géologiques, botaniques…
-C’est bientôt fini Jonas ?
-Encore quelques minutes colonel,
dit la voix étouffée de Jonas venant de derrière un mur de pierres.
-Carter appela O’Neill où
êtes-vous ?
-Ici mon colonel, j’arrive, j’ai
terminé.
-Des choses intéressantes ?
Dit-il en lui lançant un regard appuyé. Carter le regarda un peu
surprise :
-Un problème mon colonel ?
-Pas du tout, je vous demande si
vous avez trouvé des choses intéressantes.
-Il y a des traces de naquada dans
le sol, mais je pense que ….
-Ça attendra le débriefing Carter,
et il fit un geste sec de la main en montrant droit devant lui un petit nuage
de poussière.
-Quelqu’un vient. Postons-nous
derrière ce mur.
Avec
étonnement ils virent une jeune fille, les vêtements salis de poussière, les
pieds en sang. Elle avançait péniblement, et vint tomber sur le sol à quelques
pas d’eux. Visiblement elle ne portait
pas d’armes et était épuisée.
Sam
s’approcha sans méfiance une gourde d’eau à la main.
-Méfiez-vous Carter ! Dit
O’Neill.
-Mon colonel, elle est
blessée ! Il faut la soigner.
Jonas
et Sam la portèrent jusqu’à l’entrée du temple. Léna était venue à pied depuis
le shapaï, une très longue distance pour elle qui n’était chaussée que de
légères sandales. Mais les ordres avaient été clairs, inspirer la plus grande
pitié. Elle avait elle-même déchiré ses vêtements et s’était roulée dans la
poussière du chemin. La difficulté du trajet avait fait le reste, et c’est
vraiment épuisée qu’elle s’était écroulée devant lui. Elle l’avait reconnu tout
de suite, mais avait aussitôt détourné le regard. Elle ne devait pas dévier de
sa mission.
Sam
lui souleva la tête et la fit boire.
Elle
lui parlait gentiment mais Léna ne semblait pas comprendre. Elle regardait dans
le vague, gémissait par instant et semblait sur le point de rendre l’âme.
-Que fait-on mon colonel ?
-Le règlement est simple Carter, on
ne ramène personne à la base.
- Mais colonel on ne peut pas la
laisser ici, il n’y a personne pour s’occuper d’elle dit Jonas.
O’Neill
ne lui répondit pas, mais s’adressa à Sam.
-Essayez de la faire parler Carter,
mais vite, nous n’avons plus beaucoup de temps.
-Mon colonel, elle a besoin de soin.
Il faut la ramener à la base, on n’a pas le choix.
Le
regard d’O’Neill passa de celui de Sam à celui de Jonas. Il soupira :
-Bon d’accord. Teal’c vous pouvez la
porter ? Rentrons.
Léna
se fit légère dans les bras du jaffa, elle ne pesait pas bien lourd. Elle avait
fermé les yeux d’épuisement.
Quelques
instants plus tard ils étaient tous à l’infirmerie. Janet avait examiné la
jeune fille, elle était dénutrie et déshydratée mais n’avait aucune blessure ni
maladie contagieuse. Elle n’avait pas encore ouvert les yeux.
Les
membres de SG1 se portaient à merveille.
-Mon général j’ai rapporté des
relevés intéressants sur la planète P3F655, dit Sam. Il y avait du naquada dans
le sol. Des restes suffisants pour penser que des goa’ulds sont venus à une
époque ou à une autre pour en extraire le minerai.
Jonas
enchaîna immédiatement après Sam.
-Général, j’ai eu le temps de
déchiffrer les symboles qu’il y avait dans le temple. C’est du Sanskrit.
Il
regarda autour de lui pour juger de l’effet de sa phrase. Il n’y en eut aucun.
L’œil de Jack était interrogateur :
-Et, Jonas ?
-Le sanskrit est la langue des dieux
de l’hindouisme. Cela prouve que nos goa’ulds sont des dieux hindous. Et j’ai
remarqué le symbole particulier d’un de ces dieux, ou plutôt d’une déesse.
Au
mot déesse Jack avait tendu l’oreille, soudain très attentif
-Et il s’agit de qui Jonas ?
O’Neill avait pris le ton un peu hautain qu’il avait quand il n’était pas à son
aise.
Jonas
un peu surpris du ton du colonel, répondit simplement :
-Kali
O’Neill
ne broncha pas, il s’y attendait un peu depuis que Jonas avait parlé de
sanskrit. Un grand silence un peu gêné se fit autour de la table. Sam plongea
le nez dans ses papiers. Teal’c regarda O’Neill de son œil calme et serein.
Hammond fit de même, seul Jonas gardait un air naturel mais fut un peu surpris
du froncement de sourcils du colonel. Il pensa avec raison qu’il n’était pas au
courant de tous les évènements qui s’étaient passés dans la base avant son
arrivée.
-Mais Kali est morte, dit O’Neill
d’un ton sec, qu’elle ait laissé des traces de son passage sur une planète n’a
rien d’étonnant.
-Mais ce qui est le plus étonnant,
mon général, c’est que nous ayons ramené quelqu’un dans la base qui vient
justement comme par le plus grand des hasards, d’une planète de Kali, dit Sam.
-Excusez-moi dit Jonas, mais qui est
Kali ?
Hammond
se tourna vers O’Neill :
-Colonel ? Vous lui
expliquez ?
La
surprise se lit sur le visage de Jack
-Moi, expliquer qui est ce
goa’uld ? C’est plutôt à Carter de faire ça !
Sam
prit la parole un peu gênée :
-Kali est la représentation la plus
terrifiante de l’hindouisme. La légende raconte qu’elle combattit le démon
Raktabija, elle se servit de sa langue pour empêcher les gouttes de sang du
démon de tomber au sol. Chaque goutte devenant un clone du démon. Ce sang
l’empoisonna et elle devint folle. Elle entama une danse frénétique, excitée
par la chair des cadavres sous ses pieds. Elle mit le monde en péril. Pour
l’apaiser Shiva se coucha à ses pieds et arrêta la danse destructrice.
Naturellement la représentation de Kali avec la langue rouge de sang et
plusieurs bras n’est valable que dans la légende. Le goa’uld Kali qui se fait
passer pour la déesse est une très belle femme. Nous avons eu affaire à elle
dans le passé, dit-elle d’un ton neutre sans insister davantage.
Jack
n’aimait pas du tout parler de Kali. Evoquer son nom ou son image lui était
pénible. Il était revenu de captivité depuis plusieurs mois déjà, mais la
blessure était toujours ouverte. Il en souffrait encore, ses nuits étaient
peuplées de cauchemars, et il n’avait pas du tout, mais pas du tout envie qu’on
lui rappelle cette période, une des plus sombre de sa carrière de soldat.
Léna
avait été installée dans une chambre seule avec un garde à sa porte. Le général
ne voulait courir aucun risque.
Jonas
s’approcha du lit de la jeune fille et lui sourit avec gentillesse.
-Bonjour, vous allez mieux ?
-Beaucoup mieux, merci.
-Et si vous nous expliquiez ce qui
vous arrive ?
Elle
hésitait et regardait du côté du colonel qui se rapprocha :
-Je vous connais dit-il durement
-Pas du tout je ne vous ai jamais vu
avant aujourd’hui.
-Je suis sûr que si répondit Jack
d’une voix sèche.
-Non, pas du tout. Sa voix
tremblait. Et des larmes pointaient à ses cils.
Inspirer de la
pitié avait-elle dit.
Jonas
s’y laissa prendre.
-Colonel, vous lui faites
peur !
Jack
ne répondit pas et la regarda sans rien ajouter. Il n’était pas sûr de lui, il
lui semblait la connaître, mais il n’arrivait pas à situer où.
-Qui êtes-vous ? Demanda t-il
simplement ;
-Je m’appelle Léna.
Elle expliqua qu’elle avait été chassée de
chez sa maîtresse parce qu’elle avait commis une faute, et elle avait été
condamnée à vivre sur cette planète déserte. Elle était arrivée depuis huit
jours, et commençait à souffrir de la soif et de la faim. Il n’y avait que peu
de végétation près de la porte et elle avait du parcourir de grandes distances
pour trouver des plantes comestibles.
Elle
faisait son récit d’une petite voix entre coupées de sanglots brefs et
violents.
Jonas
était impressionné, le colonel beaucoup moins. Il y avait quelque chose chez
cette jeune fille qui le gênait mais il ne savait pas quoi.
-Pourquoi vous avait–elle
chassée ?
Le
regard inquisiteur d’O’Neill la troublait. Elle savait qu’il pouvait être
violent et il ne fallait pas qu’elle perde ses moyens, et fasse rater toute sa
mission. Sa déesse ne le lui pardonnerait pas. Elle frissonna, et cela rajouta
de la crédibilité à son personnage.
-Parce que j’étais tombée amoureuse,
dit–elle d’une voix faible et elle l’avait expressément défendu.
Jonas
sursauta :
-Défendu de tomber amoureuse, mais
qui est cette maîtresse si cruelle ?
Avant
même que Léna ne réponde le colonel avait déjà enchaîné :
-Sûrement un serpent venimeux
Jonas ! Qui voulez que ce soit d’autre ?
Léna
se contenta d’acquiescer heureuse de la diversion, elle n’avait pas du tout
l’intention de nommer sa déesse. Pas tout de suite du moins. Il fallait que le
plan se déroule comme il était convenu.
Inspirer la pitié
avait-elle dit !
Mission
réussie avec Jonas, il était pleinement piégé. Avec le colonel ce serait une
autre paire de manches, il était très dur et très méfiant. Elle leva les yeux
sur lui et sur son visage elle ne put rien lire qu’une profonde méfiance. Elle
se dit qu’avec lui il faudrait peut-être changer de tactique. Elle n’avait pas
le droit d’échouer, sa déesse ne le lui pardonnerait pas, ce serait pour elle
la mort dans de terribles souffrances à la hauteur de son désappointement.
-Vous savez que la planète où nous
vous avons trouvé est une ancienne planète de Kali ? Lui demanda Jonas.
Au
nom de Kali, sa gorge s’assécha, c’était trop tôt, elle ne devait pas encore
parler de sa déesse bien aimée. Elle mentit :
-Non, je ne savais pas. Dit –elle
d’une voix qu’elle essayait de raffermir. Mais l a présence de O’Neill ne l’aidait pas du tout, Jonas s’en
aperçut :
-Excusez-moi colonel mais vous la
terrorisez, je pense que j’arriverai mieux à parler avec elle, si on était
seul.
O’Neill
haussa les épaules :
-Comme vous voudrez Jonas, je vous
laisse.
Léna
maintenant pleurait à chaudes larmes d’un désespoir si grand que Jonas la prit
dans ses bras pour la consoler. Elle posa sa tête sur son épaule et se sentit
bien dans les bras du jeune homme. Elle sentit qu’elle pourrait peut être s’en
faire un allié. Pour le moment elle n’était sûre de rien. Mais la première
phase du plan était en passe de réussir.
Inspirer la pitié avait–elle dit.
Maintenant
il fallait qu’elle voie les autres personnes de la base. Elle tenta une
première approche :
-Quand est ce que je pourrais visiter
votre monde ? Dit–elle
-Pas tout de suite dit Jonas, il
faut que vous vous reposiez encore un peu.
Elle
insista :
-Mais je me sens bien, je peux me
lever !
-Ce n’est pas à moi de décider dit
Jonas.
Elle
se fit cajoleuse :
-Mais je suis sûre que si vous le
demandiez, on ne pourrait pas vous le refuser, dites oui Jonas.
Son
sourire était irrésistible, et Jonas malgré lui se mit à rire.
-Petite enjôleuse, il faudra
attendre encore un peu.
Elle
avait un joli sourire qui découvrait des dents très blanches, une belle bouche
aux lèvres pleines, et un regard malicieux, que Jonas trouvait irrésistible.
Les séduire
avait-elle dit.
Jonas
se noyait dans un beau regard clair, et malgré lui il s’approcha, alors elle
lui passa les deux mains autour du cou et attira le jeune homme à elle. Quand
ses lèvres se posèrent sur les siennes c’était déjà trop tard.
O’Neill
s’arrêta devant le labo de Sam, la porte était ouverte, il entra comme à son
habitude. Sam était penchée sur une expérience et si concentrée qu’elle ne
l’entendit pas s’approcher. Elle sursauta :
-Mon colonel, vous m’avez fait
peur !
-Vous étiez très concentrée Carter,
vous faites quoi ?
Elle
rit
-Vous voulez vraiment le savoir mon
colonel ?
-Euh… Pas vraiment. Je voulais
savoir ce que vous pensez de notre invitée.
Sam
se pencha sur son expérience et entreprit de rebrancher un fil qui s’était
défait.
-Rien mon colonel, du moins pas
grand chose. Elle avait l’air épuisée. Et vous mon colonel, qu’en
pensez-vous ?
Il
plongea son regard dans celui de Sam qui ne se troubla pas. Si elle s’aperçut
de l’insistance avec laquelle il la regardait elle ne le montra pas.
-J’ai l’impression de l’avoir vue.
Comme je sais qu’elle vient d’une planète de Kali, c’est peut être au palais de
Kali que je l’ai vue, mais je n’en suis pas sûr du tout.
-Pendant votre captivité ?
C’est la première fois qu’elle parlait de cela avec le colonel, mais c’était
venu naturellement et elle n’en éprouva aucune gêne.
-C’est possible dit-il simplement,
il avait lâché son regard et semblait absorbé par un livre sur la table, qu’il
prit machinalement et feuilleta pour se donner une contenance.
-Je ne voyais pas beaucoup de monde. Mais il y avait des
esclaves dans le palais. Que des femmes. Elle était peut être parmi eux ;
je n’en serais pas étonné. Mais elle m’a dit qu’elle ne m’avait jamais vu.
Il
parlait d’une voix calme, détachée, comme s’il s’agissait de quelqu’un d’autre.
-Elle ment peut être, répondit Sam
-C’est possible, en effet.
Un
lourd silence s’établit rompu uniquement par le bip des ordinateurs.
-Vous l’avez interrogée, mon
colonel ?
Il
sourit :
-Il parait que je la terrorise,
enfin d’après Jonas. Je crois qu’il est resté avec elle pour en savoir plus.
-Nous avons un briefing dans
quelques minutes, nous allons faire le point avec lui dit Sam. Mon colonel si
vous voulez bien m’excusez mais je voudrais finir cette petite expérience que
j’ai commencée avant la réunion.
-Bien major je vous laisse.
Sam
le regarda partir, il était pensif et n’avait pas blagué une seule fois, ce qui
était étrange, et pas du tout dans ses habitudes. Sans doute cette histoire de
Kali pensa t-elle, cela devait être très pénible pour lui.
Jonas
arriva en retard au briefing juste après le colonel.
