Aurélia

 

Fic n° 72

 

 

 

Genre : Crossover MacGyver et Stargate SG1

Epoque : Stargate la saison 8 et après, sans tenir aucun compte de la saison  9 puisque Jack n’est plus là, et moi je veux Jack. La fic se situe en janvier  2006, et Jack dirige toujours la base

Pour Mac Gyver c’est  le début de l’année 1988. (que je situe saison 2)

Avertissement : Suite de: HEURE H :  25 HEURES  et UNE DECISION DIFFICILE, 

 

 

 

 

HEURE   H 

 

 

PIEGE ULTIME

 

 

 

Trois mois  plus tard.

 

La lueur rougeoyante du deuxième soleil s’estompait  enfin. La pénombre envahissait le cachot, apportant aux malheureux prisonniers un peu de fraîcheur. Avec la nuit le silence revint et la poussière retomba, collant à la peau moite et  râpant des gorges déjà desséchées.

Jack se laissa glisser le long du mur et s’ accroupissant poussa un soupir. Il remit son tee-shirt  qui traînait sur la paillasse.  Bientôt le froid glacial de la nuit désertique s’insinuerait sournoisement entre les barreaux de la fenêtre, et les interstices des murs. Il savait qu’ils passeraient leur nuit à grelotter, car ce n’ était pas leurs minces vestes de treillis qui parviendraient à les réchauffer.

 

Il jeta un regard autour de lui. Ils étaient dans une petite pièce, au sol en terre battue et aux murs de pierres brutes. Le plafond était bas , puisque debout il le touchait facilement. Dans un coin de la pièce caché par un muret,  un coin toilette offrait un semblant d’intimité. Pas de lavabo juste un WC. De l ’eau leur était donnée chaque matin, sous la forme d’ une simple cruche de la contenance de deux litres environ. Juste de quoi ne pas mourir de soif. Ils étaient nourris deux fois par jour  d’une sorte de soupe de légumes  claire,    dans laquelle trempaient quelques bouts  de viande. Et ils avaient droit au traditionnel morceau de pain noir.

 

Dès le début Jack avait établi un code de rationnement. Car les gardiens oubliaient quelque fois de leur apporter à manger plusieurs jours d’affilés. Il fallait alors faire durer les quelques misérables réserves qu’ils  avaient cachées soigneusement derrière un bloc de pierre patiemment  descellé avec les moyens du bord, à savoir la cuillère qui leur servait à manger leur soupe. Un travail long et épuisant qui leur écorchait les doigts et  pour lequel ils s’étaient relayés.

 

Une fois par semaine les prisonniers étaient enchaînés et pouvaient prendre l’air pour une courte et pénible promenade dans le désert brûlant. C’est au cours de ces sorties que Jack se rendit compte  qu’ils n’étaient pas les seuls prisonniers. Il avait à ce moment là  un aperçu de tout le camp, les baraquements constituant les cachots,  et une vingtaine de personnes qui marchaient en traînant lourdement leurs chaînes . Il s’était alors posé la question se demandant bien pourquoi la Goa’uld gardait enfermés et inactifs des hommes et des femmes capables de travailler. Il eut plus tard  la réponse à sa question.

 

La nuit n’était jamais complète dans le camp de prisonniers car une lune énorme se levait en même temps que s’éteignait le second soleil. Cet astre  à la lumière froide jetait un voile blafard sur les visages et les corps, rendant fantomatiques les silhouettes amaigries.

 

Jack se releva en entendant un gémissement.  Un homme était allongé sur le sol, et du sang coulait de multiples blessures.

MacGyver était à l’agonie. Jack prit un peu d’eau dans la  cruche et passa un linge humide sur le front du blessé. Celui-ci était brûlant de fièvre et grelottait.

          -Maudit serpent murmura Jack en soulevant avec douceur la tête de son compagnon, avant de faire glisser quelques gouttes  entre les lèvres déshydratées du mourant.

          -Jack, je vais… mourir…. souffla  Mac d’une voix presque inaudible.

A ces mots Jack se sentit rempli d’une grande colère. Ils étaient tombés tête la première dans l’ultime piège de Séchât.

          -Mais non, dit-il sans conviction, on va se sortir de là.

          -Toujours aussi optimiste, hein ?

Jack ne répondit pas. Jamais il ne s’était senti aussi impuissant et aussi coupable. Ils avaient été chercher le jeune homme dans le passé  pour les sauver, et maintenant celui-ci en payait le prix. 

 

Mac s’épuisait rapidement, il n’en avait plus pour longtemps et Jack ne pouvait que le regarder mourir. Il avait tapé dans la porte à s’épuiser et à se meurtrir les mains, hurlé qu’on vienne secourir le blessé. Mais peine perdue personne n’était venu, et pour cause, ceux qui avaient torturé Mac n’allaient pas le sauver !

Le jeune homme avait fermé les yeux pour ne plus voir le regard terrible de Jack posé sur lui. Il pouvait y lire tous les reproches qu’il se faisait. Mac savait bien qu’il n’y était pour rien. C’était juste la puissance  et la folie de cette Goa’uld qui avait décidé de se mettre en travers de leur route. Elle était trop forte pour le moment, mais Mac savait que finalement sa mort allait tout résoudre. Ils n’auraient plus besoin de chercher désespérément une  pierre bleue.

A ce moment le jeune homme cessa de lutter. C’était beaucoup mieux ainsi. Tout à sa colère Jack ne vit pas la  larme qui traçait un sillon tremblant sur sa joue meurtrie. Oui, c’était beaucoup mieux. Jack se sauverait, il en était sûr …

 

 

 

Finalement Jack  avait pris la mauvaise décision. Celle de venir sur cette planète chercher une hypothétique pierre bleue. Ils avaient passé les deux  mois précédents  à chercher une solution acceptable et ils n’en avaient pas trouvée. Pas moyen de prévoir les éruptions solaires, de contacter les Asguards, ou d’autres peuples susceptibles de les aider. Alors ils étaient partis, seuls.

Les abords immédiats de la porte n’étaient pas gardés. Mais plus loin les jaffas de Séchât les avaient cueillis comme des fruits mûrs. Ils étaient en trop grand nombre et les deux hommes n’avaient rien pu faire.

Ils étaient enfermés depuis plus d’un mois et Jack n’avait pas encore rencontré la reine.

 

De toute façon pour Mac plus rien ne comptait, sa vie se terminerait là dans une geôle de Séchât.

Il mourut dans la nuit, dans les bras de Jack. Celui-ci fit son possible pour lui adoucir ses derniers instants. Mais il se sentait si démuni, pas de médicaments, plus d’eau et un froid polaire qui les faisaient trembler de tous leurs membres.

Durant les dernières heures Mac n’avait plus rien dit, seul un gémissement s’échappait parfois encore de ses lèvres desséchées. Le cœur serré, Jack n’avait rien pu faire. Il ferma les yeux du jeune homme et se laissa aller au désespoir. Il ne pleura pas, mais il laissa la colère gronder en lui et prenant la cruche de fer  il la jeta de toute ses forces contre le mur. Elle retomba avec un petit bruit sec qui rompit un instant le silence nocturne.

Il se laissa aller sur le sol et finit par s’assoupir d’un mauvais sommeil peuplé de cauchemars.

 

Un moment  plus tard la porte s’ouvrit avec fracas et deux jaffas prirent le corps de Mac avant que Jack ait eu le temps de réagir. La porte se referma vivement et la serrure tourna dans la clé.

Jack était seul, désespéré, le cœur meurtri de chagrin. La journée passa pour lui dans l’isolement le plus total. On ne lui apporta pas à manger.

 

 

Le lendemain c’était le jour de la promenade. Il prit sa place dans la chaîne,  cligna des yeux, et,  ébloui par la lumière du soleil, il mit sa main en visière.

 Une haute silhouette très familière venait vers lui. L’homme marchait d’un pas assuré, encadré par deux gardes. Arrivé près de Jack il sourit et mit son doigt sur sa bouche pour intimer à Jack l’ordre de se taire. Le jaffa lui remit ses chaînes et il rentra dans le rang  avec les autres prisonniers. Le ventre de Jack se noua.  L’avenir était sombre et terrifiant,

 MacGyver était revenu du royaume des morts.

 

Jack était heureux de le retrouver, mais il maudissait dans son cœur la cruelle Séshat qui avait décidé de s’amuser à leurs dépends.

 

          -Tu vas bien ?  demanda Jack, une fois revenu dans la cellule.

          -Très bien s’étonna le jeune homme. Dis moi, je suis bien mort la nuit dernière, ou seulement évanoui ? 

          -Bienvenue dans le monde des Goa’ulds dit simplement Jack d’une voix sourde.

          -Qu’est ce qui m’est arrivé ?

Jack soupira :

          -Tu as goûté aux bienfaits du sarcophage qui régénère les tissus et guérit toutes les plaies, même mortelles !

MacGyver parut surpris :

          -C’est dommage  murmura t-il.

Jack mit un certain temps à réagir. Quand il comprit il bondit sur ses pieds

          -Qu’est-ce que tu dis  !  rugit-il.

          -Tout aurait été plus simple pour toi si j’y  étais resté. Tu serais rentré et la terre aurait été préservée.

          -Veux-tu bien te taire gronda Jack en colère et malgré tout, ému de l’abnégation du jeune homme.

Mac ne répliqua  pas. Les deux hommes restèrent en silence un moment chacun ruminant ses pensées.

-Mais pourquoi m’a t-elle ramené à la vie ? s’étonna Mac. Je croyais qu’elle voulait nous détruire tous les deux !

Jack ne releva  pas. Comment aurait-il pu expliquer à Mac la cruauté des Goa’ulds ?  Il savait ce qui allait se passer. Mac se ferait tuer encore et encore jusqu’à que la reine se lasse.

Le jeune homme semblait quêter une réponse et devant le mutisme de son compagnon, il comprit que ce n’était pas fini et que ça ne faisait que commencer ! La petite boule d’angoisse grossit dans son ventre.

          -Il faut qu’on sorte d’ici affirma t-il.

          -On a  envisagé toutes les possibilités, personne ne sait où nous sommes ! Mais tu as raison se reprit Jack  sans trop y croire, il ne faut pas lâcher prise.

 

Une heure plus tard on vint chercher Mac. Jack put lire de l’effroi dans son regard, la peur de la souffrance et de la mort. Jack savait  très bien ce qu’éprouvait le jeune homme, pour l’avoir vécu lui même dans la prison de Baal.

Revivre éternellement les mêmes tourments, renaître pour mourir encore. Les Gao’ulds avaient parfaitement compris ce qu’était l’ enfer.

 

 

 

          -Jack ! appela le jeune homme. J’ai…

Il ne pouvait plus parler alors  il ouvrit la main. Sur sa paume un petit morceau de métal qu’il avait trouvé sur le sol  et gardé toute le jour dans son poing serré.

          -Garde-le souffla t-il. Quand je reviendrai… on tentera quelque… chose.

Jack était admiratif devant le courage de Mac. Il avait eu la présence d’esprit de ramasser ce bout de fer  et de le conserver tout au long de cette journée de douleurs, bien serré dans sa main , se raccrochant à ce faible espoir.

La nuit se déroula comme toutes les autres, identique dans sa cruauté.

 

 

Les deux hommes étaient assis le long du mur, le premier soleil se levait apportant une douce chaleur qui bientôt se transformerait en brasier. Pour l’heure ils  goûtaient  la température agréable.

