AURELIA
Fic
N° 68
Février
2006
Genre :
Missing scène, de l’épisode Abyss.
J’ai
trouvé que les scénaristes avaient terminé un peu rapidement ce magnifique
épisode dont Jack n’est pas sorti indemne. J’ai donc voulu creuser un peu.
Disclaimer : j’écris cette histoire uniquement
pour le plaisir.
Avertissements
et remerciements .
-Cette fic fut longue
à écrire, reprise et abandonnée plusieurs fois.
Merci à Mimigibos pour ses conseils avisés qui
m’ont évité une grosse bourde en psychologie. J’ai commencé cette fic début
décembre, elle ne voit le jour que maintenant, après une refonte complète.
-Dans cette histoire Jack et Daniel se
tutoient. Daniel étant « ascensionné », il se permet cette familiarité
avec Jack pour mieux se rapprocher de lui.
-Bisous à Hito, qui a eu la gentillesse
de corriger cette fic.
RAPPORT DE
MISSION
J’étais
enfin rentré mais je ne voulais pas en
parler, ni même y penser.
Allongé
dans ce lit je me sentais mal, et pourtant le cadre autour de moi m’était familier,
c’était l’infirmerie du SGC. Je n’avais jamais
aimé l’infirmerie, tout le monde le savait, et pourtant j’étais heureux d’y
être parvenu.
Comment
peut on être à la fois si mal et si bien ? Ressentir du soulagement malgré toute la
souffrance ?
Allongé
sur le dos, je ne bougeais pas, je faisais semblant de dormir quand la porte
s’ouvrait. Je ne voulais pas en parler,
ni même y penser.
Cette
fois, c’était Janet.
-Mon colonel ! dit-elle d’une voix
douce, ne bougez pas, je m’occupe de la perfusion.
Je
me détendis, avec elle j’étais tranquille, elle n’essaierait pas de me faire
parler.
Elle
ressentit mon soulagement, mais elle se méprit, elle sourit.
-Promis, plus de piqûre. Je peux tout
passer par la perf.
A
ce moment j’ouvris les yeux, et son doux visage penché sur moi me fit du bien.
Les
piqûres ! C’est vrai que je
détestais ça, mais pas à ce point quand même. J’étais capable d’encaisser beaucoup, énormément même.
Mais cela faisait partie de ce personnage que je m’étais créé.
Les
psy diraient que je me cachais. Ah oui les psy ! parlons-en.
Ce
docteur Mac Kenzie par exemple. Il avait une façon de
se pencher au dessus de mon lit que je détestais. Comme s’il voulait profiter
de ce que j’étais couché pour me dominer.
-Il faut parler colonel O’Neill.
Ah
ouais parler ! Le mot était lâché !. Justement je ne voulais pas,
même pas y penser. Il continuait son blabla,
-Si vous ne parlez pas, vous ne
guérirez pas.
Mais
qu’est ce qu’il en savait lui ? Je ne souffrais pas de vulgaires maux
terriens, auxquels la psychiatrie pouvait quelque chose. Ce domaine là je le
lui laissais. Tiens, j’étais généreux, je lui accordais le bénéfice du doute. Enfin
peut être pas finalement… Mais que savait-il de ce qui se passait de l’autre
côté de la porte, lui qui ne l’avait jamais franchie ? Il n’avait lu que nos rapports de mission,
froids et circoncis, sans émotions ni état d’âme. Des rapports comme l’armée
les adorait, où l’on ne rapportait que les faits. Je détestais écrire des
rapports, Ah les rapports militaires où l’art de ne rien dire, mais malgré
tout, j’y excellais ! Moi qui ne me dévoilais jamais ! c’était génial
pour ça un rapport militaire !
De
l’autre côté du miroir, c’était un autre univers, avec ses lois et ses règles
basées sur la cruauté et le despotisme.
Nos
maux terriens n’étaient pas comparables, même s’ils étaient d’une cruauté
insoutenable, les guerres, la torture, tout cela existait ici aussi. Mais le
sarcophage, c’était la pire invention
qui soit et qui n’avait pu être imaginé que par un démon. Que pouvait
comprendre à ça ce pauvre toubib avec ses petits remèdes ?
Tiens
il s’était arrêté de parler. Il attendait,
Tu
pouvais toujours courir mon gars, pas un mot, nada, niet, tu n’aurais rien. Je
ne voulais pas en parler, même pas y penser.