-Excusez-moi général Hammond, mais
j’étais resté avec Léna. Nous avons beaucoup parlé.
-Bien Jonas expliquez-nous qui elle
est ?
-Elle me parait tout à fait
inoffensive, c’est une victime de Kali. Elle a été condamnée à mort sur cette
planète.
O’Neill
le regarda avec étonnement,
-Je croyais qu’elle ne connaissait
pas Kali ? Mais s’il s’agit de
Kali, ce n’est pas son genre de déporter
les gens. Je l’ai vu tuer des esclaves qui lui avaient déplu. Elle punit
elle-même et en éprouve une grande satisfaction. Elle fait régner la terreur
dans son palais.
C’était
bien la première fois qu’O’Neill parlait de Kali pendant un briefing. Il
n’était pas comme à l’accoutumée et Hammond s’en aperçut.
-Qu’y a-t-il colonel ? Quelque
chose ne va pas ?
-En fait il m’est arrivé un truc
bizarre. Mais je préfèrerais vous en parler seul à seul mon général.
-D’accord, allons dans mon bureau.
Jack
s’assit et il commença d’une manière un peu hésitante.
-Mon général, vous vous souvenez que
Daniel est apparu à Teal’c et à moi ?
-Absolument Jack, il est revenu vous
voir ?
-En fait non, mais j’ai eu une autre
visite. Cette nuit pendant que je dormais
-Vous avez fait un rêve ?
-Non, en fait je croyais que je
rêvais mais je l’ai vue, elle m’a parlé.
-Qui ? dit Hammond
-Carolina French, mon général. Je
sais que ça peut paraître idiot, mais elle est venue m’avertir d’un danger me
concernant.
Hammond
regarda son subordonné avec insistance :
-Quelle sorte de danger ?
-Un danger me concernant, moi
d’abord, la terre ensuite. Elle m’a dit que le danger viendrait d’une femme aux
cheveux blonds et aux yeux bleus.
-Un goa’uld ?
-J’ai tout de suite pensé au major
Carter. Mais je ne vois pas pourquoi Carter serait un danger pour nous. Et puis
cette Léna est arrivée, elle est blonde, mais je ne crois pas qu’elle ait les
yeux bleus. Je me méfie de cette femme
mon général. Appelez cela une intuition, je ne sais pas. Malheureusement je ne
peux pas vous en dire plus.
-Nous allons rester sur nos gardes
conclut Hammond. Je vais tenir compte de vos réserves concernant Léna. Je vais
la faire placer dans une cellule immédiatement.
Jonas
était retournée la voir malgré les ordres du général Hammond. Il savait qu’on
allait la mettre en détention, et voulait le lui dire.
Elle
l’accueillit en souriant :
-Jonas vous êtes revenu, je suis
contente, je commençais à m’ennuyer.
Jonas
était un peu crispé :
-Malheureusement j’ai une mauvaise
nouvelle pour vous Léna, le général Hammond veut vous mettre en cellule avec
interdiction de recevoir des visites.
Léna
le regarda suffoquée
-En prison !
Tout
sourire avait disparu de son visage, seule une détresse immense se lisait sur
ses traits.
-Pourquoi ?
Elle
se mit à pleurer, un chagrin silencieux qui fit mal à Jonas. Elle semblait se
résigner mais dans la douleur.
Elle
se jeta dans ses bras
-Jonas, je n’ai rien fait que subir
le courroux de ma reine. Elle m’a punie, c’est mon seul crime. Je ne vous veux
aucun mal. Ramenez-moi sur la planète où vous m’avez trouvée, laissez-moi y
mourir, mais ne m’enfermez pas dans une prison. J’étouffe dans votre base, il
n’y a pas d’air, que des murs gris et tristes.
Jonas
était ému et trouvait très injuste cette situation. Il essaya de lui faire
prendre patience.
-Ne résistez pas quand on viendra
vous chercher, faites preuve de bonne volonté pour montrer votre bonne foi. Ils
se rendront bien compte que vous n’êtes qu’une victime. Je vais parler pour
vous au général Hammond et au colonel O’Neill.
-Je suis sûre que ça vient de lui,
il a l’air de me détester dit Léna d’une voix plaintive.
-Pourquoi dites-vous ça ? Il ne
vous connaît pas dit Jonas surpris.
-Il a été si dur avec moi tout à
l’heure.
Le
jeune homme ne demandait qu’à la consoler, il ne s’en priva pas.
Léna
réfléchissait, cela faisait plusieurs mois déjà qu’elle était partie en mission
pour essayer de piéger les Tauris. Sa reine n’était pas pressée, le temps
jouait en sa faveur. Il fallait d’abord que SG1 trouve Léna. C’est cela qui
avait été le plus long. Quand elle était venue à la base l’année précédente,
Kali avait truffé le système informatique de mouchards et elle avait pu relever
toutes les planètes qu’ils n’avaient pas encore visitées. P3F655 en faisait
partie. Le plan de Kali était simple, Léna irait habiter sur cette planète,
surveillerait le shapaï et tendrait son piège quand ils viendraient. Ce qui
était étonnant dans ce plan c’est que tout paraîtrait naturel. La jeune fille
avait répété son rôle, cela ne lui serait pas difficile d’inspirer la pitié.
Elle pourrait pénétrer dans la base et préparer la venue de la reine.
La
soirée était bien avancée. Sam avait eu l’idée d’inviter chez elle ses amis
afin d’oublier un peu les soucis du quotidien. Il avait été décidé que l’on ne
parlerait pas boulot. Celui qui oserait le faire serait mis aussitôt à
l’amende.
Etaient
réunis dans le salon, Jonas, Janet, Jessica Paris, Adeline Tournon, Sam, le
colonel et Teal’c. Le général Hammond avait promis de passer en fin de soirée
car il devait assister à un spectacle de théâtre où ses petites filles jouaient
un rôle important.
Le
dîner qu’avaient préparé Sam et Jessica venue l’aider avait été très réussi.
Les vins étaient succulents et à la fin du repas tout le monde était fort gai.
Jonas était en train de raconter une mésaventure qui lui était arrivé quand il
était encore sur Kelonia quand on entendit nettement un coup de sonnette.
-C’est peut être le général Hammond
dit Jonas.
-Continuez votre histoire Jonas elle
est trop drôle j’en pleure dit Janet en s’essuyant les yeux.
Sam
alla ouvrir, une jeune femme un peu intimidée se tenait devant elle, elle était
vêtue simplement d’une robe bleue qui lui allait bien au teint. La température
étant clémente elle avait les bras découverts. Au cou elle portait une chaîne
en or avec une médaille. Elle ne disait rien se contentant de regarder Sam.
-Vous désirez madame, lui dit Sam
avec un grand sourire.
-Je voulais vous voir, vous êtes
Samantha Carter ?
-Oui, qui êtes-vous ?
-Je m’appelle Miranda et je viens de
très loin.
Elle
ajouta en entendant les rires qui venaient de l’intérieur de la maison,
-Je ne voudrais pas vous déranger,
vous avez du monde.
-Oh c’est rien dit Sam ils peuvent
se débrouiller sans moi. Et si vous m’expliquiez qui vous êtes ?
Miranda
sourit :
-Vous êtes sûr que ça ne vous
dérange pas ?
-Non pas du tout, entrez vous allez
prendre un verre avec nous.
Ils
avaient mis de la musique et Jonas se laissait entraîner passant d’une femme à
l’autre.
-Vous ne dansez pas colonel ? Dit
Janet en le prenant par la main.
-Surtout pas dit –il sans rire, à
moins que vous vouliez que je vous écrabouille les pieds !
-Sans façon colonel répondit Janet
en tourbillonnant au milieu du salon.
-Une nouvelle amie major ? Dit
Jonas en voyant la jeune fille.
-Je vais essayer de trouver un coin
tranquille, elle veut me parler, mais ça ne va pas être facile ajouta –telle en
riant. La musique était forte et couvrait les voix.
La
musique s’arrêta d’un coup, un oh désappointé jaillit de la piste de danse
improvisée.
-Eloignez-vous d’elle major !
Cria le colonel. Il faisait face à Miranda, le visage impénétrable. Tout le
monde faisait silence Sam réagit la première :
-Que se passe t-il mon
colonel ?
Il
passa du visage de Sam à celui de Miranda et jeta ces mots d’une voix
sourde :
-C’est Kali !
Sa
phrase fit l’effet d’une bombe.
-Kali ! Mon colonel ? Elle
ne lui ressemble pas du tout !
-Et pourtant, c’est elle comme elle
ne se montre jamais, au naturel, sans maquillage, sans artifices. Vous pouvez
me croire, je l’ai vue souvent ainsi.
Il était devant elle et la dominait de sa
haute taille.
-Qu’est ce que tu es venue faire
ici ?
Elle
le regardait sans comprendre, elle se mit à pleurer.
-Je suis désolée.
O’Neill
la regardait impassible, les bras croisés,
-Réponds-moi !
-Vous êtes sûr mon
colonel ! Dit Janet.Elle ne
ressemble pas du tout à une goa’uld !
-Je ne pourrais jamais oublier son
visage dit –il durement, même si je le voulais, c’est impossible.
Sam
s’approcha Miranda :
-Faites attention Carter, elle a
plus d’un piège dans son sac.
-Elle a plutôt l’air terrorisé
répondit Sam.
Et
elle la conduisit à un fauteuil où elle la fit asseoir.
-Et si vous nous expliquiez
maintenant.
-Je m’appelle Miranda et le colonel
O’Neill a raison d’une certaine manière car j’étais l’hôte de Kali.
-Etait ? Dit 0’Neill sur ses
gardes.
-Kali est morte, mais j’ai survécu.
. -C’est pas impossible ça
Carter ? demanda le colonel d’une voix dure.
-C’est ce qu’on a toujours cru, mais
on ne connaît pas tout des goa’ulds. Regardez Kendra, elle avait réussi à se
séparer de son symbiote, c’était une exception, à l’époque on le pensait, et il
y a eu aussi Skaara, il y en peut-être
d’autre, même si c’est très rare.
-Et si vous nous racontiez tout
depuis le début, dit-il.
Miranda
commença un long récit, elle le fit pour O’Neill, elle ne voyait que lui.
- J’étais une jeune esclave de la
déesse il y de cela quelques dizaines d’années. Quand un jour son hôte fut tué.
Nous étions partis assez loin du palais et trop loin d’un sarcophage. J’étais
la servante la plus proche d’elle, le symbiote m’a pris sans me demander mon
avis. Partie du palais comme esclave je revenais en souveraine. Etrangement
Kali ne m’avait pas détruite. Elle est extrêmement cruelle, et préférait me
laisser un peu de ma conscience pour que je profite pleinement de toutes ses
cruautés. Ma vie devint un enfer. Le sarcophage me transformait, de jour en
jour je devenais plus dure, plus méchante, plus exigeante. Mais au fond de
moi-même, il restait toujours un peu de Miranda. C’est alors que Kali fit ta
connaissance, dit –elle à O’Neill. Elle
s’était éprise de toi et revint te chercher dans ta base.
O’
Neill ne croyait pas trop à cette histoire. Il avait devant lui Kali. C’est
vrai qu’elle était très différente, ses yeux ne brillaient pas, sa voix était
normale, elle avait un air tellement humain, que l’on pouvait s’y laisser
prendre. La Kali qu’il avait connue avait toujours sa voix rauque et ne
quittait jamais ses manières cruelles. Mais les goa’ulds étaient capables de
tout, il en savait quelque chose.
Elle
continua son récit.
-Quand elle t’a ramené avec elle,
j’ai souvent pleuré dans le fond de mon cœur de la manière dont elle te
traitait. Elle s’est servie de mon corps pour te torturer, malgré moi
j’accomplissais les gestes, ma main ne pouvait résister à sa force, et c’est
impuissante que j’assistais à tous tes supplices, toutes tes douleurs, tous tes
cris. Elle hurlait sur toi par ma bouche. Oh je sais que tu ne me pardonneras
jamais, J’ai été un instrument entre ses mains, mais je suis le reflet,
l’extérieur, la façade de ce qu’elle a été.
O’Neill
n’avait pas bronché pendant tout ce récit. Il ne l’avait pas lâchée des yeux,
plongeant jusqu’au fond de son regard pour y discerner une quelconque
duplicité, soit elle était très forte, soit elle était sincère, mais il ne
trouva rien.
Quand
elle posa sa main sur son bras, malgré lui il recula.
-Ne crains rien, elle est morte,
elle ne peut plus te faire de mal.
-Elle est morte comment ?
Demanda Jonas.
-Elle a voulu fuir, se cacher. Elle
a quitté mon corps pour changer d’hôte et ainsi disparaître, mais elle n’a pas
pu le faire. Quand elle m’a quittée je l’ai tuée, tout simplement comme on
écrase un serpent. Elle avait tout prévu, sauf ça.
Miranda
son récit achevé le regarda :
-Que vas-tu faire de moi ?
Demanda t-elle, je ne sais pas où aller.
-Tu es venue seule ? Comment ?
-J’ai un petit vaisseau. Et il me
reste tous les souvenirs de Kali. Elle connaissait votre maison Sam, elle
savait beaucoup de choses de vous. Elle savait aussi où tu habites colonel. Par
contre elle ne vous connaissait pas dit-elle à Jonas, je ne sais pas qui vous
êtes.
-Tu n’as toujours pas répondu à la
question que je t’ai posée tout à l’heure. Pourquoi es-tu venue ?
-Parce qu’ils veulent me tuer. Parce
qu’ils veulent tuer Kali. Personne ne croit qu’elle est morte.
-Et pourquoi nous on te
croirait ? Poursuivit O’Neill implacable. C’est une histoire à dormir
debout.
-Si j’étais toujours Kali, il y a
longtemps que je t’aurais frappé pour te punir de ton insolence. Elle avait dit
cela très calmement. Sam et Janet commençaient à la croire.
Janet
eut une idée :
-il y a un moyen de savoir si elle
dit vrai Colonel.
-Ah oui et lequel ?
-Faisons lui passer une IRM du
cerveau. On verra bien si elle a un symbiote ou pas.
-Entendu dit O’Neill. Mais je
préférerais que ça ne se passe pas à la base. Je n’ai pas du tout envie qu’elle
y rentre.
- Aucun problème dit Janet, nous
irons à l’hôpital militaire dès demain matin. En attendant où va-t-elle
dormir ?
-Elle peut rester ici dit Sam.
O’Neill
n’était pas du tout d’accord.
-Non, major, je vais l’emmener avec
moi.
-Dans votre maison ? C’est
moins dangereux que chez moi ?
- Non major, mais je suis sur
mes gardes, pas vous dit –il en la regardant sévèrement. Teal’c vous
m’accompagnerez. Ça vous rassure major ?
-Oui mon colonel.