          -Qu’est ce que tu vas faire quand nous sortirons d’ici ? questionna Mac.

Long silence de Jack. L’avenir était incertain. La lutte contre Séshat ne serait sûrement pas terminée.

          -Il faudra trouver une pierre bleue quelque part dans la galaxie, ou une autre solution.

          -Non, je ne parlais pas de ça répliqua Mac d’une voix douce.

          -Il s’agit de quoi  alors ? s’étonna Jack.

          -Tu es vraiment un drôle de type Jack ! Dès qu’il est question de sentiments il n’y a plus personne.

Jack s’énerva et se leva en proie à une vive agitation.

          -Mais qui parle de sentiments ! je te signale que nous sommes enfermés dans une prison, loin d’une porte des étoiles à la merci d’une Goa sanguinaire !

          -Calme –toi ! Je sais tout cela Jack répliqua Mac gravement.

          -Oui, naturellement ! bougonna  Jack gêné,  excuse moi ! c’est toi qui te fait torturer !

          -Que vas-tu faire avec Sam ? poursuivit le jeune homme.

          -Rien du tout.

          -Elle est malheureuse !

          -Mais non, tu te fais des idées !

          -Je ne crois pas rétorqua t-il.

          -J’ai pas envie de parler de ça !

          -Et bien, moi si dit Mac d’un ton sans appel. Sam est amoureuse de toi depuis des années. Tu n’as pas vu ses tentatives pitoyables pour essayer de t’oublier ? Elle a même failli se marier !

          -Mais de quoi tu parles ?

          -De moi, tout simplement. Je sais ce que tu éprouves. Tu l’aimes.

Jack savait qu’il n’arriverait pas à le faire taire, ce n’était pas Daniel, qu’on pouvait arrêter avec une phrase assassine  en lui faisant remarquer où était l’autorité. Avec Mac cela ne prendrait pas et pour cause. Ce jeune homme était LUI, même si une sombre histoire de réalité parallèle les avait dissociés. Et Dieu savait combien il était entêté !

Il soupira :

          -Bon alors qu’as-tu à me dire et qu’on en finisse ?

Mac sourit :

          -Vous vous aimez depuis de nombreuses années, alors pourquoi cet amour n’a t-il jamais été concrétisé ?

          -L’armée, lâcha Jack

Mac lui répondit par un grand éclat de rire ; Jack se vexa.

          -Pourquoi tu ris ?  

          -Jack O’Neill obéissant scrupuleusement à un règlement militaire ! c’est trop drôle !

Mac se calma et revint à la charge !

          -Dis plutôt que tu es mort de trouille !

          -Non ! c’est faux !

          -Alors pourquoi ?

Jack se renferma dans le silence. Qu’aurait-il pu dire sans dévoiler l’avenir ?  Il n’était plus sûr de rien du tout. Ces histoires de réalité alternées lui avaient toujours donné d’affreuses migraines.

Mais Mac insistait, il lui devait une réponse, car il avait bien compris que le jeune homme aimait Sam, lui aussi.

          -Je n’ai pas de raisons à te donner lâcha t-il finalement après un moment de silence.

          -C’est bien ce que je disais :  tu as la trouille de t’engager, de rater, d’être malheureux , de ne pas faire son bonheur, c’est ça ?

          -Oui c’est un peu ça, concéda t-il, de mauvaise grâce.  

          -Et que comptes-tu faire ?

          -Rien, absolument rien. Ça ne marcherait pas !

          -C’est facile de se réfugier dans la négation ! Ose, et tu verras bien, si ça ne marche pas entre vous, et bien tant pis, tu auras essayé. A moins que tu ne souhaites garder ton rêve intact dans une sorte de masochisme, ou d’auto punition.

          -Tais-toi tu ne sais pas de quoi tu parles.

La voix de Jack était sourde et basse, il sentait la colère le gagner. Il aurait voulu que Mac n’ait jamais abordé le problème, mais c’était trop tard. Le doux visage de Sam passa devant ses yeux. Ce regard bleu qui hantait ses jours et surtout ses nuits. Sam qui avait écrit une lettre de démission, parce qu’elle n’en pouvait plus !

Mac n’insista pas. Il avait lancé ses banderilles, et c’était le principal, le reste ne le concernait plus.

La température grimpait , la sueur coulait sur le front des deux hommes, et  ce n’était que le début de la journée.

Mac alla s’installer contre le mur du fond, là où la chaleur les atteignait un peu moins. Il enleva son tee-shirt, et  s’essuya la poitrine avec. Jack le regarda à ce moment là et eut un frisson, le sarcophage n’avait pas effacé toutes les traces de tortures. De nombreuses marques étaient visibles sur sa peau.

Il maudit une fois de plus le sadisme de la déesse qui ne le guérissait pas totalement à chaque passage. Mac allait s’affaiblir un peu plus chaque jour, jusqu’au moment où le sarcophage n’aurait plus aucun  plus effet sur lui.  A cet instant là il serait trop tard pour le sauver. 

 

 

 

-C’est maintenant qu’il faut partir expliqua Mac le lendemain matin.

 Le garde venait de le ramener une fois de plus dans la prison. Jack ne voulait plus compter, et pourtant il savait parfaitement que cela faisait six fois déjà et qu’il n’y avait aucune raison que cela s’arrête.

          -Pourquoi maintenant ?

          -La reine doit quitter la planète pour quelques jours..

Il avait à peine fini ses mots que la porte s’ouvrit brutalement et deux jaffas firent signe à O’Neill de le suivre. Mac se levait déjà mais Jack lui intima l’ordre muet de ne pas bouger. 

 

 

         

-Prosterne toi !

 

Et voilà c’est reparti pensa Jack en tombant sur les genoux. Encore un Goa à l’ego surdimensionné !

          -Te voilà enfin devant moi, Jack O’Neill, j’ai gagné !  triompha la reine de sa voix grave.

La reine était d’une grande beauté, elle alliait l’élégance à la majesté. Brune avec de surprenants yeux noisette, aux éclats d’or, elle avait revêtu  une longue  robe bleue  toute simple qui mettait en valeur la minceur de sa silhouette. Elle ne portait aucun bijou.

La salle était plutôt petite, rien de la splendeur  habituelle des palais Goa’ulds. Jack en conclut qu’ils n’étaient pas sur la planète principale de la déesse.

Les murs étaient faits de pierres blanches couvertes d’inscriptions, et le sol en marbre clair apportait une touche de fraîcheur. Le mobilier constitué de coffres et de bahuts de bois sombre étaient sculptés aux armes de la reine.

Jack eut une pensée fugitive pour Daniel qui aurait été si heureux de déchiffrer les symboles  sur les murs. Or, l’heure n’était pas à l’exploration mais plutôt à la lutte ouverte entre lui et Séchât. Guerre commencée depuis plus d’un an et que Jack avait grand peur de perdre.

Naturellement il ne le montra pas.

 

Séshât se leva et domina l’homme à genoux, qui la regardait d’un air méprisant.

          -Mac est très courageux tu sais, dit-elle perfidement.

Jack ne broncha pas et continuait à la regarder aux fonds des yeux. La reine fit celle qui ne remarquait rien, bien que l’air insolent de Jack l’agaçât prodigieusement.

          -Tu veux savoir ce que je lui ai fait ? poursuivit-elle. Je l’ai fait frapper par mes jaffas jusqu’à ce que ses os se brisent, non ça c’était la fois d’avant. Ou peut être que je l’ai brûlé avec l’arme de poing, je ne sais plus trop , je confonds un peu .

Elle poursuivit ainsi ce monologue sous l’oeil rageur de Jack qui avait peine à se contenir. 

          -Pourquoi l’autre jour avez-vous dit que l’on avait gagné ? lâcha t-il subitement.

Cette histoire le tracassait car les Goa’ulds admettaient rarement leur défaite.

          -Ppppfff… fit-elle dédaigneuse, tu es bien trop ignorant pour comprendre ! De toute façon ça ne change rien, vous êtes venus tous les deux. Maintenant je te propose un marché : je libère MacGyver à une condition !

          -Vous libérez MacGyver ! Je ne vous crois pas !  Pourquoi le feriez-vous ? C’est illogique !

          -Silence ! gronda t-elle. Je le libère à une condition répéta t-elle

-Ah oui ! Laquelle ? riposta t-il froidement. 

          -Tu me dis ce que je veux savoir.

          -Et que voulez vous savoir ?

          -Tout ! tous les secrets de la Taur’i , les systèmes de défense de votre planète, comment fonctionne  la  porte !

          -Ne comptez pas là dessus !  répliqua O’Neill d’un ton sans appel.

Un duel muet s’engagea entre l’homme à genoux et la reine dont les yeux brillaient de rage. Le cœur de Jack cognait à coups sourds dans sa poitrine, mais son regard était assuré, comme si tout cela l’indifférait. Un petit sourire méprisant arqua légèrement ses lèvres.

Cela lui valut un coup par un des jaffas qui le  maintenait à genoux. Il grimaça mais releva aussitôt la tête et croisa le regard devenu sombre  de la reine, et dans lequel il n’y avait plus aucune lumière . Un gouffre sans fond, un regard de mort et de haine.

          -Alors je vais encore m’amuser un peu avec Mac ! grinça  t-elle.  J’adore le faire souffrir. Il est fantastique,, tu sais  il ne se plaint pas, il résiste, il ne crie pas , ne supplie pas  mais  il pleure,  de grosses larmes, un vrai bonheur ! J’attend avec impatience le moment où il va craquer !

          -Vous mentez ! hurla Jack, sans pouvoir se retenir. 

Elle se contenta d’un sourire cruel et d’un signe ordonna aux jaffas de le ramener dans sa prison.

 

La porte se referma avec fracas sur la colère de Jack. Mac le regarda avec inquiétude mais n’intervint pas. Ils se doutait que la reine avait dû être d’une grande cruauté avec lui. Elle savait infliger la souffrance physique mais n’était pas dénuée de talent pour distiller la douleur morale. Il en savait quelque chose. 

 

 

          -Tu disais qu’elle allait s’absenter ? Pourtant elle est encore là et de nombreux jaffas gardent le camp dit Jack.

          -Oui, je l’ai entendu hier. J’ai eu tout le temps d’écouter. En fait elle parlait à ses gardes comme si je ne pouvais pas l’entendre. Elle est tellement sûre d’elle ! J’étais dans une petite pièce attaché à un mur. J’avais fermé les yeux comme si j’étais évanoui. Là je l’ai entendue. Elle a ordonné à ses gardes de préparer son départ pour la planète P7B654. Elle a longtemps parlé avec son prima. Je crois qu’elle doit rester absente plusieurs jours. C’est le moment d’en profiter.

          -Tu n’as pas la force Mac !

          -Si, si je tiendrais, de toute façon, je ne veux pas y retourner ! confia t-il d’une voix douce. Je suis désolé Jack c’est au dessus de mes forces ! Je n’ai jamais vu un truc aussi terrible que cette boite où on vous ressuscite pour vous torturer encore.

          -Je sais murmura Jack, je sais.

 

 

La nuit tombait, la lune se leva comme à l’accoutumée.

          -Il n’y a donc jamais de nuages dans ce maudit pays, râla Jack, cela ne va pas nous faciliter la tâche ! Tu sais à quelle heure elle doit partir ?

          -Ecoute ! fit le jeune homme en se levant,

il colla son oreille à la porte.