-Colonel O’Neill, je vais revenir
demain, je vous laisse vous reposer. Je conçois bien que pour le moment….
Et
le voilà reparti ! Je fermais mes
oreilles, mes yeux… me laissant bercer par sa voix monocorde, je m’assoupis.
Je
me réveillais, roulé en boule. J’avais mal. Pourtant il n’y avait pas de
blessures apparentes sur mon corps, le sarcophage avait tout guéri, en
surface tout au moins. Alors pourquoi
cette douleur ? Mon cœur battait à grands coups dans ma poitrine, j’avais
mal au cœur, mal à la tête, de la fièvre.
Autour
de moi des gens s’affairaient, des pas glissaient sur le sol. Je percevais très
clairement les bruits, beaucoup moins les voix. Des chuchotements qui ne parvenaient
pas jusqu’à ma conscience.
Quelques
mots se frayaient un passage à travers mon esprit embrumé :
-Sarcophage, dépendance….
Dépendance !
ça voulait dire quoi ? Que j’avais
besoin de cette horreur ? comme d’une drogue ! Je ne suis pas drogué,
moi ! Des images de Daniel dépendant et fou de douleur après un abus de
sarcophage me revenaient en mémoire. Mais cela ne pouvait pas me toucher, pas
moi, j’étais trop fort pour cela. Que
toutes les fibres de mon corps réclamaient douloureusement alors que mon esprit
le rejetait, ce maudit sarcophage ? Ce n’était pas possible. Inconcevable, impensable ! Mais pourquoi cela faisait-il aussi mal ?
Je
serrais les dents pour ne pas crier.
Je
m’agitais, je voulais sortir. Si j’allais dehors ? Respirer de l’air
pur ! Des mains me tenaient, mais j’étais
beaucoup plus fort que toutes ces femmes.
-Colonel ! Calmez-vous ! On va être obligé de vous attacher !
La
voix de Janet me parvenait comme à travers un brouillard.
M’attacher,
ah non ! ficelé comme un
saucisson ! Il n’en était pas question ! Ça non ! je ne l’aurais pas supporté.
Allez
respire un grand coup ! Voilà ! Ils m’ont lâché maintenant. Je voyais les ombres reculer et la
porte se refermer.
-Jack !
-Daniel ! Mais je croyais que vous
ne deviez pas revenir !
-Moi aussi je le croyais, mais vous
avez besoin de moi.
-Ah ! vous vous êtes enfin décidé
à m’aider ! Mais c’est un peu tard, vous ne trouvez pas ?
Je
n’arrivais pas à y croire, il était revenu ! Mon cas devait être désespéré
pour que Oma l’ait laissé partir à nouveau.
-Je vais mourir, c’est ça lui ai-je dit ?
Un
sourire est revenu relever le coin de ses lèvres, ses yeux se sont mis à
briller.
-Jack ! arrêtez vos
conneries ! Vous êtes à l’infirmerie, au SGC, c’est fini.
-Alors pourquoi vous êtes là ?
Daniel
soupira :
-Ah ! Jack ! quelle tête de
bois vous faites !
Je
commençais à m’énerver,
-Chut fit Daniel en mettant un doigt
sur sa bouche, écoutez-moi ! je vais rester encore un peu près de
vous ! vous êtes mal en point.
-Mais non je vais très bien, j’ai juste
besoin d’un peu de repos !
-Non, Jack ! Ne vous cachez
pas la tête dans le sable !
-Il n’y
pas de sable ici !
Je
ne pouvais m’empêcher de plaisanter.
-Vous êtes exaspérant à la fin ! et
vous avez parfaitement compris ce que je veux dire. Il n’y a que vous pour vous
guérir.
Ah
là, je sentais qu’il allait me parler du
psy, c’était gros comme le nez au milieu de la figure.
Il
continua impitoyable :
-Il faut que vous vidiez votre sac,
c’est la seule solution et vous le savez !
Comme
j’allais répliquer vertement je m’aperçus que j’étais seul dans la chambre. Lui
aussi voulait que je parle et pourtant moi je ne voulais pas, je ne pouvais
pas. Même pas y penser !
Situation
insoluble et inextricable.
Cependant
l’idée faisait son chemin, cela faisait huit jours que j’étais dans ce lit à
mal dormir, à souffrir, et je n’avais pas avancé d’un centimètre sur le chemin
de la guérison. J’étais toujours aussi mal. Parfois les souvenirs revenaient et
pour ne pas me laisser submerger par la terreur je luttais de toutes mes forces
pour les chasser de mon esprit.