O’Neill
la fit monter dans sa voiture et accompagné de Teal’c ils se dirigèrent vers la
maison de Jack située à quelques minutes de celle du major Carter.
Miranda
était assise à côté de lui, elle regardait ses mains puissantes posées sur le
volant. Il faisait nuit et seules les quelques lumières de la ville éclairaient
les rues désertes. Quelques minutes plus tard il la conduisit dans une chambre
d’amis et se retira dans sa chambre.Teal’c avait préféré squatter le salon,
d’où il pouvait voir tout ce qui entrait et sortait de la maison.
La
chambre était simple mais elle avait l’air confortable. Rien à voir avec le
luxe habituel de Kali. Elle s’en contenterait. Elle ne savait pas ce qui
l’attendait, mais dans cette maison calme de Colorado Springs, elle se sentait mieux.
Elle s’endormit le cœur plus léger.
Elle
sortit de la chambre comme le jour se levait, elle avait gardé sa robe de la
veille car elle n’avait pas de quoi se changer. Elle apparut timidement au
seuil de la cuisine. O’Neill était entrain de préparer du café et un fumet
délicieux se répandait dans toute la pièce. Teal’c était déjà là. Il n’avait
pas dormi, juste fait un peu de kel’no’rim, pour se détendre, mais il avait eu
un peu de mal car il était préoccupé. Jack ne l’avait pas entendue venir, il sursauta
comme elle lui adressait la parole.
-Excuse moi je ne voulais pas te
faire peur.
-Oh, je ne t’avais pas entendu
entrer.
Elle
avait froid et se tenait les bras croisés pour essayer de se réchauffer. Il
s’en aperçut et lui tendit un pull.
-C’est un peu grand pour toi.
-C’est pas grave, tu es si gentil.
-Tu veux du café ?
-Qu’est ce que c’est ?
-Juste une boisson chaude, dont nous
terriens sommes assez friands. Je ne vais pas t’empoisonner, tu sais.
-Excuse-moi colonel, mais je
comprends très bien ce que la situation peut avoir de gênante pour toi.
-Gênante ? Ce n’est pas le mot
que j’emploierais dit-il.
Elle
tenait son bol avec ses deux mains comme une petite fille, elle but lentement,
et le liquide la réchauffa. Elle le
regardait, il était plongé dans ses pensées, quand Teal’c l’en sortit
-O’Neill nous avons bientôt
rendez-vous à l’hôpital !
-Oui, on y va.
-Je voulais te demander pardon,
colonel, j’ai dit hier soir que j’avais sa mémoire, je me souviens de tout. Je
sais que tu ne me pardonneras jamais, mais je tenais à te le dire. Elle le
regardait de manière très franche, elle avait un doux regard brun auquel il
n’était pas habitué.
-Tu as toute sa mémoire ? Tu
sais tout ce qu’elle a fait ?
-Oui,
-Alors te fatigue pas, je ne pourrais
jamais te pardonner.
-Mais ce n’était pas moi !
-Si c’était toi, et il lui prit la
main gauche.
-Tu vois cette main, c’est celle-là
qui tenait l’arme de poing. Je la reconnais très bien, il n’y a aucune
différence.
-Si, il y en a une, elle occupait mon
corps, elle avait pris mon esprit ne laissant subsister qu’un semblant de
conscience juste pour me rappeler qui elle était, et qui j’étais. Je sais que
c’est cette main qui a fait tant de choses cruelles, mais c’est elle qui la
tenait, pas moi Miranda.
-Navré pour toi, mais moi ces
histoires de serpents, je m’y intéresse que pour une seule raison : les
tuer ! Dit-il d’un ton bref et sans appel.
Miranda
redressa les épaules, elle le regarda fièrement.
-Tu peux penser ce que tu veux, ça
ne changera rien aux faits. Et si maintenant vous m’emmeniez dans cet hôpital,
pour que je vous prouve que je suis plus un Goa’uld !
A
l’hôpital, Janet la prit en main et lui expliqua les différents examens qu’elle
allait lui faire.
-Ce ne sera pas du tout douloureux,
rassurez-vous.
-Colonel ? Vous nous attendez
là ou vous rentrez à la base ? Dit Janet. Cela peut durer un moment.
-Je vais rentrer à la base, vous me
tenez au courant.
-Rassurez-vous colonel, vous serez
le premier averti.
Le
général Hammond avait écouté très attentivement le récit de la fin de la soirée
chez Sam, sans intervenir une seule fois. Son regard un peu sceptique passait
de l’un à l’autre. O’Neill ne disait rien, il était plongé dans la
contemplation des papiers qu’il avait devant lui.
-Vous dites major, que c’est Kali,
mais que ce n’est plus elle ? Comment est-ce possible ?
- En fait, tant que nous n’aurons
pas les résultats des examens on n’est pas sûr à cent pour cent, dit Sam.
-Vous avez bien raison d’être
prudente major, dit O’Neill, amer, on ne l’est jamais trop avec ces têtes de
serpents !
-Rompez dit Hammond, j’attendrai
l’appel du docteur Frazier pour prendre ma décision. Colonel, vous devriez passer par
l’infirmerie, je trouve que vous êtes bien nerveux.
-Il y a de quoi mon général !
-Faites ce que je vous dis. Je vais
prévenir le docteur Paris de votre arrivée, comme ça vous ne pourrez pas vous
défiler !
-A vos ordres
Jessica
sourit en le voyant arriver très lentement. Elle lui trouva mauvaise mise.
-La gueule de bois Jack ?
-J’ai beaucoup trop bu c’est vrai,
mais c’est pas ça, dit-il seulement.
-Je vois dit Jessica, le général
Hammond a peur que vous fassiez trop de tension.
En
effet la tension de O’Neill était beaucoup trop élevée.
-Il va falloir vous mettre au régime,
plus de café ni de bières. C’est beaucoup trop excitant, dit-elle sévèrement.
-Ah non pas ça, pitié ! Vous
les toubibs, vous ne supprimez que ce qui est bon. Pourquoi ne suis-je pas
privé de Goa’ulds ? Ce serait génial ! Je vous jure docteur que je
n’aurais plus de tension !
Sa
remarque avait détendu l’atmosphère et ils rirent un peu ce qui leur fit à tous
les deux beaucoup de bien.
Jessica
était inquiète, l’atmosphère de la base était différente depuis l’arrivée de
Léna, et si maintenant ils ramenaient Miranda ! Elle trouvait que Jonas
passait beaucoup de temps avec la prisonnière. Et puis il y avait une
recrudescence de petits troubles que l’on retrouve dans les périodes de
tension, maux de ventre, migraines…
Janet
avait ramené Miranda à la base. O’Neill n’en croyait pas ses yeux !
-J’avais dit qu’elle ne devait
entrer sous aucun prétexte. Vous êtes folle ou quoi ?
-Calmez-vous colonel, j’apporte la
preuve que Miranda n’est plus un goa’uld.
Elle
leur fit voir les radios et les clichés de l’IRM. On ne voyait plus rien.
-Par contre là dit Janet, on voit un
vide, à l’emplacement du symbiote. Cela ne doit pas faire longtemps que le
goa’uld a quitté Miranda.
-La mort de Kali remonte à
quand ? Lui demanda le général Hammond.
-Elle m’a dit une semaine, ce qui
correspond. Dans quelque temps il n’y aura plus de vide, les tissus de Miranda
auront pris la place.
Et
se tournant vers O’Neill le général conclut :
-Je ne veux plus qu’on la traite
comme une ennemie ! Elle peut circuler dans la base dans les endroits
autorisés par la sécurité. Cette jeune femme est une victime et elle a droit à
toute notre considération.
-Mais… voulut dire O’Neill.
-Colonel, reprit sévèrement le
général, c’est un ordre !
-Bien mon général, sa bouche
acquiesçait ce que son regard refusait. Il n’était pas du tout d’accord, mais
apparemment il était le seul. Il voyait Sam, Jonas même Teal’c, sourire à la
jeune femme. Il en éprouva du dépit, de la colère, un manque de respect pour
lui-même et de ce qu’il avait souffert entre les mains de cette femme. Il
s’enferma dans ses quartiers et n’en bougea plus de la journée. Le soir, il
n’alla même pas au mess, il n’avait qu’une envie dormir pour oublier tout ça.
Le
général avait fait libérer Léna. Il avait fait se rencontrer les deux femmes.
Léna
s’était jetée aux pieds de celle qu’elle croyait être encore sa déesse.
Celui-ci
la releva et essuya ses joues inondées de larmes.
-Ne pleure plus Léna, je suis
Miranda, Kali est morte. Définitivement morte.
Les
deux jeunes femmes partageaient un appartement à la base, celui réservé aux
invités de marque. Il comprenait une grande chambre avec attenant un cabinet de
toilette et un petit salon. L’appartement n’était pas très grand. Miranda
regarda autour d’elle, il n’y avait pas de caméras de surveillance.
-Assieds-toi près de moi dit-elle à
Léna nous devons parler.
Le
lendemain le général Hammond réunit un briefing d’urgence. Il fallait statuer
sur le sort des jeunes femmes. Plusieurs possibilités s’offraient à lui. Il
n’était pas question qu’elles restent sur la terre, mais il avait contacté deux
ou trois planètes qui étaient prêtes à les accueillir. Il les avait choisies en
fonction de leur niveau technologique. Il ne voulait pas renouveler l’affront
qu’il avait eu avec les Tollans.
Hammond
regardait sa montre toutes les deux minutes.
-Le colonel est encore en retard.
Personne ne l’a vu ce matin ? Dit-il à la cantonade.
-Je ne l’ai pas vu non plus hier
soir, dit Sam.
-Il n’est pas venu vous voir dans
votre labo ? Demanda Jonas, c’est étonnant !
-Non, mais j’étais sur une
expérience importante que je voulais finir absolument, et j’avais fermé ma
porte.
-Je vais aller voir dans ses
quartiers dit Teal’c.
Quelques
minutes plus tard Teal’c revint en courant,
-Le colonel n’est pas dans ses quartiers,
personne de l’a vu depuis hier matin.
-Oui, dit Hammond je lui avais fait
une remarque et il était parti pas très content. Personne ne l’a vu
depuis ?
Hammond
déclencha l’alarme et par l’interphone ordonna le bouclage de toute la base. Il
fallait retrouver le colonel.
-Mon général, dit le lieutenant
Rogers, les deux femmes aussi ont disparu.
-Major ? Dit Hammond en se
tournant vers Sam, La porte des étoiles a t-elle été actionnée sans qu’on le
remarque au cours de la nuit.
Sam
le regarda effarée,
-C’est impossible mon général, les
alarmes nous auraient réveillés.
-Pas si on les avait neutralisées
dit Jonas.
Hammond
lui jeta un bref coup d’œil
-C’est possible Major ?
-Tout est possible. Je vais vérifier
immédiatement les ordinateurs.
La
base fut mise fut le pied de guerre. Tout le personnel présent interrogé. Les
ordinateurs étaient en panne, plus personne ne pouvait entrer ni sortir de la
base, la porte des étoiles était condamnée. Impossible de savoir si quelqu’un
s’en était servi au cours de la nuit. Il était cependant probable que oui. Le
colonel était parti avec les deux jeunes femmes, pour une destination inconnue.
Les
restes de nourriture et de boisson consommés au mess la veille au soir
contenaient une importante quantité de somnifères. On comprenait mieux pourquoi
personne n’avait rien entendu.
Il
avait froid. Il n’était revêtu que d’un tee-shirt et d’un pantalon. Elle ne lui
avait pas laissé le temps de s’habiller. Il était pieds nus. Elle l’avait
obligée à boire une mixture qui lui avait embrumé la tête. Elles l’avaient
porté dans la base jusqu’à la porte des étoiles. Puis Miranda avait brouillé
l’ordinateur et elles avaient pu partir sans être le moins du monde inquiétées.
Ils ne s’apercevraient de son départ que longtemps après. Et même s’ils
retrouvaient leur trace, il y aurait belle lurette qu’ils seraient partis vers
d’autres lieux. Les deux jeunes femmes étaient bien différentes de ce qu’elles
étaient à la base. Léna avait naturellement repris son service. Elle se fichait
de savoir qui elle avait devant elle. On la commandait, elle obéissait.
Elle
regardait le prisonnier qui reprenait lentement conscience. Il se leva, eut un
étourdissement, et resta assis.
Léna
le regardait tranquillement :
-Ne bouge pas trop vite, tu as bu
une drogue puissante.
-Je sais maintenant où je t’ai vue
dit –il, tu es une de ses esclaves. Je t’ai vu au palais de Kali.
Elle
hocha la tête sans répondre.
- Où sommes-nous ? Dit-il.
Il
la voyait dans la pleine lumière du soleil levant. Ses cheveux blonds très
clairs prenaient des reflets dorés, et ses yeux bleus brillaient doucement dans
son visage serein.
Une jeune femme
blonde aux yeux bleus pensa t-il. C’était une réminiscence de quelque
chose mais il ne savait plus trop quoi. Puis il repensa à Carolina. Il eut un
geste de colère
Pourquoi les êtres
supérieurs ne sont-ils pas plus clairs dans leurs explications ?
Léna
était heureuse, elle avait pleinement réussi sa mission. Ramener l’esclave à sa
reine. Même si celle-ci était devenue différente, elle restait sa reine.
Elle
prit la main d’O’Neill
-Viens avec moi, je vais te conduire
à elle.
Le
climat de la planète était froid, il y avait un vent très fort qui soufflait.
Il s’aperçut qu’ils étaient en altitude. Le paysage était montagneux, il n’y
avait pas de maisons mais quelques chalets construits au bord d’un torrent.
Ils
prirent un chemin un peu abrupt et montèrent d’une centaine de mètres environ.
Dans
une clairière un palais était construit. Il était en pierres du pays, une roche
jaune sur laquelle le soleil mettait des reflets blonds. Des tourelles d’angles
faisaient plus penser à un château fort qu’à un palais. Des hommes en armes
défendaient l’entrée, mais ils laissèrent passer Léna, en s’inclinant
profondément devant elle.
O’Neill
était dans l’expectative, il ne savait pas ce qu’il allait trouver à
l’intérieur de ce palais, il restait très méfiant. Malheureusement pour lui, il
n’avait aucune marge de manœuvre, il était désarmé, nus pieds, ce qui sur les
chemins de montagne était fort désagréable.
Autant
l’extérieur du bâtiment était sobre, autant l’intérieur était luxueux. La
lumière entrait à flots par les larges fenêtres, des tentures de soie et des
tapisseries ornaient les murs. Sur une table un vase de roses pourpres. Il
frissonna quand il vit les roses, les préférées de Kali. Il n’eut pas le temps
de penser qu’il s’était encore fait rouler quand Miranda parut devant lui.
Elle
était identique à la jeune fille de la base. Elle souriait et vint vers lui.
Il
attaqua de front :
-Pourquoi m’as-tu amené ici ?