          -Il y a du remue-ménage dehors, je crois que ça va être le moment. Dès que le silence sera revenu, on ouvrira la serrure avec le morceau de fer que je t’ai donné.

Une heure plus tard le silence était retombé sur les prisons. Mac força la serrure, et la porte s’ouvrit sans bruit.

Il n’y avait personne devant la porte. Tout le camp était endormi.

Il sortirent sur la pointe des pieds. Dehors il faisait un froid glacial et ils refermèrent leur veste. Dans le plus grand silence ils contournèrent les baraquements. Deux gardes veillaient à l’entrée, ils furent  mis discrètement hors d’état de nuire.

Un petit chemin escarpé grimpait derrière le camp, ils le  prirent et se dirigèrent vers le nord, tournant le dos à la lune.

          -Comment sais-tu  que c’est par là ? souffla Jack.

          -J’ai repéré les lieux en arrivant. Tu étais évanoui, mais moi j’étais encore conscient.

          -C’est par là qu’ils vont nous chercher en premier !

          -Non répondit Mac en souriant, nous allons faire un détour.

          -La porte est loin ?

          -Je pense que oui. Nous allons marcher la nuit et nous cacher le jour. Ce sera plus prudent.

-Tu as raison .

 

 

Commença alors une longue marche rendue difficile par le terrain rocailleux et le manque d’eau. Au matin du troisième jour ils étaient épuisés. Ils s’allongèrent dans une anfractuosité de rocher, et somnolèrent. La faim les fit sortir malgré la température élevée et Mac attrapa un lézard qu’il mit à cuire sur un feu de bois.

Trouver de la nourriture n’était pas un problème pour des hommes habitués à la survie en  milieu hostile. C’était la soif le plus dur à supporter. Ils tombèrent sur  un oasis deux jours plus tard, mais  attendirent la nuit pour aller se plonger avec délices dans une petite étendue d’eau. Ils dormirent d’un sommeil réparateur ce jour là et purent reprendre leur route le lendemain.

Avec les boyaux d’un animal qu’ils avaient capturé la veille, Mac fit de petites poches pour mettre de l’eau. Il noua les extrémités avec des tiges fines et souples.

Deux jours  plus tard ils étaient à nouveau assoiffés et éreintés. Leur réserve d’eau était épuisée.  Ils ne se parlaient plus, mais leur regard disaient la même chose. Ils allaient mourir sans doute dans ce désert mais cela était préférable à ce que Séshât leur auraient fait encore subir. 

Mac tomba le premier, se releva, puis retomba encore. Jack l’aida mais ses forces à lui aussi diminuaient.

          -Excuse moi dit Jack.

          -Mais de quoi ?

          -De t’avoir entraîné là dedans.

          -Tu n’y es pour rien, je ne te fais aucun reproche. La seule chose que je regrette c’est de plus voir   Sam dit Mac.

Il repensa aux quelques baisers qu’il lui avait arrachés. Jack dut penser la même chose :

          -Tu l’as embrassée ? demanda t-il  en sentant une pointe de jalousie lui griffer le cœur.

Mac n’hésita pas. L’heure n’était plus aux mensonges ou aux dissimulations

          -Oui, pas toi ?

          -Non, même pas. J’ai embrassé ses doubles dans des réalités parallèles, mais pas elle.

          -Tu le regrettes ?

          -Oui…

Les deux hommes s’arrêtèrent de parler.

Il faisait grand jour maintenant, les deux soleils brûlaient leur peau de leurs terrible rayons. Ils tombèrent pour la dernière fois, Jack s’effondra et resta immobile à plat ventre et Mac buta sur une pierre s’écroula sur les genoux, il tenta de se relever, voulut crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Un voile noir passa devant ses yeux, il se sentit sombrer et perdit connaissance.

Il revint à lui quelques instants plus tard. Jack à côté de lui n’avait pas bougé. Il étendit le bras, mais sa main trop lourde retomba. Son souffle devenait court.

Il ferma les yeux et attendit la mort.

 

 

Base de Cheyenne Mountain.

          Quelques semaines plus tôt.

 

 

Le général O’Neill et MacGyver venaient juste de partir. Sam souriait encore de l’enthousiasme de Mac devant la porte des étoiles ouverte. Un regard  d’enfant qui s’émerveille devant un nouveau spectacle. Malgré l’anxiété naturelle d’un premier voyage dans l’espace il était confiant.

  Sam le comprenait parfaitement, elle se revoyait quelques années en arrière, prête à passer la porte pour la première fois.

Durant les deux mois avant leur départ, ils ne s’étaient pratiquement pas quittés. Le travail les avait rapprochés. Sam lui avait appris beaucoup de choses sur la physique quantique et la porte des étoiles et avait trouvé un esprit ouvert et désirant apprendre. Au bout de quelques semaines, il arrivait à la suivre dans ses raisonnements, même s’il n’était pas encore capable d’ énoncer des hypothèses. L’esprit curieux du jeune homme l’étonnait encore ! Quel contraste avec le général O’Neill !  Le cœur serré elle songeait à ce qu’il avait dû endurer pour changer ainsi radicalement de personnalité.

Mais pour le moment elle goûtait le plaisir d’être avec MacGyver. Ils se piquaient parfois des fous rires à n’en plus finir, passait leurs journées ensemble à travailler, retrouvaient au mess Daniel et Teal’c ,  parfois même le général,  et se quittaient le soir à la porte de leurs quartiers.

 Mac recherchait le contact physique et ne manquait jamais de lui toucher le bras, la main, ou de caresser furtivement ses cheveux dès qu’il en avait l’occasion. Son regard était si éloquent que Sam en était parfois gênée. Elle se levait alors brusquement pour rompre le charme , et changeait de conversation. Quelquefois un baiser passionné les unissait, mais elle se reculait :

          -Non, Mac, je ne peux pas. Je ne peux pas lui faire ça !

          -Sam ! Il est buté, borné, et ne bougera pas le petit doigt.  Tu le sais parfaitement répliquait alors inévitablement MacGyver.

          -C’est vrai, mais je ne peux pas m’empêcher d’espérer, tu n’y changeras rien.

          - Je vais aller lui casser la figure !

Sam se mettait à rire :

          -Ça ne résoudra rien  tout !

          -Oui, mais moi ça me soulagerait ! Ah Si seulement c’était  mon époque !

 

Sam ne répondait pas , elle savait tout cela par cœur. Elle était attirée irrésistiblement par MacGyver, il le savait, elle le savait.

Mais rien ne pouvait ne pouvait se passer entre eux, ils en étaient tous les deux conscients.

Par un étrange phénomène quand elle voyait Mac, c’était souvent le visage du général qui venait se superposer au sien. Quand ils se laissaient aller à s’embrasser, elle fermait les yeux, et voyait le visage de son chef. C’était lui qu’elle embrassait, le contact de ses lèvres si douces la transportait, et elle avait bien du mal à mettre fin à ce baiser. Le retour à la réalité était cruel, son cœur saignait, mais elle savait que rien ne pourrait mettre un terme à cette douleur. Elle repensait alors à la lettre de démission qui attendait sur le bureau du général le moment favorable. Elle se raccrochait à cette idée que loin de lui, tout irait mieux. Il fallait qu’elle en soit sûre, pour sa santé mentale.

 

 

Maintenant qu ils étaient partis tous les deux, Sam ressentait un grand vide. Elle ne pouvait s’empêcher de penser que cette mission était trop risquée. Mais elle avait eu l’air d’être la seule à le penser.  Daniel était enthousiaste bien que déçu de ne pas y participer. O’Neill avait été ferme sur ce point : uniquement Mac et lui. Le MALP n’avait montré aucune activité près de la porte et l’UAV  avait survolé toute la zone sur plusieurs kilomètres, il n’y avait personne près du temple des Anciens où étaient supposées se trouver une ou plusieurs pierres bleues. Cela avait rassuré Sam, mais elle ne pouvait s’empêcher d’éprouver une sourde angoisse.  Pourquoi Séshât leur aurait-elle donné le nom de cette planète si ce n’était pour leur tendre un piège ? Il n ‘y avait aucun moyen de le savoir, si ce n’était d’y aller voir.

Mac avait réalisé son rêve :  passer la porte des étoiles, elle espérait simplement  que ce rêve ne se transformerait pas en cauchemar.  

 

 

          -Ils sont partis depuis 8 heures Daniel, ils auraient dû appeler depuis longtemps.

Daniel était seul au mess quand Sam vint s’asseoir près de lui. Elle n’avait pas faim et pris seulement une coupe de gelée bleue.

          -C’est tout ce que vous mangez ?  s’étonna Daniel.

          -Oui je n’ai que quelques minutes il faut que j’y retourne.

Daniel la regarda et ce qu’il vit ne lui plut pas. Elle semblait tendue et son visage était fermé. Des cernes sous les yeux dus à la nuit blanche qu’elle venait de passer.

          -Ne soyez pas inquiète Sam. Le temple est loin de la porte , plusieurs kilomètres, aller et retour. Et rien ne dit que la pierre bleue soit facile à trouver. D’après les images c’est un palais immense.

          -Oui, soupira Sam. Vous avez sans doute raison Daniel. Il faut patienter encore un peu.

Elle se leva et rangea son plateau, le reste de gelée allant directement à la poubelle. Elle sortit sans entendre le soupir de Daniel.

 

 

Ils n’appelèrent pas, ni le lendemain, ni les jours suivants. Sam envoya un UAV pour reconnaître la zone. Il n’y avait toujours aucune trace d’activé humaine. Aucun signe non plus de lutte.

Ils s’étaient tout simplement volatilisés. 

Elle téléphona au Pentagone pour avertir que le général O’Neill n’était pas rentré. On lui promit de lui envoyer un remplaçant dans les jours à venir. Pour le moment l’Etat Major considérait qu’elle était tout à fait capable de  diriger la base, en attendant la venue d’un nouveau général.

Le jeune femme  alla se coucher ce soir là l’angoisse au cœur et ne put fermer l’oeil de la nuit. Au labo l’attendait la statuette de Séshât dont elle n’avait pas encore fini les analyses. Elle se mit au travail essayant d’oublier une planète déserte où apparemment rien ne s’était passé.

Daniel qui passait dans le couloir fut surpris de trouver la porte du labo entr’ouverte :

          -Sam ! Vous êtes là

N’obtenant pas de réponse il entra et sourit en voyant le tableau qu’offrait la jeune femme. Assise à son bureau,  elle dormait profondément la tête reposant sur son bras replié.

          -Hum fit Daniel.

Elle leva sur lui un regard égaré :

          -Daniel qu’est ce que vous faites-là ? Quelle heure est-il ?

          -Deux heures passées. Pourquoi n’êtes vous pas dans vos quartiers, ce serait plus confortable pour dormir.

          -Mais vous même ? répliqua Sam,  que faites-vous debout à cette heure ?

          -La même chose que vous sans doute, j’ai travaillé sur les planètes susceptibles de posséder des appareils ayant appartenu aux anciens.

          -Vous avez trouvé quelque chose ?

          -Non et vous ? la statue a t-elle livré tous ses secrets ?

          -En partie oui. Et nous avons bien fait d’aller chercher Mac. Figurez-vous Daniel qu’il y avait assez de puissance dans cette statuette pour détruire la moitié de l’Amérique du nord. Ce qui aurait provoqué  la destruction de toute vie sur terre.