Et
voilà qu’il était revenu ce psy de
malheur.
Maintenant
j’avais le droit de me lever. La dépendance au sarcophage s’estompait. Tant
mieux. Me savoir drogué à cet engin était insupportable.
J’avais appris à tout contrôler dans ma vie,
j’avais réussi à faire des compartiments dans mon esprit. Les choses agréables,
les bons souvenirs les personnes que
j’aimais, d’un côté. Et puis sous clé avec un quadruple fermoir, le reste, mon
passé trouble dans les forces spéciales, des actes pas recommandables que
j’avais commis, et puis toutes les douleurs, Charlie, le divorce d’avec Sarah,
les tortures, les guerres.
Mon
esprit fonctionnait ainsi avec un formidable couvercle sur lequel je pesais de
toutes mes forces parfois, quand
quelque chose voulait remonter à la surface. Dans cette case, j’avais mis aussi
mes sentiments et tout ce qui était trop personnel, tout ce que je ne voulais
pas dévoiler, tous mes souvenirs d’enfance douloureux. Tout y était, il ne
manquait rien. Avec le temps, j’avais moins besoin de peser sur ce couvercle.
Toute cette masse d’horreur devait s’enfoncer aux tréfonds de mon inconscient, dans une région
que je ne pouvais plus atteindre, que je
ne voulais plus atteindre.
Mais
les derniers évènements avaient tout changé, tout bousculé. Il n’y avait plus
de place dans ma fosse aux douleurs, elle était pleine à raz bord, et les
derniers évènements en date ne voulaient pas y pénétrer. Comme on dit la coupe
était pleine. Cela débordait de partout.
Sous forme de cauchemars, d’insomnies, de souffrance, de colère, de malaise…
Tout
ça je l’avais compris en une séance chez le psy.
Pour
une fois il n’avait pas cherché à me faire parler. Il m’avait fait asseoir. J’avais allongé les
jambes et je m’étais muré dans le silence. Pas question de lâcher quoique ce
soit. J’avais fermé mon cœur et mes oreilles, décidé à attendre que le temps
passe. Lequel des deux se lasserait le premier ? certainement pas moi,
pensais-je à ce moment là.
Mais
c’était compter sans Daniel. Il était arrivé
comme ça d’un bloc. J’avais tout de
suite compris qu’il n’y avait que moi qui le voyais. Mac Kenzie,
s’installa à son bureau. Il avait sorti un bloc de papier pour prendre des
notes. Des notes ! je rigolais, intérieurement bien sûr. Il n’était pas
près de l’user son carnet. S’il comptait noter tout ce que j’allais dire.
Ah j’y pense peut être qu’il notera mes silences ! Là il aura du boulot :
un silence en arrivant, plein au milieu et un en repartant !
Daniel
mit sa main sur sa bouche en me montrant le docteur. Je hochais la tête
imperceptiblement. Il insista, je ne devais rien manifester de sa présence.
-Jack je suis positivement ravi ! tu
ne peux pas me répondre. Je peux te tutoyer maintenant
que je suis loin sur un autre plan ? Cela ne pose aucun problème ?
n’est ce pas ?
Je
rageais et serrais les poings ; il ne perdait rien pour attendre le petit
scarabée.
Il
poursuivit impitoyablement.
-Il va falloir que tu écoutes ce bon
docteur. Il a plein de choses intéressantes à te dire, ajouta –il
malicieusement.
Je
commençais à me tortiller sur ma chaise. Ecouter Daniel pérorer sans pouvoir
lui répondre, au risque de me retrouver dans une belle cellule capitonnée, me
demandait un effort surhumain. D’ailleurs la cellule n’était pas loin, je le
sentais. Il avait le don de m’énerver. Franchement je n’avais pas besoin de ça.
-Colonel O’Neill commença Mac Kenzie, sur le plan physique vous allez beaucoup mieux. Le
sevrage du sarcophage est pratiquement terminé. C’est votre psychisme qui
m’inquiète…
Voilà !
je commençais à décrocher. Daniel se
rapprocha de moi, il me cria dans l’oreille « écoute !
Jack ! » Je fis un bond sur ma
chaise !
Naturellement
Mac Kenzie s’en aperçut.
-Un problème colonel ?