Elle
sourit avec indulgence :
-Tu l’apprendras bien assez tôt. En
attendant viens t’asseoir et mange, lui dit–elle en lui montrant une table où
un repas pour trois était préparé.
Elle vit qu’il avait les pieds en sang.
-On va te soigner, Léna tu peux t’en
occuper ?
-Bien ma reine fit la jeune fille en
s’inclinant.
-Pourquoi t’appelle t-elle ma
reine ?
-Parce que pour elle je suis
toujours Kali, et elle m’obéit. Je l’ai prise à mon service.
Une
jeune esclave faisait le service et s’inclinait respectueusement devant
Miranda.
-Attends, tu ne leur as pas dit que
Kali était morte ?
-Si bien sûr, mais qu’est ce que tu
crois ? Ce sont des esclaves, elles ont l’habitude d’obéir, et puis elles
me reconnaissent. Donc pour elle il n’y a aucun changement.
Pendant
ce temps Léna était revenue avec des compresses et elle entreprit de lui
soigner les écorchures de ses pieds. Elle lui mit un baume qui le soulagea
immédiatement.
O’Neill
s’aperçut qu’il avait faim et il fit honneur au repas. Mais il se méfia des
boissons et ne but que de l’eau.
Il
revint à la charge :
-Tu ne m’as pas répondu, qu’est ce
que je fais ici ?
-Pour le moment rien du tout, tu
attends. Mais tu seras bien traité. Tu peux sortir du palais et aller où tu
veux. Il me reste encore beaucoup de choses à faire dit-elle simplement.
-Miranda ! Et si je cherche à
m’échapper que se passera –t il ?
-Tu veux vraiment le savoir ?
Et
sans attendre de réponse :
-Gardes dit-elle d’une voix à peine
plus forte. Une dizaine de jaffas commencèrent à cerner le colonel, lui coupant
toute retraite.
Il
leva les bras en signe de bonne volonté
-Bon, ça va, j’ai
compris ! Je suis prisonnier !
-Naturellement tu es prisonnier.
-Finalement tes méthodes ne
diffèrent pas beaucoup des siennes.
Elle
rit
-Oh si, je suis beaucoup plus douce.
-Pourquoi fais-tu ça ? Si tu n’es plus un goa’uld pourquoi agis-tu
comme eux ?
-Tu trouves que j’agis comme
eux ? Kali t’aurait torturé dès ton
arrivée, et tu serais déjà dans son lit.
Il
eut une petite mimique d’assentiment mais n’ajouta rien.
Cette
nuit là il dormit dans la grande salle du palais. On ne lui avait pas dit où
aller. Il était fatigué et s’était allongé là par terre, sur le sol dur. Le
sommeil était venu rapidement malgré son inquiétude.
Au
cours de la nuit il crut sentir un souffle sur sa peau. Il ouvrit les yeux,
elle était là sa bonne fée penchée sur lui. Il eut un geste d’impatience.
-Carolina, tu arrives après la
bataille.
-Tu n’as pas suivi mes conseils, je
t’avais dit de te méfier de la jeune femme blonde !
-Mais pourquoi tu ne m’as pas dit
son nom ? J’ai pensé que c’ était Sam. Je n’ai compris qu’ici que c’était
Léna.
Carolina
hocha tristement la tête :
-Je ne t’ai rien dit parce que je ne
savais pas son nom. Mais si tu avais réfléchi un peu tu aurais compris que ce
n’était pas Sam. J’aurais prononcé son nom. Mais tu réfléchis toujours après
mon pauvre Jack !
-Ah non je ne suis pas ton pauvre
Jack ! Et puis si tu avais été plus claire aussi. C’est agaçant ces
visites qui ne servent à rien qu’à vous embrouiller l’esprit. Parce que si tu
es là pour me gronder, c’est pas la peine tu peux repartir.
Il était furieux des reproches qu’elle lui
faisait. Il estimait qu’il n’avait pas commis d’erreurs.
Carolina
ne répondit pas. Elle était toujours là et le regardait de son profond regard
gris.
-Tu as autre chose à me dire ?
Ce que je fais là par exemple ?
Elle
hocha la tête tristement :
-Malheureusement, non. Tu penses
bien que je te le dirais autrement. Je vais te quitter Jack, je n’aurais déjà
pas dû revenir une seconde fois. Mais je voulais savoir si tu allais bien. Ils
me l’ont autorisé, mais cela ne se renouvellera pas.
-Et si d’un coup ça devient une
catastrophe pour moi tu reviendras me donner un coup de main.
-Jack, je viens de te dire que
non ! Je suis désolée.
-Pas tant que moi, Carolina.
Elle
se pencha et il sentit un souffle léger sur ses lèvres, comme un baiser très
doux qu’elle lui aurait donné.
La
base était en état d’alerte permanente. Plusieurs équipes étaient coincées sur
des planètes lointaines et Hammond était très inquiet. Les ordinateurs
n’étaient pas réparables dans l’immédiat. Tous les techniciens parmi les plus
expérimentés étaient penchés des journées entières sur les entrailles des
machines. Sam ne dormait plus. Elle était au bord de l’épuisement. Hammond lui
avait ordonné d’aller dans ses quartiers prendre quelques heures de sommeil.
Son inquiétude pour O’Neill grandissait d’heure en heure. Elle l’imaginait
mourant dans les pires supplices. C’était beaucoup plus qu’elle ne pouvait en
supporter. Devant les autres elle tenait le coup, mais là dans la solitude de
ses quartiers elle craqua.
Jack, où
êtes-vous ?
Tout le monde
s’appuyait sur elle, c’était la spécialiste de la porte des étoiles. Elle avait
habitué tout le monde à trouver toutes les solutions, en un temps record. Mais
là elle n’en pouvait plus. Et c’était encore son colonel qui était en danger.
Et pourquoi cette Miranda l’aurait-elle enlevé ?
Elle
ne put trouver le sommeil et décida d’aller voir Janet.
-Vous êtes sûre que Miranda n’est
plus Kali ? Lui dit-elle d’une voix proche des larmes.
-Pour répondre à votre question, oui
j’en suis sûre. Mais il y a toujours un doute avec les Goa’ulds, ils ont une
telle avance technologique sur nous. Ou plutôt ils savent très bien piller la
galaxie, et se servir de ce qu’ils n’inventent pas.
-C’est ça qui m’inquiète dit Sam. Je
ne vois que deux possibilités, et elles sont toutes les deux
inacceptables : Soit Miranda est au service de Kali qui a pris un autre
hôte. Où Miranda est toujours Kali et elle a réussi à nous le dissimuler.
-Vous avez raison Sam, j’opterais
pour la deuxième solution, Miranda est
toujours Kali. Elle possédait un bouclier d’invisibilité, elle aura peut-être
trouvé une technique pour ne dissimuler que le symbiote.
-Ce qui veut dire que Kali a repris
le colonel ! Oh mon Dieu, Elle va lui faire payer au centuple « sa
mort ». Elle va le torturer, il ne reviendra jamais.
-Comment peut-on faire pour
l’aider ?
Janet
sourit :
-Bon je vois que vous n’avez pas
baissé les bras ! Tant mieux Sam.
Sam
continua sans relever la remarque de Janet. Elle devait rester concentrée, pour
lui, pour l’aider. Il avait besoin d’elle. C’était pour Sam la plus grande des
motivations.
-Je crois que j’ai une petite idée
dit-elle après un silence. Elle quitta Janet et repartit d’un bon pas vers la
salle de contrôle.
Léna
remplissait le vase de nouvelles roses pourpres. Elle regardait O’Neill en
douce. Elle n’avait pas le droit de lui parler hors de la présence de Miranda.
Il était toujours allongé sur le sol et dormait profondément. Son sommeil
n’était sans doute pas étranger à la drogue qu’elle avait mis dans sa
nourriture la veille au soir. Elle l’avait fait à l’insu de sa maîtresse, parce
qu’elle le sentait fatigué, et qu’il avait besoin de sommeil. Elle avait peur
de lui avoir donné une dose trop forte. Si Miranda le voyait endormi quand elle
se réveillerait elle serait sûrement furieuse.
Elle
s’approcha de lui et le toucha, au même moment Miranda fit une apparition
majestueuse. Elle avait revêtu les habits de Kali, une somptueuse robe noire
tissée d’or, ses cheveux étaient relevés et retenus par un diadème en or
également. Un maquillage soigné mettait en valeur ses magnifiques yeux noirs et
elle faisait porter sa traîne par deux enfants esclaves, petits noirs au regard
de braise qui roulaient des yeux effarés.
-Léna ! La voix roula sous la
voûte de la salle. Je t’avais interdit de toucher le prisonnier et même de t’en
approcher. C’est alors qu’elle vit qu’O’Neill qui ne bougeait toujours pas.
-Oh ma reine sanglota Léna aux pieds
de Miranda, j’avais peur qu’il ne soit arrivé quelque chose à ton prisonnier,
je l’ai juste touché pour voir s’il allait bien.
Miranda
se radoucit :
-Relève-toi, je m’en occupe.
Pendant
ce temps O’Neill émergeait difficilement d’un long sommeil, il se sentait
groggy. Il se leva et sursauta quand il la vit. Il murmura :
-Kali, j’en étais sûr.
Une
angoisse sourde montait en lui, c’était peut être l’effet de la drogue que Léna
lui avait fait boire, mais il se sentait faible, et si fatigué.
-Viens te mettre là lui dit-elle en
montrant le pied de son trône sur laquelle elle alla s’asseoir.
Il
se leva péniblement, il avait du mal à garder les idées claires. Qu’est ce
qu’elle lui voulait ? Elle était si
différente que dans son souvenir. Pourtant devant lui, il avait le visage de
celle qui l’avait fait tant souffrir, celle qu’il avait tuée.
Il
se laissa tomber plus qu’il ne s’assit.
Alors
elle lui parla, lui racontant ce qu’était sa vie d’hôte. La souffrance de ce
corps emprisonné et bâillonné, obligé d’agir contre sa volonté, consciente des
pensées de Kali. Ressentant le dégoût et la haine à chaque minute pour tout ce
qu’on l’obligeait à faire. Elle lui expliqua les fureurs de la reine, qui la
plongeait dans la honte, sa fatigue aussi quelquefois. Sa fatigue qui la
faisait se relâcher par moment, quand elle le soignait.
-Car il ne faut pas croire qu’elle
avait changé, c’est moi qui parfois l’influençais dans ses moments de fatigue.
Elle tombait parfois dans de curieuses crises de catalepsie où la mettait sa
fureur.
O’Neill
ne l’écoutait pas, il se fichait complètement des états d’âme de Miranda, la
seule chose qu’il comprenait, c’est qu’il était retombé aux mains de Kali et
que c’était la pire chose qui pouvait lui arriver.
Elle
se sentait fatiguée, elle accusait le poids des ans maintenant qu’elle était
seule. Toute sa vie avait été difficile, cruelle, et aujourd'hui il lui fallait
encore en payer le prix. Elle avait mal dans le
dos, les jambes, elle se sentait anormalement fatiguée, mais ne s’en
inquiéta pas. Elle n’avait plus qu’un seul but, obtenir le pardon, la
rédemption pour toutes ses fautes.
Elle
voulait qu’il voit combien elle avait changé, le démon étant parti de son corps
et de son âme, il ne lui restait qu’un corps affaibli qui se dégradait de jour
en jour. Elle savait que son heure était proche, quelques semaines, ou quelques
jours.
-Viens avec moi lui dit-elle
sèchement.
Il
la suivit, malgré lui il subissait son ascendant, et peut-être que la drogue
donnée par Léna lui faisait encore de l’effet, mais il ne se sentait pas dans
son état normal. Elle le fit entrer dans sa chambre, il recula,
Elle
sourit avec indulgence comme devant un enfant apeuré
-Non, ce n’est pas ce que tu crois,
je veux juste te montrer quelque chose.
Regarde-moi
bien.
Elle
commença par détacher ses magnifiques cheveux noirs, maintenant striés de
blanc, ils tombaient par poignées et
flottaient autour de sa tête en petits filaments légers. Elle enleva tout
maquillage et se plaça en pleine lumière pour qu’il la regarde. Sa peau était
finement ridée autour des yeux, de sa bouche. Le contour de son visage était
moins net. Elle se tenait penchée, légèrement voûtée, elle qui avait autrefois
tant de prestance. Quand elle se mit nue, elle détourna le regard, elle avait
peur, mais il fallait qu’il voit qu’elle n’était plus Kali, et quelle meilleure
preuve qu’un corps dégradé. Elle avait beaucoup maigri, sa peau paraissait trop
grande pour son corps frêle. Elle tendit une main vers lui, cette main là ne
ressemblait plus à celle qui l’avait tant torturé, elle était ridée et
déformée, une main de vieille femme. Le temps l’avait rattrapée, en quelques
heures elle avait pris vingt ans.
Il
se tenait debout, le regard fixe, dans ses yeux passait par instant une lueur
de pitié. Elle s’en aperçut, et cela la mit en colère :
-Je ne veux pas que tu aies pitié de
moi, je veux que tu me pardonnes.
Il
fit non de la tête :
-Non, je ne peux pas.
-Tu vois bien que je ne suis plus
elle ? Je pourrais ne pas vieillir si je le voulais, je pourrais utiliser
le sarcophage, mais je m’y refuse. Je dois payer pour tous les crimes qu’elle a
commis, je vais bientôt mourir, tu vois colonel, je voudrais partir en paix.
Il
fit non à nouveau. Son regard était dur maintenant.
-C’est impossible je ne peux pas.
Il
voyait les larmes qui coulaient sur son visage, il ne fit pas un geste, il
sortit de la pièce sans un mot la laissant seule, toute à sa douleur.
Le
lendemain elle ne put se lever et le fit appeler. Il eut un haut le corps en la
voyant. Son visage était maintenant encadré de cheveux blancs et clairsemés.
Elle disparaissait au fond du lit, si menue, si légère. Même sa voix avait
changé, un chuchotement, une pauvre voix brisée par l’âge et la douleur.
-Viens près de moi, j’ai encore des
choses à te dire. Elle était mourante et
parlait d’une voix si faible qu’il
dut se rapprocher pour l’entendre.
-Quand j’avais quinze ans je portais
en moi toute l’espérance du monde. J’appartenais à un peuple fier. Notre niveau
technologique était comparable à celui de la terre, je voulais m’occuper des
autres, être infirmière ou assistante social, un métier qui me mettrait au
contact des autres. Je travaillais bien à l’école j’avais des amies, j’allais
au cinéma, je regardais la télévision.
J’appartenais à une famille assez pauvre, mais on m’avait inculqué des
valeurs traditionnelles, des valeurs morales du travail bien fait, de courage,
d’amour. Tout cela m’avait formé et je grandissais en essayant de me conformer
à ces valeurs. Jusqu’au jour où elle arriva, c’était une très belle femme, elle
nous a menti, elle nous a déportés, fait creuser dans les mines de naquada.