          -Vous êtes sûre ? déclara Daniel avec étonnement. Quel aurait été l’intérêt de Séshat de détruire la vie sur terre et de rendre la planète inhabitable ?

          -La vengeance peut être.

          -Cela n’est pas dans son intérêt, je croyais qu’elle voulait conquérir la terre. Tout cela me trouble beaucoup et ne ressemble pas aux Goa’ulds que nous connaissons.

          -N’oubliez pas Daniel qu’elle est différente, elle possède le gêne des anciens.

          -Ne me dites pas que vous pensez qu’elle puisse être une Ancienne répliqua Daniel abasourdi.

          -Je n’ai rien dit de tel poursuivit Sam. Mais admettez que pour le moment nous sommes en échec, même si nous avons pu sauver la terre de la destruction. Nous en sommes réduits à des hypothèses.

Elle ne put réprimer un bâillement.

          -Nous devrions aller nous reposer maintenant Sam. Il est vraiment très tard.

Les deux amis se séparèrent  à la porte du labo et chacun regagna ses quartiers.

 

 

 

 

 La vie de la base continuait, il y avait des obligations, des  explorations prévues au programme. Il fallait s’acquitter de ces charges.. Elle donna quelques ordres puis prévint Harriman qu’elle serait dans son labo pour quelques heures. 

Une semaine plus tard le général O’Neill fut déclaré disparu en mission. Mais Sam ne voulait en aucun cas abandonner les recherches.

Ils étaient retournés sur la planète, mais celle-ci était déserte. La visite du temple n’avait rien donné. Jack et Mac étaient tombés dans le piège ultime de Séchât et sans doute retenus prisonniers sur une autre planète.

Les coordonnées restant dans la porte avaient conduits les sauveteurs sur une autre planète toute aussi déserte  que la première et  qui devait être une planète de transit vers une destination inconnue.  L’éventualité d’un vaisseau mère en orbite et dissimulé effleura Sam un moment. C’était une possibilité à ne pas exclure.

Les recherches furent abandonnées officiellement  au bout de deux mois. Sam avait fait appel à leurs anciens alliés, mais la Tok’ra était réduite à sa plus simple expression et leur avait dit qu’ils enverrait quelqu’un dès que possible. Mais c’était une vague promesse et depuis la mort de Jacob, aucun contact avec eux n’avait pu être productif. C’est à croire que la Tok’ra s’était laissée aller à ses tendances anti-Tauri, prônées par certains. Sam était furieuse, la Terre et le général  O’Neill en particulier les avait beaucoup aidés par le passé, elle trouvait que la Tokr’a avait la mémoire courte.

SG1 continuaient leurs recherches dès qu’ils avaient un moment de libre. Le nouveau chef de la base, le général Warren était très ouvert et acceptait volontiers que Sam et ses amis emploient les ressources de la base pour retrouver O’Neill, du moment que cela ne nuisait pas à leur travail.

Leurs journées étaient harassantes et se terminaient fort tard dans la nuit. Malgré tous les échecs successifs rencontrés, ils ne baissaient pas les bras.

Quand Sam s’effondrait le soir dans son lit, elle n’arrivait pas à dormir, car l’angoisse lui nouait le ventre. Elle n’avait rien à se raccrocher et c’était cela qui lui était le plus insupportable. L’espoir  de les retrouver vivants s’amenuisait de jour en jour. Daniel et Teal’c lui étaient d’un grand secours, ils se serraient les coudes comme ils le faisaient depuis si longtemps. C’était cela qui l’empêchait de s’écrouler.

 

 

Planète de Séshat.

 

 

Une brise légère soufflait dans les voiles de la jeune femme immobile  au milieu du  désert, statue de l’impuissance et de la rage.

Son prima venait  de lui apprendre la disparition de ses deux prisonniers. Elle était alors entrée dans un colère folle et avait jeté l’anathème autour d’elle, envoyant valser une nuée de servantes terrorisées, qui s’étaient égaillées dans toutes les directions.

          -Retrouve-les  ordonna t-elle au jaffa. Tu en répondras sur ta vie. Prends avec toi tous les hommes nécessaires.  Ne néglige aucune piste.

Elle fit quelques pas dans la lumière douce du matin à l’heure où le soleil n’avait pas encore changé le paysage en fournaise, offrant son visage aux premiers rayons.

Tout à l’heure l’incandescence du deuxième astre en fusion brûlerait la peau du téméraire et inconscient voyageur qui aurait pris le risque de se lancer en plein jour sur les chemins escarpés et remplis de pièges de la planète. Et si par chance ils supportaient l’infernal brasier, le dernier piège les tueraient.

 

Séshât était déçue que ces beaux jouets lui soient enlevés. Elle avait pris tant de plaisir à les faire souffrir, à tuer Mac encore et encore. Mais finalement, elle commençait à être lasse de ce petit jeu. Elle avait décidé qu’aujourd’hui serait le dernier jour de Mac, qu’il n’y aurait pas de sarcophage salvateur pour lui. Ensuite cela aurait  été le tour du tout puissant chef du SGC qui aurait subi mille tourments avant de disparaître définitivement. Mais le sort, ou la ténacité des prisonniers en avait décidé autrement. Au fond d’elle même, elle était admirative du courage et des ressources de ces hommes. Jamais elle n’avait rencontré d’ennemis aussi redoutables et pourtant en apparence si démunis. Ils n’avaient pour lui résister que leur opiniâtreté, leur volonté de ne pas se laisser abattre et leur intelligence. Il leur en avait fallu pour s’enfuir. Et cela Séshât ne pouvait s’empêcher de le reconnaître.

 

Elle haussa les épaules. « De toute façon, ils sont morts maintenant, personne ne peut vivre dans le désert ».

Ce n’était pas la première fois que des prisonniers s’échappaient, mais cela se terminait  toujours de manière tragique.

Lentement elle se dirigea vers son palais. Elle avait du travail à faire, des expériences en cours. Rien ne devait la distraire.

Dans cette affaire, elle avait à la fois gagné et perdu. Elle avait vaincu les deux hommes, mais n’avait pu conquérir leur planète.

Malgré tous les défauts qui faisaient d’elle une femme particulièrement cruelle, Séshat possédait une intelligence comparable à celle de Nirti.  C’était une grande scientifique. Sans cesse elle mettait au point de nouveaux appareils, de nouvelles stratégies. Ses expériences sur le temps étaient audacieuses, enrichissantes, amusantes.

 Au delà des baraquements des prisonniers, elle pouvait apercevoir son palais. Une construction de pierres blanches aux dimensions modestes en apparence, mais qui s’enfonçait dans le sol sous plusieurs niveaux.

C’est là que se trouvaient ses laboratoires, ses chambres de  torture, et les salles d’expérimentation , où elle pratiquait  des expériences audacieuses sur les déplacements temporels.

Elle habitait au rez-de-chaussée. La maison était vaste et aménagée pour résister aux grandes chaleurs, avec des murs très épais et de petites ouvertures.

Quand elle entra dans le hall, elle apprécia la fraîcheur, et le silence. Ce palais était son préféré. Elle en possédait sur d’autres planètes, plus grands, plus vastes, mais elle revenait ici, c’était là qu’elle avait ses attaches. Dans ses murs elle avait connu ses plus grandes joies dues à des expériences réussies et fort divertissantes. Elle avait fait venir les plus grands savants de la Terre, d’Antarès, d’Alpha du Centaure, et de bien d’autres planètes. D’eux elle avait appris tout son savoir et plus encore, car à leur technique primitive elle avait audacieusement ajouté la technique des Anciens.

Toute jeune elle avait remarqué qu’elle était la seule à faire réagir des pierres colorées et des objets apparemment inertes. Elle avait tout d’abord  attribué ce don au fait qu’elle était Goa’uld, et au naquadah qui circulait dans son sang. Mais les autres de sa race ne réagissaient pas comme elle. Les objets restaient sans vie dans leur main.

Quand elle eut réalisé cela , elle se sentit investie d’une mission d’une grandeur intergalactique, poussée vers un destin grandiose. Dans la solitude de ses palais elle entreprit alors une oeuvre gigantesque qui ferait d’elle  la maîtresse incontestée de l’univers.

Depuis lors, sa quête n’avait cessé. Grâce à son rayon temporel installé dans son vaisseau, elle attira sur sa planète tous les grands hommes de tous les temps susceptibles de lui apporter quelque chose.

Elle les faisait venir ici même dans cette pièce qui lui servait de chambre et de salle de travail, là où son esprit toujours en éveil fourmillaient de nouvelles idées, statuettes piégés ou  leurres inédits.

Dans ce fauteuil s’étaient assis Platon et Aristote. Elle avait discuté principes et théorèmes avec Archimède et Pythagore. Un autre jour, c’était le grand Da Vinci lui même qui s’était installé  face à elle, à sa table de travail. Elle avait appris la physique quantique de Gamonée d’Alpha du Centaure. Et son esprit s’était ouvert aux déplacements temporels en conversant tout simplement  avec Einstein.

Tous ces hommes lui avaient appris l’essentiel : qu’elle ne savait pas grand chose des forces de l’univers et que son esprit toujours en éveil devait apprendre la patience et l’humilité qui forgent les grands savants.

Au mot humilité elle avait été prise d’une grand colère et d’un geste les avait tous renvoyés  dans les limbes du passé.

Mais l’idée faisait son chemin dans son esprit. Ce que sa nature  exaltée de Goa’uld refusait l’intelligence qui était sienne  refaisait surface et tempérait ses ardeurs.

Elle était convaincue qu’ils avaient raison. C’est pourquoi de défaites en défaites vis à vis de la terre, elle n’abandonnait pas, se refusant à s’avouer vaincue et cent fois sur le métier remettait son ouvrage ainsi que les  philosophes grecs le lui avaient appris.

 

Après deux semaines d’incertitude sur le sort des évadés , un soir, tard dans la nuit son prima revint. La reine se reposait, mais il avait l’autorisation de pénétrer dans le palais à  n’importe quelle  heure et de la réveiller.

          -Ma reine dit l’homme en posant un genou en terre. Nous avons trouvé ceci près de la porte.

Il tendit à Séshat un sac en cuir , et sans attendre de réponse il recula jusqu’à la porte et sortit.

Le cœur battant elle ouvrit le sac, et sourit. Dedans des débris, des morceaux de tissu déchiré et brûlés, des chaussures dont il ne restait que la semelle. Elle identifia le tissu bleu presque noir, c’était le même que les treillis des deux prisonniers échappés. Les chaussures étaient sans conteste des rangers. Il y avait aussi des bouts de métaux à moitié fondu mélangé au reste des tissus.

Elle étala tout cela sur la table. Aucun reste humain parmi ces déchets, mais elle n’en était pas surprise. Le champ de force autour de la porte des étoiles était si puissant qu’il brûlait instantanément toutes les matières organiques.

C’était tout ce qu’il restait de Jack O’Neill et de MacGyver. Elle avait gagné.

Il lui restait un petit travail à faire pour en être sûre. Elle prit un morceau de tissu en assez bon état et l’examina  soigneusement sous l’objectif d’un puissant microscope, il restait quelques cellules épithéliales humaines.

Dans un autre appareil de sa fabrication, elle  travailla sur l’ADN résiduel. Quelques heures plus tard elle acquis la certitude que c’étaient bien l’ADN de Jack O’Neill. Naturellement les deux hommes ayant  le même ADN, il lui était impossible de les dissocier. Elle avait cependant la certitude à la lecture des détails infimes que les débris des objets  retrouvés appartenaient à deux hommes différents.