Je
grognais une vague réponse qui voulait dire que tout allait très bien et que je
l’écoutais. Enfin écouter était un bien grand mot. Je le laissais ronronner
autour de moi.
-Vous n’y mettez pas beaucoup du vôtre
colonel. Il va falloir prendre les grands moyens.
A
ces mots je me réveillais tout à fait.
-Qu’est ce que vous entendez par grands
moyens ? demandai-je assez inquiet tout de même de la tournure des
évènements.
-Il va falloir que vous fassiez un
petit séjour dans mon service.
-Chez les fous !
-Vous réagissez ! c’est
bien ! dit-il d’un ton
condescendant que je détestais. Non pas les fous comme vous dites !
simplement dans les locaux de l’hôpital psychiatrique.
A
ce moment je vis Daniel lever le pouce en signe de victoire. S’il n’avait pas
été un être élevé je lui aurais cassé la figure immédiatement.
Malgré
moi il m’était difficile de garder mon calme. Et quand je relevais la tête
Daniel avait disparu.
-Je voudrais voir un autre médecin
ai-je dit.
-C’est votre droit, a répondu Mac Kenzie en me regardant attentivement.
Il
ne put rien lire sur mon visage, j’étais passé maître depuis longtemps dans
l’art de masquer mes émotions. Et heureusement, cela m’avait sauvé la vie bien
des fois.
De
retour dans mes quartiers Daniel m’attendait.
-Ah te voilà toi ! tu veux qu’on
se dise « tu » c’est ok, mais ça ne m’empêchera pas de te dire ce que
je pense de tes interventions. D’abord ce qui se passe avec mon psy ça ne te
regarde pas.
J’étais
très en colère. Daniel ne répondit pas, il attendait tout simplement que le
lait retombe. Trois phrases plus loin je n’avais plus beaucoup de reproches à
lui faire. Je tournais en rond dans la
pièce comme un lion en cage.
-Jack calme-toi. Je suis là pour
t’aider, pas pour t’enfoncer.
-Je sais, lui avais-je répondu. J’ai
demandé à changer de toubib, je ne peux
pas le voir celui là.
-Tu as bien fait, moi non plus je ne
l’aime pas. Mais il y a beaucoup de médecins ici. Tu en as choisi un ?
-Non, je m’en fiche ! de toute
façon je ne parlerais pas. Mais déjà si je peux ne plus voir cette tête de faux
jeton, ce sera déjà pas mal.
Daniel
partit comme il était venu. En silence. Mais sans m’en rendre compte
j’attendais ses visites, c’était fou comme il m’exaspérait quand il était là et
qu’il me manquait depuis qu’il était parti. Une vraie contradiction. Mais
Daniel n’a jamais engendré de l’indifférence, on l’adorait ou on le détestait.
Moi j’oscillais allègrement entre les deux. Tantôt je le fuyais, à d’autres
fois je le recherchais, du moins quand il était vivant, enfin je veux dire
vivant de sa vraie vie.
Ses
visites dans les geôles de Baal m’avaient empêché de devenir fou tout
simplement, et de cela je lui serais toujours éternellement reconnaissant. Même
si je râlais après lui tout le temps, je crois que c’était le meilleur ami que
je n’avais jamais eu. Mon avenir était si bouché qu’il m’apportait une bouffée
d’oxygène et m’aidait à supporter ce qui était insoutenable. Sans lui… je
n’osais même pas imaginer ce que je serais devenu. Aurai-je eu la force de
chercher à m’enfuir quand le vaisseau de Yu a attaqué
la forteresse de Baal. Je ne saurais le dire avec certitude. Mais
je ne voulais plus penser.
Je
ne voulais voir personne. Moi qui suis si sociable et ne peut rester longtemps
sans parler à quelqu’un ou aller faire un tour du côté de « son »
labo, je restais calfeutré dans mes quartiers où je m’ennuyais ferme.
En
fait je crois que j’avais peur du regard des autres. « il revient de
l’enfer, le pauvre ! » La pitié c’est quelque chose que je ne peux
pas supporter. Un sentiment détestable qui vous réduit à une seule chose, ce
que vous venez de subir. Je n’aurais plus été Jack, ou le colonel O’Neill, mais celui qui est revenu de l’enfer. Peut
être pas pour mes amis, mais pour le reste de la base, si. J’aurais
l’impression de perdre la seule chose qui me restait à cet instant, ma fierté. C’était
sans doute une fausse idée que je me faisais, mais j’étais dans un tel marasme
que je ne pouvais supporter le regard des autres.