Toute notre vie a basculé du jour au lendemain. La misère est survenue, les
écoles ont fermé. Adieu tous mes beaux projets. Puis plus tard l’horreur est
survenue quand elle a pris possession de moi.
-Regarde-moi maintenant ajouta
t-elle, est ce que je lui ressemble encore ? Dis-moi qui tu as devant toi.
O’Neill
était beaucoup plus troublé qu’il ne voulait l’admettre. Le parcours de cette
femme avait été terrifiant. Il n’avait pas le droit de la juger, il le sentait,
mais c’était encore trop dur, c’était trop tôt. Il ne la reconnaissait plus,
c’est vrai, la Kali qu’il avait connue avait disparu. Mais il ne se sentait pas
encore prêt.
-Pourquoi tu te sens le droit de me
juger ? Qui es-tu pour ça ?
Imagine qu’un jour le fier Jack O’Neill devienne un Goa’uld, est ce qu’on
pourra reprocher à l’hôte les crimes du symbiote ? Je sais que c’est
difficile, mais je m’épuise à te parler, je vais mourir colonel, dans quelques
heures sans doute, il ne restera plus rien de moi, et je ne peux pas partir
sans ton pardon.
Elle
avait jeté ces derniers mots comme un cri, un hurlement venu du fond de son
être. Elle s’accrochait, elle sentait qu’il lui fallait encore un peu de temps.
Mais c’était ça qui lui manquait le plus, le temps.
La
conscience et le cœur de Jack étaient un vrai champ de bataille. Il savait
qu’il aurait du pardonner, mais c’était trop dur. Il se traita d’égoïste, mais
il n’y arrivait pas. Il savait bien que devant la mort les choses changent,
tout s’apaise, tout se relativise. Elle ne vivait que pour ce pardon qu’il
était bien incapable de lui donner.
Il
sortit du palais incapable d’y rester davantage. Il croisa Léna qui le regarda
avec étonnement. Il ne la vit pas et s’engagea sur un chemin qui menait à un
petit torrent. Il avait besoin d’être seul, pour réfléchir. Il repensait sans
cesse à son séjour forcé dans le palais de Kali. Un long séjour de sept mois où
elle lui avait tout fait. Il ne pouvait pas oublier, il n’oublierait jamais.
Mais Miranda ? Etait-ce de sa
faute ? Il n’avait pas le droit de la laisser mourir ainsi. C’était trop
cruel, elle était aussi une victime. On ne lui demandait pas de pardonner à
Kali, mais à son hôte.
Il
revint en toute hâte vers le palais, il n’y avait personne. Tout le monde avait
déserté la moribonde qui était seule, respirant avec difficulté.
Il
s’approcha et ne la reconnut pas. Elle avait maintenant plus de cent ans.
-Qui est là ? Dit-elle
d’une voix faible.
Il
s’approcha très près, elle avait l’air de ne plus voir.
-C’est moi O’Neill, tu ne me vois
pas ?
-Non, je suis devenue aveugle.
-J’ai bien réfléchi, à tout ce que tu
m’as dit, je n’ai pas le droit de te laisser partir ainsi. Je te pardonne
Miranda, mais à toi seule, et je vais te le prouver, je vais te rendre ta
beauté, celle de tes vingt ans. Tu as trop souffert, je n’ai pas le droit de te
condamner. Tu pourras reprendre une autre vie.
-Merci, colonel, un sourire radieux
éclaira son visage, qui sembla d’un coup rajeunir.
Il
la porta dans ses bras, elle se blottit contre lui, il la déposa dans le
sarcophage dont le couvercle se referma lentement sur la beauté ravagée de
celle qui avait été la toute puissante Kali.
2ème
partie
La
douleur la suffoquait. Elle était parfois prise de violents maux de têtes.Tout
son
corps la torturait. Elle dut s’asseoir sur le chemin pour essayer d’endiguer un
flot de douleurs. C’était une souffrance qui lui tenaillait le crâne, comme si
elle avait la tête prise dans un étau. Elle respira lentement et profondément
et reprit son souffle. La douleur reflua lui laissant le cerveau vide et en
proie au vertige.
Elle
décida de rentrer et de se reposer. Elle ne se sentait pas bien. Elle se
souvenait seulement être tombée la tête contre une pierre, il y avait quelque
temps déjà, et depuis qu’elle était revenue à elle, cette douleur lui brisait
les os. Elle avait bien pensé à demander de l’aide, mais elle n’avait pas osé.
Elle avait eu peur qu’on lui trouve quelque chose de grave. Et depuis qu’ils
étaient revenus, il lui semblait que son état s’était aggravé. Il lui arrivait
parfois de pleurer quand elle était seule.
Le
sarcophage s’ouvrit lentement éclairé de l’intérieur. Elle était comme un bijou
dans son écrin. Le visage reposé, rajeuni, un sang neuf coulant dans ses
veines. Elle se leva et le vit, il attendait.
-Tu es resté près de moi ?
-Oui, je suis heureux pour toi, mais
maintenant je voudrais rentrer chez moi.
-Bien sûr. Tu peux partir. Mais
avant je voulais te remercier pour ça.
Elle passa les mains sur son visage, et son
corps,
- Grâce à toi je vais pouvoir
revivre. Sa voix était redevenue pure et chantante, elle avait repris le parler
de chez elle, un accent de soleil qu’elle avait oublié depuis longtemps.
-Tu sais où aller ?
-Je vais rentrer chez moi, je ne
sais pas ce qui reste de ma planète mais je la reconstruirai.
-Je te souhaite bonne chance
Miranda.
-Adieu, colonel, je ne t’oublierai
jamais. Et avant de franchir le shapaï, elle l’embrassa légèrement sur les
lèvres. Elle disparut dans la flaque bleutée un merveilleux sourire sur son
visage.
Non,
O’Neill ne regrettait pas ce qu’il avait fait.
Il
commençait à introduire le code d’une planète dont il se rappelait les
coordonnées, quand il entendit une voix :
-Tu comptes aller où comme ça ?
Tout
se figea, il se retourna lentement, le tableau qui s’offrait à sa vue lui parut
surréaliste. Il lui semblait que le temps avait ralenti, les jaffas se
rapprochaient, leur lances ouvertes crachant le feu, ils étaient une dizaine, à
quelques mètres de lui ils s’arrêtèrent, puis s’avançant majestueusement, il la
vit, devant lui, elle lui souriait, c’était Léna, ces yeux bleus brillaient et
elle avait répandu dans son dos sa magnifique chevelure blonde. Elle avait
revêtu une longue robe de mousseline noire qui mettait en valeur son teint
clair, elle portait des bijoux. C’était la première fois qu’il la voyait ainsi.
Elle semblait avoir perdu l’innocence de la petite esclave et c’est une femme
sûre d’elle qui lui adressa la parole :
-Miranda t’a menti !
A
la base tout était réparé, les ordinateurs fonctionnaient. Les équipes piégées
avaient pu revenir au bercail. Tout était rentré dans l’ordre sauf le moral de
SG1. Sam avait passé un moment loin de
la base sur les ordres du général Hammond. Un séjour prolongé avec son père lui
avait fait du bien. Jacob avait essayé de trouver sur quelle planète pouvait
être détenu le colonel, mais personne n’avait vu Kali depuis longtemps, ses
planètes étaient désertées depuis plusieurs semaines, et il y avait même des bruits qui couraient sur sa mort.
-Elle serait morte ! Mais le
colonel aurait tout fait pour rentrer !
-Il peut avoir été fait prisonnier
par d’autre goa’ulds. Pour le moment nous n’avons rien trouvé. Mais nous ne
renonçons pas ma chérie, lui dit-il en la serrant contre lui.
-Il n’y a pas de trace non plus de
Miranda ? La jeune fille qui avait été l’hôte de Kali ?
-Nous la recherchons aussi, nous
pensons qu’elle a pu regagner sa planète d’origine. Dès que j’aurai des
nouvelles je t’avertirai aussitôt, Sam.
La
douleur l’avait reprise, elle se tenait la tête et perdit l’équilibre, elle
cria sous la souffrance et les coups de boutoirs de l’être qui se manifestait à
elle. Elle tomba évanouie sous la violence du choc. Elle ne comprenait pas ce
qui lui arrivait.
Elle
se réveilla l’esprit confus, elle pensait avec difficulté, des mots qui
n’étaient pas les siens lui arrivaient en masse, elle revoyait des images qui
ne lui appartenaient pas, des images d’O’Neill qu’elle n’avait jamais vues. Des
impressions, des cris, des douleurs, des souffrances, des horreurs qu’elle
n’aurait même pas pu penser qu’elles puissent exister. Sans arrêt c’était le
visage du colonel qui apparaissait, elle le voyait dans des moments d’intimité
qu’elle ne lui connaissait pas, elle rougissait de voir ce que l’autre, le
monstre lui avait fait.
D’un
coup tout se brouilla, elle revit Miranda, telle qu’elle la connaissait, et
elle sut mais trop tard qu’elle avait fait la plus grande erreur de sa vie, en
lui redonnant vie dans le sarcophage. Kali prenait possession de son être peu à
peu, le symbiote blessé s’était tapi dans l’ombre après l’avoir pénétrée. Il y
était resté plusieurs semaines reprenant des forces, ne se manifestant pas
parce qu’il n’en avait pas la possibilité. Kali impuissante assistait à tout
mais trop malade elle ne pouvait rien faire. Elle voyait que le colonel avait
une très grande liberté de mouvement. Elle aurait voulu qu’il en soit
autrement, mais elle était fragile. Les rôles étaient renversés, c’est elle qui
assistait à la vie de l’hôte et non l’inverse. Elle fulminait de rage
silencieuse devant la mièvrerie de la jeune fille. Elle se promit de la museler
mais de lui conserver assez de lucidité pour lui montrer comment Kali se venge
d’un affront. Il avait osé la tuer, elle, la plus grande et la plus redoutée
des reines. Il n’avait pas eu peur. Il paierait pour ça. Mais il fallait faire
vite, il était sur le point de partir.
La
phrase résonna comme un coup de
tonnerre, il resta figé les yeux écarquillés, la bouche entr’ouverte, signe
d’une stupeur qu’il ne pouvait pas contrôler.
Les mots faisaient leur chemin dans l’esprit
d’O’Neill, s’insinuant comme un poison, « Miranda t’a menti »
Aurait-il redonné vie à un serpent ? Le pire de tous ceux qu’il avait
connus. Il lui fallut toute la force de sa volonté pour ne pas exploser de
colère, elle le regardait d’un air moqueur et un peu méprisant.
Ignorant
les jaffas qui se faisaient menaçant autour de lui, il alla droit sur elle.
-Comment ça menti !
Elle
sourit :
-Quand elle t’a raconté que Kali
était morte, elle t’a menti !
Il
était furieux, dire qu’elle lui avait arraché son pardon, elle avait du bien
rire ! Et toute cette comédie de la vieillesse qu’elle lui avait jouée. Il
se sentait ridicule, les émotions passaient sur son visage, elle pouvait suivre
le cheminement de ses pensées et lire en lui comme dans un livre ouvert !
Il
s’en voulait, il avait honte, terriblement honte de s’être laissé avoir. Elle
l’avait possédé, elle avait joué sur ses bons sentiments. Lui accorder son
pardon n’avait pas été une chose simple pour lui. Il avait du batailler dur, et
voilà que tout était foulé au pied.
Il
voulait savoir jusqu’où avait pu aller la duplicité de cette femme. Il se
reprit et c’est d’une voix sourde qu’il lui demanda :
-Explique.
Léna
lui fit alors cet étrange récit :
-Quand Kali est sorti du corps de
Miranda, elle a voulu la tuer. Mais elle n’a pas réussi, elle a bien posé son
pied sur le symbiote, elle l’a gravement blessé mais elle ne l’a pas tuée. Elle
le savait, c’est pour ça que je dis qu’elle a menti. Kali a pris un autre hôte,
mais Miranda ne savait pas lequel. Elle ne l’a pas vue faire.
O’Neill
soupira de soulagement :
-Miranda n’était donc plus
kali ?
-Non, là, elle a dit la vérité.
-Mais où est Kali ?
-Mais, mon petit colonel, tu l’as
devant toi ! Je suis Kali !
O’Neill
était à peine surpris de la voir là devant lui. Il savait que cela devait venir
un jour. La voix rauque avait repris possession de son esprit, machinalement il
tendit le dos, comme si elle allait le frapper. Mais rien ne vint. Elle se
contentait de sourire et c’est entourés des jaffas qu’ils reprirent le chemin
du palais.
C’était
une kali bien différente qu’il avait devant lui, c’était le visage de la petite
esclave Léna qu’il voyait. La possession n’avait pas l’air totale, il le lui
fit remarquer avec cette audace qui était la sienne, il n’avait jamais eu peur
de lui parler, et ce n’était pas aujourd’hui qu’il allait commencer.
Dans
le palais, c’était l’heure du repas. Elle l’avait invité à sa table comme un
égal. Ses esclaves ne comprenaient toujours pas qui elle était. La petite
Myriam fit les frais de son courroux, ce fut elle qui subit la leçon qui allait
convaincre tous les autres, que kali était bien là. Les coups firent pleurer de
douleur la petite esclave, une enfant encore, O’Neill ne put le supporter, il
arrêta le bras meurtrier :
-Laisse-là.
L’enfant
partit en courant, mais les esclaves avaient compris que la reine était revenue
et qu’il fallait la servir. Elle avait changé d’enveloppe, mais elle voulait
être reconnue comme la déesse devant qui tout se pliait et cédait.
Elle
lui fit signe de se servir. Il le fit tout en se disant que c’était peut être
son dernier repas. Elle voulut bien répondre à sa question.
-J’étais la dévouée servante de Kali
depuis longtemps, comme esclave personnelle je l’approchais de très près. Je
t’ai vu là bas. Je vous ai espionné, elle n’en a jamais rien su. J’éprouvais
beaucoup de choses pour toi. J’aurais voulu te soigner, mais elle me l’avait
interdit. Tu étais le seul à lui tenir tête, avec les autres esclaves on avait
très peur, tu savais très bien attiser sa colère.
-C’était pas très malin dit–il en
grimaçant.
-Oui, c’est vrai, tu aurais pu
t’éviter des souffrances. Nous les esclaves on en était à la fois heureuses et
terrifiées. Tu sais que l’ai beaucoup aimée, je l’ai adorée, ma déesse. C’est
pour ça que je suis repartie sur la planète où vous m’avez trouvée. J’avais
ordre de te reprendre. Cela me fendait le cœur mais je n’avais d’autre choix
que d’obéir.
O’Neill
la regardait avec étonnement :
-C’est Léna qui me parle en ce
moment. Elle est où ?