 

Elle avait triomphé. Pourtant la victoire avait un goût de cendre. Elle ne ressentit pas la joie escompté et s’en étonna.

          « Mes ennemis sont vaincus et détruits , pourquoi n’en suis-je pas plus heureuse ? »

Sans doute avait-elle perdu des adversaires dignes d’elle et de sa puissance. Malgré elle,  elle était admirative de ces deux hommes qui n’avaient pas hésité à braver les forces extrêmes qu’elle avait déchaînées.

Elle retourna dans sa chambre et se plongea dans son sarcophage. C’était toujours de la même manière qu’elle agissait. Le doute disparaissait à l’instant même où elle s’endormait. Et elle savait qu’à son réveil, elle fourmillerait d’idées nouvelles et qu’un autre plan aurait germé dans son esprit, qui celui là lui apporterait avec certitude une écrasante victoire sur le peuple de la Terre.

 

 

 

 

 

          -Allez-y doucement, juste quelques gouttes.

La jeune fille soutenait la nuque du blessé allongé sur le sol.  Jack sentit le liquide apaiser la sècheresse de sa gorge. Il essaya de parler mais  Zyla l’en empêcha.

          -Chut dit-elle, vous devez reprendre des forces.

Le général articula difficilement

          -Mac ?

          -Votre compagnon de voyage ? répondit-elle. Ne vous inquiétez pas on s’en occupe.

Il tourna le visage vers la droite et aperçut un grand corps étendu sur une paillasse voisine.

          -Vivant ? articula t-il  

          -Oui, vous êtes vivants tous les deux, on vous a trouvés dans le désert mourant de soif. Cela fait deux jours que vous êtes là.

Jack acquiesça d’un clignement de paupières. Il se relâcha et sombra dans un profond sommeil réparateur.

Le lendemain Jack avait repris des forces. Il n’avait souffert que de malnutrition et de déshydratation. Les plantes que Zyla avait ajoutées dans l’ eau lui avait fait beaucoup de bien. Il se leva en titubant et serait tombé sans le secours de Barna, un homme d’une quarantaine d’années qui s’était avancé vivement.

          -Appuyez vous sur moi dit-il, vous n’avez pas encore suffisamment de force.

Il fit ainsi quelques pas, puis  se raffermit sur ses jambes.  Quelques instants plus tard il  pouvait  se déplacer seul. Il s’approcha de Mac et lui toucha la main.

          -Laissez –le dormir, il est encore faible, expliqua Zyla

          -Pourquoi ne se réveille t-il pas ?

          -Parce que je lui ai donné  un remède pour qu’il dorme. Ne vous tracassez pas, tout va bien, ajouta la jeune fille en souriant.

Depuis l’arrivée des deux hommes elle n’avait pratiquement pas quitté leur chevet. Elle s’assit près de Mac et passa un linge humide sur son front luisant de sueur. Ses gestes étaient amples  et empreints  de douceur. Puis elle lui prit la main qu’elle garda dans les siennes un moment, caressant les longs doigts fins du jeune homme.

Jack s’était éloigné, pensif.

          -Prenez place parmi nous dit Zorak, le chef du village. Notre nourriture n’est pas variée. Ici pratiquement rien ne pousse et nous devons aller très loin pour trouver des feuilles comestibles. C’est pourquoi nous nous nourrissons des animaux que nous attrapons.

          -Sommes-nous loin de la porte des étoiles ? questionna Jack.

          -Vous voulez parler de l’anneau je suppose ?

          -Oui, c’est ça l’anneau.

          -En quoi cela vous intéresse t-il ?

          -Nous voudrions rentrer chez nous.

L’homme ne répondit pas. Il enchaîna la conversation sur un autre sujet. Qui étaient les étrangers ?  d’où venaient-il ? 

Jack répondit volontiers sans s’engager plus avant sur les raison profondes de leur mission sur une planète de Séshât.

Il dit simplement que lui et son neveu avaient été pris par Séshat alors qu’ils exploraient une planète, et qu’ils étaient arrivés ici contre leur gré.

          -Que faites-vous comme métiers ?

          -Nous sommes marchands mentit O’Neill avec aplomb.

L’homme sourit.

          -Vous ne voulez pas en dire plus, cela vous regarde. De toute façon, vous vous êtes échappés et c’est tout ce qui compte.

 

La grotte était vaste, il semblait y avoir plusieurs salles. Un puits laissait filtrer un peu de lumière naturelle.

          -Vous êtes nombreux ici demanda Jack ?

          -Nous sommes une dizaine, ma famille et celle de mon frère Barna. Nous vivons ici à l’abri, quelques mois par an.

          -La reine vous laisse en liberté ?

          -Elle ne connaît pas notre existence, nous sommes loin  de son camp de prisonniers et nous ne voyons jamais personne.

          -Vous devez sortir tout de même pour chasser ?

          -Effectivement nous sortons, mais que la nuit. Personne ne vient jusqu’ici. Cette  région est désertique et très peu habitée. Seuls sont  surveillés le camp et la proximité de la porte.

          -Vous ne m’avez pas répondu tout à l’heure, sommes-nous loin de la porte ?

          -Oui. C’est pour cela que vous êtes en sécurité ici.

 

Jack se posait une foule de questions sur ces gens  vivant dans les cavernes, mais il sentait que Zorak ne voulait pas en dire davantage. Sans doute se méfiait-il d’eux.

Le chef du village poursuivit :

-Vous allez rester ici le temps que votre neveu guérisse et que la reine soit persuadée de votre mort.

-Il faudrait pour cela qu’elle nous croie morts.

-Ne vous inquiétez pas de cela. Nous nous en sommes déjà occupés.

Décidément Zorak ne parlait que par énigme. Jack n’insista pas, car il fallait un peu de temps à Mac pour se rétablir, cette pause parmi ce peuple leur serait salutaire.

          -On pourrait récupérer  nos vêtements ?

          -J’ai peur que ce ne soit impossible répondit l’homme.

          -Pourquoi ?

          -Parce qu’ils ont été détruits. Rien ne doit rester de votre ancienne vie. Au cas où vous seriez retrouvés on pourrait toujours dire que vous êtes de ma famille.

Jack trouvait ces propos étranges. Pourquoi ne pas s’expliquer davantage, ne pas dire où se trouvait la porte et vouloir les garder avec eux si longtemps ?  Il n’avait pas l’habitude de rester statique à attendre que les évènements surviennent. Il préférait précéder et devancer l’action, manier les évènements selon son bon vouloir. Il fit toutefois contre mauvaise fortune bon cœur, car l’état de Mac le préoccupait. Il fallait au jeune homme un long moment de convalescence. On ne sort pas indemne de la terrible épreuve qu’il venait de subir. Jack en savait quelque chose et pour Mac il aurait toutes les patiences. Cependant il restait sur ses gardes.

 

 

Jack  revint vers le jeune homme qui était réveillé, et  s’assit près de lui.

          -Ça va ?

          -Oui répondit Mac avec un sourire, je me sens mieux. Tu as pu parler avec le chef ?

          -En effet, mais il n’est pas spécialement bavard. Je ne voudrais pas avoir échangé une prison pour une autre.

          -Ne sois pas trop méfiant, Jack,  et patient aussi. Regarde , il n’y a que des visages souriants et des gens qui prennent soin de nous.

          -Oui, c’est vrai mais c’est l’expérience qui m’a appris la méfiance. Tu ne peux savoir le nombre de peuples apparemment amicaux qui se sont révélés par la suite aussi retors et cruels qu’un Goa’uld.

          -De toute façon nous n’avons  pas le choix, fit le jeune homme fataliste, et c’est mieux que la mort et le sarcophage, admet-le.

Jack se sentit un peu honteux de son attitude. Sa méfiance n’avait pas doute pas lieu d’être et c’était vrai que pour Mac, s’était infiniment préférable. 

 

 

Ils partagèrent la vie de ces  deux familles pendant quelques jours. Mac se remettait physiquement de ses blessures mais ne tenait plus moralement que par les nerfs. Zyla qui le sentait triste et renfermé  recherchait sa présence et venait dès qu’elle le pouvait passer un moment près de lui. Elle s’asseyait près de lui et lui racontait longuement  leur vie dans les grottes. Le jeune homme écoutait sans rien dire, mais ces récits le distrayaient.  

 

 Jack bouillait d’impatience mais chaque fois qu’il posait une question, il obtenait une fin de non recevoir.

          -Ça ne peut plus durer comme ça dit-il un soir à MacGyver.

Ils s’étaient retirés tous les deux dans un coin de la caverne comme à l’accoutumée, et discutaient à voix basse. Mac était appuyé contre le mur de la grotte, ses longues jambes étendues devant lui.

Les ombres avaient envahi la caverne et le silence était retombé sur le petit groupes de personnes.

          -Il faut qu’on parte d’ici  continua Jack. J’ai vu qu’aujourd’hui tu as parlé longuement avec Zyla , elle t’a dit quelque chose ?

          -Oui, elle m’a expliqué pourquoi ils restent dans cette grotte quelques mois par an. La plupart du temps ils vivent plus au sud dans une contrée plus fertile.

          -Alors ?

          -Ils se sont fait un devoir de recueillir  les prisonniers évadés de Séshat. Elle a perdu son frère dans un camp.

          -Que s’est-il passé ?

          -Ils se sont fait piéger  par la déesse, celle-ci avait besoin d’un jeune garçon pour son service et il s’est engagé chez Séshat pour quelques jours. La famille est pauvre et son père avait pensé que ce serait une bonne chose d’avoir un peu plus d’argent. Naturellement,ça ne s’est pas passé comme prévu  l’enfant a du être soumis aux expériences de ce monstre .

          -Alors il agit par  vengeance ?

          -Plutôt  par rédemption, Zorak, son père culpabilise de n’avoir pas prévu ce qui allait arriver à son fils et en quelque sorte de l’avoir vendu à la reine.

          -Qu’est ce qu’il est devenu ?

          -Il est mort. Il s’était échappé et ils ont retrouvé des restes de vêtements lui appartenant près de la porte des étoiles.

          -La porte est certainement très bien gardée.

          -Même pas, il n’y a aucun garde autour.  C’est pour cela que les évadés, croyant la voie libre,  se jettent sur un champ de force mortel. Il n ‘y a aucune échappatoire.

          -Sauf si nous arrivons à désactiver ce champ de force répliqua Jack.

          -Oh oh fit Mac, ne me regarde pas comme ça ! je n’ai aucune idée de la façon dont cela fonctionne.

          -Il doit y avoir un dispositif. Il faut le trouver.

          -Quoi ? Tu veux retourner dans le camp, chercher un appareil dont nous ignorons tout de la forme et de l’apparence ! Tu es malade !

          -Chut ! Quelqu’un approche.

Une forme blanche et silencieuse se rapprochait c’était Zyla. Elle vint s’asseoir près de Mac.

          -Pourquoi votre père nous garde ici,?  attaqua Jack immédiatement. Quels sont ses projets ?

          -Il ne souhaite que vous sauver, c’est cela que nous faisons tous les ans, sauver des prisonniers évadés. Mais ne tentez rien par vous même, je vous en prie. Cela serait voué à l’échec, répondit-elle d’une voix douce.

          -Mais pourquoi ? Et où est votre père ?

          -Il est parti près de la porte. Il surveille et attend le jaffa  pour le tuer   et prendre l’appareil.