Mon
cauchemar était toujours le même, je tenais cette fille par la main. J’avais
l’impression d’éprouver quelque chose de très
fort pour elle. On fuyait, j’étais revenu la chercher et puis elle était
tombée, alors je lui avais dit que j’allais ouvrir la porte. Mais je n’avais
pas eu le temps, je m’étais retrouvé au
sol, j’étais à nouveau moi même, l’infâme serpent qui m’avait fait aller sur
cette planète m’avait lâchement abandonné. J’étais en pleine confusion. Je me
revoyais dans mon rêve étendu dans la boue, le visage plein de terre et la main
écrasée sous le pied d’un jaffa.
Maudit
serpent ! Pourquoi avais-je accepté de me laisser implanté par ce lâche
qui n’avait pas trouvé d’autres issue que de m’abandonner ?
La
différence entre lui et moi, c’est que justement j’avais le sens du
devoir ! j’avais accepté à cause de la mission, livrer des informations
importantes qui auraient été perdues si le serpent n’avait pas trouvé d’hôte.
Il me guérissait et en échange je faisais ce qu’on attendait de moi.
Mais
ça ! libérer cette fille ne faisait pas partie du marché, en aucun cas.
Mais qu’est ce qui lui avait pris ? et je n’avais pas pu l’en empêcher. Un
Tok’ra qui avait osé briser la symbiose parfaite entre l’hôte et le symbiote. Un
traître ! jamais plus je ne ferais confiance à la Tok’ra.
Déjà que ma confiance était limitée ! Même de Jacob je me méfiais. Ces Tok’ras sont peut être du bon côté de la barrière mais ils
ont la faculté de glisser comme … un serpent justement.
Moi
je suis quelqu’un de carré, pour moi un chat est un chat. J’aime le franc
parler, les choses claires.
-Alors colonel ? me dit Janet,
vous avez demandé à changer de médecin. Je vous recommande le docteur Karen Willcott , elle est très bien.
-Une femme ? grognais-je.
-Oui, vous auriez préféré un homme sans
doute ? je vais voir ce que je peux
faire.
En
aucun cas je ne voulais causer du souci à Janet. Je sentais qu’elle s’était
démenée pour me trouver quelqu’un. Aussi, lui dis-je que c’était parfait.
De
toute façon, ça ne changeait pas grand-chose, je n’avais rien à dire.
Le
docteur Willcott me reçut dans une pièce neutre aux
murs gris ! Rien pour accrocher mon regard que je laissais glisser sur la
surface brillante. Je ne sais même pas quelle tête elle a, et au fond cela
m’est égal.
Elle
s’était assise en face de moi, une table nous séparant.
-Pouvez-vous me parler de votre
emprisonnement ?
Je
remarquais au passage qu’elle n’avait employé aucun des mots qui me
hérissaient, tels que Baal, torture ou sarcophage.
Finalement
avoir changé de psy ne modifiait en rien la situation, sauf que je n’avais plus dans mes oreilles le
ronronnement de la voix de Mac Kenzie qui me portait
sur le système. Mais je n’avais pas plus envie de me confier à elle.
Elle
le sentit et n’insista pas.
-Ok ! je vois, et si on allait
faire un tour dehors ? On va monter
à la surface, il fait beau aujourd’hui.
-Ah oui, il fait beau ? Pourtant
les murs sont toujours aussi gris et je n’aperçois pas le soleil ?
Elle
me sourit gentiment.
-C’est pour cela que je vous propose la surface. Un peu d’air frais vous fera du bien. Vous avez mauvaise mine.
-Oui, mon bronzage laisse un peu à
désirer !
-Vous ne décrochez jamais, n’est ce pas ?
-Jamais, lui dis-je en la regardant
avec un air de défi.
-C’est pas grave, on a tout notre
temps. Enfin c’est vous qui décidez du temps dont vous voulez bien disposer.
-Comment cela ?
-Si vous voulez reprendre votre travail, il faudra que vous fassiez un gros effort !
-Je me sens bien et tout à fait apte à
travailler.
-Ça, ce n’est pas à vous de prendre
cette décision, c’est moi qui vous donnerai le feu vert et en ferai part au
général Hammond.
Et
mince ! je n’avais pas pensé à cet aspect du problème. Je n’étais pas au
pied d’un mur mais d’une véritable falaise. Et ce serait beaucoup plus dur à
escalader.