-J’y arrive, elle a été gravement
blessée par Miranda. Elle reprend des forces. Elle me laisse un peu de répit,
et je sais que ça ne va pas durer. Mais elle surveille tout ce que je dis, dans
peu de temps, elle prendra le contrôle de tout.
-Je pourrais peut être en profiter
pour m’en aller ? Dit-il avec une lueur d’espoir dans le regard.
-Non, ça elle ne te laissera pas
faire. Les jaffas lui obéissent.
-Je ne comprends pas, si tu donnes
un ordre, ils ne peuvent pas savoir si c’est toi ou elle.
-Et la voix ? Celle qui est
rauque, elle ne m’appartient pas, je ne la contrôle pas. D’ailleurs je ne vais
plus contrôler grand-chose longtemps. Et si mes yeux ne brillent pas, les
jaffas n’obéiront pas. Hélas je crois colonel que tu dois te résigner.
Il
bondit comme sous un affront
-Ça jamais ! Je ne me
résignerais que dans la mort pas avant.
Et
il sortit de la salle.
-Reviens !
La
voix rauque était impérieuse et fit courir des frissons sur sa peau. Il
s’immobilisa mais sans se retourner, tournant légèrement la tête de son côté.
Elle
répéta plus fort :
-Reviens ici immédiatement.
Il
bougea lentement, mais continua de s’éloigner. Les muscles de son dos étaient
tendus, mais il avait décidé qu’il lutterait, il ne s’abaisserait pas à obéir à
tout ce qu’elle demandait. Il ne l’avait jamais fait.
Il
l’entendit se rapprocher, elle était en colère, mais l’arme de poing ne
l’atteignit pas, elle n’en avait pas encore la force, son bras retomba le long
de son corps, trop lourd et trop faible encore.
Il
revint lentement sur ses pas et fit face à Léna.
-Je pars, je vais à la porte des
étoiles. Tu peux envoyer tes jaffas. Ils peuvent me tuer, tu sais que je
préfère ça à ce qui m’attend quand elle sera complètement revenue et aura pris
pleine possession de ton corps. Il la fixait d‘un regard calme et sans crainte.
Léna luttait, elle sentait la force mauvaise l’envahir à nouveau.
-Pars hurla t-elle, mais
dépêche-toi, il reste si peu de temps.
Elle
tomba à genoux en criant, sa tête n’était que douleur, Léna disparaissait tout
au fond de sa conscience dans un recoin que personne ne pouvait atteindre. Elle
resterait là cachée aux yeux de tous, sauf de sa reine qui avait pris
complètement possession de son corps et de son âme. La jeune fille timide n’existait plus, seule
une douleur permanente subsisterait, comme un rappel de ce qu’elle avait été,
et un regret de ce qu’elle aurait pu être, si elle n’avait pas croisé sur sa
route un démon.
O’Neill
courait sur le chemin, il était essoufflé car la route était longue du palais
au shapaï. Il arrivait en vue du DHD, et il n’y avait toujours personne
derrière lui. Il tapa frénétiquement, un symbole, puis deux, puis trois… quand
il entendit les pas qui se rapprochaient. Il tenta le tout pour le tout et eut
le temps d’en taper un quatrième puis un cinquième quand le coup zat le jeta au
sol, le faisant trembler de douleur et le laissant faible et immobile.
Quelques
instants plus tard, il était attaché, les poignets derrière le dos. On le remit
debout un peu brutalement, la route fut refaite en sens inverse et on le jeta
aux pieds de Kali qui l’attendait devant le palais.
Léna
le prit par le bras pour l’aider à se relever. Il ne disait rien. Il était
perdu, et ne savait plus à qui il avait à faire. Léna ou Kali ? C’était un
tourment de plus pour le prisonnier. Avec Léna il pouvait parler d’égal à égal,
avec Kali ce serait autre chose.
-Je t’avais prévenu, tu ne pourrais
pas t’échapper, dit-elle simplement.
Il
ne répondit pas. Elle lui enleva ses liens, il se contenta de regarder ses poignets,
les frottant pour refaire circuler le sang. Il avait décidé qu’il ne dirait
plus rien. Tout ce qu’il aurait pu faire, ou dire finirait par se retourner
contre lui. A quoi bon. C’était fichu. Il décida de lâcher prise. Peut être que
s’il ne luttait plus la mort viendrait peut être plus vite.
Il
refusa de manger et de boire. C’était la seule chose qu’il pouvait faire. Une
lutte passive.
Elle
rit :
-Tu veux mourir de faim et de
soif ? Il y d’autres façons de mourir plus douces. Et puis n’oublie pas le
sarcophage. Si tu meurs trop tôt tu ne pourras pas y échapper.
Il
soupira et se dit qu’elle avait raison.
-Tu devrais manger, pour reprendre
des forces. Que veux-tu ?
-Je veux rentrer chez moi.
Sa voix était basse, il parlait lentement
comme si les mots ne voulaient plus franchir ses lèvres.
-Je parlais de la nourriture,
dit-elle.
Elle
reprit après un moment de silence :
-De quoi tu te plains, elle ne t’a
pas encore torturé que je sache ! Tu n’as reçu qu’un coup de zat, et
encore tu l’avais bien cherché ! Je te donne à manger et à boire autant
que tu veux. La nuit tu dors ! Alors que veux-tu de plus ?
-Ma liberté.
Il
s’allongea, et s’endormit, elle le regardait sans faire de bruit, elle sortit
de la pièce sur la pointe des pieds pour ne pas le réveiller. S’il n’en avait
tenu qu’à Léna il serait libre depuis longtemps.
Dans
le silence du palais, elle revint le voir. Elle s’inquiétait pour lui. Toujours
elle était inquiète pour lui. Ils avaient permis une troisième visite, et elle
ne s’en priva pas. Elle arriva comme un courant d’air. Il eut froid en sentant
du vent sur lui et se réveilla.
-Carolina ! Je croyais que tu
ne devais plus revenir.
-Jack, tu me déçois.
Il
sursauta au ton de reproche qu’elle avait employé. Il se leva. Elle était très
près de lui et il savait que ce n’était qu’une apparence, un esprit en somme
avec une enveloppe, l’image du corps qu’elle avait avant. Aussi fut-il très
surpris quand elle le toucha.
-Mais ta main est réelle !
-Oui c’est très momentané, je
voudrais te donner de la force, je trouve que tu perds un peu vite
courage !
Il
était vexé :
-Je voudrais bien t’y voir
toi !
-Jusqu’à présent tu n’as pas
beaucoup souffert. Tu as plus peur de ce qu’elle pourrait te faire.
-Ecoute, si c’est pour faire de la
psychologie de bazar ce n’est pas la peine ! Tu peux repartir.
Elle
rit
-Ne te fatigue pas, tu n’arriveras
pas à me vexer. En fait je venais te dire que c’était bien ce que tu as fait.
-Quoi ? Je n’ai rien fait du
tout.
-Si, tu as pardonné à Miranda !
Et en plus tu étais sincère. Ce n’était pas facile pour toi.
Il
était offusqué :
-Naturellement que j’étais sincère,
je le suis toujours.
-Même le jour où tu m’as fait ce
très joli mensonge ?
-Je ne mens jamais, Carolina.
Elle
poursuivit impitoyablement :
-Si au moment de ma mort, sur la
rampe d’embarquement, tu ne m’as pas dit que tu m’aimais ?
-Si, je l’ai dit, mais j’étais
sincère, j’avais beaucoup de chagrin, tu peux le comprendre ça ?
Elle
sourit avec indulgence :
-Bien sûr, ne te fâche pas. Ce n’est
pas pour ça que je suis venue, je voulais te dire de t’accrocher, on pense à
toi.
Puis
son image commença à fluctuer, il ne tenait plus dans sa main que quelque chose
d’irréel, qui n’avait plus de chaleur et qui était léger comme le vent.
Elle
avait disparu avant qu’il puisse répondre. Il se sentait frustré, mais elle lui
avait redonné un peu d’espoir.
Miranda
avait une dette et elle comptait bien la payer. Sa vie s’organisait, elle
n’avait plus de famille, ils étaient tous morts, mais elle avait tant de choses
à faire. Sa planète était dans un si piteux état. Les gens qu’elle côtoyait
étaient dans la misère. Elle aurait beaucoup de travail, mais ça ne lui faisait
pas peur.
Elle
repensait de temps à autre à O’Neill et au merveilleux cadeau qu’il lui avait
fait. Malheureusement sa mémoire de Kali ne s’était pas effacée, et il lui
faudrait porter ce fardeau jusqu’à la fin de ses jours. Des millénaires de
massacres, de domination, de génocides.
Elle
avait du mal à dormir la nuit. Elle repensait aussi au jour où elle avait cru
tuer le goa’uld. Elle l’avait frappé, mais elle ne l’avait pas retrouvé. Elle
craignait qu’il eut sauté sur un autre corps. C’est sûrement ce qui s’était
passé, mais elle n’en avait pas la
preuve. C’est cela qui l’empêchait de dormir. Qu’un tel monstre ait survécu
était une idée terrifiante. Elle décida de repartir, il faudrait qu’elle
retourne sur terre. A la base de Cheyenne Mountain, elle pourrait peut-être
trouver de l’aide, ou du moins les avertir que Kali était sans doute toujours
vivante. Mais comment les contacter ? En partant elle avait laissé
derrière elle toute la technologie de Kali. Il lui faudrait atterrir avec un
petit vaisseau, se laisser arrêter par les autorités du pays, se faire conduire
au général Hammond. Un plan bien risqué, et bien ambitieux, mais elle était
prête à tout pour lutter contre Kali.
Un
petit vaisseau atterrit une nuit dans la région de Colorado Springs. Il était
si petit qu’il passa sans encombre les contrôles radars. Il avait du être pris
pour une petite météorite comme il en tombe quelque fois sur la terre. Miranda
était un peu perdue, et retrouva difficilement le chemin de la maison de
Carter. Tout était éteint. Il n’y avait apparemment personne. Par la porte de
la cuisine située l’arrière elle pénétra dans la maison. Elle était fatiguée et
n’alluma pas la lumière, elle décida de dormir sur le canapé, en attendant que
le jour se lève. Là elle aviserait. Ce serait difficile de contacter la base.
Elle risquerait d’être refoulée.
Le
lendemain quand elle aborda Cheyenne Mountain, on la repoussa dès le premier
barrage. Elle eut beau dire qu’elle voulait voir le général Hammond, ce fut
peine perdue. Alors elle décida de rester. Elle s’installa dans un champ à côté
de la première grille. On ne pouvait pas la chasser elle était à l’extérieur. A
la fin de la journée le planton de garde s’approcha d’elle et la prit par le
bras.
-Mademoiselle, suivez-moi.
On
lui passa les menottes et elle pénétra dans la base.
Arriver
jusqu’au Général Hammond lui prit une partie de la nuit. Mais ses efforts
furent récompensés quand on la conduisit dans le bureau de celui-ci. Ses
poignets étaient toujours attachés dans le dos, mais elle s’en fichait.
Si
elle avait cru être accueillie à bras ouverts, elle en fut pour ses frais.
Hammond la prit tout de suite de haut et lui demanda des explications sur
l’enlèvement du colonel O’Neill. Elle dit ce qu’elle savait, que Léna avait
voulu que le colonel rentre avec elles, mais elle ne savait pas pourquoi.
-Où est Kali ? Demanda le général
sans lui laisser le temps de souffler entre deux questions.
-Mais, je vous ai dit que je l’ai
tuée. Quelque chose dans le regard de Hammond l’empêcha de dire toute la
vérité.
-En êtes-vous si sûre ?
-Naturellement, pourquoi vous
mentirai-je ?
Le
général Hammond n’avait pas du tout l’air convaincu. Il fit appeler Sam et
Jonas qui se trouvaient à la base.
-Miranda ! Dit Sam étonnée, où
est le colonel ?
-Je sais où il était il y a une
semaine, dit-elle simplement. Je peux vous y conduire.
-Départ dans un quart d’heure, dit
Hammond, SG1, vous serez du voyage je vous adjoins quelques hommes
supplémentaires.
Sur
la planète il n’y avait personne, plus de jaffas, plus de colonel, plus de
Léna. Dans le palais déserté ils ne trouvèrent trace de vie. Ils étaient partis
depuis peu. Ils avaient du partir en catastrophe, car il restait encore de la
nourriture dans les assiettes, la boisson étaient à peine refroidie dans les
tasses.
-On les a ratés de quelques minutes,
dit Sam pas loin des larmes.
-Major demanda Jonas, on peut savoir
où ils sont allés ?
-Oui bien sûr, à condition qu’ils
n’aient pas brouillés leurs traces
Elle
lui expliqua qu’on pouvait retrouver les symboles qui venaient d’être entrés,
mais seulement les derniers. Un peu comme lorsqu’on fait la touche bis d’un
téléphone. Cela donne la dernière direction, mais pas forcément celle où le
colonel est allé.
-Et si on les entrait et qu’on
envoyait la sonde.
-Vous avez raison, il faut essayer.
La
sonde ne montra qu’un paysage désolé, à des kilomètres à la ronde. Aucune
présence humaine.
Sam
contemplait les images de la sonde fixement. Une larme perlait à ses cils.
-Jonas, il est perdu.
Le
jeune homme essayait de la consoler, il se sentait maladroit ;
-On a peut-être pas essayé toutes
les possibilités. Et se tournant vers Miranda :
-Vous avez conservé la mémoire de
Kali n’est ce pas ?
-Oui, en effet.
-Kali possède combien de
planètes ?
-Quatre, où elle va régulièrement.
Jonas
réfléchit un moment :
-Et si on y allait ?
-Non Jonas dit Sam, c’est beaucoup
trop dangereux. Sur toutes ces planètes il y a sûrement de nombreux jaffas et
ce serait se jeter dans la gueule du loup. On ne peut plus rien faire, pour
aujourd’hui. Rentrons.
Il
fut réveillé par un coup de pied dans les reins. Et par un brusque
« dépêche-toi, on part immédiatement ».
Leur
nouvelle planète était chaude. C’était un autre repaire de Kali que personne ne
connaissait. Elle s’était toujours méfiée de la Tok’ra qui avait des espions
partout, et elle avait organisé un camp de base dans un coin retiré du désert
de cette planète. Là où il n’y avait personne. Elle avait acheté cet immense
terrain près d’une palmeraie, et s’y était fait construire une somptueuse
demeure. Mais ici elle n’était pas une déesse mais une simple propriétaire fort
riche. Personne n’aurait eu l’idée de venir la chercher ici. Dans ce nouveau
palais pourvu de toute la technologie
moderne, elle régnait plus modestement,
mais elle régnait.
Ici
personne ne viendrait chercher son prisonnier. Elle n’avait emmené avec elle
que quelques jaffas, et ses esclaves. Ils étaient venus en vaisseau. Impossible
de les trouver.