          -Tout seul ? mais c’est insensé ? Il faut qu’on l’accompagne.

          -C’est trop tard. Il faut attendre maintenant.  De toute façon, il ne demande l’aide de personne. A chaque fois il agit seul.

          -Quand on a demandé à votre père où se trouvait la porte il nous a répondu qu’elle était loin. C’est faux n’est ce pas ?

          -Oui souffla la jeune fille. La porte est à environ à un kilomètre.

          -Mais pourquoi nous a t-il menti  ?

          -Pour vous sauver la vie ajouta gravement Zyla. Vous seriez partis vers la mort sans même vous en rendre compte…

Elle leur demanda de se préparer  à partir, dès que Zorak reviendrait ce serait l’heure.

          -Reposez vous en attendant.

Elle prit dans sa poche et un petit sac de peau et le glissa dans la main de Mac.

          -Qu’est ce que c’est ? demanda celui –ci étonné .

          -Un objet que j’aime que je vous donne en souvenir de moi. Ne l’ouvrez pas, maintenant. Rassurez vous ce n’est pas un objet de valeur, ce n’est qu’un collier  de pacotille.

Si la lumière avait été plus forte Mac aurait pu voir le visage de la jeune fille qui s’empourprait. Mais avant qu’il  ait pu ajouter quelque chose elle avait disparu dans les ombres de la grotte.

Il s’était bien rendu compte de l’attachement qu’elle éprouvait pour lui, mais il se sentait incapable de lui rendre quoi que ce soit. Il ne savait même plus s’il était vivant ou mort. Son cœur et son âme avaient été détruits  par  les tortures et le sarcophage.

Pensif, il  mit le petit sac dans la poche de sa djellaba et n’y pensa plus.

 

Le lendemain Zorak reparut. Il avait apporté une tenue de Jaffa. Jack ne se posa pas de question car  il était évident que le propriétaire de la tenue était mort.

Zorak tenait dans sa main le dispositif pour arrêter le champ de force.

          -Nous partirons cette nuit dit-il. Vous serez mes prisonniers. Cela paraîtra  moins suspect.

          -Vous savez vous servir de ça demanda Jack en montrant la lance Jaffa ?

          -Bien sûr ! cela fait  dix ans que je fais évader des prisonniers dit-il d’une voix sourde. Je  n’ai pas pu sauver mon fils mais  je fais tout pour en sauver d’autres.

C’était une chose que Jack comprenait parfaitement. Cela ne ferait pas revenir son fils mais  peut-être que cela atténuerait l’effroyable culpabilité qui devait être la sienne.

Le plan fut élaboré minutieusement. Ils devraient partir à la nuit tombée. Profiter des ombres pour se dissimuler au maximum et arrivés à la porte enclencher le dispositif.

 

La distance entre la caverne et la porte fut parcourue en une demi heure . Il fallait être prudent. La lune jetait un voile de lumière blanche  et on y voyait presque comme en plein jour.

La porte se dressait majestueuse sur un petit tertre, le cœur des deux hommes battirent un peu plus vite. On y était, le retour vers la Terre était proche.

Zorak marchait maintenant devant. Il jeta une grosse pierre devant lui et le champ de force s’illumina et grésilla dans la nuit.

Il leva la main, mais c’était inutile Mac et Jack s’étaient figés aussitôt. Du dispositif jaillit une lumière rouge et le champ de force se désactiva .

          -Partez vite maintenant leur dit –il

 

les deux hommes ne se le firent pas dire deux fois. Ils levèrent la main en signe d’adieu et de remerciement et se jetèrent ensemble dans la flaque qui les menaient vers une planète amie de la Terre.

 

 

 

 

 

Base de Cheyenne Mountain.

 

Les alarmes mugirent et réveillèrent Sam d’un mauvais rêve. Deux minutes plus tard elle était dans l’ascenseur qui descendait au 28ème niveau. Elle rejoignit Daniel qui finissait de boutonner sa veste de treillis.

          -Vous n’étiez pas obligé de venir Daniel.

          -Je sais, mais les alarmes de nuit sont relativement rares. C’est souvent signe d’une visite imprévue et pas toujours souhaitée.

Dans la salle de contrôle les chevrons étaient maintenant tous enclenchés. La lueur du vortex jaillissaient derrière le puissant iris.

          -On a un code Siler ? demanda Sam.

          -Oui, mon colonel c’est SG1.

          -SG1 ?

          -C’est un code datant d’il y a trois mois, celui que le général O’Neill possédait à son départ, ajouta t-il en levant les yeux vers Sam.

Le cœur de la jeune femme s’accéléra brusquement. En l’absence du général Warren, elle était responsable de la base. Le code pouvait venir du général O’Neill  mais tout aussi bien d’un ennemi.

Elle réagit au quart de tour.

          -Laissez l’iris fermé et attendons un contact.

Au bout de quelques secondes la porte se ferma d’elle même.

          -Pouvez-vous rouvrir lieutenant ? questionna Sam.

          -Oui mon colonel. C’est la planète P8B670. Elle est répertoriée comme planète amicale.

          -Effectivement intervint Daniel. Nous y sommes allés il y a deux ans et avions établi un excellent contact avec ce peuple.

Pendant ce temps les chevrons s’enclenchèrent et   un MALP fut envoyé dès l’ouverture de l’horizon des évènements.

          -Pas trop tôt dit une voix reconnaissable entre mille et  le visage souriant  du général apparut sur le moniteur.

Les lèvres de Sam s’étirèrent malgré elle en entendant cette voix. Son cœur faisait des bonds dans sa poitrine. Un intense soulagement et une bouffée de joie l’envahirent.  Enfin, il rentrait chez lui !

 

Après être passé par l’infirmerie où le médecin de garde l’avait déclaré apte, O’Neill arriva dans la salle de réunion pour le briefing. Pendant ce temps le général Warren  qui venait de  rentrer de Washington, arriva au même instant.

Les deux hommes se connaissaient et s’appréciaient. Ils se serrèrent la main.

Warren s’assit en haut de table et Jack prit place à sa droite. Les autres membres de SG1, se répartirent autour. Il y avait Sam, Daniel et Tea’lc.

          -MacGyver ne vient pas au débriefing ? s’informa Sam.

          -Non répliqua Warren, il ne fait pas partie de cette base.

Sam s’étonnait du ton un peu sec de Warren, mais un coup d’œil du général O’Neill la dissuada de poursuivre. 

Le briefing se termina rapidement après que Jack eut raconté les derniers évènements et conclut à l’échec de la mission. Ils avaient été retenus prisonniers et n’avaient pas trouvé de pierres bleues.

Warren retourna dans le bureau du commandant de la base, suivi d’O’Neill. Les deux hommes parlèrent un long moment et rien ne filtra de leur entrevue. Après des adieux à la base, le général Warren partit vers d’autres fonctions.

           

 

Sam  ne put voir Jack que le lendemain de son retour. Elle passa par la voie hiérarchique, c’était le seul moyen.

          -Soyez brève Carter, je suis débordé.

« Mauvais préambule » pensa Sam. Elle se décida à aller à l’essentiel.

          -Mon général, vous n’avez pas dit grand chose durant le débriefing. Pourquoi Mac est –il toujours à l’infirmerie, quelque chose ne va pas ? 

          -C’est Mac qui vous intéresse !

A peine avait-il dit sa phrase qu’il la regretta aussitôt. Il resta une seconde la bouche entr’ouverte, mais le mal était fait. Sam avait rougi violement sous l’effet de la colère.

          -Que voulez vous dire ?

          -Rien absolument rien, mais je suis à cran en ce moment, veuillez m’excuser. 

Sam ne répondit pas, mais elle aurait parié que le général venait de faire une petite crise de jalousie. Son cœur se serra, elle se trompait certainement. Comment aurait-il pu penser qu’elle le préférait et de loin au charmant jeune homme, qui resterait pour elle, un merveilleux ami, même si parfois elle avait été tentée…

Le général avait l’air fatigué, il avait beaucoup maigri durant sa captivité, et d’un geste familier il se passa la main sur la nuque.

          -Je me sens responsable, ajouta Sam.  Il est arrivé quelque chose de terrible pendant votre captivité, et vous ne voulez pas en parler.

          -Vous n’êtes responsable de rien du tout.

          -Si, c’est moi qui vous ai suggéré ce voyage temporel dans votre passé.

          -Et vous avez très bien fait. Sans cela nous serions tous morts. De toute façon, j’ ai pris la décision. Il n’y a qu’un responsable, c’est moi.

Sam était troublée, le général visiblement ne voulait pas parler. Malgré tout elle insista :

          -Permission de parler librement mon général ?

          -Je vous écoute.

          -SG1 a le droit de savoir ce qui s’est réellement passé. Ce serait bien si vous faisiez un briefing, juste nous quatre.

          -C’était mon intention, Carter.

 

 

Quelques minutes plus tard un briefing informel réunissait les quatre amis. Jack parla plus librement. Il raconta leur terrible captivité, le piège qui s’était refermé sur eux presque tout de suite, le transfert vers plusieurs planètes pour brouiller les pistes. Il parla du camp de prisonnier, de la chaleur infernale, des expériences que pratiquaient Séshât. Aussi des tortures, de la mort, du sarcophage. Il raconta brièvement leur traversée du désert quand ils croyaient que tout allait s’arrêter là. Il fit le récit de la vie dans les cavernes de façon succincte mais il leur parla de Zorak qui s’était fait une vocation de sauver les prisonniers.

Ils posèrent peu de questions. Ils sentaient le général toujours sur la réserve, et ils savaient qu’il leur faudrait traduire eux même les silences et les non dits. 

 

 

         

Sam se présenta à l’infirmerie quelques instants plus tard, pour rendre visite à MacGyver.

          -Je te dérange ?                                                   

          -Pas du tout, entre.

Il s’était levé et ne paraissait pas souffrir de blessures apparentes.

          -Comment vas-tu ?

          -Bien.

          -Pourtant tu es à l’infirmerie ?

Mac avait le regard hanté des gens qui en ont trop vu ou trop supporté. Il ne la regarda pas et s’assit lourdement sur le lit.

          -Physiquement tout va bien. Je suis guéri, dit-il sourdement.

          -Tu as des entretiens avec un psy ?

          -Oui.

          -Mais tu es obligé de rester ici dans cette petite  pièce toute triste.

Il eut un sourire désabusé :

          -Elle est très bien cette pièce et c’est infiniment mieux que les geôles de Séshât, et puis je vais retourner dans  la chambre  du quartier des invités.

          -Tu ne veux pas venir t’installer chez moi ? Ce serait plus confortable ?

          -Je ne sais pas si c’est une très bonne idée, Sam.

Elle était déçue mais comprenait que  le jeune homme ne voulait pas s’attacher davantage à ceux qu’il quitterait un jour ;

          -Si tu changes d’avis ? Tu sais où me trouver.

Il s’était déjà détourné, et ne la regarda pas partir. Cela fit mal à Sam. Il avait terriblement changé et était devenu amer, fataliste. Tout ce qu’il n’était pas avant cette mission.

Daniel n’eut pas plus de succès, Mac ne décolla pas trois mots. Il s’enfermait dans un mutisme dangereux aux yeux de ses amis.

 

 

Après le départ de Daniel, Mac emballa rapidement les quelques affaires qu’il possédait et retrouva la pièce qu’il avait occupée avant son départ. Le docteur Tyler l’avait trouvé en suffisamment bonne santé pour quitter l’infirmerie.