Pendant
ce dialogue nous étions arrivés au sommet de la Cheyenne. Je remplis mes
poumons d’air frais. Il faisait très beau, elle avait raison. Je voyais la
ville devant moi les voitures au loin comme des fourmis, des lacs, les
montagnes au fond. Un joli panorama qui
me calmait d’habitude. Mais là une angoisse sourde me rongeait le cœur.
Nous
n’avions pas dit un seul mot, simplement admiré le paysage, puis d’un commun
accord nous étions redescendus dans les profondeurs de la base.
-Colonel m’a t-elle dit en me quittant. Si vous ne
voulez pas parler, écrivez !
Puis
elle m’avait planté là au milieu du couloir.
Contre
toute attente, Daniel était revenu. Il m’attendait dans mes quartiers, et avait
le nez plongé dans mon ordinateur.
-Daniel, c’est très indiscret dis-je en
rabattant d’un coup sec le couvercle du portable. Qu’est ce que tu regardes ?
-Ton dossier Jack !
-Mais ça ne te regarde pas !
-Si, parce que j’ai décidé de m’occuper
de toi !
-Tu aurais pu m’éviter quelques tours
de sarcophage dans ce cas ! lui dis-je assez cruellement.
Son
visage se rembrunit :
-Tu sais bien que je n’avais pas le
droit.
-Et maintenant tu as le droit ?
-Non, en fait dit-il, un peu gêné.
-Alors ? qu’ y a t-il de plus
grave que les tortures de Baal ?
-Les tortures sont physiques, dans
quelques temps tu auras oublié. Mais il y a des choses que tu n’oublies pas,
qui te rongent et qui vont te détruire.
-Je suis déjà détruit Daniel, depuis
longtemps, murmurai-je d’une voix
sourde.
J’aurai
juré qu’à cet instant il y avait des larmes dans ses yeux. Je tournais la tête,
je ne voulais pas qu’il puisse lire dans mon regard la moindre émotion. Je
cherchai une phrase à dire pour alléger l’atmosphère mais il continuait.
-C’est pour cela que j’ai obtenu une
permission spéciale pour m’occuper de toi.
Il
s’était assis sur mon lit et parlait. On aurait dit qu’il était là en chair et
en os. Cela était à la fois agréable de le voir, mais en même temps très
étrange.
Heureusement
que nous étions hors du champ de la camera qui était pointée sur la porte, et il n’y avait pas de son. Sinon le préposé à la
surveillance aurait eu bien des choses à dire sur ce pauvre colonel qui perdait
la tête à pérorer tout seul dans son coin.
-Quand vas-tu te décider ?
-A quoi ?
-A vider ton sac. Tu sais que tu peux
me parler à moi, je suis réel tout en en ne l’étant pas et plus rien me
surprend.
-Non merci. Le docteur m’a proposé d’écrire, que ce serait plus
simple parait-il. Mais franchement je ne sais pas quoi dire.
-Et si tu racontais tout simplement. Dans
l’ordre ou comme les idées te viennent. Tu écris ce que tu penses.
-Justement je ne veux pas y penser, ni
en parler encore moins l’écrire.
-Alors là Jack, tu as un problème.
-Je sais dis-je résigné. Mais je peux
toujours quitter l’armée, s’ils ne veulent plus de moi.
-Tu sais très bien que ça ne résoudra
rien du tout.
-Et alors ? C’est simple
non ! Ils ne veulent pas que je reprenne le travail pour d’obscures
raisons, je démissionne. De toute façon, j’ai assez bossé pour l’armée, pour mon pays, et pour la planète aussi depuis 6 ans. Ça commence à bien faire,
je suis fatigué.
-Alors fais-le ! Qu’est ce que tu
attends !
J’étais
interloqué ! il abondait dans mon sens. Du coup je ne savais plus trop
quoi penser. J’avais dit cela un peu comme un défi, mais je n’avais pas plus
que cela envie de démissionner.
Quelques
jours plus tard, j’avais enfin pu rentrer chez moi. Le toubib m’avait laissé
sortir ! Elle disait que c’était bon pour moi et pour une fois j’étais
d’accord avec elle, les murs gris de la base me déprimaient. Je ne pouvais plus
les supporter. Les entretiens étaient pénibles, il me fallait creuser loin,
très loin. Je ne parlais pas beaucoup, mais j’avais suivi son conseil, et je
tapais le soir sur mon clavier à en casser les touches.