Kali
se sentait mieux, elle avait encore des moments de faiblesse, mais après un
séjour prolongé dans le sarcophage, elle se sentait presque bien. Léna avait
toujours refusé de s’y plonger, prolongeant ainsi son temps de convalescence. -Pauvre Léna pensa t-elle quelle lutte
ridicule dont l’issue était inéluctable !
Elle n’avait pas encore récupéré toute sa
force, mais elle se sentait en forme pour mettre en oeuvre sa vengeance qu’elle
ruminait depuis longtemps.
Ses
jeunes esclaves étaient là autour d’elle, elles étaient une vingtaine, vêtues
légèrement de soieries en raison de la chaleur. Kali voulait que ses esclaves
soient belles. Elle n’aimait que la beauté autour d’elle. Les roses pourpres
des vases devaient être renouvelées chaque jour. Elle-même aimait se plonger
dans de longs bains parfumés et rafraîchissants. Elle était toujours vêtue avec
recherche. Les cheveux blonds de Léna la gênant, elle les fit teindre en un
noir profond, qui faisait ressortir sa peau claire. Elle aimait aussi les yeux
bleus si purs de son nouvel hôte. Elle avait un corps menu mais était assez
grande, ce qui lui donnait plus de prestance. Elle revêtit la longue robe blanche
de mousseline, qui dévoilait ses épaules, le haut de son dos et descendait très
bas sur ses seins.
Elle
se regardait dans le grand miroir sur pied et se trouvait belle. Décidément
elle aimait beaucoup ce nouveau corps. Il était plein de promesses. Elle avait
hâte d’en goûter les plaisirs avec son esclave.
Elle
l’appela :
-Colonel, viens ici !
Il
n’était pas loin, seul comme à l’accoutumée, les esclaves terrorisées s’étaient
égaillées dans tout le palais, elles avaient reçu des ordres.
Il
s’approcha lentement, et ne manifesta rien quand il vit ses cheveux noirs, de
loin on aurait pu croire qu’elle n’avait pas changé, que c’était toujours la
Kali qu’il avait connue. De près il vit que c’était Léna, mais l’apparence
seulement de Léna. Le démon était venu réclamer sa proie. Il sut que la trêve
était terminée.
Il
la regardait sans baisser les yeux, avec un air calme et déterminé. La voix
rauque ne le surprit pas, il avait toujours su qu’elle reviendrait. Pour lui le
temps de l’attente si épuisante pour les nerfs était révolu.
Elle
ne paraissait pas agressive, mais plutôt charmeuse.
-Comment me trouves-tu ?
Il
ne répondit pas, et haussa les épaules.
Un
éclair de colère jaillit de ses yeux, et il remarqua qu’elle n’avait pas son
arme de poing.
Il
montra sa main et la regarda d’un air ironique.
-Tu as perdu un de tes
attraits !
Elle
éclata de rire.
-Ce que tu m’as manqué, je n’ai
jamais ri autant qu’avec toi. Tu es le seul qui soit capable de me tenir tête,
et ça c’est très fort, tenir tête à Kali la toute puissante.
-Toute puissante, Hum ! Il me
semble que tu n’as pas retrouvé toute ta force.
-C’est vrai, mais je suis de toute
façon beaucoup plus forte que toi. Tu n’es rien du tout.
Elle
posa la main sur son épaule et le fit s’agenouiller devant elle
-Tu vois !
-Si c’est à ça que tu mesures ta
force, c’est rien, ce n’est que physique. Je sais que tu es plus forte que moi,
mais ça m’est égal. Ce n’est pas important.
-Ah oui ! Et qu’est ce qui est
important ? Tu peux me le dire mon petit colonel ?
-Je te survivrai. C’est ça qui est
important !
Il
disait cela d’un air tellement assuré qu’elle douta.
Myriam n’avait que dix ans, une enfant encore, mais
dans son regard on pouvait lire toute la misère de l’esclavage. Sa mère était
morte sous ses yeux, tuée par Kali dans un moment de fureur. La reine avait
fait jeter son corps dehors, comme un chien. L’enfant avait elle-même creusé le
sol et y avait enseveli sa mère. Elle reposait à l’ombre d’un rocher. Et la
petite Myriam déposait sur sa tombe une de ces si belles roses pourpres que la
reine faisait jeter chaque matin, l’enfant en subtilisait une et la
couchait avec amour sur le monticule de
terre à l’abri des regards.
Sa haine contre la reine était violente et tenace.
Mais elle avait appris à vivre ou à survivre. L’autre jour elle avait failli
être tuée par la déesse qui prise d’une violente colère avait déchargé contre
l’enfant toute sa haine. Le bras du prisonnier l’avait sauvée.
Myriam n’avait pas plus le droit de s’approcher de
lui que les autres. Du haut de ses dix ans et de son cœur pur elle les
méprisait, elles étaient terrorisées. Pourtant si elles avaient pris la peine
de la regarder cette reine si puissante, ils auraient vu qu’elle avait bien
changé et que ce n’était pas du qu’à sa nouvelle enveloppe. Elle n’avait plus
peur de personne depuis longtemps la petite esclave, elle savait d’habitude
éviter les coups et faire semblant de plier pour survivre. Ce jour-là elle
avait été surprise. Sans le prisonnier elle serait morte.
Elle avançait à pas menus dans le palais, glissant
sans bruit le long des murs, son visage dissimulé par un pan de voile. Elle
tenait cachés dans les plis de sa robe un peu d’eau et des fruits. La reine ne
lui donnait plus rien à manger ni à boire depuis longtemps. Il devait se
débrouiller seul.
Il était assis le long du mur, la tête dans ses
mains. Quand son service près de la reine était fini, il passait son temps à
errer dans le palais ou dans les alentours, mais la cruelle chaleur du désert
le ramenait souvent à l’intérieur des murs, et il était là désoeuvré, attendant
que le temps passe.
Il ne la vit que quand elle fut tout près de
lui ;
-Va
–t’en lui jeta –il, tu n’as pas le droit d’être là.
Elle lui glissa dans la main de l’eau et deux
abricots. Ils étaient juteux et fondants sous la langue.
-Merci,
mais ne reviens pas. Elle est où ?
Elle montra du doigt la pièce royale et le
sarcophage en bois blond qui en occupait le centre.
-Elle
en a pour longtemps. Elle y passe beaucoup de temps. Je reviendrais.
-Pourquoi
fais-tu ça ?
-Parce
qu’elle est mauvaise, mais elle change. Tu l’as remarqué ? C’est toi qui
l’as fait changer, elle n’est plus pareille.
Il fit oui de la tête.
-Tu
as quel âge ?
-Dix
ans, et je m’appelle Myriam. Elle est tellement jalouse, qu’elle a interdit aux
autres de te regarder.
-Mais
tu risques gros, à me parler et à m’apporter à manger.
-Non,
je suis trop jeune, elle pense que tu ne verras en moi qu’une petite fille. Je
n’ai pas le droit de te regarder, mais elle me laisse faire, j’ai senti son
regard sur moi, l’autre jour, mais elle n’a rien dit.
-Tu as des enfants, lui demanda
–telle un peu plus tard.
-Un
petit garçon, mais il est mort.
Elle lui dit gravement :
-Maintenant
tu auras une petite fille, je m’occuperai de toi.
-Mais
ce n’est pas le rôle d’une enfant ! Un père s’occupe de son enfant, mais
pas le contraire.
Elle parlait comme une adulte qu’elle était devenue
beaucoup trop tôt.
-Ici
tu sais la donne est différente. C’est le monde de Kali.
Après un moment de silence elle ajouta :
-Tu
as un nom ? Elle t’appelle toujours colonel, c’est pas un nom ça ?
Il rit :
-
En effet, je m’appelle Jack.
-Je
reviendrais Jack. Elle ne se méfie pas de moi. Mais je t’assure que je serais
prudente.
Kali
sortit du sarcophage, elle se sentait encore faible. Toute sa vie depuis
quelques mois n’était qu’un affreux gâchis.
Elle
avait passé trop de temps avec son prisonnier, il avait réussi à lui faire
renoncer à la Tauri, alors que tout était prêt. Elle s’apprêtait à porter
l’attaque finale qui ferait d’elle le Goa’uld le plus puissant et à cause de
lui elle avait renoncé.
Les grands maîtres avaient senti que sa force
vacillait et ils en avaient profité, trois de ses planètes avaient été
bombardées, de nombreux jaffas étaient morts. Sa dernière planète, elle avait
du la quitter en catastrophe, les planeurs de la mort étaient proches. Elle s’était résignée à venir ici, c’était
son ultime refuge. Elle ne pouvait même pas conquérir cette planète, elle
n’avait pas assez d’hommes, plus d’armée, plus de courage non plus. La terrible
blessure que lui avait infligée Miranda ne se guérissait pas. Mais pourquoi
avait–elle quitté ce corps ? A
quelle impulsion avait–elle obéi ? Tout son plan était parfait. Il avait
fallu qu’elle prenne peur. La peur était un sentiment qu’elle ignorait. Elle
méprisait ce qu’elle était devenue, un être fragile, même le sarcophage ne la
guérissait pas de ce terrible poison qui lui emplissait l’âme. Elle aspirait à
une vie plus douce, elle se sentait vieille malgré ce corps si jeune et si
beau.
Elle
repensa au colonel, elle n’arrivait plus à manier son arme de poing comme
avant, elle n’avait pas encore la force de doser le rayon, elle avait du
renoncer à le torturer. Il avait beaucoup changé, elle ne le retrouvait pas
dans cet homme plus fort et plus dur. Il refusait de partager son lit. Il ne
voulait plus rien à voir avec elle. Elle était obligée d’utiliser les drogues.
Mais elle voulait beaucoup plus que ça. Elle aurait voulu qu’il oublie tout,
qu’il fasse sa vie avec elle, elle aurait voulu en faire son roi.
Son
roi ! Les mots s’incrustaient en elle comme autant de vérités possibles,
son roi ! Inspirer la pitié
avait –elle dit à Léna dans une autre vie. Elle ne savait pas qui il voyait en
elle, Léna ou kali. Elle décida de lui poser la question. Ils ne se parlaient
plus, il faudrait que ça change. Elle était habile au langage, c’était aussi
une de ses armes, et pour utiliser celle-ci, pas besoin de la force physique
qu’il lui manquait. Elle avait appris que lui n’aimait pas trop parler, elle
l’obligerait. Elle pleurerait s’il le fallait, inspirer la pitié. Elle savait que la pitié était un sentiment
humain, et elle avait suffisamment fréquenté son prisonnier pour savoir que
c’était peut être là son talon d’Achille. Il fallait tenter le coup.
Elle
le fit venir dans sa chambre, elle voulait être seule avec lui, loin des
regards et des oreilles indiscrètes. Cela était nouveau pour elle. D’habitude
elle ne s’embarrassait pas de ce genre de détail. Elle ne se reconnaissait
plus. Elle se rappela ce qu’elle lui avait fait devant d’autres personnes, cela
n’avait fait que rajouter à sa souffrance, elle ne s’en était même pas aperçue.
-Nous devons parler lui dit-elle.
Alors
elle se dévoila, versant au moment approprié quelques larmes, inspirer la pitié. Elle raconta tout, lui parla d’elle, de ses doutes, de ses
peurs, du regret des souffrances qu’elle lui avait causées.
Elle
parlait par saccades entrecoupées de petits sanglots, et de longs moments de
silence. Elle lui jetait des regards appuyés par moment. Il ne bougeait pas,
son visage était impassible, il n’avait même pas l’air de l’entendre et
pourtant elle évoquait des choses terribles.
Elle
se mit devant lui, le fit se lever, leva la tête pour le regarder dans les
yeux, il était si grand !
-Je suis en train de te dire que je
regrette ce que j’ai fait.
-Tu as fini ? Je peux m’en
aller ?
Elle
eut un geste de colère, il n’avait rien écouté.
Elle
attaqua sur un autre registre :
-Tu n’as plus peur de moi ?
-Je n’ai jamais eu peur de toi !
-Tu mens !
Il
sourit,
-Peut-être, mais tu ne le sauras
jamais. Il parlait sourdement d’une voix lasse.
-Je peux faire cesser tout ça si tu
veux !
-Un autre piège ?
Elle
insistait rendue folle par son indifférence :
-Je peux t’offrir tellement. Ma
force je la retrouverai, je guérirai, je redeviendrai puissante, je me
constituerai une nouvelle armée, des milliers de jaffas seront à mon service et
ils se prosterneront devant moi.
Il
eut un petit sourire un peu désabusé :
-Et tu dis que tu as changé ? A
qui veux-tu le faire croire ?
Elle
passa sa main sur son visage, du pouce elle taquina sa lèvre inférieure, la
peau en était douce, son geste si sensuel ne le laissait peut être pas
indifférent. Elle avait une envie folle de sentir ses lèvres sur sa bouche.
Elle avait envie de sentir contre elle ce corps musclé, toucher sa peau nue,
elle rêvait de sa main sur elle, elle voulait défaillir dans ses bras.
Mais
jamais il ne viendrait de lui-même. Il faudrait qu’elle le lui impose. Et c’est
de cela qu’elle ne voulait plus.
Elle
jeta son va-tout :
-Si je te promets de te rendre ta
liberté, me feras-tu l’amour, spontanément ? Je voudrais que tu m’aimes
comme tu avais fait là bas dans l’autre palais. Car tu m’as aimée n’est ce
pas ?
Il
hocha violemment la tête en signe de dénégation
Elle
sentait la colère monter en elle :
-Pourtant tu me l’as dit, tu me l’as
prouvé, j’ai connu dans tes bras les plus grands plaisirs.
-Non ! Il criait presque.
Comment aurais-je pu aimer quelqu’un comme toi, mais regarde-toi ! Tu es
un monstre avec un joli visage trompeur, une âme corrompue qui squatte le corps
d’une autre.
-Comment oses-tu me parler sur ce
ton, je te punirais de ton insolence !
-Tu n’as aucune idée de ce qu’est
l’amour. C’est un lien puissant entre deux personnes, qui vous remplit le cœur
et l’âme de joie, une force qui vous pousse l’un vers l’autre, quelque chose
d’irrésistible qui n’a rien à voir avec
la possession.
Il
parlait comme pour lui-même tourné vers un rêve intérieur, il voyait le visage
de Sam, celui de Carolina.
Elle
écoutait fascinée les mots qui tombaient de sa bouche ; C’était une
condamnation sans appel de tout ce qu’elle était. Elle le voyait, il parlait
lentement sans passion, lui décrivant ce
qui lui était totalement étranger. Elle eut l’intuition qu’elle passait
peut être à côté de quelque chose de beau, mais qu’elle ne connaîtrait jamais.
Elle aurait tant voulu se faire aimer de lui.