 Il avait rendez-vous dans une heure avec le docteur Broder. La première séance qu’il avait eue la veille ne s’était pas bien passée. Lui qui d’habitude n’avait aucun mal à s’exprimer s’était retrouvé muet devant le psy, incapable de mettre des mots sur ce qu’il ressentait. C’était au delà de tout ce qu’il avait pu imaginer.

Il avait souffert dans sa vie, perdu ses parents quand il était encore enfant. Des hommes et des femmes qui avaient fait un bout de chemin avec lui avaient eux aussi disparu dans la tourmente. Malgré la douleur éprouvée ,il l’acceptait,  tout cela était dans l’ordre des choses. La mort fait partie de la vie, et Mac n’avait jamais eu auparavant de problèmes avec ce concept. 

Mais ce qu’il vivait actuellement était au delà de sa compréhension. Il avait conscience qu’il lui faudrait beaucoup de temps, mais il ne voyait pas l’utilité d’en parler avec un psychiatre. Apparemment le général O’Neill n’était pas de cet avis, puisqu’il lui imposait une heure d’entretien quotidienne avec le docteur Broder.

Ses nuits étaient peuplées de cauchemars où inévitablement le sarcophage tenait le premier rôle. Il ne voulait plus dormir et restait éveillé le plus tard possible. Son temps, il le partageait entre la salle de sport où il s’épuisait par la pratique à outrance du putching-ball, ou  d’interminables séries d’haltères, qui le laissaient épuisé mais l’esprit enfin vide, et la télévision où il s’abrutissait jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Il se sentait au bout du rouleau. Jamais il n’avait ainsi perdu le contrôle de son existence. Ses repères avaient disparu. Il se trouvait au fond d’une base souterraine, loin de tout ce qui faisait sa vie, son travail.  Ses amis  avaient disparu  dans un  passé lointain et nébuleux qu’il ne retrouverait jamais.

Ses pas le conduisirent jusqu’au bureau du docteur Broder. Celui-ci ne pouvait pas le recevoir maintenant et recula le rendez –vous d’une heure.

Mac s’en fichait royalement, il avait l’impression d’être un étranger à sa propre vie et tout cela lui était indifférent. De toute façon, parler à un psy ne servait à rien, il en était intimement convaincu.

 

En se rendant à la salle de sport il croisa Teal’c, qui lui proposa d’aller au mess boire un verre avec lui. Cette proposition l’étonna, Teal’c n’étant pas réputé pour sa sociabilité.

Les deux hommes descendirent au niveau 22. La salle était presque déserte, seuls quelques officiers discutaient autour d’un café.

Ils s’installèrent dans un coin et prirent chacun un jus de fruit.

Le regard de Teal’c détaillait tranquillement le jeune homme muet en face de lui et le trouva  changé.  La lueur qui avant,  pétillait dans son regard avait disparu. Le cœur du grand jaffa se serra et il maudit à nouveau la cruauté des Goa’ulds qui était cause de cette transformation.

          -Avez vous entendu parler du Kel’no’rim MacGyver ? demanda t-il après un moment de silence.

          -Oui, j’ai lu quelque chose là-dessus, ce n’est  pas une sorte de méditation ?

          -C’est exact. Quand je portais un symbiote goau’uld  cela remplaçait le sommeil et favorisait le repos et la clairvoyance.

          -Pourquoi me parlez-vous de ça ?

          -Parce que je pratique toujours la méditation bien que  ce ne soit plus vital pour mon organisme. Cela m’aide à organiser mes pensées, et aiguise ma clairvoyance. Je peux vous l’enseigner si vous le souhaitez.

          -Il n’y a pas que les jaffas qui peuvent le pratiquer ? s’étonna le jeune homme.

Teal’c reprit calmement :

          -Dans sa forme profonde, oui. Moi même je ne peux plus le faire. Mais la médiation est accessible à tous ceux qui veulent bien s’en donner la peine.

La présence du jaffa était apaisante. Il se dégageait de lui un calme et une sérénité qu’enviait Mac à cet instant. Le peu qu’il avait lu sur Teal’c dans les dossiers était édifiant. La force mentale prodigieuse de cet homme lui avait permis de surmonter les pires souffrances et de garder intacte sa foi en l’homme.

Il accepta tout de suite. Cela ne pouvait que lui être bénéfique .

 

Les deux hommes se rendirent dans les quartiers de Tea’lc. Ceux-ci étaient spartiates. Il  n’y avait que l’essentiel. Un lit étroit en fer, et  un coffre en bois. Sur une étagère des dizaines de bougies en rangs serrées occupaient tout l’espace.

Teal’c les disposa sur le sol, les alluma et invita Mac à prendre place. La lueur des flammes jetaient des ombres mouvantes sur les murs.. Ils s’assirent en tailleur l’un en face de l’autre.

          -Posez vos mains comme ceci expliqua Teal’c en montrant ses paumes ouvertes, et fermez les yeux. Faites le vide en vous, ne pensez plus à rien. Respirez profondément.

Mac se laissa baigner par le silence, sa respiration se fit plus calme et son cœur se ralentit. 

Quelques minutes plus tard il ouvrit les yeux car il avait du mal à rester concentré. Il regarda l’homme immobile , tel un bronze antique.

Cette chambre aux lumières lui paraissait irréelle. Il y régnait une paix, qu’aucun événement extérieur ne paraissait pouvoir  troubler.

Quelques minutes plus tard Teal’c ouvrit les yeux et vit le regard de Mac sur lui.

          -Comment vous sentez-vous MacGyver ?

          - Plus calme, peut être, s’étonna t-il.

          -La prochaine fois je vous apprendrais à canaliser vos pensées.

          -Merci Teal’c.

Le jaffa inclina le buste en guise de réponse.

 

Mac effectivement se sentait plus apaisé, quand il rejoignit le docteur Broder pour sa thérapie quotidienne.

 

 

 

-Je voudrais quitter la base annonça Mac ce jour là  à ses amis.

Ils étaient tous chez Jack  pour un repas dans le calme d’un  dimanche midi. Les activités de la base était réduites. C’était une période d’accalmie comme il n’y en avait peu, et qu’appréciait beaucoup le général O’Neill. Il en avait profité pour se retrouver avec ses amis comme autrefois.

La conversation cessa, ainsi que le bruit des fourchettes dans les assiettes.

          -Quoi ? fit Jack un peu surpris.

          -Pour aller où ? demanda Daniel.

Sam ne dit rien, mais elle le fixait d’une façon un peu gênante.

Il sourit puis reprit gravement.

          -Je ne suis pas à ma place ici. Les regards que vous portez sur moi me pèsent. Or je voudrais oublier tout ce qui s’est passé sur la planète. Vous êtes si attentionnés avec moi que cela en est gênant. Ne m’en veuillez pas de ma franchise, mais j’ai besoin de me retrouver seul.

          -Où comptes-tu aller ?

          -Je voudrais passer quelques jours en montagne, Jack tu comprends parfaitement ce besoin de solitude. J’aime le contact avec la nature, vivre en symbiose avec elle, c’est vital pour moi.

          -Oui bien sûr, c’est d’accord.    

          -Merci. Mais je voulais ajouter quelque chose, ne vous sentez pas coupable de ce qui est arrivé. Vous avez bien fait d’aller me chercher dans le passé. Ce qui s’est passé ensuite  n’est pas votre faute, c’est la fatalité et la haine de la Goa’uld qui a fait le reste.

Sam l’écoutait les larmes aux yeux. Ce que disait le jeune homme mettait du baume sur son cœur meurtri. Elle avait eu l’idée qui avait transformé toute la vie de Mac en un cauchemar permanent. Elle s’en voulait pour ça et ne pouvait plus se regarder dans une glace. Le fait que le général O’Neill s’approprie toute la responsabilité ne l’avait nullement apaisée. Seules les paroles de Mac lui faisait du bien. Il était si généreux qu’il ne lui en voulait même pas.

Elle se leva et spontanément vint entourer de ses bras le cou du jeune homme. Celui-ci rougit malgré lui et croisa furtivement le regard furieux de Jack. Il dénoua aussitôt les bras  de Sam et se dégagea.

          -Tu pars quand ?  fit Daniel rapidement pour couper court au silence pesant.

          -Demain si c’est possible.

          -Absolument. On va te conduire sur place  et on te reprend dans huit jours. Ça ira ?

          -C’est parfait.

 

Le reste de la journée se déroula dans une ambiance amicale. Teal’c voulut regarder Star-Wars  mais un cri unanime de protestation l’en empêcha.

          -Il n’y na pas que Star-Wars dans la vie !  ça fait combien de fois que vous le regardez ? ajouta Daniel en riant

          -Plus de vingt fois, répondit Teal’c le plus sérieusement du monde.

          -Justement il est temps de penser à autre chose . Je suis sûr que vous adorerez « Retour vers le futur » ?  Tu connais ce film Mac ?

          -Oui, je l’ai vu l’an dernier. 

          -Et ?

          -J’ai adoré. Peut être que j’apprécierais moins maintenant ! les histoires de voyage dans le temps, vous savez… dit-il en souriant.

Il ne finit pas sa phrase, mais tout le monde avait compris.

          -Un « Simpson ? se hasarda  Jack

          -Ah non, firent-ils tous en chœur !

          -Quoi alors  ?

          -« Independance day » ?

          -C’est pas drôle comme film

          -Pourquoi pas  le « Titanic » fit Sam ?

          -Vous voulez ma mort ou quoi ? fit Jack avec une moue désespérée. 

          -Alors des Tex Avery, ça mettra tout le monde d’accord trancha Daniel.

Ils passèrent un joyeux après midi à rire devant des dessins animés comme des enfants.

Cela leur fit beaucoup de bien à tous. 

         

 

Le chemin était escarpé, mais Mac ne ralentit pas le pas pour autant. Il avait retrouvé une excellente forme physique et son souffle était à peine plus court.

Au bout d’une heure il fit une pause. Il se trouvait sur le sommet d’une colline et à ses pieds un paysage à couper le souffle, des vallons, des prairies colorées, des petits villages tapis au fond dans les vallées, aussi petits que des maisons de poupée. Ici, dans la nature il oubliait. Le décalage temporel n’avait pas cours. La nature était majestueuse et le resterait pour des millénaires si la folie des hommes ne l’atteignait pas. Mac leva la tête, plus haut dans les nuages, son objectif : le sommet enneigé qui dominait cette vallée. Mais ce ne serait pas pour ce soir, il était tard et le temps était couvert. Il fallait se poser pour la nuit.

Le lendemain après une nuit de sommeil sans cauchemar, la première depuis son retour, il repartit à l’assaut du sommet, le ciel était dégagé, « un temps idéal pour une bonne grimpette » pensa t-il.

Il parcourut ainsi la région  pendant une semaine, se remplit les poumons d’air pur,  puis il rentra à la base, apaisé.

 

 

Il ne resta à Cheyenne Mountain  que deux jours, le temps de dire au revoir à ses amis. Pour lui la vie dans une base souterraine était impensable. Il eut un peu de mal à le leur faire comprendre.

          -Tu pourrais ne pas habiter la base mais  rester à travailler avec nous ?  Il y a de quoi faire avait dit Daniel.

          -Ma place n’est pas ici, avait-il répondu.  Puisque je ne peux pas  rentrer à mon époque je vais chercher un boulot dans un parc naturel, en pleine nature, j’aurais comme ça l’impression d’être rentré chez moi.