Me
retrouver chez moi, m’avait fait un bien fou. Quoique j’avais trouvé ma maison
vide, mais étonnamment bien rangée. Aucun reste de repas, le sol bien propre,
les placards et tiroirs en ordre. Rien ne dépassait.
Cela
faisait plusieurs semaines que je n’étais pas rentré depuis cette maudite
mission en Antarctique, où j’avais attrapé la mort ! Cette région ne me
portait pas chance, j’avais failli y mourir quelques années plus tôt. Sans
Carter, j’y serais resté. Carter…
Je
posais mon ordinateur sur la table basse
du salon et je fis le tour des pièces pour me réimprégner
de ces murs. C’était là que je vivais depuis mon arrivée à Colorado Springs il
y a 7 ans , j’ avais laissé tous mes souvenirs, les bons comme les autres, les
plus nombreux. Ceux dont je ne voulais pas parler, mais qui s’obstinaient à
remonter à la surface, ceux dont j’avais commencé à me défaire en
psychothérapie.
Je
fis le tour des pièces pour me replonger dans mon chez moi, soupçonnant Carter
d’être venue faire le ménage, et rendre la maison plus accueillante. Je souris
à l’image de Carter avec un tablier et un plumeau à la main. C’était bien loin
de la scientifique brillante et de la militaire hors pair que je connaissais.
Et pourtant cela devait lui arriver assez souvent. Finalement il y avait
beaucoup d’aspects d’elle que je connaissais pas. Je ne savais pas grand-chose
de sa vie, à part ce que tout le monde savait. J’en éprouvais un certain
regret.
Dans
la cuisine elle avait rempli le frigo et acheté ma marque de bières préférée.
Elle, par contre me connaissait.
Assis
une canette à la main dans un fauteuil j’éprouvais pour la première fois un
semblant de paix. Juste une pause dans tout ce marasme.
J’en
étais à ce point de mes réflexions quand le téléphone sonna.
-O’Neill, dis-je machinalement.
-Mon colonel ? C’est Jonas.
La
voix était claire, joyeuse, mais comme un peu forcée.
D’ailleurs
depuis quelques temps je trouvais les gens très souriants, de ce sourire un peu
mécanique que l’on a quand on est embarrassé, comme si les mots s’étranglaient
dans les gorges et qu’il ne restait plus que ce sourire forcé pour communiquer.
J’en venais à penser que je faisais peur à tout le monde. Ou alors c’était une
certaine forme de pitié qui me hérissait le poil.
Je
grognais
-Jonas, je vous ai dit sans fois, de ne
pas me faire du « mon colonel », vous êtes un civil. Appelez moi
Jack.
Hésitation.
Jonas était un jeune homme que je devais impressionner. Je savais bien que le
« mon colonel » était une marque de respect dans sa bouche, mais en
ce moment j’avais besoin d’une autre reconnaissance.
-Oui…Jack dit-il en hésitant sur le
prénom.
Je
m’impatientais :
-Qu’y a-t-il Jonas ? dis-je d’une voix un peu plus sèche que je
n’aurais voulu.
-Le major Carter organise une petite
soirée chez elle, ce soir à
-Vous savez Jonas en ce moment, les
réceptions…
Je
ne finis pas ma phrase, c’était inutile je m’apprêtais à raccrocher quand Jonas
repris la parole :
-C’est pas une réception, juste SG1,
Janet et Cassie.
-Merci Jonas, mais c’est non.
En
effet je ne me sentais pas la force d’affronter le regard des autres.
-Elle sera déçue dit simplement le
jeune homme.
-Qui ?
-Cassie.
Très
habile, Jonas ! la dernière chose que je voulais c’était décevoir cette
enfant que j’adorais comme ma propre fille.
-Jack ? disait la voix de Jonas,
une voix en point d’interrogation, il attendait patiemment ma décision.
-C’est d’accord, lâchais-je dans un
souffle en raccrochant.
Quelques
instant plus tard, j’étais de nouveau au creux de mon fauteuil me demandant
avec angoisse comment j’allais supporter de me retrouver parmi eux.
En
fait je devais me l’avouer, moi Jack O’Neill qui avait résisté à la torture de
Baal, j’étais mort de trouille de me retrouver devant mes amis et de supporter
sur moi le regard de Carter.
Son
regard si bleu et si inquiet qui me
troublait à chaque fois qu’il se posait sur moi.