Il
continuait d’un ton plus âpre :
-Et tu me dis que tu as
changé ? Répéta t-il, Moi, je ne
vois qu’une furie, un monstre qui n’éprouve de la joie que dans la souffrance
des autres, et tu voudrais que j’aime ce genre de femme !
Il éclata d’un rire qui se termina en cri de
douleur quand sa force revenue dans la colère, elle lui balança en pleine
figure un violent coup jailli de sa paume.
-Pourtant tu m’as aimé, j’en suis
sûre dit-elle plaintivement en se laissant tomber près de lui.
-Simple instinct de survie lui
murmura t-il, en se tenant la joue.
-Je venais te proposer de grandes
choses, faire ta vie avec moi, être mon roi. Si je m’associe à toi, le grand
guerrier de la Tauri, nous serions invincibles. Tu commanderais mon armée, tu
en serais le chef incontesté, tu aurais ta reine à tes pieds !
Il
la regardait avec indulgence comme une enfant qui dit de grosses bêtises et
qu’il s ‘apprêterait à réprimander.
-Tu as fini ? Je peux m’en
aller ?
Et
sans attendre sa réponse il s’éloigna.
-Tu viens de te condamner à
mort ! Gronda t-elle.
Il
se retourna et lui jeta un regard surpris :
-Parce que ce n’était pas déjà
fait ? Ma mort n’était pas au programme ?
Il
fit quelques pas vers la porte :
-Reste ici !
Il
s’immobilisa et attendit le dos raidi, les muscles crispés, il attendit le
nouveau coup celui qui le tuerait peut être. Apparemment elle avait retrouvé sa
force.
-Ah tu me rejettes, mais ne crois
pas que ta mort sera douce ! Tu périras dans les tourments les plus
effroyables et ce sera long, très long et je me délecterai de tes souffrances.
Sa
voix rauque devenait grinçante dans la colère et lui râpait les nerfs. Ses yeux
lançaient des flammes.
Il
riait maintenant aux éclats,
-Voilà ! Tu es revenue ! Ça, c’est que j’appelle
un Goa’uld !
Elle
était tellement suffoquée de sa réaction qu’elle resta figée sur place,
crucifiée par le rire moqueur qui s’éloignait dans les profondeurs du palais.
-Miranda, je suis sûre que vous ne
nous avez pas dit toute la vérité. Où est le colonel ? Le ton de Sam était dur, elle sentait que
cette femme mentait, mais cela faisait plusieurs jours qu’elle était à la base
mais elle n’avait toujours rien dit.
Le
général Hammond insistait lui aussi, il faisait pression sur elle.
Miranda
se mit à pleurer :
-C’est vrai, je vous ai menti. Ou
plutôt je ne vous ai pas tout dit : Quand le symbiote est sorti de mon
corps, je l’ai frappé violemment, mais il a disparu à mes yeux très vite. Je ne
sais pas où il est allé dit-elle dans un souffle. Il est peut être mort, ou il
a pris un autre hôte.
-Et c’est comme ça que vous espériez
sauver le colonel O’Neill en nous cachant cela ! Dit Jonas avec colère.
-Jonas ! Dit Hammond
sévèrement. Mademoiselle, vous ne nous avez pas donné toutes les cachettes de
Kali n’est ce pas ? Pourquoi la protégez-vous ?
-Je ne la protège pas. Loin de là.
Mais ses souvenirs ne me reviennent pas d’un seul coup.
-Elle vous fait peur dit Sam, ça on
peut le comprendre, mais ne rien dire n’est pas la solution.
Miranda
hocha la tête et poursuivit son récit.
-Je vous ai donné les quatre
planètes qu’elle possédait. Vous avez pu voir qu’elles ont été détruites. Elle
a aussi un refuge qu’elle a fait construire dans le désert d’une petite planète
peu peuplée. C’était pour elle l’ultime asile où elle comptait se rendre si
elle était acculée. Je ne vous en avais pas parlé parce que cela ne me
paraissait si peu vraisemblable qu’elle y soit. Elle ne s’avoue jamais vaincue,
et si elle est allée s’y réfugier c’est qu’elle a perdu tout espoir.
Miranda
montra un point noir sur une carte du ciel. C’est là dit-elle.
-P9C678 dit Sam. Il y a une porte
des étoiles.
-Où se trouve son refuge, ça
ressemble à quoi ?
-C’est un palais situé dans un
désert près d’une oasis. Il est loin de la porte au moins une heure de marche.
L’endroit est très dégagé, il ne sera pas facile d’y aller sans se faire
remarquer.
-Qui défend ce palais demanda
Teal’c ?
-Il n’y a que quelques gardes, et
des esclaves, rien que des femmes.
-Mon général ?
-Oui major, j’autorise une
expédition, le docteur Paris se joindra à vous, ainsi qu’une dizaine de
soldats. Départ dans une heure.
Les gardes furent vite neutralisés. Ils
n’étaient que trois. Ils avançaient prudemment dans la direction que leur avait
donnée Miranda.
Le
palais leur apparut, joyau de marbre blanc au milieu de la palmeraie. Sam avait
pris la tête du groupe, ils avançaient à découvert avec une extrême prudence.
Teal’c se méfiait de Miranda et restait très près d’elle surveillant le moindre
de ses gestes. Près de l’entrée une très jeune esclave les attendait.
Sam
s’accroupit devant elle,
-Bonjour je suis Sam, et toi ?
-Je m’appelle Myriam, mais faites
vite, elle va le tuer.
Dans
la grande salle du trône régnait une fraîcheur agréable. Sur toutes les tables
il y avait de magnifiques vases de roses pourpres, incongrues dans un tel
lieu. Le vent léger qui venait du désert
soufflait les tentures de soies blanches. L’air embaumait le parfum des fleurs,
des odeurs lourdes de jasmin stagnaient. Un rayon de soleil filtrait à travers
les voilures laissant une tache claire dans son sillage.
Tout
respirait la paix en cette fin d’après midi. Le silence même était trompeur.
Elle était là dans toute sa beauté majestueuse, ses longs cheveux
l’enveloppaient d’un voile noir léger et arachnéen. Elle était couverte de
bijoux dont l’or jetait des reflets blonds sur sa peau.
Tout
respirait la paix en cette fin d’après midi, pourtant le spectacle n’était que
pure cruauté. Il était au milieu de toutes les esclaves obligées de regarder
cette mise à mort. Elle n’avait pas son arme de poing, mais un poignard, arme
qu’elle n’utilisait jamais, mais sa force n’étant pas revenue, elle n’avait pas
le choix. Sa main était nue et c’est la première chose que vit Sam. Ce n’est
qu’une demi-seconde plus tard qu’elle vit le colonel, il était à genoux et
attaché, elle lui tailladait la peau de
sa lame. Elle hurla :
-Lâche –le, mais Kali fut plus
prompte et elle avait déjà pointé le poignard sur la gorge de O’Neill en le
tenant serré contre elle. C’était un baroud d’honneur, elle le savait mais elle
n’avait plus rien à perdre. Tout s’immobilisa.
-Tu me tues, je le tue, je veux
l’emmener avec moi dans la mort.
Teal’c
avait déjà fait le tour et la menaçait de sa lance.
-Lâche-le ordonna t-il.
A
regret elle laissa O’Neill qui tomba sur le sol. Les soldats lui firent un
rempart de leurs corps. Un coup partit, sans doute Miranda, elle tira et kali
tomba avec lenteur.
-Vite on rentre dit Sam, le colonel
a besoin de soins.
Jessica
lui avait déjà enlevé ses liens.
-Colonel ?
-Ça va ! Je vais bien, c’est
plus spectaculaire que vraiment douloureux.
-Il n’y a vraiment que vous pour
dire ça, c’est plutôt impressionnant !
Jonas
regarda Sam :
-Major on ne peut pas les laisser
ici toutes seules, dit-il en montrant les esclaves.
-On emmène tout le monde.
-Et elle ? Ajouta le jeune
homme en montrant Léna immobile sur le sol, perdant son sang mais toujours
vivante.
-Jonas ! C’est Kali !
-Oui, mais c’est aussi Léna !
-Il a raison major, dit Jessica, je
suis médecin, je ne peux pas la laisser agoniser, c’est contraire à mes
principes. Et je ne suis pas militaire, vous ne pouvez pas m’imposer cela,
ajouta –elle, en voyant les sourcils froncés de Sam.
Sam
répéta d’un ton las :
-On emmène tout le monde.
L’infirmerie
était pleine. Les petites esclaves de Kali étaient en bonne santé, elles
étaient simplement terrorisées. Il faudrait rapidement leur trouver une planète
d’accueil. Pour le moment elles se reposaient dans une grande pièce mise à leur
disposition.
Jonas
était resté au pied du lit de Léna. Il lui tenait la main.
Le symbiote était mourant. Kali demanda à voir
le colonel.
Il
était déjà debout malgré l’avis des médecins, ses blessures avaient été
soignées, elles étaient peu profondes.
Il
se tenait au pied de son lit, le visage fermé.
-Colonel dit-elle d’une voix faible,
je vais mourir.
-Je vois dit-il en la regardant.
Dans son regard passait de multiples émotions, de la douleur et de la colère.
Elle le vit et répéta :
-Je vais mourir. Mais je peux
emmener mon hôte avec moi, si je le veux. Toi seul peux m’en empêcher.
Il
eut un geste de colère :
-Je ne te crois pas, c’est ton
ultime piège.
-Et si ! Regarde !
Au
même moment un bip se mit à sonner
-On la perd dit Janet. Sur le
monitoring le tracé des deux électrocardiogrammes faiblissait.
-Elle fibrille, on charge à deux
cents.
Le
cœur repartit.
O’Neill
ne réfléchit pas longtemps :
-Laissez-moi seul avec elle, tout le
monde dehors, et débranchez ces foutues caméras cria –t il à Janet. Faites
vite. Et personne derrière la vitre !
Tout
le personnel quitta la chambre.
Il
était seul avec Kali.
-Que veux-tu ?
-Tu feras ce que je te
demanderai ?
-Tu n’es plus en état de demander
quoique ce soit dit –il furieux. Cependant ma réponse est oui, si c’est dans
mes possibilités.
-Je voudrais d’abord que tu me
répondes franchement. A un moment donné durant ta première captivité tu m’as
aimé n’est ce pas ?
-D’une certaine façon oui, comme on
peut en arriver à aimer son bourreau.
-Merci de ton honnêteté. Je vais te
quitter maintenant colonel, c’est à cause de toi que j’ai tout perdu. Tu m’as
fait perdre mes moyens. Mais tu m’as fait connaître de grandes joies aussi.
J’ai connu l’amour. Tu me crois ?
-Non, pas du tout.
-Tu ne crois pas que je t’ai
aimé ?
-Non.
-Tant pis, embrasse-moi maintenant,
je veux mourir dans tes bras, comme la première fois.
-Comment être sûr que tu laisseras
vivre Léna ?
-Tu ne peux pas en être sûr, tu n’as
que ma parole. Il faudra t’en contenter.
Sa
voix faiblissait, elle était mourante. Alors il fit ce qu’elle voulait. Cela
lui demandait un gros effort, mais pour sauver la vie de l’hôte il était prêt à
un ultime sacrifice.
Il
la prit dans ses bras et comme il l’embrassait il la sentit qui faiblissait.
Elle revivait son autre mort et lui murmura les mêmes mots :
-Tu es vraiment quelqu’un !
Pour
la première fois de sa vie, elle tint sa promesse, et laissa la vie sauve à
Léna.
Il
en avait assez vu et supporté, la journée avait été très longue pour lui. Il ne
désirait qu’une chose se retirer dans ses quartiers, seul.
Les
missions reprirent au bout de quelques semaines, les blessures apparentes
étaient cicatrisées. Miranda était
retournée sur sa planète. Myriam était partie, on lui avait trouvé une famille
à Colorado Springs. Avant de s’en aller, elle était venue embrasser le colonel.
-Je pourrais te revoir ? Lui
dit-elle.
-Bien sûr ma puce, viens quand tu
veux.
-Merci Jack.
-C’est moi qui te dois beaucoup
petite Myriam, tu as beaucoup adouci ma captivité.
Sam
assistait de loin à cette scène de l’enfant dans les bras de O’Neill. Sans
qu’elle sache vraiment pourquoi son cœur se serra. Il y avait entre eux un
passé d’où elle était exclue.
Quand
il rentra dans ses quartiers ce soir là, elle l’attendait, assise sur son lit.
-Carolina ! Encore une autre
visite ! Je suis gâté ! Tu vas partir pour de bon maintenant je
suppose ?
-Oh je crois que je vais rester
encore quelque temps, tu fais beaucoup de bêtises en ce moment ! Il
faut bien que je te surveille ! Tu as repensé à ce que je t’ai dit à
propos de Sam ?
Il
n’aimait pas beaucoup qu’elle aborde ce sujet là avec lui, d’autant plus que
maintenant qu’elle était passée sur un autre plan elle ne se privait pas de lui
dire son fait.
Il
ne voulait pas en parler.
-Carolina,
Je voulais te remercier, tu m’as sauvé la vie.
-Je n’ai rien fait, ce sont tes
amis. Je vais te quitter maintenant. Je te laisse réfléchir, il faudra bien
qu’un jour tu te décides.
Elle
le laissa sur cette dernière phrase sibylline, et disparut à ses yeux.
Le
lendemain il alla jusqu’au labo de Sam, la porte était fermée. Il resta un
moment, hésitant, puis il frappa. Il entra comme à son habitude avant qu’elle
ne réponde. Elle était plongée sur son réacteur, l’image était si familière
qu’il sourit, c’était un peu comme un signe que rien ne changeait finalement à
la base.
-Oh, c’est vous mon colonel, je ne
vous avais pas entendu.
-J’ai pourtant frappé, Sam.
Il
l’avait appelée par son prénom, c’était si rare qu’elle sentit que peut-être
quelque chose d’important allait se passer.
Elle
attendit qu’il parle. Elle le faisait languir le regardant le plus sérieusement
du monde.
-En fait je voulais vous remercier,
vous m’avez sauvé la vie. J’étais dans un sale pétrin…
Elle
ne disait toujours rien, mais il y avait au fond de son regard bleu quelque
chose qui pétillait.
Il
sourit :
-Je ne suis pas très doué pour les
remerciements Carter.
-Je trouve que vous les faites très
bien, mon colonel.
Il
se rapprocha, très près, beaucoup trop près. Elle était appuyée à la table du
labo et ne pouvait pas reculer.
Il
eut ce geste inattendu, il passa un doigt léger sur son visage, suivit le
contour de ses lèvres, et il ne lâchait pas ses yeux.
-Mon col…
-Plus tard, Sam, plus tard.
Il
avait pris son visage entre ses deux mains et avait déjà posé ses lèvres sur
les siennes.
FIN