Avant de  partir vers sa  nouvelle vie, Mac passa voir Jack dans son bureau. Celui-ci était seul, apparemment absorbé dans un dossier.

          -Je peux te dire un mot avant mon départ ?

          -Bien sûr répondit Jack en fermant la chemise. De toute façon je n’en ai même pas lu la première ligne…

Mac sourit :

          -Tu as l’air préoccupé ?

          -Oui, il y a une équipe en retard sur PXV678, et je me demandais…

          -Jack l’interrompit Mac d’une voix ferme, tu as repensé à ce que je t’ai dit sur la planète ?

Jack ne répondit pas immédiatement, il se renfonça dans son fauteuil et fixa le jeune homme qui arborait un air indifférent.

          -Oui, je ne pense plus qu’à ça… Si je quittais l’armée  je pourrais toujours diriger la base en tant que civil.

          -Tu lui en as parlé ? répondit le jeune homme avec un large sourire.

          -Non, pas encore, c’est juste une remarque.

          -Ne tarde pas trop.  

         

Ils l’avaient laissé partir. Les adieux furent brefs, Mac avait décidé de ne pas leur donner de ses nouvelles, il voulait couper les ponts, oublier qu’un jour il avait croisé sur sa route un monstre et qu’elle avait failli le détruire.

 

Il organisa sa nouvelle vie. Aidé par quelques coups de fils du général O’Neill, il put facilement trouver la place qu’il souhaitait : la  surveillance dans une réserve naturelle. Son travail consistait à protéger la nature des prédateurs en tout genre, surtout humains. Ses longues journées commençaient à l’aube pour s’achever tard le soir. Il passait le plus clair de son  temps à surveiller les innombrables routes  et sentiers de la réserve, en jeep, mais le plus souvent à pied quand les chemins étaient inaccessibles.

C’était un travail pour lui, très physique, qui  lui permettait de reprendre contact avec la vie réelle et de ne pas trop souffrir du décalage temporel.

Il se fit des nouveaux amis, et occulta pour un temps tout ce qui lui rappelait la base de Cheyenne Mountain , la porte des étoiles et surtout le monde de Séshat.

Mac avait retrouvé une certaine joie de vivre et avait fait le  deuil de son retour à son époque, quand un jour tout bascula.

 

 

 

10 janvier 2007

 

La journée avait été harassante. Le froid et le gel, éprouvants. La vie en plein nature n’avait pas que des avantages. Ce soir là Mac rentra fourbu chez lui. Il rêvait d’un bon thé bouillant devant un feu de cheminée. Il se sentait glacé jusqu’aux  os.  Son moral chuta encore quand il vit dans quel état était son logement. Il avait eu des visiteurs qui avait tout mis à sac.

Il était 23 H , mais il savait que le shérif n’était pas couché. Celui-ci vint rapidement.

Il siffla en voyant l’état de la maison. C’était un bâtiment de plain pied  comprenant un séjour de taille modeste, une chambre et une cuisine. Tout avait été visité.

          -Vérifiez ce qui a été volé lui demanda le shérif.

Mac fit le tour des pièces. Dans le séjour le fauteuil était renversé, il y avait une étagère dont les livres étaient éparpillés sur le sol. La télé gisait sur le côté , éclatée. La chambre avait le même aspect de désolation, le matelas éventré et les draps déchirés. Dans la cuisine la vaisselle brisée crissait sous les pas. La salle de bain était dans le même état , le rideau de douche arraché et les produits répandus à même le lino.   

Il soupira,

          -Apparemment il ne manque rien, mais tout est cassé.  dit-il d’un ton las.

          -Vous avez des ennemis ? demanda le shérif, on dirait que quelqu’un vous en veut particulièrement ?  

          -C’est possible. La semaine dernière j’ai eu une altercation avec un braconnier.

          -Son nom ?

          -Je ne m’en souviens pas.

          -Pour ce soir on ne peut rien faire, demain vous viendrez  au bureau faire  votre déposition.

          -Entendu.

          -Vous ne pouvez pas rester ici . Venez chez nous, Jaimie se fera un plaisir de vous loger.

          -Je ne voudrais pas vous déranger.

          -La chambre d’amis est toujours libre, vous savez et depuis la mort de de Tony , La maison est bien vide.

Mac vit le regard du shérif  Braxton se voiler, cela l’incita à répondre favorablement. Il avait de l’affection pour Jaimie qui le lui rendait bien.

          -C’est d’accord dit-il. Le temps que je prenne quelques affaires, enfin s’il en reste  ajouta t-il d’un ton désabusé.

 

Il fouilla dans le placard de la chambre et retrouva le sac qu’on lui avait donné à la base. Il fourra dedans un jean ,  une chemise  et un pull qui avait échappé au massacre. Dans la salle de bain rien n’était utilisable. il pensa que Jaimie aurait bien une brosse à dents et un peigne à lui passer.

Mac se disait qu’il était maudit. Après avoir fait une entrée ratée dans l’année 2006, 2007 s’annonçait sous de mauvais augures. Au moment  où il se sentait intégré dans sa nouvelle vie, un désastre matériel l’atteignait.

 

Après être resté un moment à boire un potage bien chaud avec les Braxton, Mac s’était retiré dans la chambre d’amis.

Il s’allongea sur le lit, mais ne put trouver le sommeil. Son regard était attiré par le sac qu’il avait posé sur la table.

Il ne l’avait pas vidé après son retour de la base, mais  simplement jeté dans un coin, et oublié. Ce soir,  il  y avait simplement rajouté  ses vêtements .

Il vida tout sur la table, les vêtements, un livre que lui avait prêté Daniel, sur l’art précolombien. Son regard fut attiré par la tunique en coton beige qu’il portait à son retour à la base l’an dernier. Il plongea la main dans la poche et sortit un petit sac de peau, fermé par un lien en cuir.

« Un objet que j’aime que je vous donne en souvenir de moi. Ne l’ouvrez pas, maintenant. Rassurez vous ce n’est pas un objet de valeur, ce n’est qu’un collier de pacotille »

Il lui semblait entendre la voix de Zyla murmurer à son oreille. Dans la tourmente du retour il avait totalement oublié ce cadeau.

Le lien était si serré qu’il dut le couper et le bijou roula sur la table. C’était un grossier collier fait d’une double rangée de pierres brillantes, retenues entre elle par un simple fil métallique. Machinalement il le prit dans ses mains et le bijou se mit à briller. Un entrecroisement de faisceaux jetaient des lueurs bleutées. Le cœur de Mac fit un bond dans sa poitrine. Ironie du sort !  Est ce qu’il avait en sa possession les fameuses pierres bleues, qu’ils avaient vainement cherchées l’an dernier ? Il reposa le collier sur la table, le glissa dans la poche de son jean et retourna se coucher. Il ne voulait plus y penser, pas maintenant, pas à chaud. Ne pas faire de plans sur la comète. Demain, contacter la base. Après :  alea jacta est !

 

Il réussit à dormir tout de même quelques heures. Le lendemain était un dimanche. Il passa la journée avec les Braxton. Jaimie avait insisté pour qu’il reste. Elle aimait beaucoup le jeune homme qui lui rappelait le fils qu’elle avait perdu.

 

Deux jours plus tard il arriva à Cheyenne Moutain.

 

 

Sam était dans son labo en train d’examiner les  pierres du collier. Elle les avait démontées et maintenant grâce à un puissant microscope elle essayait d’en définir la nature. Près d’elle sur la table la pierre bleue devenue inerte, celle qui avait échoué à ramener Mac à son époque.

          -Alors ?  demanda Daniel

          -A première vue ce sont les mêmes. Cependant il est impossible de savoir quel  est leur pouvoir.

          -Il n’y a pas d’autres choix que d’essayer répliqua Mac.  Je suis volontaire.

          -ça on n’en doute pas rétorqua Teal’c, mais il serait imprudent de se lancer dans l’inconnu sans aucune certitude.

          -Ai-je le choix Sam ? demanda le jeune homme.

          -En fait non,  je n’ai aucun moyen s’en savoir  davantage, si ce n’est d’en faire l’expérience.

          -Alors pourquoi attendre ?  dit Mac, je suis prêt, allons-y.  

          -Tu peux te retrouver dans une autre époque ?

Le cœur du jeune homme battait à grands coups dans sa poitrine, un flot d’adrénaline envahit ses veines le rendant euphorique.

          -Je suis prêt à courir le risque. Donne moi plusieurs pierres au cas où .

Il mit en mit trois dans sa poche  et en garda une dans sa main.

 

Avant de partir il  serra la main  de ses amis, Mais il prit Sam par les deux  bras et lui demanda tout bas :

          -Où en es-tu avec Jack ?

          -Il a fait une demande de démission de l’armée, mais c’est très long murmura Sam très émue.

Les yeux du jeune homme brillèrent, il fit un geste du pouce en direction de Jack qui lui répondit et il disparut dans une gerbe d’étincelles bleues.

 

 

Il se retrouva immédiatement sur le parking de la base de Cheyenne Mountain, seul.   Il n’y avait aucune activité, le site  semblait totalement endormi., Seul un garde dans une cabine en verre,  somnolait devant un poste de télévision. Un journal était posé sur la table près de lui. Il sursauta quand Mac tapa à la porte.

          -Excusez moi ? c’est la page des sports ? demanda –t-il.

Le garde un peu hébété lui répondit :

          -Oui, les Giants ont encore perdu.

          -Ah non ! Encore !  fit Mac, je peux jeter un coup d’œil ?

          -Bien sûr !

Mac chercha aussitôt la date, fébrilement, il tourna les pages. Son cœur manqua de s’arrêter quand il vit « 28 janvier 1988 »

« 15 jours après mon départ, je ne suis resté absent que 15 jours ! »

Une bouffée de joie l’envahit, il avait réussi, il était de retour chez lui.

 

Deux jours plus tard il pénétrait à la fondation Phoenix. Pete l’accueillit à bras ouverts.

          -Mac, ! content de te revoir, j’ai trouvé le temps long pendant ses deux semaines.

Les deux hommes se serrèrent vigoureusement la main.

          -Alors raconte !

Mais Mac ne pouvait pas parler. Son ami ne devait rien savoir sur l’avenir. C’était beaucoup mieux comme ça. Qu’aurait-il pu dire ? qu’il était parti plus d’un an, qu’il avait vécu des aventures à la foi extraordinaires et terribles

          -Oh je n’ai pas fait grand-chose, juste aidé Sam à faire un petit travail et je suis rentré.

Pete Thornton  dut se contenter   de cette réponse.

          -Alors prêt à reprendre le boulot  ?  

          -Oui, j’ai juste à faire une petite chose avant de rentrer.

 

Il ouvrit son ordinateur et à la date du jour il écrivit ce message pour ses amis du futur :

          « Tout va bien. Bonne chance à vous deux ».

 « Mac   »

Il crypta son message selon un code convenu avec Sam,  juste pour leur dire qu’il était bien arrivé.  

Ensuite il rentra dans son appartement, et rangea soigneusement les pierres bleues. Personne ne devait les trouver.

Le téléphone sonna, c’était son vieux copain Jack Dalton, qui lui raconta une histoire abracadabrant. Il sourit et protesta pour la forme.  

Oui,  Mac était bien rentré chez lui. La vie pouvait continuer.

 

 

FIN