Je
me demandais comment on pouvait éprouver du plaisir à recevoir chez soi un
vieux bonhomme grincheux et renfrogné,
tout perclus de rhumatismes.
-Vous n’êtes pas si vieux et décrépi Jack !
Je
me retournais et poussais un soupir exaspéré.
-Daniel ! encore toi ! Tu lis dans
les pensées maintenant !
-Non, sauf si elles sont dites à voix
haute, fit Daniel en riant.
Je
devais avoir un air particulièrement stupide car son rire s’accentua. Il me
regardait comme seuls savent le faire ceux qui sont passés de l’autre côté et
ne visent plus qu’à l’essentiel.
-Je vais partir Jack, tu n’as plus besoin de moi, maintenant.
Je
protestais pour la forme
-Mais si…
Toujours
cette ambiguïté, le voir me faisait plaisir, mais sa nouvelle clairvoyance me
pesait et me ramenait sans cesse à me confronter à mes démons. Avec lui pas
question de se cacher, et pour ce don qu’il avait de m’exaspérer encore plus que
de son vivant je lui aurais volontiers cassé la figure. Mais je me retins, ne
voulant pas me ridiculiser encore davantage en passant mon poing à travers lui.
Le
soir même je traînais des pieds pour me rendre chez mon second, cherchant tout
un tas de bonnes raisons pour ne pas m’y rendre. Je pourrais être malade ?
tomber en panne de voiture ? C’est
pas mal une panne , c’est imparable, imprévisible, mais quand même un peu
énorme. Et puis Jonas viendrait me chercher, de toute façon, je n’y échapperai
pas.
Le
rendez-vous était à
Finalement
je jetais le flacon à la poubelle. Puis prenant mon courage à deux mains je
sortis de la base, montais dans ma voiture, m’arrêtais au supermarché et pris la route de chez Carter.
J’arrivais
le dernier, naturellement. Un peu embarrassé avec une bouteille dans les mains.
-Jack ! cria une voix joyeuse.
C’était
Cassie, elle se jeta à mon cou , et je la serrais contre moi.
-Alors comment vas-tu ma grande ?
-Bien ! on t’attendait tu sais, tu es en retard
dit-elle d’un ton faussement mécontent.
Elle
me prit la bouteille des mains et me précéda dans la maison. On me fit une
place sur un canapé et on me mit d’office
une canette de bière dans la main. Quelques banalités furent échangées, puis je
m’enfonçais dans le moelleux des coussins et je les écoutais parler. Je n’avais
pas du tout envie de participer à la conversation. Une douce chaleur se
répandait dans mes veines, la présence de mes amis me faisait beaucoup de bien.
Cela m’apaisait. Jonas avait eu raison de m’appeler.
Je
n’avais pas très faim et bus trois bières avant de picorer quelques gâteaux. Je
me contentais de la regarder. On ne s’ était pratiquement pas parlé depuis mon
retour. Le lien ténu de l’amitié se renoua doucement mais avec force. C’était
comme si cette terrible parenthèse n’avait pas existée. J’étais parti pour l’enfer, ils m’avaient
cherché, Daniel m’avait aidé, mes amis avaient tout fait pour me retrouver et
maintenant j’ étais rentré. Fin de l’histoire. Ma vie pouvait reprendre là où
je l’avais laissée. Mais j’avais appris une chose dans cette épreuve, c’est que
je n’étais pas seul dans la vie comme je l’avais toujours pensé. J’avais des amis,
de vrais amis sur qui je pouvais compter.
On
n’abandonne pas les nôtres.
C’est
à ce moment que j’ai compris l’importance qu’ils avaient tous pour moi, Teal’c,
Jonas, Janet, Cassie, et elle.
ELLE,
c’était différent ! Elle le savait
, je le savais. Mais trop de choses nous séparaient encore. Mais les espoirs ,
tous les espoirs étaient permis puisque la vie était là, entre nous enrichie de
cette formidable amitié, et de cet amour secret.
Jack
s’arrêta sur ces derniers mots. Il referma le traitement de texte et le coda.
Personne ne pourrait y avoir accès, sauf son médecin et le général Hammond s’il
en lui faisait expressément la demande.
Jack
avait rédigé un autre rapport beaucoup plus court pour l’armée qui serait son
rapport officiel de sa captivité chez Baal.
Le
colonel referma le couvercle de son portable et sortant de ses quartiers, les
mains au fond des poches il se dirigea d’un pas tranquille vers le labo de son
major.
FIN